En salle

02 juillet 2017

Adieu Pierre Danet !

Ca va faire un mois qu'il est mort et je n'ai toujours pas réussi à faire un beau billet pour parler de mon ami. De notre ami. Souvent, j'ouvre mon Word et essaie d'aligner les mots. Ce midi, pendant l'apéro, je viens de décider de faire un billet "en live". Ce qu'il aimait chez moi. Et qu'il aurait probablement aimé. 

J'ai connu Pierre, alias Disparitus, dans les blogs, à la grande époque. Nous sommes rapidement devenus potes puis sincèrement amis pour différentes raisons. Je vais en parler via mes trois blogs de l'époque, Partageons mon avis, Partageons nos agapes et Partageons l'addiction. 

"Partageons" était le centre de la vie de Pierre. Je vais raconter une anecdote. Il y a bientôt deux ans, nous avions reçu DSK, à la Comète. J'avais invité des copains blogueurs politiques, mais j'avais tenu à avoir quelques pointures, dont Pierre (j'y reviendrai). Il m'avait répondu "OK, mais je peux venir avec mon beau-père, ça va le faire marrer". 

Partageons mon avis. Le blog politique. Le présent blog, en errance, a récupéré les archives. Avec Pierre, nous étions assez proches. Lui plus libéral que moi et moi plus gauchiste que lui mais plus libéral de gauche. Inexplicable. Nous avions une connivence certaine, comme si nous étions à peu près les seuls à se rendre compte que ce que nous racontions sur les blogs n'avait strictement aucune importance. Nous pouvions nous placer au dessus des autres car on savait qu'on ne pesait rien, à part 110 ou 120 kg chacun. 

A ce stade, je vais ajouter un gros à mon billet. Appelons-le Hip, puisque le l'appelais ainsi dans ce blog. 

Partageons nos agapes. Je ne sais comment Pierre et Hip se sont rencontrés. Sans doute dans les commentaires de mon blog. On s'en fout et le monde est petit. Tous les trois nous avons rapidement constaté une passion commune. Bien boire et bien manger. Je ne sais pas si on peut se qualifier d'épicuriens. Eux peut-être. Moi pas. Nous aimions nous retrouver au restau. Autour de bons plats, de bons vins,... Ils connaissaient réellement le vin. C'était pour moi un bonheur de les écouter. Ils avaient tous les deux un secret pour découvrir des petits restaus, des lieux de bonheur. J'étais un petit joueur mais j'apportais ma pierre à l'édifice par ma connaissance des brasseurs. 

Le frère de Pierre tenait un de ces sublimes petits restaus dans Paris. Je pense beaucoup depuis un moi à lui et à son épouse. 

Hip, si tu meures avant moi, je ferai un billet avec ces paragraphes. Mais Pierre avait 52 ans, moi 51, toi 50. 

Je vais parler d'Hip, un peu. Si je leurs avant lui, son hommage sera prêt. C'est un personnage fabuleux. Il est archéologie, éditeur, formateur et surtout astromachin, maître de conférence, grand scientifique... Si j'en parle, c'est que Pierre était fasciné par cette multitude casquettes. 

Et qu'il était éditeur. Pierre était une huile. Directeur de l'innovation numérique chez Hachette, ou un truc comme ça. Il représentait sa boite au W3C, à Cap Digital et plein de trucs comme ça. On va reprendre dans l'ordre mais ce qui nous unit, aussi, c'est l'informatique. C'est mon métier, pas le leur. Mais ils y connaissent (ou connaissaient...) bien plus que moi. 

Partageons l'addiction.  Mon troisième blog. Feu mon troisième blog. J'y parlais nouvelles technologies, blogs, réseaux sociaux,... Pierre me suivait toujours dans mes découvertes, nous avions la même soif de découverte de nouveaux gadgets et, avec mon "réseau", j'en avais plein à présenter. Dans ce blog, j'aimais bien parler de politique autour des nouvelles technologies. Quand je faisais un billet sérieux, j'avais environ 200 lecteurs, autant dire rien avec toutes les andouilles débarquant suite à une recherche Google. Mais j'avais Pierre. Toujours. 

Nous avions les mêmes centres d'intérêt. Je vais en citer deux. 

Le premier : la normalisation. Ce qui permet à deux applications, deux serveurs,... de parler ensemble. Et il était membre du W3C, l'organisme chargé de normaliser internet au niveau mondial. J'étais ébahi : un pote d'agapes était une huile au niveau mondial ! Et dans un secteur qui me passionne : la normalisation. 

