En salle

05 septembre 2020

D'où suis-je ?

Romancière prise à parti par hasard...
Certes, cela fait 173 jours que je confinement a commencé mais nous sommes mi déconfinés depuis quelques mois et cela en fait trois que je suis à Loudéac, en Centre Bretagne, ma ville natale, dans la maison construite par ma mère (enfin… pour ma mère) en 1959, agrandie dix ans plus tard pour cause d’accroissement exponentiel du nombre de personnes au foyer. Elle est maintenant confinée dans une maison de retrait et je suis là, seul… Vous allez dire que je radote à toujours dire cela mais j’ai toujours l’espoir d’avoir de nouveaux lecteurs. Il faut que je plante le cadre.

Mon bistro préféré étant fermé le lundi soir, je vais, ce jour, au café de la gare, près de chez moi, tellement prêt qu’il n’est pas rare que j’y passe une petite heure d’autres jours. Les patrons sont sympa. La plupart des clients sont des habitués qui vivent dans le coin. Au départ, ils me regardaient bizarrement, comme c’est la règle. Mais qui est ce type ? Puis je me suis fondu dans le décor, restant un cas à part, je ne cherche pas le contact, j’ai peu de copains, je plonge dans mon iPhone… Ils ont fini par comprendre que je suis un parisien en télétravail en Bretagne et devant rester là pour des raisons propres à mon entreprise.

 

De temps en temps, je me mêle à une conversation quand ils se posent des questions et que j’ai la réponse. Les questions sont souvent d’ordre local. Mais qui tenait la boulangerie de la rue Neuve, avant ? Comment s’appelle ce village, à côté de La Motte ? C’est quoi le prénom du fils à machin ?

Quand je réponds, il s’interroge, pas à voix haute, au cas où j’aurais la réponse… Qui c’est, ce gros parisien qui connaît mieux ou aussi bien le patelin que nous ? C’est facile, je suis né ici, il y a cinquante cinq ans, ma mère vit la depuis quatre-vingt, je suis rarement resté plus de trois semaines sans la voir et sans voir mes amis d’enfance, que je connais pour la plupart depuis la fin des années 70. Par contre, toi, là, tu as trouvé du boulot à Loudéac par hasard en 1990, tu es venu d’installer ici, tu es persuadé que tu es chez toi et tu y es. Comme moi, ici. Comme moi dans ma ville du Kremlin-Bicêtre, où je réside depuis cette époque, où je fréquente les bistros tenus par des kabyles.

 

Finalement, on se fout de tout ça. J’ai connu Loudéac à une autre époque, je faisais mes courses dans les épiceries avec ma mère vu qu’il n’y avait pas encore de supermarché à part Prisunic à côté de l’actuel Intermarché, puis Leclerc s’est installé route d’Hémonstoir et a fini par déménager route de Saint Brieuc. Prisunic est devenu Festival puis je ne sais plus avant de traverser son parking pour finir en Carrefour Market puis en Intermarché. Avant l’Intermarché était le long de la Rocade. Et le Super U s’est construit en même temps que la zone commerciale dans les dix dernières années. Loudéac a changé, nous avons changé, nous sommes pourtant toujours Loudéaciens, je suis aussi Kremlinois, né en Bretagne, je me sens Breton et toi, je ne sais pas où tu es né, mais tu vis en Bretagne depuis longtemps, tu es Breton, tout comme Kader, là-bas, qui habite depuis la nuit des temps route de la foret…

Je suis Européen, bien sûr, au sens géographique du terme, à l’Ouest de l’Oural mais aussi au sens des institutions, ce qui est complètement con. Je suis Français. J’aime mes villes, mes régions, la Bretagne et l’Ile-de-France, et mon pays, ma république.

D’ailleurs, j’ai bien aimé une partie du discours (pdf) de Macron, sur ce thème : « Le Sacre de Reims et la Fête de la Fédération, c'est pour cela que la République ne déboulonne pas de statues, ne choisit pas simplement une part de son histoire, car on ne choisit jamais une part de France, on choisit la France. La République commence, vous l'avez compris, bien avant la République elle-même, car ses valeurs sont enracinées dans notre histoire. »

 

Ce billet traînait dans mon crâne depuis quelques jours puis il y a eu ce discours qui survient à un moment où je parle de plus en plus de la République dans mon blog. Mais ce sont des propos de Karine Tuel cités par un copain dans Facebook qui ont déclenché mes propos sur le café de la gare.

 « Il y a quelque chose de très malsain qui est en train de se produire dans notre société, tout est vu au travers du prisme identitaire. On est assigné à ses origines quoi qu'on fasse. Essaye de sortir de ce schéma-là et on dira de toi que tu renies ce que tu es ; assume-le et on te reprochera ta grégarité. »

 Je suis vu comme un bobo parisien qui vient au bistro en vélo électrique de luxe dans un petit bistro à côté de la gare. C’est ballot. Mes origines ne regardent que moi et les tiennes que toi.


Je suis terrien tendance universaliste.

 

P.S. : je n’ai jamais rien lu de la dame en question et si je la connais vaguement c’est par la lecture d’entrefilets dans la presse. J'ai par ailleurs relu en diagonale le discours de Macron pour rechercher la citation exacte. Il ne me semble pas mal.

