En salle

14 octobre 2006

Un peu de calcul

J’ai entendu beaucoup de versions différentes sur le coût du programme du PS. Il y a un site très sérieux http://www.debat2007.fr/ qui s’est chargé de faire les calculs pour chaque mesure (http://www.debat2007.fr/index.php?id=23). Un peu à côté, il calcule le coût des mesures annoncées haut et fort par l’UMP, notamment le chef Nicolas Sarkozy (l’UMP n’ayant pas diffusé son programme, on fait avec les moyens du bord).

Je disais que le site est très sérieux, c’est vrai. Il dépend plus ou moins de l’institut de l’entreprise (http://www.institut-entreprise.fr/) dont, inutile de le rappeler, le chef est Monsieur Michel Pébereau, par ailleurs patron de BNP Paribas et auteur du non moins célèbre rapport Pébereau.

Donc tout ces sites sont alimentés par des économistes érudits avec des cravates et du poil dans les oreilles. On ne peut pas les taxer de gauchistes.

Chose bizarre, ces Messieurs, qui savent bien compter ont oublié de faire les additions pour faire les chiffrages totaux. Sans doute pour ne pas alimenter la polémique. Et pour montrer qu’ils sont parfaitement impartiaux.

Je le fais donc pour eux, même si mon salaire est probablement légèrement inférieur aux leurs.

Le coût du programme PS s’élève à 47 milliards d’euros, mais comme il y a aussi des recettes supplémentaires, le coût réel 29 milliards. Ceux qui annoncent des montants de 115 millions sont des menteurs.

Le coût des différentes mesures annoncées par l’UMP est quant-à-lui de 33 milliards d’euros.

Vous vous dites probablement, je cite : « Nicolas raconte encore une fois n’importe quoi ». Vous pouvez vérifier les chiffres, refaire les calculs. Le seul truc que vous trouverez à redire, c’est que j’ai arrangé les chiffres en faveur de l’UMP (pour le PS, j’ai arrondi à la hausse, alors que pour l’UMP c’est à la baisse). Pour vous aider, je vous laisse le détail ci-dessous (le calcul directement sur le site n’est pas très facile).

Mes amis de gauches, à ce stade de la lecture de ce billet – qui s’achève d’ailleurs bientôt – vous devez ricaner bêtement en lisant que le coût des mesures annoncées par l’UMP est supérieur de 4 milliards à celle annoncées par le PS.

Mes amis de droite, vous devez chercher quoi répondre. Ce n’est pas la peine, je sais. Je vais vous donner deux axes de réflexion.

Petit 1 – le programme UMP contient l’exonération des droits de succession, donc des baisses d’impôts, alors que le programme PS contient des hausses des prélèvements.

Petit 2 – l’UMP n’a pas encore diffusé de programme. Donc je suis injuste.

Pour ce petit 2, je vais répondre : ce n’est pas moi, c’est Monsieur Pébereau. Je vais ajouter : oui mais dans le programme, il y aura peut-être des dépenses supplémentaires, il faut bien faire plaisir à tout le monde. Et si vous continuez à argumenter, je vais répondre que le programme du PS ne sera probablement pas appliqué en entier, donc le coût sera moindre.

Pour le petit 1, ne me faites pas marrer avec vos âneries habituelles, l’essentiel des hausses de prélèvement provient de la correction d’injustices, notamment les niches fiscales, que vos députés préconisent périodiquement.

Pour conclure, allez réellement sur ce site, chaque mesure des deux programmes est décryptée par rapport à ses conséquences économiques.

Pour conclure, cette lecture est instructive. Il y a du bon à prendre dans chaque truc… et du mauvais à jeter.

J’ai bien le droit de conclure deux fois. Non ?


Dépenses PS :

Réactiver les "emplois-jeunes" dans le secteur public et associatif : 1,6 Md€
Etendre les 35h à tous les salariés : 4 Md€
Fusion dans un Revenu de solidarité active du RMI et des minima sociaux : 2 Md€
Porter le Smic à 1 500 € bruts "le plus tôt possible dans la législature" : 3 Md€
Créer une couverture professionnelle universelle : 1 Md€
Favoriser le développement des services de proximité : 0,3 Md€
Moduler les cotisations sociales des entreprises en fonction de la durée du contrat de travail : 0,1 Md€
Lutter contre la pauvreté des enfants : 0,5 Md€
Développer un service public de la petite enfance à destination des enfants de 2 ans :
1,2 Md€
Augmenter de 10 % pendant 5 ans le budget de la recherche : 7 Md€
Contrôle public à 100 % d’EDF : 0,2 Md€
Créer des fonds régionaux de capital-risque, en direction de l’innovation, du micro-crédit et des entreprises en difficulté : 0,3 Md€
Faire passer la part de l’énergie renouvelable à 20 % de l’énergie consommée d’ici à 2020 : 0,6 Md€
Agir pour la réindustrialisation : 0,3 Md€
Instituer un service civique obligatoire : 3,1 Md€
Accroître la dépense par étudiant : 2,7 Md€
Un droit à la formation tout au long de la vie : 2,5 Md€
Un programme d’entrée dans la vie active pour les jeunes (EVA) : 3 Md€
Renforcer l’accompagnement scolaire et les études : 1,8 Md€
Renforcer les moyens dans les ZEP : 0,3 Md€
Mise en place d'un "bouclier logement" : 0,35 Md€
Doublement du nombre de résidences étudiantes : 0,5 Md€
Construction de 120 000 logements sociaux par an : 0,2 Md€
Augmenter le budget européen : 0 Md€
Accroître l’aide publique au développement : 4,5 Md€
Revaloriser le minimum vieillesse : 0,5 Md€
Carte santé jeune 16/25 ans prévoyant la gratuité d'une consultation généraliste : 0,07 Md€
Augmenter les moyens de l’hôpital : 2,5 Md€
Augmenter le budget de la justice : 3 Md€

