En salle

07 mai 2014

Pas facile de s'opposer, François !

Depuis que je tiens un blog, j’ai connu trois présidents, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande. A chaque fois qu’ils font une intervention importante, je guette les réactions de la majorité et de l’opposition. La majorité est assez facile à suivre. « Le président a tenu un discours de vérité. » « Le président a montré le cap pour un redressement dans la justice. » Des trucs comme ça, quoi ! Facile. Le rôle de l’opposition est plus délicat mais je trouve que la gauche était meilleure que la droite ne l’est aujourd’hui. Il faut dire qu’elle avait plus d’entrainement !

Toujours est-il que je trouve nos amis de l’UDI et de l’UMP ont été absolument nuls après l’interview de pépère, hier ! On a même vu Jean-François Copé exiger un referendum.

Ce matin, c’est Jean-François Fillon qui était l’invité de Jean-Jacques Bourdin, je crois (ou alors c’est Bourdin qui tweete n’importe quoi pour faire croire qu’il reçoit Fillon…), je n’ai pas écouté. Il a deux angles d’attaques : le plan d’économie est insuffisant et le report de l’élection régionale, le totalitarisme et tout ça.

C’est de bonne guerre, il faut faire du bruit mais je ne crois pas que les électeurs soient dupes.

A propos du plan d’économie, il est facile de leur rétorquer qu’ils n’avaient qu’à le faire quand ils étaient au pouvoir. Ils n’ont pas eu les couilles et ont fait n’importe quoi. Ce sont des mauvais gestionnaires.

A propos du report de l’élection régionale, il est probable que tout le monde s’en foute. Je me rappelle que la droite avait reporté l’élection municipale d’un an pour éviter qu’elle se passe en 2007, la même année que l’élection présidentielle. La gauche aurait pu gueuler au scandale, crier à la manipulation. Tiens ! On aurait pu dire qu’on avait une bonne dynamique pour les municipales car on était dans l’opposition, cette bonne dynamique aurait pu se répercuter jusqu’à la présidentielle. Non ! Il était évident que les deux élections ne pouvaient pas avoir lieu la même année.

Quelques années plus tard, la droite a fait une réforme territoriale et a ajouté, dans cette réforme, le rapprochement de l’élection régionale en 2014 au lieu de 2016. C’était un pur scandale : la gauche était très majoritaire dans les régions et la droite lui raccourcissait le mandat et la droite faisait en sorte que trois élections se déroulent la même année. Non ! On a gueulé contre la réforme territoriale qui était mauvaise, on n’a pas gueulé sur les détails. Arrivé au pouvoir, on a annulé cette réforme territoriale (la droite n’a pas vraiment gueulé sur le fond tellement elle était nulle) et on a repoussé d’un an l’élection. Hier, François Hollande a déclaré qu’on pouvait envisager d’ajouter encore un an de manière à pouvoir faire la vraie réforme territoriale avant. L’élection serait donc en 2016, soit à la date à laquelle elle aurait du être : 6 ans après 2010 !

Ainsi, la droite s’oppose sur des bricoles mais pas sur le fond : elle n’a rien. Tout le monde voit que des économies sont nécessaires : la gauche de la gauche en voudrait moins et la droite en voudrait plus mais la droite a eu l’occasion de faire. Tout le monde sait qu’une vaste réforme territoriale est nécessaire (mais n’est pas d’accord sur le fond) et la droite avait loupé la sienne.

Je ne sais pas l’impact des jacassements de l’UMP sur l’électorat…

Hier, on voyait beaucoup d’articles de presse sur le thème « François Hollande » arrivera-t-il à sauver son quinquennat ? L’ami Grandludo comparait les propos de François Hollande et de Nicolas Sarkozy, hier. Hollande : « Parlez de la France, aimez la France, faites vivre la France, vous êtes la France ». Sarkozy : « la France, tu l’aimes ou tu la quittes ».

Je ne sais pas ce qu’on retiendra du quinquennat de François Hollande dans quelques années. Je sais ce qu’on retiendra de ses prédécesseurs.

