En salle

07 décembre 2022

Quoi qu'il en coupe !

 


Récemment, avec l’ami Stéphane, on s’écharpait, amicalement, par blog interposé au sujet des difficultés d’approvisionnement en électricité prévisibles pour l’hiver. Je disais, en particulier, qu’il nous fallait être prudents, à gauche, car la situation actuelle est héritée de la politique que nous avons menées quand nous étions au gouvernement (et j’ai toujours défendu Hollande) mais, dans le fond, cela est complètement inutile : nos politiciens au pouvoir subissent la situation que les prédécesseur ont laissées.

Cela ne m’empêche pas de reprendre mes propos : pour arriver au pouvoir, il a fallu faire des concessions avec les écolos et promettre l’organisation progressive de la sortie du nucléaire. A l’occasion de la guerre en Ukraine, on a vu le mal que cela a fait à l’Allemagne et voila qu’on nous promet des coupures électriques dans les prochaines semaines.

Emmanuel Macron s’est un peu fâché hier, rappelant que cela restait improbable mais que c’était de la responsabilité du gouvernement de s’y préparer. Le mal était fait et on a vu de nombreuses polémiques, comme quoi les coupures allaient être inégalitaires (sic) et qu’elle mettrait en danger les citoyens ayant besoin de dispositifs d’alimentation en oxygène et que sais-je. D’autres converses ont suivi les propos du président : j’ai vu, par exemple, ce matin, un imbécile hurler dans Facebook que les méchants entretenaient la peur pour maîtriser le peuple patati patata.

 


Dans notre plaisante « blogowar », d’autres sujets sont apparus comme l’utilité des blogs militants (par ma faute) et les dangers du libéralisme (je plaide non coupable).

Il est évident que les blogs politiques n’ont jamais servi à grand-chose – et mon propos, aujourd’hui, n’est pas d’en évoquer les raisons – mais aussi que beaucoup de blogs ont fait du militantisme pur, répétant des slogans issus des partis et que les tauliers ont fini par se lasser. Mes propos furent malheureux et, loué soit le seigneur, j’ai des commentateurs assez aimables pour ne pas me rétorquer « hé ho, toi-même, ducon, tu tiens un blog militant. »

Il y a peut-être quand même une différence entre d’éminents confrères – petits ou gros blogueurs – et des gugusses comme moi. Beaucoup s’adressaient à la terre entière et, constatant leur faible nombre de lecteurs, se consolaient en se disant que les petits ruisseaux font les grandes rivières. Pour ma part, je ne sais pas à qui je m’adresse, à part à quelques lascars avec qui j’ai sympathisé et d’autres qui sont du même avis que moi et cherchent en me lisant à sortir d’un certain isolement. Défendre Hollande n’a pas longtemps été populaire.

Aussi, quand j’entame un billet, je ne cherche pas « à militer ». Par exemple, mon sujet de prédilection depuis six ou huit mois tourne autour des alliances à gauche et de la Nupes. Il est clair que cela intéresse peu de monde (et mon compteur de visites peut en attester quand je quitte l’actualité très récente). Pourquoi je me fatigue, alors ? Tout d’abord, il n’est pas exclu que mes propos puissent convaincre des militants ou, du moins, les conforter dans leurs idées mais on s’en fout ! Pourquoi un braillard, dans un bistro, donne-t-il son avis ? Parce que cela lui fait plaisir. Moi aussi.

 


Avant d’en revenir à l’électricité, si je n’ai pas de coupure d’ici là, je vais prendre trois exemples, tous issus de la période « Hollande » : le CICE, les cars Macron et le travail du dimanche.

Dans son billet, Stéphane parlait de « l’inventaire » fait par le PS d’Olivier Faure de gouvernance Hollande. Deux sujets principaux sont évoqués : la déchéance de nationalité (je ne vois pas pourquoi en chier une pendule dans la mesure où rien n’a été fait, par contre, il faudrait voir à ne pas oublier qu’au lendemain des attentats le sujet faisait consensus) et le CICE en question. Ce machin était une usine à gaz abominable mais consistait à une exonération de charges – oups ! de cotisation – sur les salaires payés en France… Les loups de gauche ont crié au libéralisme tout en exigeant une réindustrialisation de la France, réindustrialisation qui ne pouvait se faire, d’ailleurs, qu’en baissant les coûts pour les entreprises. Ils ont hurlé parce que l’on pratiquait une droitière « politique de l’offre » sans se demander pourquoi les importations de produits massives, notamment en provenance de la Chine, marchaient si bien : ce n’est pas grâce à un défaut de « demande ».

On peut débattre du sujet, bien entendu, mais la question n’est pas là. Ou elle est précisément là, d’ailleurs, vu qu’il s’agit de la possibilité de débattre d’un sujet dans les blogs sans se figer dans des espèces de postures gauchistes.