Le deuxième : l'anti "digital washing", un truc qu'il avait inventé. En gros, il nous fallait lutter contre les cons qui présentent les évolutions technologiques comme des vertus du numérique. Je vais donner un exemple : depuis 1984 ou 1985, je peux suivre mes comptes bancaires en ligne. Avec le Minitel puis avec Internet. Le fait que les banques proposent des sites web pour suivre les comptes n'est pas du numérique. C'est du progres technologique. 

Le numérique est ce qui est du progres "tout court", parce qu'il apporte de nouveaux services, des nouveaux processus, des baisses de coût,... 

Avec Pierre nous réfléchissions beaucoup à cela. Il était directeur de l'innovation chez un grand éditeur et je suis, pour résumer, responsable des applications autour des distributeurs de billets pour deux grosses banques et leur filiales. Je ne sais même pas si Pierre et Hip le savaient tellement mon boulot est indescriptible. 

Merci, Pierre,  pour tout ce que tu m'as apporté, au niveau du partage, de la convivialité, du numérique,... De la vie. 

Je vais passer à table, à la Comète. Un mois après ta mort, j'ai la larme à l'œil. Ces cons n'ont plus d'andouillettes. Mais la Côtes-du-Rhone du mois semble parfaite. 

Adieu l'ami. 

18 commentaires:

  1. La rencontre virtuelle, oui c'était via les blogs et sans doute le tien à l'origine, ou ton twitter.

    La première rencontre IRL en revanche je m'en souviens très bien, c'était à la Comète, grâce à toi, avec FalconHill. Et je me souviens aussi de la surprise des points communs avec les deux.

    Du coup, avec ma casquette éditeur, j'ai assisté à des réunions du W3C à New York, Paris et San Francisco, encouragé par Pierre. Le partage, toujours.

    Dans l'église, pour ses obsèques, je me suis rendu compte que je connaissais, outre des gens de sa famille, beaucoup de gens de chez Hachette, de Cap Digital. Et du W3C s'ils n'avaient pas eu une réunion à New York ce jour-là — avec une minute de silence pour Pierre au programme. Le partage, encore. Et l'art de faire se rencontrer les gens en identifiant ce qui allait les rapprocher.

    Il faudra continuer à parler de digital washing, mais sans lui. Ça va être difficile.

    Et je peux reprendre ta phrase telle quelle :

    Merci, Pierre, pour tout ce que tu m'as apporté, au niveau du partage, de la convivialité, du numérique,... De la vie.

    Hip

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    1. Je me souviens aussi de cette rencontre. Premiere image quand nico m'a informé de la mort de ce collegue commun et tellement intéressé aux autres

      On avait passé une chouette soirée.

      J'aimerais remonter vous voir Hip'et Nico

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    2. Viens !

      Le plus drôle est que, pour moi, c'était une soirée normale. Entre potes en terrasse de mon bistro fétiche. Pourtant, je ne l'oublierai jamais.

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    3. J'aimerais bien venir...

      Et oui c'était normal, et c'est ça qui était top sans doute, et pour ça qu'on l'oubliera pas.

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    4. Oui ! La Comète a un côté magique (l'éclairage, le décor... ?), je l'ai déjà dit. Et Pierre était lui même magique, dans la rigolade, la décontraction, l'amitié...

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  2. Beau billet.
    Je garde l'anti digital washing.A fond pour.
    Sinon pour mes vielles artères, La perte d'un de mes potes est toujours une drôle d'histoire. Je pense à eux épisodiquement en croisant un lieu, une phrase ou un ami commun.
    A ce moment la,c'est très étrange,c'est comme si ils étaient toujours la, dans le coin.
    À me snober, goguenards.

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  3. Pierre quoi, j'attendais ton billet il est beau. merci Nicolas

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    1. De rien. Il fut dur à pondre.

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    2. J'imagine qu'il devait être dur. Mais il est magnifique et un bel hommage à ton image. A l'image de ceux qui l'ont rencontré dans ces mêmes conditions et l'ont apprécié

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    3. Il était dur dans la mesure où j'ai mis un mois. Ce midi il est sorti d'une traite.

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    4. je comprends çà fait 6 ans que chaque année il prenait du temps chaque debut juin pour me donner un grand coup de pied au cul et des encoragements pour relancer la radio.
      putain que le démarrage a été dur cette année
      mais beau et dur billet je te le redis

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