En salle

04 novembre 2020

La pression du confiné


233-2-6-1 - J’ai acheté une pompe à bière Philipps pour différentes mais raisons mais je n’ai pas trouvé de fûts de DAB adaptés à ce modèle alors que ça aurait été plus adapté pour télétravailler en confinement ou confiner en télétravaillant à la maison, vu mon métier. Elle est arrivée à la maison vendredi et je l’ai mise en service immédiatement car les bistros étaient fermés à cause de cette foutue covid qui nous a décidé de nous décimer à petit feu ce qui tombe bien, nous ne sommes pas pressés. Et le temps qu’il y arrive, nous aurons peut-être connu le nom du futur président des Etats-Unis d’Amérique…

J’ai fait cet achat parce que j’aime bien la bière. Lors du précédent confinement, je m’étais lassé des boissons alternatives (vivant en appartement, je ne pouvais pas apporter beaucoup de packs de bière à la maison, à cause du poids). Je ne doute pas d’ailleurs que je vais assez me rapidement me lasser du fait de ne boire que de la bière et que je vais recommencer la routine : l’apéro et le vin rouge le week-end les midis, la bière tous les soirs avec un peu de rouge en mangeant.

 

Depuis que je suis client à la Comète (j’aurais dû fêter les 24 la semaine dernière), je ne vois plus de bière chez moi, tellement j’aime les bistros ! J’aimais bien les bistros avant, aussi, remarque, mais on ne va pas chipoter : avant j’allais travailler en voiture et ne pouvais donc pas picoler au bistro en semaine. Et, entendons-nous bien, je reste, avant tout, un client de bistro et un buveur de bière au comptoir mais cet imbécile de virus m’empêche de pratiquer mon activité préférée ! J’aime me tenir au comptoir, debout ou assis sur un tabouret, avec un demi (ou une pinte) posée devant moi, soit à rigoler avec les copains soit à faire l’âne avec mon smartphone. Et alors, j’écoute, je regarde, je donne mon avis, je fais des clins d’œil, je salue, je lance des vannes, je compatis, j’engueule, j’entre dans le jeux de fêtards ou, plus calmement, je regarde la télé, j’observe le manège des gens à la caisse du tabac, j’épie les rivalités entre les serveurs, je les encourage quand ils sont dans le jus, je surveille, je fais le vigile, je rêve… Je suis dans les meubles. Dans les meubles de bistros que je fréquente depuis longtemps, évidemment, mais dans les meubles de nouvelles trouvailles, où je m’installe, tous les jours pendant une petite période. Je commence à connaître les clients, je discute un peu avec eux, ils savent que je suis un taiseux, me foutent la paix mais aiment bien quand je papote : ils ont réussi l’intégration du petit nouveau !

En confinement, les bistros me manquent, évidemment, mais entre mars et mai, j’ai surtout constaté que ce sont les copains, les serveurs et les patrons qui me manquent ! Pas tant à la Comète que dans mes autres fiefs, vu les changements récents, mais dans tous les autres et, surtout, au 1880.

Les bistros me manquent mais je ne peux pas en installer à la maison ! L’autre jour, je rêvassais en buvant mon demi dans mon fauteuil et me demandais où j’aurais pu installer un comptoir idéalement dans cette maison où je végète. Je m’imaginais debout ou sur un tabouret, devant une espèce de meuble haut en train de regarder la télé, à défaut de toute autre activité possible. Cela aurait été grotesque.

Alors je reste sur mon fauteuil, je joue avec l’iPhone, je rêve, je regarde la télé, je lis des romans (ce que je ne fais plus au bistro alors qu’avant les smartphones, la lecture était une de mes principales activités), des revues, j’attends qui passe…

 

Et je bois de la bière pression servie directement avec cette machine installée juste à côté de moi (parce qu’il fallait un coin sans soleil, loin du chauffage…). Je finis mon verre et passe au suivant quand nécessaire ! Mais qu’est-ce que c’est bon !

Alors, à ce stade, les gens me demanderaient ce que je bois, comme bière ! On s’en fout, j’adore les bières blondes légères, les pills, les lagers… Certains préfèrent des bières plus fortes, des bières d’abbaye, on s’en fout ! On trouve toujours des gens hautains, qui nous prennent pour des ploucs… Assurément, il s’agit très souvent de vrais cons. Des crétins qui pensent aimer la bière mais qui vont se faire servir une pinte parce que c’est plus chic qu’un demi, ça fait croire qu’on s’y connaît, mais qui vont mettre une demi-heure à finir leur verre qui finira réchauffé, éventé… Nous pouvons les conchier et revenir à nos bières de base, nos blondes légères… Dans les bistros, je vous conseille la Kronenbourg et la Carlsberg parce qu’on en trouve souvent. La première à une mauvaise image mais ne nous n’y attachons pas !

