En salle

11 septembre 2010

Militer rend sourd

Jusque il y a environ deux ans, j'étais devenu pote avec un militant d'un parti d'extrême gauche (Lutte Ouvrière) qui vendait le journal du parti à la sortie du métro tous les jeudis soirs et qui habitait la cité en face de mon boulot, donc je le croisais souvent.

Je ne sais plus comment notre relation a commencé. Je lui ai probablement acheté son canard un soir de bonne humeur. Il aimait bien discuter politique avec moi. Il me sortait un tas d'informations, un tas de chiffres, sur le taux de chômage, les bénéfices des entreprises, celui cumulé des entreprises du CAC40, le salaire moyen des patrons, …

J'ai d'ailleurs toujours eu beaucoup de respect pour les partis d'extrême gauche, s'ils ne faisaient pas beaucoup de bruit, pendant les campagnes, à propos des vrais chiffres, on n'en entendrait jamais parler, le PS ayant souvent trop peur de dire du mal du pognon.

A l'issue de ces discussions de quelques minutes, sur le trottoir, je le quittais pour qu'il puisse poursuivre sa vente de canards et j'avais le sentiment qu'il était satisfait, persuadé d'avoir convaincu quelqu'un, un gros cadre, avec une cravate, pas un vulgaire ouvrier en bleu (comme si le bulletin de vote d'un cadre était plus important...), de voter pour son parti ou plus exactement d'adhérer à ses thèse.

Il est d'ailleurs facile d'y adhérer : le montant des exonérations de charges diverses étant de l'ordre du montant cumulé des bénéfices des boites du CAC 40, il n'y a pas besoin d'avoir fait des études pour comprendre que quelque chose ne va pas dans le système. D'ailleurs, dès que j'obtiens des chiffres, je les balance dans le blog.

Nous étions d'accord sur le constat de la société et il était persuadé m'avoir convaincu. Pourtant, je ne pense pas que pendre Madame Parisot par les ovaires (je caricature, hein !) résoudra les problèmes de la société, il est probablement hors de question que je vote pour l'extrême gauche un jour.

Dans deux récents billets, je me suis pris la tête avec des militants de gauche (ce n'est pas grave, on est là pour ça dans les blogs !) et je me demande s'ils arrivent à écouter réellement les gens, lors des conversations ou dans les blogs et à comprendre ce qu'ils pensent réellement. J'en avais fait un rapide billet, en août, car le même sentiment m'était vu dans le crâne.

Je crois que la raison est simple. Comme ils adorent la politique, ils la connaissent bien. Quand ils discutent politique avec quelqu'un qui n'en a pas grand chose à cirer, au bistro, à la cafet, à la cantine, dans la rue, … ils gagnent toujours les joutes verbales. Ils sont donc persuadés que les gens finissent par penser comme eux.

Comme mon militant d'extrême gauche. Parce que j'ai dit « oui, hein ! D'accord ! » à la fin de la conversation.

Ils feraient mieux d'aller au bistro (ou à la cantine...), d'orienter les gens vers la politique et d'écouter. Un des billets où je m'engueulais à ce sujet concernait l'Europe. Faites juste un test : promenez-vous dans des quartiers populaires et demandez aux gens comment s'appelle le Président de l'Europe ?

15 commentaires:

  1. Militant ou pas, d'une manière général les gens ne s'écoutent pas les uns les autres. C'est sans doute exacerbé chez les militants: comme tu le dis, vu qu'ils passent leur temps à parler politique, du coup ils ont plus facilement le dessus dans les conversations. Leur argumentaire est bien ficelé et ne laisse pas place au doute. Du coup pas de place pour l'interaction non plus, à moins bien sûr d'être d'accord avec eux.

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  2. Le président de l'Europe? C'est Cohn Bendit, non? Ou alors Eva Joly, j'ai un doute…

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  3. il y a justement œuvre de conviction a faire.

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  4. Tu m'as convaincu, je vote Arlette !
    :-))

    [Personne n'écoute personne et chacun cherche, sans doute pour son petit confort mental, à être certain de penser "comme tout le monde". C'est ce qui complique la politique, l'effet moutonnier ! :-)) ].

    Je connais la réponse mais je suis bien placé, c'est un belge. Cela dit, quand on creuse un peu sur le plan politique, c'est pas un type très clair…
    :-)

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  5. j'ai relu...cette définition du militant correspond à celui qui est dans un cercle assez restreint. Quand tu as 55% des habitants d'une commune qui votent pour la liste dont tu diriges la campagne, dés le premier tour alors qu'il y a 8 listes, tu es forcément moins concerné ((-;

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  6. Faut vraiment militer très fort et plusieurs fois par jour pour que ça rende sourd !

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  7. Captain,

    Oui.

    Romain,

    Justement, tu as moins à convaincre...

    Poireau,

    [oui et non : à force, justement, de causer avec des gens sans être un pro, je sais que j'arrive à les convaincre de chaque argument mais jamais d'agréer à un projet global]

    Le Coucou,

    C'est pas DSK ?

    Europasionaria,

    Oui, c'est fascinant. D'ailleurs c'est pour ça que je n'aime pas le débat. Chacun est toujours persuadé d'avoir l'argument "massue" comme Denis, chez moi, l'autre jour alors qu'il était hors sujet (forcément, c'est moi le taulier du blog).

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  8. Tout à fait d'accord. En fait les militants n'écoutent plus parce qu'ils veulent convaincre. Ce n'est pas la même démarche.

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  9. Oui, c'est d'ailleurs assez rigolo : nous devons les convaincre qu'ils n'écoutent pas...

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  10. Ça ne se limite pas à l'extrême gauche malheureusement...

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  11. Un gauchiste est un mec d'extrême-gauche , pas un mec de gauche ...

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  12. Anonyme,

    Prout.

    Antonin,

    Non, c'est partout pareil.

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