20 juillet 2010

Dépendance : une usine à gaz au nom du progrès ?

J’évoquais hier la sortie d’un rapport parlementaire préconisant l’instauration d’une assurance obligatoire, à partir de 50 ans, pour financer la prise en charge de la dépendance, cette assurance étant confiée au secteur privé (assurances, mutuelles,…). Plus j’y pense, plus je trouve cela abject.

Il y a peut-être des soi-disant libéraux qui vont se réjouir qu’il ne soit pas préconisé que la Solidarité Nationale (cotisations sociales et impôts, donc) ne soient pas sollicités. Moi pas. Mais surtout, je les invite à réfléchir à la notion d’assurance obligatoire. A l’adjectif « obligatoire », surtout.

En bon gauchiste, je pourrais maugréer sur l'inégalité de traitement entre les riches et les pauvres, sur l'impossibilité d'avoir une cotisation à un organisme privé proportionnel au revenu, ... Pour l'instant, je vais me contenter d'observer.

Il va découler de tout ça une usine à gaz, puisqu’il faudra bien prendre en compte le montant des cotisations pour déterminer le niveau de soin, c'est-à-dire le niveau de pognon qu’aura à débourser l’institution privée pour vous maintenir dans des conditions de survie acceptable… Pour ma part, je prendrai l’assurance la moins cher jusqu’à 85 ans, quitte à prendre la formule la plus luxueuse après.

Afin de parer à toutes les ruses possibles, on va se retrouver pieds et points liés à un organisme ou, la loi, devra imposer un transfert de ressources entre ses compagnies privées. Bonjour le libéralisme !

Ainsi, des sociétés privées vont gagner de l’argent sur le malheur des gens. Ils vont nous mijoter ça au nom du progrès, de la nécessité de faire des réformes et j’en passe. L’argumentation ultime étant la nécessité de ne pas augmenter les prélèvements obligatoires. Tu parles ! Au nom de ça, ils vont créer une cotisation obligatoire à une assurance… Pour ma part, j’appelle ça un prélèvement obligatoire et quand je vois certains tableaux de comparaison entre pays, j’ai tendance à rigoler sournoisement.

Je ne suis pas fataliste mais ainsi va la vie. Dans 50 ans, ils nous trouveront autre chose et trouveront normal de faire agir la solidarité nationale. Ca tombe bien, dans 50 ans je serai soit grabataire soit mort.

Allez ! Soyons bon ! Je vais essayer de mourir à 90 ans exactement ! Comme ça j’aurai filé un maximum de pognon à mon assurance préférée et je ne lui aurai pas coûté un sou en hébergement dans une MAPAD ou un établissement de ce type.

Hop ! Une bonne canicule ! 10 000 morts ! L’action des compagnies d’assurance prend 10% à la bourse ! Le bonheur, je vous dis.

En toute moralité : on aura bâti ça au nom du progrès…

19 commentaires:

  1. D'un autre côté, ça existe déjà, les assurances obligatoires. Pour les bagnoles par exemples. Et les cotisations Sécu ne sont pas autre chose, si on y réfléchit.

    Cela étant, ça sent un peu l'arnaque effectivement. La ponction supplémentaire qui n'ose pas dire son nom.

    RépondreSupprimer
  2. Didier,

    Oui, mais les cotisations sécu ne vont pas dans le domaine privé (enfin, pas directement, parce que la médecine LIBERALE payée par la solidarité nationale, ça m'a toujours fait rire).

    Pour les bagnoles, l'assurance n'est pas obligatoire : vous n'êtes pas OBLIGE d'avoir une voiture.

    RépondreSupprimer
  3. Voilà un sujet important, difficile...

    Mon sentiment est que c'est le secteur privé qui devrait financer l'assurance vieillesse pour un nouveau droit dans la prise en charge de la dépendance. Au lieu de cela nous avons le contraire...

    RépondreSupprimer
  4. Stef,

    C'est compliqué mais d'une manière générale, c'est le privé qui devrait tout financer puisque c'est lui qui produit les richesses...