Ne soyons pas bégueules. Une bière se boit fraiche, en général. La froid casse le goût. La bière sort de la tireuse à 3° mais le temps que vous commenciez le verre, dans une pièce à température ambiante (comme si une pièce pouvait ne pas être à température ambiante…), vous commencerez votre verre à six degrés et le finirez sans doute à dix ou douze. Je ne sais pas, j’ai mieux à faire que des expérience scientifiques.

Pour ce premier essai, j’ai acheté des fûts de Stella-Artois, de Jupiler (des valeurs sûres) et de Bud. Cette dernière est bonne mais, à la longue, elle semble étrangement sucrée, comme si vous panachiez légèrement votre demi. Oui, le verbe « panacher », en parlant de bière, s’utilise au subjectif également. A l’imparfait du subjonctif, on dirait, par exemple, « il eut fallu que vous panachassiez légèrement votre bière ». Ca veut dire pareil : foutre un peu de limonade dedans. Alors je vais peut-être me lasser. Surtout que je ne suis pas vraiment sûr qu’il s’agisse de subjonctif.

 

Je ne suis pas déçu. C’est très agréable. Je n’en ai jamais douté ! Je ne peux pas dire si c’est meilleur qu’une bière bouteille dans un canapé parce que je ne bois plus de bière bouteille mais ça vous évite d’aller jusqu’au frigo et de gérer une espèce de stock (encore qu’il va me falloir gérer la consigne pour les petits fûts de bière).

 

Le plus drôle dans cette expérience c’est que l’on boit bien moins qu’avec les alternatives. Vous avez une petite soif, vous vous servez un fond de bière dans un verre et pas une canette complète ! Mais quelle que soit la soif, il faudra la même quantité de liquide. La canette, vous la finissez parce que vous savez que quand vous reviendrez, elle sera chaude et aura perdu du gaz… On boit généralement par soif. Si. Un type qui boit du whisky boira moins de liquide en général mais s’il en boit autant, parce qu’il a soif, il finira saoul. C’est un peu pareil avec le vin. Vous avez du rouge à 12 degrés et de la bière à 5. Le calcul est très vite fait !

Quand vous êtes au bistro, vous avez une espèce de « pression sociale » disons des habitudes qui vous poussent à boire plus, parce que vous êtes à la tournée avec des copains et qu’un gros frisé imprime le rythme, parce que le bistro va fermer et que vous aimeriez bien en boire un dernier, parce que votre verre est presque vide et que la serveuse est disponible alors que, aussi bien, dans cinq minutes elle aura cinq cocktails à préparer.

 

Seul, à la maison, vous faites ce que vous voulez. Le film se termine, vous finissez votre verre et vous allez vous coucher sans vous sentir obligé d’en prendre un dernier pour une raison liée à votre éducation : vous espérez que le patron mettra la sienne et que vous serez obligés de commander une tournée supplémentaire parce qu’ON NE PART PAS SUR LA TOURNEE DU PATRON, bordel !

 


6 commentaires:

  1. Entièrement d'accord, j'en arrive aussi à regretter Régis, l'homme qui redonne du sens au sketch de Les Nuls, et sa propension à se mettre en spectacle au milieu du comptoir et à parler fort...
    Pour les bières, c'est effectivement histoire de gout, reste le problème de la bière de trop, problème qu'on a moins avec une bouteille qu'avec une tireuse...le cadavre de la canette semblant être une preuve qui sera utilisée contre nous dans le procès anti alcool

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    1. Justement : il faut une tireuse de bière, on ne sait pas combien on a bu.

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  2. Du rouge à 12°... peuchère, il doit encore s'agir d'une piquette des pays nordiques! Dans mon bled, le dernier des cavistes te dira qu'il y a rien en dessous de 13 ou 14°. Il font baisser sur l'étiquette pour pas effrayer le touriste.

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  3. Tu m'avais redonné le gout aux bières légères, de bar. Clairement quand je vais en bistrot c'est ce que je prends et j'adore.
    A la maison j'aime bien les corsés et les plus fortes par contre. Mais pas pareil.

    Sinon je partage, un vin à 12° y en a des bons, mais pas de chez nous ;-)

    Quel beau billet

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    1. Merci ! J'ai pris 12° pour faciliter les calculs... Pour que la démonstration saute aux yeux.

      J'aurais pu prendre 12,5. Il aurait été plus simple à démontrer qu'il y a deux fois et demi plus d'alcool dans un litre de vin que de bière mais si on n'arrondi pas, le cerveau n'imprime pas.

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