18 août 2013

La situation en Egypte pour les nuls

Ce qui devait arriver arriva : j’ai fait un billet à propos de l’Egypte et je me suis fait engueuler. Je me suis aussi fait engueuler dans les commentaires d’un autre blog. Dès qu’on parle de politique étrangère, notamment en relation avec cette région du monde, on se retrouve avec un tas de spécialistes en herbe avec des avis sur tout et surtout des avis et t’écrasant de leur culture acquise le cul sur un siège.

Pourtant, à part quelques uns, comme mon ami Bab qui vient de faire un billet instructif, la plupart n’y connaissent rien et sont incapables de prendre du recul. De fait, la plupart des billets et propos sont engagés politiquement, comme l’est celui de Bab, mais les auteurs ne s’en rendent même pas compte.

Dans cette région du monde, quand on est de gauche, cela devient hypersensible, du fait de la proximité avec Israël, mais aussi du fait que quand on est de gauche, on aime bien défendre le peuple. On EST le peuple.

Pour ma part, je ne connais rien à l’Egypte et à son peuple. Je ne sais pas si les braves gens mangent à leur faim ou trouvent facilement de la Wifi pour faire les cons avec leurs iPhone. Cela étant, ça m’amuse beaucoup de découvrir ses « cultivés » à la petite semaine. Par exemple, dans mon billet, j’ai dit volontairement qu’on avait viré des dictateurs comme Boutéflika et un seul commentateur a relevé…

Je vais donner mon avis en vrac.

Ce qui se passe là-bas ne nous regarde pas. Nous essayons de transposer dans des coins exotiques des trucs bien de chez nous, comme la démocratie. Si les gens n'en veulent pas, ce n'est pas notre problème. Entre la révolution et l'établissement d'une vraie démocratie chez nous, il s'est passé près de 200 ans. Et encore... Certains diront que nous ne sommes pas en démocratie. Pour ma part, je dirais surtout que nous avons encore des colonies...

On ne va pas refaire l’histoire de l’Egypte. Ils avaient un président, Moubarak. Le peuple n’en voulait plus. Les inégalités prospéraient et tout ça. Ils ont plein de revenus avec le tourisme, le pétrole, l’aide américaine,… Mais avec la crise de 2008, ses revenus ont baissé. Des dirigeants corrompus gardaient le pognon qui reste pour eux. Du coup, ils ont viré le président et organisé des élections pour en trouver un autre. Avant, il n’y avait pas d’élection.

Les voila en démocratie ! C’est ce que me disait un de mes commentateurs. Morsi a été élu. Certes mais avec un taux d’abstention supérieur à 50%. La démocratie, ça ne s’invente pas facilement. Morsi vire des militaires et organise une nouvelle constitution décriée par la gauche et les libéraux. Ca serait amusant de voir ça, en France… Le peuple n’est pas content. Il n’a pas assez à bouffer et la dérive islamiste ne les satisfait pas. Il y a même une pétition signée par 22 millions de lascars, c’est vous dire. Il y a plus de monde à signer la pétition exigeant le départ du président que de types à avoir voté pour lui. C’est fort. Il y a des grosses manifestations. L’armée, qui a toujours été très puissante depuis la guerre des 6 jours, ce qui ne nous rajeunit pas, intervient. Elle vire Morsi et impose un gugusse qui promet de nouvelles élections.

Jusque là, tout va bien. Ou mal. Bref, on peut légitimement dire que Morsi devait être viré. Légitimement, c’est une façon de parler. On n’a aucune légitimité pour le faire. On va se contenter d’acquiescer benoitement. L’armée était avec le peuple, c’est beau. J’en verserais bien une larme.

On découvre ensuite que Morsi conspirait avec le Hamas contre l’armée Egyptienne. C’est mal. Mais les gauchistes français aiment bien le Hamas.

Nous ne sommes pas dans un manuel d’histoire mais le mois dernier. C’est compliqué. Morsi avait des partisans qui ont commencé à manifester contre le nouveau pouvoir. Ca se gâte. On a changé le peuple ! Les manifestants d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes que ceux d’hier. Nous, on est paumés. Avant on soutenait la destitution de Morsi et maintenant on soutient les partisans de Morsi ?