Mais je vais revenir sur François Hollande et quelques-uns de ses engagements. Au hasard, les dix premiers.

Engagement 1 : la création de la Banque Publique d’Investissement a été faite. Les autres volets de l’engagement seront couverts par la loi de décentralisation.

Engagement 2 : les produits d’épargne ont été adaptés pour permettre le financement des petites entreprises. La BPI leur permettra d’avoir un interlocuteur unique par région. Le crédit d’impôt recherche a été adapté pour elles. Leur accès aux commandes publiques est en cours. Le choc de simplification leur sera bénéfique.

Engagement 3 : le CICE et le pacte de compétitivité permettent la réduction des charges des entreprises qui produisent en France. Des taux d’imposition différents entre les entreprises ont été mis en œuvre selon leur taille. Des programmes et des outils de relocalisation ont été développés.

Engagement 4 : des plans ont été mis en place pour soutenir le numérique (comme les 34 projets…).

Engagement 5 : une directive européenne est en cours pour définir les services d’intérêt généraux. La loi « Hamon » apporte de la sécurité aux consommateurs.

Engagement 6 : les intérêts des marins et agriculteurs français en Europe ont été préservés.

Engagement 7 : avec la loi bancaire, les dépôts des clients ne peuvent plus être utilisés pour des activités spéculatives et imposent aux entreprises de prouver que les activités de leurs filiales dans les paradis fiscaux sont conformes. La taxe sur les transactions financières est active.

Engagement 8 : les frais bancaires ont été plafonnés et la loi « Hamon » renforce le contrôle des prêts à la consommation.

Engagement 9 : l’équilibre budgétaire sera établi en fin de mandat. Les niches fiscales sont progressivement limées.

Engagement 10 : la RGPP a été stoppée. Les fonctionnaires aux plus bas salaires sont progressivement augmentés.

L’opposition n’est pas quelque chose de facile. Pourtant, il y a du fond : la gauche avait un projet et le met en œuvre progressivement. Vous pouvez lire le bilan sur le site de l’Elysée. La droite n’a jamais eu de projets (autres que de revenir sur les 35 heures, n’oublions pas…).

Peut-être qu’on retiendra de François Hollande que c’est le président de la République qui a fait le plus de réformes ?

Pas facile (bis) de s’opposer. Alors, il faut crier !

Ainsi, François Fillon dit : François Hollande échouera au sujet du chômage, comme s’il le souhaitait.

Tout ce qu’on sait, maintenant, c’est qu’il y a eu un million de chômeurs de plus lorsque François Fillon était premier ministre.

Pas facile (ter) de s’opposer. C’était mieux avant…

24 commentaires:

  1. la chute de ton billet est terrible...

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  2. ça rue dans les brancards... ça veut dire qu'il a été très bon chez Bourdin !

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  3. je l'ai entendu ce matin
    il était comme d'hab , un zombie dans l'ombre du sarkozisme

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  4. Heu, Fillon, c'est pas Jean François, ça suffit déjà avec un

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  5. Engagement 1 et 2: Ok
    Engagement 3: Quid de cette partie, j’engagerai avec les grandes entreprises françaises un mouvement de relocalisation de leurs usines ... J’instaurerai, pour les entreprises qui se délocalisent, un remboursement des aides publiques reçues.
    Une distinction sera faite entre les bénéfices réinvestis et ceux distribués aux actionnaires ?
    Engagement 4: Ok
    Engagement 5: Il devait demander à l’Union Européenne une directive sur la protection des services publics ... après les élections peut être.
    Engagement 6: Dommage que la réorganisation des rapports de force entre producteurs et grande distribution n'ait pas été faites.
    Engagement 7: Et supprimer les stock-options et encadrer les bonus ? Sinon la séparation des activités spéculatives des activités de dépôts des banques n'a pas eu lieu. Le projet a été vidé de son contenu et rien n'a changé. Le lobbying bancaire a été très efficace. Tant qu'à la taxe sur les transactions financières c'est une véritable blague ! Elle rapportera peut être 5 milliards d'euro à l’échelle européenne en 2016, très loin du texte de départ déjà peu ambitieux mais sans doute trop pour monsieur Moscovici qui fait partie de ceux qu'ils l'ont torpillé. Ça fera un bon commissaire européen on ne sera pas dépaysé !
    Engagement 9: On en sait rien ... peut-être ... ce qui est sûr c'est que les 3% en 2013 c'est raté (et c’est pas bien grave).
    Engagement 10: Ok
    Sinon ... 11, les euro-obligations ça à l'air mal barré non ? Et 12 le budget européen 2014-2020 il a pris cher !
    En tout cas une chose est sûre, pour l'opposition c'est l'enfer, c'est mission impossible d'être crédible lorsqu'on critique quelqu'un qui fait a peu de chose près la même politique économique que la vôtre :) Ils sont obligés de se radicaliser pour faire apparaître une différence en se disant, sans doute à juste titre, que si les gens ont supporté ça de la gauche alors ils pourront aller bien plus loin... Du coup on finira par regretter pépère quand il se sera fait mettre à la porte !

