En salle

13 février 2009

Des précautions, par principe

Tous les ans, je passe mes vacances à Florac, en Lozère. Il y a quatre ans, j’y étais mon copain Gilles, un couple d’amis et leurs deux enfants. Un jour, nous avons décidé, Gilles et moi, de passer la journée à faire du Kayak dans les Gorges du Tarn avec les deux mômes. Le lendemain matin, il a fallu que je conduise mon pote Gilles chez le toubib : comme le temps avait été grisâtre, il avait oublié de prendre les précautions élémentaires contre le soleil, mais, avec la réverbération, il s’était cramé les jambes et avait une grosse cloque. Quand je dis grosse, c’est grosse : un demi melon. Si elle avait été remplie de Whisky, on aurait pu prendre une cuite tous les deux.

Il s’était foutu de ma gueule parce que j’avais gardé mon pantalon. Je me suis bien foutu de la sienne : il avait oublié le principe de précaution.

Et maintenant, on a une bande d’hurluberlus qui souhaite nous refiler à nouveau des OGM dans les pattes et les pâtes sous prétexte qu’un nouveau rapport d’experts de l’AFSSA a dit qu’on pouvait en bouffer sans crainte. Pour ce faire, d’après ce que j’ai lu dans Métro dans le métro ce matin, ils ont fait des tests avec des rats pendant six mois. Les rats ne sont pas morts au bout de six mois. Ils étaient contents. Mangeons des OGM ! Statistiquement, dans six mois, on ne sera pas morts. Ca s’arrose.

Ils devraient pourtant savoir que les experts sont rémunérés pour démontrer ce que leurs sponsors leur demandent. Je le sais : je suis expert. Je suis payé pour faire des études diverses. Certaines fois, quand mon chef me demande un truc, j’ai impression qu’il a une idée derrière la tête. Je le questionne discrètement pour en savoir plus sur l’objet de la demande. Ca me permet de tirer la conclusion qui lui permettra de démontrer à sa hiérarchie qu’il a raison. Ca lui fait plaisir. Il faut toujours faire plaisir à son chef.

Evidemment, j’ai feuilleté les blogs libéraux. En tant qu’expert es blogage libéral, j’en tire la conclusion suivante : ils n’en ont rien à cirer des OGM, ce qu’ils veulent juste c’est lutter contre les gugusses comme Bové et surtout lutter contre le principe de précaution.

Nous pouvons hautement les féliciter pour cette tranche de franche rigolade.

Comme si on n’avait pas déjà suffisamment fait de conneries par le passé, pour ne pas se poser des questions maintenant. La crise économique qui va nous les brouter pendant quelques années devrait nous apprendre qu’il vaut parfois mieux réfléchir que de prendre des décisions ridicules parce que ça fait « branché ».

Ce matin, je suis parti de chez moi avec mon parapluie. C’était au nom du principe de précaution car il ne pleuvait pas. Quand je suis sorti du métro, il pleuvait.

21 commentaires:

  1. Pour ma part, j'ai eu comme info que l'AFSA avait surtout compilé le plus grand nombre possible d'études déjà réalisées sur le sujet pour en tirer une position "moyenne". Evidemment si c'est réellement cette méthode qu'ils ont choisie et compte tenu du poids économique de Monsanto qui lui permet d'aligner les études "scientifiques", on est assez loin d'une nouvelle analyse en la matière. Je crois qu'on peut même s'alarmer que ce soit repris tel que par les médias !
    :-))

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  2. "ls n’en ont rien à cirer des OGM, ce qu’ils veulent juste c’est lutter contre les gugusses comme Bové et surtout lutter contre le principe de précaution."

    Oui, il veulent que la réalité corresponde à leurs idées, ce qui est impossible.

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  3. Reprendre bêtement une info qu'on peut ensuite corriger dans nos blogs ! :-))

    [Eric ? Quel est l'intérêt des médias ? :-)) ].

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  4. Eric,

    Oui, ils prennent le sujet à l'envers.

    Poireau,

    Ou répondre aux besoins de leurs actionnaires ?

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  5. D'accord sur les libéraux qui veulent aussi tout simplement défendre la sacro sainte liberté de produire même de la merde.
    Quand aux études, quand elles sont commandées par Montsanto, qu'elles reprennent de vieilles études pour les réactualiser, rajouter une pincée de sel, il y a mieux pour convaincre.

