En salle

30 décembre 2015

De l'année Macron à l'année des réformes

J’ai passé une partie de cette fin d’année à taper sur le PS à un point que j’ai failli passer à côté des billets neuneus d’usage en cette période, du genre 2015 fut pourri attendons 2016. Je vais donc prendre une personnalité politique au hasard, en faire l’homme de l’année et rédiger un billet tout en continuant à taper sur le PS. J’ai choisi Emmanuel Macron, notre propre sur lui ministre de l’économie et d’autres trucs.

 

Néanmoins, avant de me plonger dans la rédaction d’un billet qui restera dans les annales des billets rédigés sur ce blog aujourd’hui, je vais faire quelques précisions. Tout d’abord, si je tape sur le PS et les militants, parmi lesquels beaucoup de copains à moi qui pourraient se fâcher en lisant mes propos mais qui ne doivent pas oublier que je pourrais leur dire la même chose en rigolant au comptoir, c’est parce que je pense qu’ils sont incapables de se renouveler, d’adapter leur schéma de pensée à notre monde actuel, et que la gauche va tout perdre à cause d’eux.

 

On me rétorquera que je me trompe peut-être, voire sûrement, et que c’est à cause d’abrutis comme moi que la gauche va tout perdre. Je veux bien plaider coupable car la question n’est pas là. Elle n’est pas là car je ne compte pas. Je ne suis pas un militant politique au sein d’un parti, une personnalité à qui l’on a confié le rétablissement de la France,… Je suis un blogueur, donc chaque billet est lu par entre 500 et 800 personnes. Je ne sais pas d’où ils viennent, à part pour les copains et pour des militants proches de François Hollande qui viennent vérifier que l’on peut continuer à rigoler en défendant leur idole. Je n’ai pas la prétention de convaincre des électeurs mais seulement des lecteurs, des militants, de leur dire ce que je pense être « la voie ».

 

Quant à Emmanuel Macron, soyez rassuré si vous tenez à l’être : je n’aime pas le personnage ou, du moins, je n’ai jamais aimé les ministres de l’économie qui n’ont jamais été réellement militants politiques et surtout jamais été élus. C’était le cas avec de précédents guignols comme Mme Lagarde, et MM. Breton et Mer. Ils ont à répondre à des élus du peuple sur les sujets les plus importants et à mener des politiques dans des domaines primordiaux or ils ne savent pas ce qu’est la politique et la confiance du peuple. Au moins, par exemple, Arnaud Montebourg, que je ne porte pas dans mon cœur, avait déjà mouillé sa chemise pour les citoyens avant d’être propulsé à Bercy. Je ne parle pas des compétences en économie que je ne peux juger. Et si les ministres devaient être compétents dans les domaines qu’ils ont en charge, ça se saurait.

 

Revenons à Monsieur Macron et au problème qui n’a pas manqué de nous faire rire en 2015 et qui, je pense, continuera à nous égayer bien après mai 2017, même si les conséquences peuvent être funestes : dès qu’il dit un truc ou fait une proposition, les militants de gauche lui tombent dessus pour différentes raisons et ils sont presque systématiquement à côté de la plaque.

 

Commençons donc par le cas où ils n’étaient pas à côté de la plaque. Cet été, Manu a parlé en clôture de l’université d’été du MEDEF la « fausse idée » selon laquelle « la France pourrait aller mieux en travaillant moins ». C’était une connerie parce que cela était une critique des 35 heures, plus ou moins humoristique mais qui ne dénoterait pas dans un discours de Nicolas Sarkozy. Manu, je t’explique. Les 35 heures sont d’abord un seuil : celui du nombre d’heures à partir duquel s’applique les « heures supplémentaires ». C’est aussi le nombre d’heures de travail maximum fixé par la loi pour empêcher les gens d’en faire plus pour que d’autres puissent profiter du surplus. C’est un instrument de partage du travail et de redistribution. En outre, dire que la gauche serait favorable à moins de travail est délirant : la gauche veut que chaque type travaille moins de manière à ce que chaque type voulant travailler plus le faire. La gauche ne parle pas de la quantité totale de travail, ce en quoi elle a d’ailleurs tort, y compris le ministre de l’économie, parce que la mondialisation, les progrès technologiques, … font que la quantité de travail disponible continuera à diminuer. Fais gaffe à ce que tu dis, Manu.