    J'en tremble...

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    1. Va donc lire ça : http://www.stopbashing.org/2014/05/07/le-changement-est-en-cours

      Tout ne peut pas faire en un jour.
      Je réponds seulement à un truc : je ai jamais cru à la séparation des activités des banques. Il fallait être bien naïf pour y croire et ne rien connaître à l'économie. Tu as que ce que tu mérites.

      Je t'explique : un client prend une assurance vie et c'est dans le contrat que c'est placé en bourse, donc en spéculation. Comment veux-tu séparer les activités ?

      Comment veux-tu interdire de rémunérer les salariés de la boîte en actions ? D'ailleurs on s'en fout ! Ce qui importe est de taxer la rémunération. Ça se met en place.

      Un jour, il faut revenir dans le vrai monde.

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    2. Zut alors ... j'ai encore eu tord de croire au programme.
      Cela dit c'est aussi évident et qu'il faut vivre dans le "monde réel", qui est bien entendu une fatalité inaltérable ... pourquoi donc faire des promesses intenables ? C'est uniquement pour les naïfs comme moi ?
      Ça a marché ... grâce à toi qui vient de m'ouvrir les yeux ça ne marchera pas deux fois :)

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    3. Tu as pas tord mais tort. Les promesses étaient pas intenables, ce qui a pu être fait a été fait.

      Reviens sur terre.

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    4. Aux temps pour moi pour la faute !
      Sinon c'est un peu facile. Si il voulait le faire il aurait pu. Soit il est incompétent et s'est imaginé que c’était possible alors que ça ne l’était pas, soit il n'a jamais voulu le faire. Je pense qu'il est très au fait de ce qu'il est possible et de ce qui ne l'est pas. Soit intellectuellement honnête. Plutôt que de béatement dire qu'il fait au mieux pour suivre son programme, admet qu'il n'a jamais eu l'intention de tout faire et que beaucoup de propositions étaient la pour avoir les voix de la gauche. Admet également que ces mêmes gens, qui à tes yeux sont des naïfs utopiques qui vivent dans un monde rêvé et qui sont de surcroît des crasses en économie, puissent se sentir trahis après avoir voté pour quelqu'un qui devait apporté le changement et qui n'a fait que poursuivre la politique économique de Sarkozy (en version light).
      Je me souviens, pendant la campagne, ou après le discours du Bourget (ou je n'ai jamais lu un de tes billets disant que certaines mesures étaient irréalistes et qu'il devait revenir sur terre) j'ai passé du temps sur twitter a tenter de convaincre des gens du FG de voter pour lui et qui ne cessaient de dire que tout ça c’était du bidon et qu'il ne ferait jamais cette politique.... Merde alors ... ils avaient raisons ... j'avais torT ... je sais le reconnaître !

      Je ne lui reproche pas de ne rien faire, ni de ne pas aller assez vite. Il assume une politique économique de centre droit car c'est sa conviction, pas car c'est la seule possible dans ton vrai monde. Voilà ce que je lui reproche !

      Reviens sur terre !

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    5. Cette faute n'est pas grave mais m'énerve particulièrement. Pour le reste c'est un économiste, prof d'économie,...