    RépondreSupprimer
  5. De Gaulle disait que la vieillesse était un naufrage, il avait entièrement raison et on pourrait rajouter aujourd'hui un naufrage financier. Il faut savoir que certains départements se tournent vers les petits enfants afin qu'ils participent financièrement au séjour (pour les enfants c'est obligatoire).

    RépondreSupprimer
  6. Nous sombrons dans une société de libéralisme dirigé...

    RépondreSupprimer
  7. "Pour les bagnoles, l'assurance n'est pas obligatoire : vous n'êtes pas OBLIGE d'avoir une voiture." Très parisien comme réflexion, hélas bien souvent dans nos campagnes on est OBLIGE d'avoir une voiture, inégalité encore..

    RépondreSupprimer
  8. Christie,

    Oui, un beau paradoxe.

    Ahmed (tu t'es encore gouré de "pseudo" et tu vas effacer ton message),

    Non, j'ai une voiture et j'habite Paris. Dans cette voiture, je suis OBLIGE de mettre de l'essence pour la faire fonctionner.

    Cela dit, le fait que l'assurance soit obligatoire ne me choque pas : les cotisations sociales le sont aussi. Tout n'est pas comparable.

    Mais c'est lamentable d'avoir l'obligation de s'assurer dans le domaine privé... Pour la bagnole aussi.

    RépondreSupprimer
  9. Vivement la voiture d'état, pré-assurée !

    RépondreSupprimer
  10. De plus en plus, l'état démissionne et confie les prestations dépendance (que ce soit l'hébergement ou les aides à la dépendance) à des sociétés privées: mais dans quelles conditions: il n'y a aucun cahier des charges, aucune contrainte imposés à ces holdings dont le seul objectif est d'être rentable et vite! Au dépend de la qualité et bien souvent de la dignité! Et lorsqu'il s'agit de personnes vulnérables ça fait particulièrement mal!

    Et maintenant ça va être le double jackpot pour ces sociétés qui vont en plus gérer le financement de la dépendance, avec on s'en doute, autant d'honnêteté, de transparence et d'efficacité que les fonds de pension en GB!

    On le savait qu'il fallait un programme ambitieux pour faire face au vieillissement de la population. C'est aussi pourquoi en 2007 les partis de gauche avaient proposé dans leurs programmes respectifs de créer un ministère du 4è âge.

    Qu'en est-il aujourd'hui? Les rapaces ont flairé un marché juteux... et l'état blaireau est incapable de maintenir le service public! Alors on privatise

    RépondreSupprimer
  11. Samsara,

    Ah ! Tu vois que tu peux commenter !

    L'état n'est pas blaireau, c'est nous...

    RépondreSupprimer
  12. :)
    Bah, l'état c'est nous... nan?

    RépondreSupprimer
  13. @Nicolas non la dernière fois c'est pas moi qui est effacé mon message et je ne me goure jamais de pseudo j'en ai pas, Ahmed ou Meguini ça ne fait jamais que Ahmed Meguini, moi quoi !

    RépondreSupprimer
  14. En Suisse, l'assurance maladie de base est obligatoire, mais ce sont des boîtes privées qui s'en occupent. Ca marche, les soins sont remboursés, mais le résultat ressemble à certains égards à l'illustration du billet.

    Et c'est à l'assuré de payer, année après année, des cotisations mensuelles plus élevées. Chaque automne, le peuple suisse se demande combien il va payer de plus à partir du 1er janvier qui suivra.

    Mais le peuple suisse ne veut pas changer de système, par exemple pour un système de caisse unique étatique avec cotisations en fonction du revenu: il a bien trop peur que ça soit pire après...

    RépondreSupprimer
  15. DF,

    Je ne sais pas s'il existe un système parfait... Entre le privé qui s'enrichit et des mastodontes étatiques onéreux...

    RépondreSupprimer
  16. Il me semble pourtant que déjà, on croule sous toutes les assurances à la con qui nous coûtent trop cher. Il faut se prémunir, quelle attitude de froussard !
    :-)

    RépondreSupprimer

La modération des commentaires est activée. Je publie ceux que je veux. On ne va pas reprocher à un journal de ne pas publier tous les courriers des lecteurs...