En salle

05 novembre 2012

Twitter, ce tribunal populaire

L'ambiance dans les blogs politiques et le Twitter du même métal est absolument déplorable. Je vous passe les attaques permanentes que doit subir le Gouvernement que je fais un malin plaisir à défendre, plus pour le fun qu'autre chose. Pensez donc à la dernière : dans le fond, dans cette histoire de la militante basque, Manuel Valls est attaqué par la gauche de la gauche pour ne pas être intervenu dans l'exécution d'une "décision de justice". L'affaire n'est évidemment pas si simple mais les faits restent quand même surréalistes.

Autre exemple : c'est aujourd'hui que Louis Galois remet son rapport sur la compétitivité. Le Gouvernement est par avance accusé de ne pas le mettre en œuvre et est accusé explicitement par le patronat, pour ne pas dire la droite, d'être responsable de la mauvaise situation du pays. C'est comme si la droite s'était réveillée, vers la fin de l'été, et voulait démontrer que l'état du pays est du à une politique pas encore menée par la gauche et pas du tout à 10 ans de gestion par l'UMP. C'est surréaliste aussi.

Surréaliste mais la routine...

Quand j'ai connu les blogs, on s'amusait entre copains ou avec des inconnus. On se lançait des billets de blog en blog, on se commentait... Depuis quelques temps, le charme est rompu. Twitter n'est plus un lieu convivial mais est devenu une espèce de tribunal où des espèces de petits juges s'estiment avoir le droit de vous jeter en pâture.

Hier, je me suis pris trois rafales dans la tronche. Ce qu'il y a d'amusant, c'est que j'ai tendance à en faire un billet dans mon annexe et que ce billet génère de nouvelles rafales.

Je vais raconter les trois.

La première : samedi, j’avais fait un billet à propos des « pigeons ». Un d’entre eux est venu argumenter, j’ai répondu, il s’est fait insistant, j’ai commencé à devenir désagréable. Hier, il est revenu pendant que je rentrais de Bretagne à Paris. Je suis tombé sur le mail avec le commentaire pendant que je prenais un café dans une aire d’autoroute. Je l’envoie chier. Un peu après, alors que je ne le connais pas, je vois qu’il parle de moi dans Twitter : « @jegoun, un mec à l’esprit étroit… » !

De quel droit se permet-il de me faire un procès dans Twitter sans me laisser de droit de réponse ? (ben oui, je ne connais pas ses abonnés et je ne vais pas dire en 140 caractères : « ce gugusse me harcèle depuis deux jours pour que je change franchement d’opinion et devienne libéral puisque selon lui c’est beaucoup mieux et je revendique le droit de l’envoyer chier dans les commentaires de mon blog quand il a dépassé les bornes, surtout quand je suis en voiture et ai mieux à faire de mes pauses que de répondre à des tordus. »

Je me répète : je revendique le droit de ne pas dire oui à tous mes commentateurs, surtout quand je ne suis pas d’accord avec eux.

La deuxième : le soir, j’arrive à Paris, je passe à la maison puis vais boire un coup à l’Aéro où j’avais rendez-vous avec le vieux Joël. Cette andouille m’annonce qu’il a une bonne demi-heure de retard. Bref,… Je me mets à faire un billet « du comptoir sur mon blog annexe qui s’appelle le comptoir » pour critiquer la gauche de la gauche. Crise de lèse majesté. Un lascar arrive, me fait un commentaire franchement hors sujet patati patata (puis un autre plus dans le sujet). Pas grave : la routine du blog.

Peu après, je reçois un mail m’avisant que le lascar à balancé mon billet dans Twitter, l’air de dire : « ah mais quel con ».

Je tiens un blog politique, je veux bien être critiqué pour ce que j’écrié mais je revendique le droit de faire des billets d’humeur à partir d’un comptoir de bistro sans avoir à subir un procès dans lequel je n’ai pas d’avocat…

La troisième : je trouve néanmoins cocasse de faire un billet où je critique la gauche de la gauche et de voir ce billet tweeté par un type de la gauche de la gauche. Je tweete donc (de mémoire) : « J’aime bien faire des billets pour critiquer des crétins et être RT par ces crétins. ». Sans plus. Sans donner de nom, sans mettre de lien vers le billet. Rien !

Et paf ! Une nouvelle rafale. Un nouveau procès sur le web, tout ça pour une phrase que j’ai écrite en attendant un pote au bistro.

Je revendique le droit d'envoyer des plaisanteries dans Twitter sans ajouter 25 smileys pour montrer que je plaisante, que je suis au bistro, que je n'ai pas à raconter le contexte, ce qui n'est pas faisable en 140 caractères.