      Ce n'est pas une politique économique du centre droit mais du centre gauche. Arrêté de vouloir définir ce qu'est la droite et la gauche. L'engagement 3 de Hollande était la réduction des déficits et il fait en gros tout ce qu'il avait annoncé pendant la primaire.

      Mais c'est con, il faut être élu pour appliquer une politique. Ce que tu as fait sur Twitter (comme moi dans mon blog) ne sert à rien : Hollande a été élu parce qu'il avait donné des garanties au centre droit (l'engagement 3). Les gens de gauche auraient voté pour lui pour virer Sarko. S'il réussi à réduire la dette? Le chômage, la gauche votera pour lui au second tour en 2017, tout comme le centre droit. Mais on eT d'accord, ce n'est pas gagné.

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    6. Et tu as fait une faute à "aux temps" qui aurait dû s'écrire "au temps" (voire "autant" qui est toléré mais c'est un vieux débat).

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    7. Oui je l'ai vu trop tard le "aux temps", j’étais sur que tu le relèverais :)

      Sinon la réduction des déficits n'est, pour moi, ni de gauche ni de droite.
      Ce sont les méthodes pour y parvenir qui sont soit de gauche soit de droite.

      Et pour moi le centre gauche n'existe pas. Le centre c'est de la droite light, certain appelle ça de la sociale démocratie. Ça n'est pas une idéologie du reste, c'est une méthode pour rendre la politique "du monde réel", plus acceptable à la grande majorité des gens pour qui la vie (est/devient/sera) de plus en plus difficile. Pour le PS c'est aussi un renoncement. Et l'excuse absolue, qui n'est, à mon sens, absolument pas recevable, c'est "bah oui mon pauvre monsieur, mais, soyez réaliste, on peut pas faire autrement".

      Je ne partage pas ton analyse électorale. Grosso modo 70% des français pensent que la réduction des déficits doit être une priorité. C’était donc une mesure très consensuelle.
      Et c'est au deuxième tour qu'on gagne avec le centre. Au premier on rassemble son camp, donc il devait attirer le maximum de voix de gauche pour être en tête. Le Bourget et le coup de la taxe à 75% étaient la uniquement pour ça.

      Début janvier les sondages sont un peu moins bons, l'effet primaire s'estompe et sarko profite de sa position pour faire un début de campagne sans être candidat. Hollande fait le discours du Bourget (A mon sens l’élection a été pliée à ce moment). Il monte jusqu'à 34-37% pour le premier tour, puis ça rebaisse et au moment ou il atteint les mêmes niveaux que début janvier 27-28 ... il sort la taxe à 75% du chapeau, la baisse est endiguée et il termine en tête au premier tour avec près de 29%.

      Pour le second tour en revanche, plus aucune concession pour la gauche, car en effet il sait très bien qu'ils ne voteront pas sarko, il a pu recentrer !

      C'est un très fin tacticien ... c'est une qualité ! Dommage qu'il ne soit pas socialiste :)

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    8. Ton coentaire est trop long. Je n'ai pas que ça à foutre. Tu fais partie des connards qui disent ce qu'est être de gauche de façon péremptoire.

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    9. Donc tu as lu et ta réponse haineuse me donne raison ... le connard te souhaite bonne nuit :)

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    10. Elle n'a rien d'habitude mais en huit ans de blogs, je repère assez facilement les abrutis qui cassent les burnes en voulant avoir raison et qui ne savent pas terminer les conversations.

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  6. Au fait je suis allé lire le site pointé par ton lien et première phrase y'a une erreur : "2 ans et un jour. L’élection de François Hollande était liée à un rejet de Nicolas Sarkozy et reposait surtout sur 60 engagements auxquels nous croyions"
    Ils ont oublié de rajouter "auxquels nous croyions nous les naïfs" ;)

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    1. Lis donc le reste pour voire ce qui a été faut en deux ans sur cinq. Parce que les peine à jouir qui voudraient que l'on résolve les malheurs du monde en claquabt des doigts ne m'intéressent pas.

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  7. La droite gesticule pour faire oublier sa décennie catastrophique, c'est du vent!

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