Fin juillet, une manifestation dégénère. L’armée tire sur la foule. C’est le bordel. Jeudi dernier, c’est le pompon ! On parle de plus de 600 morts. Même que François Hollande est obligé d’interrompre ses vacances. Déjà qu’elles n’étaient pas bien longue. Hier, c’était encore le bordel, aujourd’hui, je ne sais pas. En marge des manifestations, les défenseurs de Morsi, disons, pour résumer, les musulmans, s’en prennent à une grosse minorité religieuse : les coptes.

Les islamistes continuent à appeler à manifester. L’armée qui dit lutter contre le terrorisme a visiblement une réaction disproportionnée. A vue de nez on doit frôler le millier de morts… C’est la guerre civile et la situation est extrêmement préoccupante.

Je raconte ça pour ceux qui sont en vacances et n’ont pas tout suivi. D’ailleurs, je suis en vacances et je n’ai pas tout suivi. On va donc résumer encore plus : les Egyptiens avaient un président élu pour la première fois mais une partie du peuple n’était pas content et l’a foutu dehors, avec l’aide de l’armée. Néanmoins, ce président avait des partisans, les musulmans, qui ont manifesté contre sa destitution et la réaction de l’armée, contre eux, a été affreuse. On est à la limite de la guerre civile.

Et c’est là que le militant en carton dans les réseaux sociaux français intervient. Il faut avoir un avis. Etre pour un camp ou pour l’autre. Par exemple, il faudrait être pour les musulmans parce que l’armée leur tire dessus. Je refuse d’être pour des gens qui font intervenir la religion dans la vie politique. Encore que, ils font ce qu’ils veulent mais le traitement des coptes n’est pas satisfaisant. Les coptes, c’est un peu comme les cathos, du coup, à gauche, on aime bien taper dessus et soutenir les musulmans.

Ca n’a rien à voir, mais ce brave Méluche a encore dit qu’il fallait arrêter de stigmatiser les musulmans.

Je me positionne donc contre les musulmans parce que je suis profondément laïc. Imaginons que les catholiques fassent des grosses manifestations en France : je serais contre. D’ailleurs, tous les types de gauche, sauf les catholiques, étaient contre les manifestations organisées par les catholiques dans ce pays majoritairement catholique. Par contre, les catholiques du pays disaient que les réactions des forces de l'ordre étaient disproportionnées, les pauvres chéris.

Par contre, le militant en carton dans les réseaux sociaux, constatant que je suis contre les musulmans va s’imaginer que je les stigmatise, d’autant que je soutiens la politique du gouvernement et donc les actions de Manuel Valls. Ca n’a rien à voir. Il va surtout s’imaginer que je soutiens le pouvoir en Egypte. Non, je ne soutiens pas un pouvoir qui tire sur le peuple. Il faut que les violences cessent.

J’approuve donc les « initiatives diplomatiques en cours », c’est tout ce qu’on peut faire : dire aux dirigeants Egyptiens d’arrêter de déconner et d’organiser des élections en urgence. Cela étant, si on a 25 millions d’Egyptiens opposés à 25 autres millions, je ne vois pas trop ce que ça peut donner.

Je reste donc comme un con, sans avis, sans savoir où l’on va, sans avoir envie de me mêler des affaires internes d’un pays, avec la peur de voir s’installer un état islamique ou une dictature militaire. Parce que j’aime bien le peuple, d’où qu’il soit. Les Egyptiens ont le droit de vivre en paix et d’avoir la 3G pour faire le con avec l’iPhone.

A vue de nez, la révolution Egyptienne a commencé en 1952. 60 ans après, ils avaient le premier président élu. 61 ans après la révolution, c’est le bordel. Nous, en France, 61 ans après notre révolution à nous, on proclamait le second empire. Le premier président de la République Française à être élu au suffrage universel (masculin), quatre ans auparavant, se proclamait empereur de la boutique.

Adieu la démocratie.

Il y aura de nouvelles élections en Egypte. La situation ne va pas continuer. On regardera bientôt la double révolution de cet été avec un œil amusé, presque attendri, comme à chaque soulèvement populaire. Un nouveau président sera élu. Et une nouvelle révolution commencera.

Tiens ! A propos ! Vous savez qu’il y a une vague révolution au Brésil ? Et une autre en Turquie ? Ce n’est pas loin, ça la Turquie. L’armée a commis des violences contre les manifestants mais le pouvoir s’est excusé, c’est mignon. Les diplomates internationaux ont condamné les violences.

