En salle

14 novembre 2012

Une conférence de presse et des réactions

« Le président de la République a tenu un discours de vérité. Il a présenté ce qui avait déjà été fait et le chemin restant à parcourir. Il a montré le cap. » J’ai bon, là ? Je n’ai pas trouvé dans les médias les réactions des dirigeants du Parti Socialiste, alors je brode !

« Les Français ont vu aujourd’hui un Président de la République totalement déterminé à redresser le pays, qui refuse la fatalité du déclin de la France et qui dit la vérité sur la crise aggravée par dix ans de politiques irresponsables de la droite. »

Ah ! Si ! On trouve bien un communiqué de Harlem Désir sur le site web du PS. On trouve également une réaction de Martine Billard sur le site du Parti de Gauche. « F. Hollande a réaffirmé son obstination à se couler dans le moule libéral européen dessiné par le TSCG. En mettant comme priorité la lutte pour la compétitivité, la question de la dette et le coût du travail, il montre qu’il n’a pas l’intention de changer son orientation erronée. » Je suppose qu’on trouvera sur le site d’Europe Ecologie Les Verts une réaction officielle de cette formation, de même que sur leurs sites des réactions officielles des autres partis de gauche.

Par contre, on ne trouve rien dans Google News ! On trouve uniquement les réactions de Mmes Parisot et Le Pen et de MM Bayrou, Copé et Fillon.

Lors du précédent quinquennat, j’avais l’habitude de reprendre les déclarations des dirigeants de la majorité : elles étaient toutes ridicules. Au moins, les formations politiques de gauche semblent avoir compris la leçon : leurs dirigeants ferment leurs gueules. Un communiqué officiel et basta ! Je suppose néanmoins qu’on en trouvera certains à la télé ou à la radio.

Du côté des blogs, le silence est lourd. On voit uniquement le camarade Gauche de Combat se plaindre que le président de la République ait écarté le droit de vote des immigrés. Pour ma part, j'ai déjà fait plusieurs billets à ce sujet : il n'y a pas de majorité possible pour faire passer ce vote.

Que nous disent les gens de droite ?

Dans le contexte de la lutte entre François Fillon et Jean-François Copé, c’est assez amusant à observer. Jean François Copé semble avoir perdu la main et tient un discours conventionnel comme il a toujours fait. Les gens devraient rigoler. Reprenons.


« Cette conférence de presse, je la résumerai d'un mot: quelle déception ! » Ca fait deux mots. « Après six premiers mois d'un quinquennat pour l'instant désastreux, on attendait de François Hollande qu'il fasse preuve de lucidité, de courage et même d'autocritique. Nous n'avons absolument rien eu de tout cela. » Ben non. « La réalité, c'est qu'au bout de six mois, il est déjà comptable d'un bilan devant les Français. » Ben oui, la droite est comptable d’un bilan de six ans. « On attend de lui un cap, cette conférence de presse n'y a pas contribué. »

Ah ! Il n’a pas écouté.

Les Français ne l’écouteront pas, non plus. Ils attendent du fond.


« François Hollande a montré qu'il était un président qui enfonce encore un peu plus sa tête dans le sable en nous affirmant qu'il ne changera pas de politique, qu'il n'y a pas de tournant. » Toutes les déclarations de celui qui était à la tête d’un état en faillite sont-elles destinées à nous faire rigoler ?

Merci de nous confirmer que François Hollande maintient le cap.

« Et bien, moi je veux lui dire que s'il n'y a pas de tournant, au bout de la ligne droite il y a le mur de la récession et du chômage. » Parole de pro ! Cinq ans à la tête d’une mauvaise politique. Moi, je vais lui dire : s’il y a un tournant, il n’y a plus de ligne droite. C’est Jean-Pierre Raffarin qui lui a préparé son discours ?

Nier tout virage, « c'est une erreur. Car la politique économique avait besoin d'être changée. » Ben oui, elle avait besoin d’être changée. Ca a été fait en mai.


Je vous laisse lire sa déclaration. Elle semble être d’accord avec le Président mais elle a des négociations à préparer.

C’est inquiétant !


Elle juge que « le président de la République (avait) repris à son compte la doxa ultralibérale de toute la caste UMPS. » C’est sidérant ! Un dirigeant du PCF du début des années 80 aurait pu tenir le même discours.

Moi qui suit les blogs qui la soutiennent, je me demande ce qu’ils vont en penser : ils sont pour la plupart ultralibéraux. Ceci nous prouve donc que l’ultralibéralisme prôné par certains n’a plus aucune place en France. C’est réjouissant.

« Comme celle de Nicolas Sarkozy avant lui, sa politique se limite à une application servile des injonctions allemandes et européennes, à une fuite en avant dans l'hyper-austérité, l'explosion du chômage et de la pauvreté. Il a confirmé son abdication devant les puissances d'argent, l'abandon de l'éminente mission de redressement confiée par les Français pour enfiler les habits de petit gouverneur de la province France aux ordres de l'étranger, des technocrates et des banques. »

Jean-Luc Mélenchon n’a effectivement pas besoin de réagir.


Si ! Il existe encore… On le voit un peu partout, depuis une semaine…
François Hollande « a été à la hauteur de la fonction, il a été précis, maîtrisé dans son expression et montrant sa connaissance des sujets qu'il abordait et donc au bout du compte convaincant. » Bien ! Le PS pourrait l’embaucher pour rédiger les communiqués, s’il cherche du job.