 

Tu as parlé des fonctionnaires, une fois. Tu as dit que le statut des fonctionnaires n’est plus « adéquat » pour certaines missions. Tu avais parfaitement raison (mais c’était une double bêtise : le président a dû te recadrer et ce n’était pas à toi d’ouvrir le débat). Nos braves gauchistes ont cru que tu voulais t’en prendre au statut des fonctionnaires, ce qui n’était pas le cas et tu n’as pas dit que certaines missions de l’Etat ne devaient pas être assurées par des fonctionnaires. Mais tu connais l’effet « petite phrase ».

 

Il  n’empêche que tu as raison de soulever le problème.  Par exemple, dans les communes, il y a des missions qui ne doivent être assurées que par des fonctionnaires territoriaux, comme l’Etat civil. Mais l’entretien des parcs et jardins ? Si une municipalité a le choix entre l’emploi de fonctionnaires et l’appel à la sous-traitance, n’est-elle pas plus ou moins obligée d’opter pour cette deuxième solution ? Cela ne serait pas plus simple si elle pouvait embaucher un type en CDI… La conséquence est la multiplication d’offices divers dans notre mille-feuilles territoriale et l’augmentation de la sous-traitance, donc de l’appel au secteur privé pour du pognon public, de la précarisation des salariés, du salariat déguisé en saloperies comme les contrats d’autoentrepreneur que les patrons, voire les collectivités territoriales peuvent virer du jour au lendemain… Tu as raison de soulever le problème, qui est bien de gauche mais n’existe qu’à cause de la défense de principes de gauche par des individus qui semblent vivre sur une autre planète.

 

Je pourrais passer deux heures sur chaque sujet mais il m’en reste deux à évoquer, le travail le dimanche, évidemment, mais aussi la libération des transports en car. Commençons par ce dernier sujet.

 

Tu as dit une connerie. Fais gaffe, bordel. En gros, tu as dit que les pauvres pourraient voyager. Tu as totalement raison mais attention aux mots utilisés. Il n’empêche que la réaction de nos vieux gauchistes vigilants des réseaux sociaux a été à pisser de rire. Comme ils s’autoproclament défenseur des pauvres, ils s’imaginent savoir mieux que toi et moi ce qu’est être pauvre comme si un type avec un salaire à cinq chiffres ne pouvaient pas s’imaginer les difficultés que l’on peut avoir à vivre avec deux chiffres de moins. Ils se rendent totalement ridicule ce qui n’est pas très grave mais sont contreproductifs politiquement parlant parce qu’ils montrent qu’ils ne savent pas ce que c’est que d’être pauvre, d’avoir besoin d’un transport pas cher pour faire un aller-retour Paris-Douai sans passer par la SNCF. Ils se déconnectent du peuple. Et le seul moyen de mettre un aller-retour Paris-Douai à 30 euros est qu’un industriel, un entrepreneur, se dise : chiffe ! Je trouverais bien 30 clients chaque semaine, je tente l’expérience, tant pis si je perds. C’est de gauche : cela crée un emploi, rend service aux gens,… C’est même du libéralisme de gauche mais c’est un gros mot. 

 

Alors après, ils ont sorti ce qu’ils appellent des arguments de fond, dont un, prends des notes : cela fait de la concurrence à la SNCF. Ils oublient d’approfondir par une sournoise question : et alors ? La SNCF est déjà soumise à la concurrence et elle ne remplit pas que des missions de service public. Tiens ! C’est la plus grande agence de voyages en ligne en France (et peut-être en Europe), jouant des coudes avec un tas d’opérateurs privés. Qu’est-ce que l’Etat, le service public, vient faire dans ce bordel ? En tant que transporteur, opérateur du TGV, elle est en concurrence avec l’automobile (y compris le covoiturage), l’avion,… Du fait qu’elle est en concurrence, elle est obligé d’avoir un système de tarification un peu particulier et de tirer les prix sur les lignes où elle est en difficulté, c’est-à-dire celles qui fonctionnent bien ce qui fait qu’elle n’a plus de pognon pour les autres, ce qui l’empêche d’assurer sa mission de participation à l’organisation territoriale, à leur égalité,… Et ce sont donc des compagnies de car privée qui assurent le job, éventuellement subventionnées par les collectivités territoriales. Et au non de principes de gauche, il faudrait empêcher les compagnies de car de remplir certains services ? Mon dieu ! Dans quel état est la gauche ?