Notons par ailleurs que l’inventaire fait par le PS se garde bien de mesurer l’impact du CICE sur les perspectives économiques de notre pays.

 


C’est pareil avec les cars Macron et le travail du dimanche. On oublie le fond : des méchants patrons du privés voudraient nous faire travailler plus et saper les services publics. Je vais passer le fait que la tradition de ne pas travailler le dimanche est bien un truc de droite pour que les familles puissent aller à la messe mais pas celui que nous n’avons pas franchement le droit d’emmerder les braves gens qui veulent travailler le dimanche pour gagner plus de pognon et avoir des jours de liberté en semaine pour vaquer à ce qu’ils veulent.

En tant que militants de gauche, nous pouvions lutter contre une mesure inutile : ce n’est pas parce que les magasins sont ouverts les dimanches que les consommateurs ont plus de pognon à y dépenser. Mais il ne fallait pas occulter les autres sujets.

Les cars Macron (dont on ne parle plus trop, d’ailleurs, la plupart des boites ont coulé) n’étaient pas là pour concurrencer le service public des transports mais pour assurer un service de transports pas imaginables dans un système étatique. Au nom de quoi, par exemple, pouvions nous empêcher un service de car entre La Défense et le Centre Bretagne les vendredis dans la soirée ? On est quand même sûrement quelques centaines à faire fréquemment le trajet et à être obligés de prendre le métro jusqu’à Montparnasse puis de changer de mode de locomotion à Rennes ou Saint Brieuc.

C’est ainsi bien dommage que l’on mette des dogmatismes politiques s’imposer sur des idées pragmatiques… alors que le débat droite – gauche n’a rien à faire là. En quoi ça serait de droite d’encourager des promoteurs à « inventer » des lignes de car qu’ils ne sont sûrs de rentabiliser ou de faire travailler des parents divorcés le dimanche quand ils n’ont pas la garde des mômes ?

C’est ainsi que je suis libéral et défend le libéralisme ce qui ne m’empêche nullement d’être de gauche (même si, encore une fois, la question de ce billet n’est pas là).

 


C’est amusant de ressortir des vieux sujets mais on peut aussi parler des nouveaux (du moins ceux qui sont de retour…) comme la réforme des retraites. Il y a un tas de raisons d’être contre (que je ne vais pas développer et, d’ailleurs, je suis contre, aussi, cette réforme) mais ne devrions pas, aussi, évoquer les régimes spéciaux (par nature inégalitaires), le financement de l’augmentation des petites retraites tout en relativisant l’intérêt du dossier pour le public (qui de moins de 55 ans peut-il s’intéresser à l’âge de sa mise au rebus ?), le cas scandaleux des gens qui touchent une retraite et continuent d’exercer une activité rémunérée (scandaleux pour différentes raisons : ils bossent parce que leur pension est insuffisante, ils prennent le boulot des jeunes et ainsi de suite)… ?

Je vais le dire autrement : pourquoi devrions-nous nous contenter des salamalecs des syndicats et des partis gauchistes radicaux et ne pas ouvrir plus la discussion ? Je peux en citer, moi, des sujets : tiens, pourquoi je devrais continuer jusqu’à 65 ans de voyager entre Paris et la Bretagne (sans car satisfaisant…) alors que j’ai commencé à 19 ans et que mon boulot peut être fait en télétravail ?

Et encore autrement : comment se fait-il que des types de gauche (ou de droite) fassent référence à un rapport du « COR » à peu près incompréhensible (mais, pour le savoir, il faut le lire et on a mieux à faire même si j’ai essayé) sachant qu’il est délirant de faire des prévisions économiques à plus ou moins long terme tant on ignore tout des changements à venir dans la société ?

 


Alors revenons au nucléaire. Si j’en fait un deuxième billet (ou du moins une partie de billet), c’est parce que j’étais plié de rire à voir les locdus des « Républicains » qui briguent la présidence du parti et qui se foutent sur la gueule à ce sujet depuis deux jours !

On est d’accord sur le fait que le nucléaire est dangereux (voir les catastrophes diverses) et polluant (nécessité d’enfouir les déchets). On pourrait être d’accord sur le fait que nous ne produisons pas d’uranium et que les réserves, au niveau mondial, ne sont pas infinies (même si on a le temps avant d’être inquiet). Il faudrait être fou pour ne pas reconnaître que les énergies renouvelables telles que connues aujourd’hui seraient totalement incapable de produire la moitié des besoins d’un pays tel que le nôtre. Ne faudrait-il pas être en état d’ébriété pour dire que l’on va pouvoir diminuer sensiblement la consommation et ne pas l’augmenter ? N’est-ce pas du ressort de la psychiatrie de s’occuper de ceux qui pensent que des mesures d’isolation des bâtiments serait suffisante ?