« Il y a des frontières, il y a même des fractures, il y a des oppositions dans la vie politique française mais elles ne sont pas entre droite et gauche, elles sont entre les plus radicaux de chaque côté et ce que j'appelle la majorité centrale. » Ah ! Il se positionne pour remplacer Jean-Marc et diriger un Gouvernement d’union nationale ?

Cette nouvelle étape « dans laquelle la gauche va elle-même conduire ces réformes, c'est selon moi très positif pour le pays. »

Ouf ! Il confirme que c’est bien la gauche. Pendant un moment, j’ai eu peur.

Et moi, et moi, et moi ?

N’étant pas une personnalité politique, je suppose que les lecteurs n’ont pas grand-chose à cirer de ce que je pense de l’intervention de François Hollande. Ca tombe bien, je ne l’ai pas regardée. Il n’y a eu qu’une seule vraie annonce : le vote des étrangers ne se fera pas maintenant, faute de majorité. C’est à la gauche de travailler pour faire une majorité.

Il faudra qu’un jour on en tire une conclusion. Quelques jours avant le 6 mai, François Hollande était attendu avec un score de second tour entre 54 et 56%, tellement le rejet de Nicolas Sarkozy était fort. La droite a mené une campagne autour de ce droit de vote pour en dénoncer les dangers supposés. Les gens ont pris peur. François Hollande a fini avec moins de 52% des voix. On a eu chaud aux fesses. Il faudra qu’un jour la gauche arrête de mettre des conneries inapplicables dans son programme : ça ne sert à rien, ça ne peut pas être appliqué et ça fait courir un danger.

Pour le reste, je dirais que François Hollande a montré aux journalistes, ces pauvres chéris, qu’il avait bien un cap. Les unes de presse semblent positives, aujourd’hui, après deux ou trois mois de flottement, voire de « Hollande bashing ».

C’est peut-être le premier enseignement de cette conférence de presse : une conférence de presse est avant tout destinée à la presse. Yann Savidan le démontre très bien, ce matin. La conférence de presse n’est pas destinée au grand public, aux militants politiques ou aux twittos…


Mon confrère et néanmoins ami a publié son propre billet pendant que je rédigeais le mien, faisant « mentir mon introduction ». Allez le lire ! 

On résume ?

La droite traditionnelle est perdue ! J'avais conseillé à François Fillon de se mettre en retrait, il a refusé. Tout ce qu'il peut dire est retenu contre lui. Jean-François Copé perd de la crédibilité à chaque prise de parole, tant on a l'impression qu'il use en permanence de cette langue de bois qu'il critique. Laurence Parisot et François Bayrou sont dans l'attente et ne peuvent qu'approuver ce que dit le Président, sinon, ils sont coincés. Le Parti de Gauche et le Front National sont sur des positions similaires. Les deux devraient se poser des questions.

La position de Jean-Louis Borloo semble ne pas intéresser les médias. Et pour cause... Sa réaction est, pour partie, un peu la même que la mienne. Devrais-je me poser des questions à mon tour ?

Dans l'attente, je vais lui laisser le mot de la fin :

"La réelle finalité de l'exercice, c'était de séduire les observateurs, les journalistes, de leur faire du charme. De ce point de vue, c'était réussi. Il est physiquement en forme, content d'être président, et la presse va être contente, car elle ne l'a pas taclée."

C'est bien l'essentiel, non ?

10 commentaires:

  1. Oui. C'était "Opération Séduction pour la presse" qui est tombée dedans à 132%. Bien joué. En même temps c'était facile, fallait juste dire "libéral", "pas de tabou" et répéter plusieurs fois à la suite "compétitivité" en faisant semblant de les gronder (tout en alternant avec des blagues pour faire retomber la pression). Il est très fort.

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  2. C'est drole, on croirait le mandat précédent... Mêmes réactions caricaturales de part et d'autre, rôles inversés.

    Enfin, si les supporter du gouvernement sont contents et les opposants pas contents, c'est plutôt bien...

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    1. Non, FalconHill ! Cette fois la presse ne reprend pas ou presque pas les déclarations de la majorité. Il a fallu que j'aille chercher sur les sites des partis. J'ai cherché dans Google News : pas de trace de Placé, de Billard, de Désir, de Melenchon. Pendant le mandat précédent tous les petits barons de l'UMP se précipitaient dans les médias.

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  3. Je résume la réaction de la presse en un mot (composé): Hollande-Loving'

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  4. ah ah une forme de solidarité finale entre gros frisés portés sur le biére

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  5. Après tout s'il est content et si tout le monde est heureux c'est magnifique. Il faut continuer . Bon, pour ce qui les chômeurs, la pauvreté qui progresse, l'injustice sociale qui prend ses aises pendant que d'autres se goinfrent faudra attendre encore un peu.
    Quant à la bifurcation écologique ...
    NB : " C’est sidérant ! Un dirigeant du PCF du début des années 80 aurait pu tenir le même discours." J'aime bien cette phrase. Elle prouve mieux qu'une longue démonstration la victoire dans les esprits du libéralisme

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  6. C'est autre chose qu'une série de grimaces, de tressaillements incontrôlés noyés dans un flot charabiesque.

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  7. Bon je vais peut être écrire un petit truc sur la réaction de JPC et du MRC. Quoi que ...

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