 

Finissons par le travail le dimanche ! Là, tu as fait parler du monde et moi le premier, attaché comme je suis au temps de travail et à la législation autour des horaires. Mais les protestations de la gauche ont été ridicules, à un point que j’ai changé d’avis. Tout d’abord, le repos dominical est à la fois un héritage catholique et une conquête sociale. Dire s’il est de droite ou de gauche me semble un peu compliqué. Mais quand un défenseur qualifie les opposants de droitier, c’est très drôle. Il est de règle dans notre droit du travail depuis 1906 de la suite de lutte sociale suite à une catastrophe minière. Plus exactement, ce n’est pas le repos dominical qui a été institué à cette occasion. Ce sont les autorités qui l’ont fixé le dimanche pour calmer les curés, échaudés depuis la loi de 2005.

 

D’ailleurs, on se demande bien pourquoi les gauchistes d’aujourd’hui défendent le repos dominical alors qu’ils sont si prompts à renier notre héritage religieux…

 

Ils ont défendu le repos du dimanche, au moment de ta loi, mais se sont rendus ridicules auprès des électeurs, des citoyens en en faisant une priorité car, justement, ce n’est pas une priorité, ce n’est pas un enjeu majeur en France, aujourd’hui, d’autant que les gens ont besoin de travailler et de faire des courses. Et en adoptant une position de principe (ce que j’ai fait aussi parce que je suis attaché, justement), ils ont balayé d’une main toute réflexion (ce que je n’ai pas fait mais pour une raison qui n’a rien à voir… En tant que réac de gauche, je ne supporte pas les centres commerciaux et les andouilles qui s’entassent pour acheter des conneries, voire qui considèrent comme un loisir le fait d’aller faire des achats pour autre chose que des frivolités). 

 

En se focalisant sur le travail du dimanche et sur le fait que c’est un acquis social à défendre, ils ont montré qu’ils n’étaient pas du tout ouverts à des réflexions sur l’évolution de la société. 

 

Ainsi, la gauche à un tas de tabous, j’ai parlé ici du rôle de la SNCF, du statut des fonctionnaires alors que j’aurais du parler des missions de l’Etat en termes d’aménagement du territoire, du statut des fonctionnaires mais aussi du rôle des fonctionnaires dans les missions de service public. J’ai parlé du travail dominical mais le tabou devrait être restreint qu’aux conditions d’ouverture des zones commerciales et des grandes surfaces en centre-ville. Et j’ai parlé des 35 heures.

 

Il y a des tabous qui ne devraient pas en être et c’est aussi ta mission, Manu, de rentrer dedans… Il y a des tabous auxquels on ne peut pas toucher. Quand on parle des tabous, on passe pour des méchants, des gars de droite. Mais si on n’en parle pas, on n’en parle pas. Et on ne peut pas détecter ce qui devrait être changé, comme la capacité des collectivités territoriales à embaucher des CDI ou des compagnies de car à contribuer à l’aménagement du territoire tout en permettant à des personnes n’en ayant pas les moyens, de voyager.

 

Tout en créant de l’emploi.

 

C’est pour ça, Manu, que je souhaite que l’on parle beaucoup de toi l’année prochaine parce que tu arrives à faire passer la gauche socialiste pour archaïque. Tu as même réussi à ringardiser Manuel Valls, c’est dire. Et la gauche ne gagnera pas en 2017 si elle n’est pas moderne, si les militants ne changent pas, si les cadres du partis conservent des positions de principe, souvent, seulement, pour pouvoir rester ces petits cadres qui ont l’impression de peser sur l’avenir du monde.

 

Ils pèsent, effectivement. Mais pas du bon côté de la balance. 

10 commentaires:

  1. Il est bien, ce billet.
    Deux détails :

    "les curés, échaudés depuis la loi de 2005" :
    petite erreur d'un siècle...

    "Tu as parlé des fonctionnaires, une fois."
    Je ne savais pas que vous étiez belge. (comme le kamikaze belge : " Je vais me faire exploser, une fois")

    "

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  2. Très vrai tout ça. Et merci de m'avoir fait rajeunir quelques instants en parlant de concurrence car/sncf.
    Quand la senecefe a commencé les études sérieuses sur le TGV 'de mémoire dans les années 70), c'est Air France qui a essayé de serrer les freins car notre transporteur aérien sentait arriver la concurrence sur les lignes aériennes.
    Comme quoi tout est renouvellement.
    Et bon bout d'an.