Il est aussi évident que les décideurs du passé se sont vautrés, soit en basant notre production d’électricité sur le tout nucléaire, soit au contraire, en favorisant une sortie inopportune de cette « solution » ? Mais aussi que la science devrait nous permettre de trouver « autre chose » même si on ne peut pas savoir quoi aujourd’hui…

Pourquoi radicaliser toutes les positions ?

 

J’ai appris récemment que j’allais avoir une indemnité pour le télétravail, à l’insistance des organisations syndicales, alors que cela me coûte moins cher de travailler chez moi qu’au bureau.

Ca me la coupe.

5 commentaires:

  1. Indemnité de télétravail : tous les cas ne sont pas identiques.
    Pour certains, les charges de chauffage et d'électricité risquent de peser dans leurs cache maille tu vois ?
    Hélène

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    1. Il n 'empêche que c'est marcher sur la tête...

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    2. Je ne comprends pas pourquoi tu dis ça : dans l'absolu, c'est un transfert de charges : l'entreprise baisse celles du chauffage, de l'électricité (lumière, ascenseur, restau d'entreprise etc) et le salarié les supporte.
      Je me demande même si ça n'est pas une véritable économie pour les sociétés.
      Hélène

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    3. Ce n'est pas le sujet de mon billet mais il est intéressant ! Il est donc possible que j'en fasse un spécifique, dès ce matin. Merci pour l'inspiration.

      Toujours est-il que je bénéficie d'avantages : ne plus avoir à me déplace (je gagne quand même six heures par semaines), pouvoir organiser mon temps de travail (dans la limite du raisonnable), économiser des journées de congés (du genre de celles qu'on pose pour attendre la livraison d'une machine à laver), éviter des rapports humains dont je n'ai que faire (par exemple, perdre du temps à table pour une discussion qui ne m'intéresse pas ou des pauses cafés à parler de foot) et j'en passe.

      Il y a des contreparties. Par exemple, je parlais des rapports humains qui me cassent les burnes, j'en ai d'autres en échange, par exemple des conversations téléphoniques "personnelles" avec des collègues (mais sur des sujets plaisants). ll y a des inconvénients (notamment pour les jeunes célibataires qui n'ont pas de vie sociale hors du boulot).

      Il y a des charges, comme tu dis, mais il faut relativiser. Je ne vais pas couper le chauffage chez moi (à Paris, pas dans ma maison en Bretagne) quand je suis absent pour la journée : mon appartement est bien isolé mais il met du temps à chauffer. Dans la maison de Bretagne, je ne chauffe pas toute la maison en permanence mais seulement la pièce où je bosse, qui est plein sud : quand il fait, comme ces journées, dix degrés dehors, il fait 19 à l'intérieur avec les fenêtres ouvertes si je calcule bien les horaires. La dépense de chauffage induite par le télétravail est dérisoire. De même que celle d'électricité : elle n'est pas nulle mais il n'y a pas de quoi en chier une pendule.

      Mais ça me pousse à penser à d'autres avantages. Par exemple, je peux faire une pause d'une demi-heure pour faire le ménage, je peux faire mes lessives de jour (de nuit, le bruit empêche de dormir) sans avoir à attendre le week-end où je serais obligé de rester à la maison pour surveiller (j'ai déjà eu des dégâts des eaux)... Je te passe la surveillance des enfants malades ou la possibilité d'éviter une heure ou deux de nounou par jour, celle de faire les courses dans la journée pour éviter les ruées du week-end...

      Avoir une indemnité spécifique est grotesque surtout pour les lascars, comme moi, avec un salaire d'informaticien en région parisienne. Mais surtout, c'est absolument délirant de négocier cela dans les instances d'entreprises. Dire au patron : "on veut bien des avantages que tu nous proposes mais on veut une indemnité en compensation", c'est délirant.

      Attention ! Je comprends bien la "problématique" pour les bas salaires pour qui les faibles charges que j'évoque ne sont pas rien. Mais, C

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    4. Oups ! Mais ça fait des années que l'on compense des salaires insuffisants par des usines à gaz, comme la "prime pour l'emploi", pourtant de gauche, à l'origine. A un moment, on ne sais plus mettre tous les aspects sur la table.

      Enfin, il y a le coût du repas du midi. Quelqu'un de bien organisé paiera moins cher un repas chez lui qu'à la cantine (même si cela se discute). Les cantines ont été inventées il y a deux ou trois siècles, à l'initiative du patronat, pour être sûr que les ouvriers soient bien nourris pour travailler. Après le système a été dévié : les cantines sont ouvertes à tous les salariés et dans les boîtes où on ne peut avoir des cantines, on a des tickets restaurants. Mais ce qui était un problème de santé publique est devenu une composante de la rémunération et, en ajoutant une couche pour le télétravail, on ne fait que renforcer une usine à gaz et donner du pognon pour que les gens qui sont chez eux puissent bouffer est du délire, si on fait abstraction du problème sur les salaires dont je parlais.

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