En salle

14 décembre 2019

La mort, cette conne !



Les 88 ans de ma mère aujourd’hui n’expliquent pas ma présence au bistro ce midi mais ça me donne un prétexte. Cela étant, je pense que je vais boire pour oublier autre chose. La vie est étrange. J’attends un message d’un copain pour confirmer la mort d’un autre, son frère. Je le connaissais depuis 1981, je crois, même si ça n’a aucun rapport avec Mitterrand. Je crois que je ne l’ai plus vu depuis plus de 22 ou 23 ans. J’ai eu des nouvelles par l’intermédiaire du petit frère qui a rapidement trouvé ma trace dans les réseaux sociaux avant même leurs existences, pour vous dire à quel point nous sommes au top. J’ai reçu le petit plusieurs fois. Pas assez. Pas le grand mais on était potes dans Facebook depuis quelques temps. C’est étrange d’attendre la mort subite mais annoncée de quelqu’un. 


Je me rappelle de la mort de mon père (il y a 27 ans) et de mes grands-mères (il y a une petite vingtaine d’années). Certains étaient malades. D’autres tout simplement vieux. On s’attendait à leur « départ » depuis plusieurs années. Une sorte de routine. 


Il y a dix-huit mois, ma mère a commencé à ne plus être très bien. Avec le frère et la sœur, on se relayait pour être avec elle. C’était mon tour de venir à Loudéac. J’attendais mon train à Montparnasse, tôt le matin. Trop tôt. J’avais deux heures à attendre à Montparnasse. Ma sœur m’appelle. Elle avait dû appeler les pompiers dans la nuit et ma mère avait été envoyée au urgences. L’interne de garde n’avait laissé aucun espoir. Et j’ai erré dans la gare en y pensant. Ou en pensant aux conséquences immédiates. Comment l’annoncer à la famille ? Comment l’annoncer aux potes de la vraie vie ? A ceux des réseaux sociaux ? Comment expliquer ma sidération ? N’avoir aucun ascendant, aucun descendant. Des conneries. Il est logique que ma mère passe l’arme à gauche avant moi et c’est aussi bien. C’est affreux de perdre un enfant. 


Je pense donc beaucoup aux parents de Pierrick (et de Gael, évidemment). Pierrick a fait un AVC le week-end dernier. Il est en état de mort cérébrale et devrait être débranché aujourd’hui. J’attends. C’est étrange d’attendre. Je me crois dans cette gare. Mais, cette fois, il n’y aura pas de miracle. 


Je vais faire un aparté. Ces connards de grévistes l’empêchent de participer au repas pour l’anniversaire de ma mère. Ils devraient penser aux détails. Aux gens qui ont une raison particulière de voyager. Ils auront évidemment la mauvaise foi de dire que c’est de la faute du gouvernement. Mais ma mauvaise foi est pire. Il n’a jamais été question que je participe à ce déjeuner. Je rentre jeudi. Pour 10 jours. 


Avec peut-être un détour par Tours pour un enterrement. Celui de quelqu’un, un vieux pote, qui n’est pas encore mort. C’est étrange de planifier une cérémonie avant la mort. De penser à y participer parce qu’il y a une grève et n’être pas sûr d’avoir un train pour passer Noël avec sa mère et de penser à prendre une voiture de location qui me permettrait d’aller à cet enterrement. Les grévistes pourraient penser aux détails. 


Il y a quinze jour, un autre copain, Patrice, m’a appelé pour m’avertir de la mort d’un autre vieux pote. Que je n’avais pas vu depuis sans doute près de 15 ans. Franck était un peu plus jeune que moi. Pierrick un peu plus vieux. Avec Franck, j’ai fini des centaines de soirée à la Comète ou ailleurs. Avec Pierrick, c’est différent. Nous étions militants dans la même association pendant des années. Pour résumer, il a été directeur de centres de vacances pour des gamins et j’étais son adjoint. Plus tard, c’était moi le boss et Gaël me secondait. 


Pour Franck et Pierrick, je suis resté pote avec la famille. C’est étrange de perdre deux vieux potes en deux semaines. C’est étrange d’attendre un SMS pour annoncer une mort. 


12 commentaires:

  1. On se fait vieux et on perd les copains, putain !

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  2. Pas Pierrick, celui du blog du Yéti ?

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  3. Et puis un jour, on se retrouve dans la génération en tête de file à avoir la machine à souvenirs qui turbine de plus en plus vite.
    Profite bien de ta maman tant qu'elle est encore là. Vous allez passer un Noël à parler des bons souvenirs.

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  4. Triste billet et pourtant joli. Qui nous rappelle qu’on vieillit. On assistera probablement toujours à des mariages. De plus jeunes que nous. Mais à beaucoup d’enterrement aussi...

    Joyeux anniversaire et bonne fin d’année à toi

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  5. En relisant ton post,je me rends compte que j'ai oublié le plus important.
    Un bon anniversaire à ta maman.
    Tu nous parles de la perte d'amis. Perso,je comprends ta peine. Pour mon compte, 7 décès dans ma famille proche en 20 ans mais aussi 7 naissances en 7 ans dont 3 dans l'année.
    Un mélange de chagrin et de grandes joies qui rejoignent les connaissances de notre ami Falconhill.

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  6. « 7 décès dans ma famille proche en 20 ans mais aussi 7 naissances en 7 ans dont 3 dans l'année. »

    C'est ce qu'on appelle la "double peine" !

    (Et pardon de casser l'ambiance…)

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    1. Mais non, Didier,
      Le gros avantage lorsqu'il y a plus d'une génération d'écart, vient du fait que on ne voit ces jolis visages uniquement quand ils sont sourires. Jamais (normalement) quand il y a rougeole, rhume ou autre inconvénient évacuatoire.

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    2. Laissez tomber : vous ne parviendrez pas à me faire aimer les enfants…

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    3. Pourtant,Didier, je me suis laissé dire que la main d'un enfant de 5 ans ...

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    4. Je vous la laisse volontiers !

      (Et, bien entendu, je cours vous dénoncer à la police des mœurs, pour incitation à la pédo-manuélisation…)

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    5. Pourtant, je croyais que le Christ avait dire " Laissez venir à moi les petits enfants " ?

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