En salle

11 juillet 2013

La politique au bistro

Voila typiquement le genre de billet que je commence sans savoir si je vais le diffuser dans le blog politique ou dans le blog bistro. C’est ce qui se passe quand on parle politique au bistro. On s’engueule assez vite. Ca a drôlement chauffé, mardi soir, à la Comète, entre Ramdane, Tonnégrande et moi. Ca mériterait un billet dans le blog bistro mais ça finira dans le blog politique puisque ça fait suite à mon billet d’hier où je parlais du « peuple de gauche » et du « peuple de droite ».

Je ne vais néanmoins pas parler de blog mais de bistro. Dans ma bande de potes de comptoir, la plupart font partie de ce qu’on appelle « le peuple de gauche » : Ramdane, Tonnégrande, Djibril, Patrice, le vieux Joël,… Il y a quelques individus qui sont notoirement à droite : le vieux Jacques, Marcel le fiacre et son épouse, Miranda, mais on les voit beaucoup moins.

Joël se targue d’être mélenchoniste ! C’est souvent avec lui que je finis les soirées, il feuillette Le Parisien pendant que je glande dans Twitter. Et il commente les informations. Chacun de ses commentaires est de pure obédience libérale. Pour chaque sujet, il a un avis bien à droite ou en total décalage avec la réalité mais d’une manière globale, il se positionne bien plus à gauche que nous tous.

Par exemple, à l’heure où je vous parle, le titre en une de Google News est un article du Parisien à propos du gaz de schiste (je ne l’ai pas lu). S’il voit l’article, je suis persuadé que sa réaction sera : « Mais ils font chier, pour une fois qu’on a une source d’énergie en France, les écolos vont empêcher qu’on l’exploite alors que les autres pays le font, on va encore être à la traîne et c’est encore nous qui allons payer. » Je suis réellement sûr de sa réaction. Sauf s’il lit mon billet avant où il découvrira nécessairement qu’il a une position inverse à celle du parti politique qu’il soutient.

A ce stade, il est déjà énervé. Je pourrais tenter de lui expliquer : « Attends, c’est vraiment très mauvais pour l’environnement, il faut attendre que l’on trouve des procédés d’extraction qui ne polluent pas mais, même, si on le fait, il y aurait probablement de la production de méthane et d’autres pollutions, il vaut mieux investir dans autre chose. » Par exemple, c’est un dossier que je ne connais pas. Mais mieux que lui… Par le passé, j’ai essayé, mais ce n’est pas la peine, il s’énerverait avant la fin de ma phrase, probablement dès le « très mauvais pour l’environnement ». Il partirait en colère : « Mais c’est de la connerie ! L’environnement sert de prétexte à tout et on n’avance pas. »

J’ai donc appris à ne plus le contredire sauf sur des bricoles. Quand sa position est très libérale, je me fous ouvertement de sa gueule pour lui rappeler son paradoxe mais généralement, je ferme ma gueule.

Mardi soir, donc…

Il y avait Tonnégrande, Ramdane et moi. Tonnégrande a une certaine culture politique, il a milité dans le passé et travaille maintenant dans le social. Tonnégrande et moi parlons souvent politique, calmement, mais il ne supporte pas de discuter politique avec Ramdane et ils s’engueulent à chaque fois. Il faut dire que Ramdane, comme le vieux Joël, a souvent des idées politiques sur chaque dossier assez éloignées de « la logique du parti ». La semaine dernière, Tonnégrande a fini par le traiter de poujadiste tant Ramdane sortait des énormités.

Mardi soir, il lui a dit : « mais tu es vraiment un gars de droite ». Le ton a monté entre les deux. J’étais du même avis que Tonnégrande. Ramdane nous expliquait en s’énervant qu’il était excédé par les congénères à lui (Ramdane n’est pas d’origine française…) bénéficient des prestations sociales ou en abusent. Moi, je lui répondais que c’était un droit patati patata et le ton a monté jusqu’à ce que Tonnégrande lui sorte ça. J’ai fini, moi-même, par me fâcher et par demander à Ramdane d’arrêter de parler de politique. Le ton a encore monté : « mais non, je parle de ce que je veux, j’ai bien le droit de dire que… » Le ton montait tellement que nous importunions les autres clients. Ramdane est parti fâché sans finir sa bière ce qui est très grave.

Hier, j’ai recollé les morceaux par SMS…

De la politique au bistro, on tirera plusieurs leçons.

La première : les électeurs sont en contradiction avec eux-mêmes.

Surtout à gauche, ils ont une posture politique pour affirmer leur bord politique (à droite, souvent, ils n’osent pas l’affirmer) mais sont en totale contradiction quand on étudie une par une les informations politiques.