Le comportement des twittos est souvent exaspérant. Ces 140 caractères sont usants et tout le monde se croit obligé de donner son avis pour tout.

Tiens ! Tant que je suis à donner des exemples. Mon copain Politeeks a quitté notre groupe de blogueur politique de gauche, les leftblogs, samedi, suite à une engueulade avec moi, d’ailleurs. Il raconte ça dans son Facebook. Je comprends qu’il soit peiné, c’est lui qui a créé ce groupe qui a bien permis de fédérer les blogueurs de gauche et j’espère qu’il reviendra. Toujours est-il que quelques minutes après, « l’affaire » est arrivée dans Twitter et des lascars se sont permis de la commenter sans même savoir de quoi il s’agissait, appliquant leurs éternels jugements péremptoires en 140 caractères sans rien savoir, y compris d’ailleurs sans même savoir ce que sont réellement les leftblogs.

Un peu comme quand on a appris l’expulsion de cette militante Basque et que les tweets, puis les billets de blogs, les articles dans les journaux, … ont fleuri pour accuser Valls d’avoir donné l’ordre…

Cette histoire de tweets à propos des leftblogs s’assimile encore à un nouveau procès arbitraire puisque sans réelle possibilité de répondre. D’une part, il s’agit d’une affaire strictement privée, d’autre part, je ne vais pas dépenser de l’énergie à répondre à tous les peine-à-jouir de la planète.

Mais plus que les peine-à-jouir, ce sont les médiocres censeurs éternels (ben oui, quand on fait un procès pour un propos de comptoir…) qui mérite réflexion.

Soit je continue en mode Caliméro, soit j’unfollowe.

Mais comme j’utilise les réseaux sociaux pour le loisir, je n’ai aucune raison de m’emmerder.

Que d'autres se croient importants, c'est leur problème,...

23 commentaires:

  1. Hop, une occasion de faire du ménage!

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  2. Ça donne envie de refaire surface par moments...

    Cela dit, c'est tout à fait conforme à l'opinion que je me suis peu à peu forgée sur la chose politique : une perversion.

    Et ce à tous les niveaux où elle se "pratique" aujourd'hui. Ce qui d'ailleurs conforte aussi mon paradigme politique : l'anarchie.

    Je te lis et sais pourquoi je vous apprécie toujours toi et Politeeks que tu cites : car vous êtes indépendants et donc dangereux pour la pensée unique !

    Je ne saurais que trop te conseiller de ne rien lâcher Nicolas. L'enfer, c'est les autres...

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  3. Merde alors, j'écrit dans Facebook "je n'en veux à personne" et des ânes de twitter comprennent autre chose. ou pensent que je boude , ou je ne sais quoi encore. Décidément ceux là ont du mal à faire la part des choses, et pensent comme des machines, toujours ce mode binaire que je déteste : 0 ou 1 et règles logiques simples :o)

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  4. Oublie les, Jegoun, nous on t'aime ! (et même pas 140 caractères... :-))

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  5. Elia,

    Merci, la question n’est pas de savoir si je suis aimé ou pas (a priori, je suis un type plutôt sympathique…). Ce qui me gonflent c’est d’avoir des personnes qui ne m’aiment pas ou n’aiment pas ce que je dis et qui continue à fréquenter mon blog ou à me follower dans Twitter. C’est pour ça que j’emploie l’expression « peine-à-jouir » : il faut vraiment qu’ils soient tarés.

    Pendant un temps, je me suis intéressé à l’influence des blogs, au classement Wikio et tout ça. Etant sorti du classement, je ne tolère plus les coups que je prenais avant mais que je supportais parce que ça faisait partie d’un jeu global.

    Politeeks,

    Je supporte de moins en moins ce genre de réaction de types qui ne comprennent rien, qui se mêlent d’histoires privées, qui ne peuvent pas imaginer deux minutes qu’on puisse s’engueuler dans un machin et continuer à boire des bières ensemble.

    Cyril,

    Merci. Je ne sais pas si la chose politique mais c’est une terrible perversion de Twitter avec des gens qui ne se rendent même pas compte de ce qu’ils écrivent, du fait que ça puisse blesser, du fait qu’ils peuvent être totalement à côté de la plaque. Prends le pigeon que je cite, cet imbécile n’a tout simplement pas pu imaginer qu’il m’importunait pour différentes raisons (j’étais en voiture, je n’avais qu’un iPhone pour répondre, …).