Recettes supplémentaires PS :

conditionnement des allégements de charges sociales à des objectifs d’emploi : 2 Md€
refonte de la fiscalité écologique : taxation du Kérosène, TGAP et taxation des "superprofits pétroliers" : 3,2 Md€ ;
toilettage du "maquis des niches fiscales" avec "une suppression des réductions et crédits d’impôts sur le revenu les plus injustes : 6 Md€ ;
annulation de 80 % des baisses d’Impôt sur le revenu et de l’ISF "qui bénéficient aux 20 % les plus aisés" : 5 Md€ (7 Md€, "dont 2 seront réintroduits pour financer la progressivité de la CSG, ce qui porte le total "net" à 5 Md€") ;
retour sur la réforme de l’impôt sur le patrimoine : 0,7 Md€ ;
abandon de la mise en place de la troisième tranche du plafonnement de la taxe
professionnelle : 1,4 Md€.

Dépenses UMP :

Augmenter le budget de l'enseignement supérieur de 50% et porter l’effort de recherche à 3% du PIB en cinq ans : 10,2 Md€
Elargir l’accès des jeunes à l’enseignement supérieur : 1,5 Md€
Création d'un service public de l'orientation : 0,07 €
Doublement des places en IUT et en licences professionnelles : 1,4 M€
Extension des conditions d’attribution des bourses aux étudiants : 0,2Md€
Création de prêts à taux zéro remboursables après l'entrée dans la vie active pour l'autonomie des étudiants : 0,8 Md€
Multiplication du nombre d'étudiants bénéficiant du programme Erasmus (bourses de mobilité) : 0,05
Valorisation du travail étudiant (emplois universitaires, défiscalisation…) : 0,5Md€
Soutien au logement étudiant : 0,35 Md€
Revalorisation des conditions de l'emploi scientifique : 0,11 Md€
Assurer l'accès de tout le territoire aux technologies de l’information et de la communication : 0,5 Md€
Créer un service civique : 3,1 Md€
Offrir une première expérience professionnelle aux jeunes : 0,2 Md€
Un nombre plus important de jeunes accédant à l’enseignement supérieur : 1,5 Md€
Affecter dans des classes de 15 les élèves en difficulté : 1,1 Md€
Exonérer de charges sociales et d’impôts toutes les heures supplémentaires : 4,6 Md€
Suppression des droits de succession : 6,3 Md€
Relèvement du tarif des consultations des médecins généralistes : 0,6 Md€

6 commentaires:

  1. Nicolas,

    bon, si on s'en fout dette, alors le 'programme de l'ump' (j'apprends dans ta note qu'il existe) est mieux car plus dépensier que celui du PS ? et en plus, à le lire, il est plus social que libéral, non ? alors, que voulez-vous de plus ?
    Etrangement, le programme de l'ump qui doit découler des conventions n'est pas encore sorti !!!

    Pour le reste, un programme qui coûte 100€ est déjà un programme trop cher. Un bon programme est un programme qui ne coûte rien de plus.

    Sinon, les liens sur la gauche ont disparu !!

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  2. très drôle, surtout la première partie. Donc M. Pébereau a du poil dans les oreilles et ne sait pas faire une addition (avec deux "d"). C'est scandaleux et dégueulasse (je veux dire le poil dans les oreilles, même propres), à moins que ce ne soit une condition indispensable pour être dirigeant dans le secteur bancaire, auquel cas...
    Mais je m'incline devant cette brillante analyse qui me laisse sans voix. Les deux conclusions n'étaient pas de trop :-))
    Cordialement
    PS : bien le bonjour de filaplomb (à mes côtés) !!!
    PS2 : on s'est bien marrés

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  3. Loic,

    Les liens sont en bas avec Internet Explorer et à gauche avec Firefox. Il faut que je me penche sur le sujet.

    Sur le programme de l'UMP j'en parle dans le billet par "facilité", mais je dis en introduction qu'il n'est pas sorti.

    Je ne me fous pas de la dette, mais je ne la mets pas sur un piédestale (?) comme certains.

    Je veux juste dire que, quand des gugusses de l'UMP critiquent le coût du programme PS, ils peuvent d'abord regarder devant leur porte.

    Et le programme est libéral. Le principal coût est la suppression des droits de mutation !

    Phil,
    Merci.

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  4. Je suis un ami de droite et je te réponds: les 4 milliards de différence, c'est le pourboire de Nicolas. Pour mériter un tel président, la France peut bien se permettre cette petite dépense, non?

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  5. Heu... Eric, tu crois pas que se campagne électorale aux frais de l'état ne suffit pas ?

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