Je crains ce soir si quelqu’un commence à expliquer à mes gauchistes en peau de lapin que la vitesse risque d’être limitée sur le boulevard périphérique. J’entends déjà le vieux Joël : « mais ils font chier, ils nous retirent une a une chacune de nos libertés. »

La deuxième, en complément : les partis politiques ont des positions politiques étranges.

Jean-Luc Mélenchon a mis l’écologie au centre du projet du Front de Gauche. Il nous parle d’écosocialisme et tout ça. Je ne sais pas s’il est sincère ou fait ça pour piquer des voix aux écolos officiels mais il est bien loin de son cœur de cible électoral, « les classes populaires », qui n’ont strictement rien à cirer de l’environnement.

Ils font probablement une erreur majeure.

La troisième, évidente : on ne parle pas de politique au bistro.

Enfin si… Mais on ne parle pas politique quand on sait que le ton monte systématiquement. J’ai essayé d’expliquer à Ramdane qu’il ne fallait pas parler de politique avec Tonnégrande (il ne viendrait jamais à l’idée à ce dernier de lancer un sujet devant Ramdane).

Je m’applique cette règle systématiquement avec certains. Même quand je ne suis pas d’accord avec Joël ou Ramdane, je leur donne raison.

La quatrième, en complément : certains n’arrivent pas admettre la règle précédente.

Il s’agit notamment de ceux qui ne sont pas habitués à débattre en politique. Ramdane et Joël ne parlent qu’occasionnellement de politique au bistro et ils savent très bien qu’on risque de s’engueuler (plus maintenant puisque je leur donne raison pour avoir la paix) mais ils continuent. Et ils insistent pour avoir le dernier mot, sans accepter que l’on puisse ne pas être d’accord avec eux.

A noter que l’on retrouve exactement la même chose dans les réseaux sociaux, notamment Twitter, où des lascars se sont retrouvés militants politiques en 140 caractères… mais aussi les commentaires de blogs (voir mon billet d’hier).

Le cinquième : il est très difficile de rester calme quand le ton monte.

Hier, j’essayais de « séparer » Ramdane et Tonnégrande mais, à la fin, c’est moi qui criait le plus fort : « Bordel ! Arrêtez de parler politique, c’est pareil à chaque fois ».

N.B. : C'est rigolo, je tape "politique bistro" dans Google Image pour chercher une illustration pour ce billet et la première image qui correspond au sujet vient de mon blog bistro.

10 commentaires:

  1. La politique est un sujet brulant sauf qu'il faut apprendre à prendre de la hauteur.

    La droite a échoué sur de nombreux dossiers, le bilan de sarkozy n'est pas satisfaisant pour le fonctionnement de notre société.

    La gauche Hollandaise pour l'instant n'a pas encore réduit les inégalités, le chomage, notre système centralisé de gouvernance,...

    Aux militants Mélenchonistes, on peut leur dire de revoir leur classique. Le programme est là et assez clair. L'écologie est une base importante du protectionnisme qu'ils ont envie de mettre en place.
    Après il y a toujours des énervés à droite comme à gauche.

    Mélenchon, sur ses idées me semble cohérent après quand j'entend les militants c'est différent. Il faut vraiment qu'il se penche pour tout comprendre.
    Après, il attaque sur tout donc au moins on sait qu'il n'est jamais d'accord avec Hollande.
    Ca sert à exister, on verra si ca sert à gagner des électeurs.
    En tout cas pour l'instant, il dit vrai sur la politique du gouvernement actuel en restant sur les faits personnels ( ce que moi je perçois comme non changement).

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    1. Je suis étonné de lire cette remarque.

      Il est interessant de voir le discours des militants.

      Je trouve fort de voir ton engagement derrière M. Hollande, autour de moi de nombreux militants disent ouvertement qu'ils ne se feront plus avoir et c'est moi qui suis obligé de dire " Hollande est sympas et plutot calme comme président ca change".
      Le changement de tempérament c'est maintenant.
      Pour eux, ils n'ont pas voté pour ca.

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  2. Pourquoi le ton monte-t-il toujours lorsqu'on parle politique, même entre non-militants encartés?
    Même quand on discute foot, ça reste plus calme.

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    1. Quand on parle foot, on sait qu'on n'est pas objectif. En politique, moins.

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  3. Ah tiens si j'avais lu ton billet plus tôt...

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    1. J'aurais mis un lien sur un billet un peu bistro que j'ai fait jeudi soir

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  4. je partage mon avis : c'est un beau billet

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