    L’évolution des médias et des blogs en est une autre. L’information « vite fait » passe avant l’analyse, la réflexion, la vérification, …

    Du coup, tout le monde est à cran…

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  6. Jusqu'au résultat de l'élection présidentielle, je n'étais pas tranquille, malgré les sondages, malgré le fait qu'une réelle majorité aspirait au changement, malgré le fait qu'une majorité en avait assez du système sarkozyste,
    parce que cette droite-là est une armée disciplinée, un bulldozer aveugle, en guerre pour gagner mé-tho-di-que-ment, par la forme, et l'acte, fut-ce aux dépends du sens. C'est ce qui explique le relativement faible écart de voix, entre autres.
    Et donc, surmontons notre répugnance pour l'hyper-activité quand elle est improductive => rester visibles => merci à Nicolas et à ceux qui s'y collent.
    deux critiques raisonnées parmi d'autres :
    1) http://www.corsematin.com/article/corse/roland-gori-%C2%ABil-faut-saffranchir-de-cette-democratie-dexpertise%C2%BB.784725.html

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    1. 2)http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20121101trib000728440/dominique-wolton-la-consanguinite-journalistes-politiques-ravage-la-democratie.html

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  7. Nicolas : on m'a pris la tête par ce que je faisait un bout de LT de Copé sur BFMTV , parait que j'en fais la pub... Et là j'ai eu envie de lui chier dessus à cette personne qui n'a rien compris. Mais restons Zen.

    Un autre dit que les "(left)blogs = n'importe quoi", je lui ai répondu de se sortir les doigts du cul et de bloguer au lieu de twitter. Du coup il me followe, il va prendre cher.

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  8. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  9. Je note que tu es toujours aussi tolérant Nicolas. C'est tout à ton honneur.

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  10. Politeeks,

    Moi, j’unfollowe, je bloque… Gros ras-le-bol de me faire marcher sur les pieds par des peine-à-jouir (j’aime bien l’expression, je la trouve très adaptée…).

    Gene,

    Merci pour les liens (je ne lis qu’en diagonale, pour l’instant, je me les réserve pour plus tard).

    Cyril,

    Merci !

    Elooooody,

    Ouf !

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  11. J'ai envie de le dire depuis longtemps et je ne vais pas me gêner plus longtemps : J'ai horreur de touiteur, je n'ai pas de compte touiteur, je suis consterné par la transformation en INFO de touites aussi stupides qu'instantanés, je ne comprends pas leur importance dans le monde journalistique et...
    Bref, à force de n'en dire et de n'en entendre que du mal (y compris par ses utilisateurs), je pense que touiteur excite le besoin de joute éprouvé par la plupart d'entre nous. Que la tentation me garde d'y toucher jamais...
    sébastien. h.

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    1. Fait pas être formel. On peut aussi très bien s'amuser avec ce truc. Il n'y a qu'un ou deux pourcent d'andouilles !

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  12. Nicolas, je te comprends et, effectivement, Twitter ets par moment irrespirable. Ce n'est pas tant la critique que la violence qu'elle prend entre "gauchistes de gauche" et "gauchistes de droite" . C'est assez surréaliste.

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    1. Juan, le problème est que ça devient de pire en pire. Les Twittos ne réfléchissent même plus parce qu'ils ont trop pris l'habitude. Des qu'ils dépassent 2 ou 3000 followers, certains se prennent pour une espèce d'autorité morale. Quand on les a connus blogueurs, ça fait mal.

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    2. Oui quand ils n'achètent pas leurs followers...

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  13. Je met un bémol : j'arrive à discuter avec des PS, FDG, CSP, des libéraux (même bretons de 20 ans, ce qui est un comble), des gens non encartés de gauche .. tout en restant calme. Pourtant on me colle une image d'énervé.

    Ce ne sont pas ceux là les pire. les pire sont ceux qui surgissent d'on ne sait où ( M6 Mobile?) et vont déféquer rapidement sans argumenter: Ceux là sont déjà en 140car dans leur cervelle.

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    1. Ah mais ce n'est pas une question d'orientation politique. C'est une question de rapidité de jugement "hors sujet". Tiens, comme Careagit qui dit que tu boudes.

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  14. Twitter ? Un puit intemporel infiniment profond !
    Cela dit je ne sais pas si donner de l'importance à un anonyme qui en 140 caractères décide de mettre un terme à 20 siècles d'histoire parce qu'il n'assume sans doute pas très bien une position idéologique (le fameux débat tarte à la crème sur l'Eglise par exemple).
    Ah, la culture des écrans, ses approximations, son instantanéité légère ! Y'a du boulot ! :)

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    1. En principe je n'y accorde aucune importance mais par moment ça me met en rogne.

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