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  6. Beau, vrai et drôle billet !
    "dans six mois on ne sera pas morts" :))

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  7. Il est vrai que pour un rapport où les rédacteurs sont à la fois juges et partis, il est difficile de croire que les conclusions ne soient pas influencées ! Je traite aussi du sujet sur un blog communautaire, Réflexion durable, avec une approche un peu différente. Je t'invite à y faire un petit tour !

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  8. Bon résumons l'histoire : on a des industriels qui sont là pour faire du business et qui dépensent des grosses sommes d'argent pour nous convaincre qu'on a besoin de leurs produits et puis aussi qui rémunèrent des scientifiques qui au mieux arrivent à conclure qu'on ne peut pas conclure que c'est dangereux mais sans pouvoir affirmer que ce n'est pas dangereux.
    Et puis comme on est pas convaincu (heureusement on a encore des cerveaux) ils en appellent aux politiques et aux médias pour en rajouter une couche sur le progrès technique et même sur la faim dans le monde, pourquoi pas. Ce qui devrait achever de nous convaincre.
    Ils touillent, ils touillent et voilà la bouillie qu'il voudraient nous faire avaler.

    Et il y a d'autres aspects (brevets sur le vivant, risque de dissémination, ...etc.) que je ne vais pas évoquer ici, le mieux serait d'en faire un billet...

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  9. Un jour, c'était aux environ de l'an 400 000 avant J.C. un type tout excité a fait irruyption dans la caverne communautaire -

    - Les gars, je viens de découvrir le moyen de faire du feu ! À nous les brochettes party et les petits plats mijotés !

    Tout le monde était très enthousiaste, mais c'est alors que le grand-prêtre s'est avancé, la mine sévère :

    - Vous êtes tous de jeunes aurochs tout fous ! Le feu peut être très dangereux : il brûle la peau si on ne fait pas gaffe et provoque des incendies. Je déclare un moratoire sur son usage tant qu'on n'aura pas prouvé qu'il est sans danger...

    On ne put jamais prouver l'innocuité du feu, et c'est pour cela que nous nous nourrissons exclusivement de steack tartare.

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  10. Il faut rapprocher la publication de ce rapport d'une autre information qui, il y a quelques temps, attirait l'attention sur une décision secrète de la Commission européenne d'imposer rapidement aux opinions publiques les OGM. C'était sur ContreInfo

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  11. MGP,

    Merci !

    Coccinelle,

    Je vais aller voir ça.

    Kesjendi,

    Sans compter les risques industriels liés aux monopoles. Dans le temps, nos paysans gardaient une partie des récoltes pour re-semer...

    Didier,

    A l'époque, il n'y avait pas de multinationales dépensant du pognon pour démontrer n'importe quoi. Vous sortez votre exemple amusant (c'est de bonne guerre, j'avais sorti les miens)... Il n'empêche que voir un réactionnaire défendre le progrès m'amuse beaucoup.

    Le Coucou,

    Oui, j'avais vu ça. Ca ressemble bien à de la manipulation géante !

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  12. Oui, et puis on est resté dans le noir et on avait froid...

    Mais, comme le type qui avait découvert le feu réclamait en contrepartie de chacune de nos utilisations un morceau de notre barbaque, on l'a fort logiquement envoyé chier.

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  13. Oui, c'est franchement inquiétant. Et en plus j'ai entendu sur France Ibnfo (j"aimerais que quelqu'un confirme car je finis par douter) que dans la mesure où on ne prouvait pas que c'était néfaste, le principe de précaution était respecté.

    Autrement dit, la charge de la preuve est inversée.

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  14. Elmone : mais non elle n'est pas inversée, elle est remise à l'endroit au contraire ! Tout comme les êtres humains, les OGM sont "présumés innocents" : faisons la preuve qu'ils sont nocifs et, alors, on les supprimera.

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  15. Au fait ! C'est bien prouvé que l'amiante, c'est nocif ?

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  16. Mr Goux, une précaution : c'est bien préventif non ?

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  17. pourrir la terre pour se pourrir de fric, ce'st assez simple en fait.
    merci pour le lien.

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