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    1. Merci.

      Le parallèle avec Air France (ou Air Inter...) est bon parce que notre compagnie nationale a dû faire face à une vraie concurrence, bien pire que la SNCF, qui, en plus, est propriétaire des infrastructures.

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  3. Un billet copieux ! Pas mal de choses qui sont dites là dedans avec lesquelles je suis d'accord...Et d'autres aussi avec lesquelles je ne suis pas d'accord...Mais en tout état de cause, je crois qu'il faut en effet affirmer que la société change (et je suis bien placé pour l'analyser à l'âge où je suis arrivé, même si je ne me considère pas encore comme un vieux con...) Et il faut donc "faire de la politique autrement..." Notamment, en rajeunissant la "classe" politique...Et en rajeunissant aussi les concepts et les idées pour lesquelles on se bat, qui doivent s'appuyer sur la "vie réelle"...Ce qui n'empêche pas d'avoir une conception de la société, de la défendre, et de la confronter avec les autres...

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    1. Oui il y a des valeurs. Ne les oublions pas. Mais ne transformons pas en valeurs ce qui n'était qu'un projet au siècle dernier.

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  4. les ceusses (dits laicards) qui défendent le repos dominical sont les m^mes qui réclament la suppression des jours fériés religieux (Pâques, Noel ,15 août , Toussaint , etc)
    va comprendre Charles !

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  5. Très bon billet de fin d’année. Je me fends d’une réponse un peu moins laconique que ces derniers temps, pour bien finir l’année aussi.
    1. PS : OK sur tout. Moi aussi, hier, la patiente infinie que je suis a fini par s’énerver. C’est dire !
    2. Macron : Si Manu et Pépère l’ont choisi, c’est pour sa compétence et montrer sans doute aux « frondeurs » qu’on peut se passer d’eux ! Je trouve que ça a quand même calmé les esprits.
    Oui, tu as raison, il doit être prudent dans sa manière de communiquer : mais les autres vont pas la lui boucler sans arrêt non plus.
    3. Sur les transports : c’est sans doute une maladresse d’avoir dit que l’autocar allait régler le problème de voyage « des pauvres »…ou de ceux qui le sont moins mais doivent faire attention. La politique commerciale de la SNCF a été jusqu’ici aberrante. C’est d’une grande injustice de proposer un moyen de transport plus dangereux, moins rapide et moins confortable aux gens obligés de faire attention à l’argent (billet Montpellier/Paris,166€ le 3 janvier et 45€ le 10 !!! : tu vois pas ta famille pour les fêtes. Point.)
    4. Magasins fermés le dimanche : on peut prier en semaine, les gosses sont chez l’autre parent un dimanche sur deux : l’aménagement du temps est souhaité par tout le monde.Les vitrines des centres ville barbouillées d’affiches car fermées, ça suffit ! Le monde change, il se fout de la lutte des classes, il veut de la raison et de la justice et des lois pour cadrer le sujet.
    5. Les fonctionnaires : c’est que la presse souvent déforme les propos : le projet de loi sur la déontologie, les droits et obligations des fonctionnaires est là http://www.assemblee-nationale.fr/14/ta/ta0594.asp et fait l’objet d’une concertation très approfondie.
    6. La sous-traitance et l’emploi de contractuels dans les communes. Les contractuels ne sont pas forcément brimés : ils accèdent aux concours internes. La sous-traitance fait l’objet de marchés publics, dès le premier €
    7. Donc tu vois, on est d’accord sur tout : les mêmes qui reprochent que le Gvt ne fait rien, s’accrochent à leurs vieilles lunes et accusent de « remettre en question les principes républicains » dès qu’on bouge, principes dont ils se font une idée à géométrie plus ou moins variable.
    Bonne fin d’année et à l’an que ven !
    Plein de bises !

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  6. C'est avec plaisir que je regarde votre site ; il est formidable .j'ai bientôt quatre vingt printemps et je passe du temps vraiment très agréable à lire vos jolis partages .Continuez ainsi et encore merci.

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