11 commentaires:

  1. Pareil, lorsque le Ventoux est en vue, je me sens arrivé "chez moi" alors que je suis 100% métèque .

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  2. "Vous allez dire que je radote à toujours dire cela mais j’ai toujours l’espoir d’avoir de nouveaux lecteurs." que vous invitez à aller se faire enculer, très peu pour moi, connard sénile !

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  3. La petite phrase de Macron que vous aimez bien vient du livre de Marc Bloch de 1940, "La Debacle". La citation originale est: «Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France: ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération.»
    Cette phrase a souvent été reprise par les hommes politiques à tel point que les petits enfants de Marc Bloch avaient écrit dans les années 2000 pour que Nicolas Sarkozy cesse d'évoquer les mannes de leur grand père en sortant cette phrase à tout bout de champ.
    Mais si vous aimez cette citation de Macron, je ne doute pas que vous apprécierez les nombreux discours des Le Pen qui ont souvent repris cette citation en indiquant son auteur:
    - JM Le Pen - Sep 2006 - «De Gergovie à la Résistance en passant par la monarchie capétienne et l’épopée napoléonienne, je prends tout! Oui tout! Car toutes ces actions héroïques, novatrices, audacieuses, participent du génie de notre pays. [...] Comme le disait le grand patriote et grand historien Marc Bloch, dont la célèbre citation exprime parfaitement ma pensée, “qui n’a pas vibré au sacre de Reims et à la fête de la Fédération n’est pas vraiment français”!»
    - Marine Le Pen - Mars 2012 - «Tous les enfants de France doivent vibrer, comme Marc Bloch, au récit du sacre de Reims et au récit de Valmy..." (on voit ici qu'elle n'a pas la culture de son père pour faire une citation complète sans la modifier).
    En tout cas, c'est habile de leur part car ils auraient pu reprendre Maurras qui un jour avait dit a peu pres la meme chose: "Rien de ce qui est français ne m'est étranger" en parodiant le vers de Térence remarque par Montaigne "Homo sum: humani nil a me alienum puto" (Je suis homme, rien de ce qui est humain ne m'est étranger), mais citer Maurras est répréhensible tandis que citer Marc Bloch, fondateur de l'école historique des annales et fusillé à la libération par les allemands vous place du bon côté.

    Tout ca pour dire que j'aime bien cette citation également....

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    1. Bof... Si citer les deux éléments fondateurs de la France est pomper...

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  4. Le texte est joli. Je saurais trop facilement répondre à la question : mon accent et habiter à 42 ans à 5 km de là où je suis né fait que je sais où son mes racines. Après savoir si je m'y sens bien...

    Je ne connais pas les textes dont tu parles. J'irai les lire je pense en buvant un coup.

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    1. Où que je sois, je me sens chez moi ! Je veux dire qu’elle (l’apostrophe est offert par l’iPhone) que soit la région voire le pays.

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    2. C'est ce qu'on appelle une "pétition de principe". C'est-à-dire que vous voudriez qu'il en soit ainsi, mais au fond vous savez très bien que c'est une vue de l'esprit. Que, émigrant dans un village du plateau andin, une ville du Tibet, une banlieue africaine (ah, non, ça, vous connaissez déjà…), une mégapole chinoise, un ranch australien, etc., vous ne vous sentiriez absolument pas "chez vous".

      D'ailleurs, tout "citoyen du monde" que vous voulez être, vous vous gardez bien de quitter la France trop souvent…

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    3. Ah ! Vous êtes de retour...

      Sinon, je ne veux pas être citoyen du monde ! Je dis qu'à chaque fois où j'ai été amené à rester quelques jours quelque part, j'ai fini par me sentir chez moi, c'est à dire à ne pas me sentir trop étranger. Et je pense que mon billet est assez explicite sur mes préférences...

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    4. Bon j'ai pas lu le texte en fait... (avant de me faire visiter le trou du cul et l'estomac je bois en regardant Castex dire rien et c'est passionnant avec une bouteille de Chusclan à proximité)

      Sans aller jusqu'à ce cliché que dit assez justement Didier, non nous sommes pas des "citoyens du monde". D'ailleurs ceux qui le sont veulent aujourd'hui tuer le tour de France et Noel, donner des droits aux arbres, mais faire du vrai féminisme dans des pays où on excise les petites filles non parce que ça pourrait choquer des communautés qui votent pour eux.

      Je comprends ce que tu dis Nico. Tu as des racines, mais tu te plantes dans des endroits où la terre est fertile. Quand je monte dans le Forez de ma femme ou quand j'étais dans le rival à Lyon pendant mes études, je me suis senti bien. Mais je sais d'où je suis, que mon terreau est plus le Rhône que la Loire ou la Seine.

      Nous avons des limites ;)

      (citoyen du monde... Encore une connerie de cette gauche irréconciliable... Remarque j'ai une droite très libérale qui s'emmerderait pas de nous virer les frontières...
      et qui trouve le terme horrible de "territoire" sympa... Je trouve qu'il est plus insultant que certaines paroles que l'on trouve raciste, mais bon je suis un male blanc non racisé.e)

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