Ca fait combien de temps qu’il y a des révolutions, dans le monde ? Des peuples qui se dressent contre les dirigeants ?

Même en France, on a eu des grosses manifestations, cette année. Le peuple était contre le peuple.


C’est compliqué. 

Je souhaite bon courage aux Egyptiens. Il va leur falloir trouver un dirigeant à poigne, qui pourra s'opposer aux religieux, aux militaires,... tout en répondant aux préoccupations du peuple, préoccupations que je ne connais pas. Je suppose qu'il serait bien pour lui que les richesses liées au tourisme, au pétrole, au canal,... soient mieux réparties...

Pour cela, il n'y a pas besoin de militaires ou de religieux. Napoléon III a fait beaucoup de bien, pour la France, le développement de l'économie, les transports ferroviaires,... Mais je ne le regrette pas pour autant.

22 commentaires:

  1. C'est très compliqué l'Egypte, d'autant qu'il n'y a pas qu'un seul peuple comme beaucoup aiment à le croire. Il y a les égyptiens des villes et ceux des champs, comme en Turquie d'ailleurs et dans la majorité des pays musulmans.

    D'un côté ceux qui travaillent la terre, pratiquement comme on la travaillait à l'époque des pharaons. Ceux-là, ils seraient plutôt traditionalistes, donc pas vraiment pour les frères musulmans qui est un parti révolutionnaire. Leur préoccupation première c'est de pouvoir manger, d'instruire leurs enfants pour qu'ils puissent échapper à la condition qu'ils vivent.

    Quant aux égyptiens des villes ils se partagent entre les partisans des frérots et ce qu'on appellera par facilité "les libéraux". Les deux factions se foutent complètement du fellah qui travaille la glèbe, ils l'évoquent juste pour justifier leurs programmes respectifs. Les deux factions bien qu'opposées ne se rendent pas compte qu'elles ont plus de points communs entre elles qu'elles ne l'imaginent. Toutes deux veulent renverser l'ordre en place, etc. Les uns au nom de l'islam, les autres au nom d'une émancipation illusoire, une de plus.

    Je pense que lorsque les pécores en auront marre et se mettront à l'ouvrir ça risque de faire du vilain et que les frérots comme les libéraux s'en prendront plein la gueule. Parce que les pécores ne rêvent pas de lendemains qui chantent, de réenchantement du rêve et autres billevesées, ils veulent juste pouvoir bosser peinard et nourrir leurs familles. Ils se tourneront donc naturellement vers l'armée qui avait plutôt pas mal réussi jusqu'à la crise de 2008, tout en préservant le cadre traditionnel égyptien. Leur malheur, c'est qu'ils sont éparpillés sur une distance phénoménale le long du Nil, qu'ils sont pauvres et donc ne peuvent pas se mobiliser en masse en montant à la capitale.

    RépondreSupprimer
  2. 1- A l'époque Napoléon III n'avait pas de I-phone et de 3G sinon le peuple n'aurait jamais accepté le putsch.

    2- Les frères musulmans devraient se contenter de veiller et lire des texte de Mahfouz ou le coran pour manifester leur désaccord tout comme leurs cousins cinglés de la manif pour tous.

    3- Les peuples ont attendu la crise économique qui a commencé à toucher les pays émergents comme l'Egypte pour se souvenir qu'ils avaient des gros connards d'escrocs à leur tête. Une fois privés de pain, ils aspirent à la démocratie. C'est mal !

    RépondreSupprimer
  3. Merde ! J'ai encore perdu le commentaire de Koltchak. Il va falloir que je fasse des fouilles.

    RépondreSupprimer
  4. mais mais mais tu as oublié l'essentiel: tout ceci n'est qu'un complot de la CIA. ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah oui ! Merde ! (Au fait, si je n'ai pas mis ton billet en lien, alors qu'il le méritait, ne serait-ce que pour ton rapprochement avec notre révolution, c'est pour une raison précise mais sans importance).

      Supprimer
  5. 25 millions contre 25 millions et des poussières pour moi sa fait une démocratie et une possibilité d’alternance au pouvoir .L’armé n’aurais jamais du se mêler du problème!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Non. Il ne peut pas y avoir de démocratie si la religion s'en mêle. Donc l'armée a eu raison d'intervenir. Pas de faire des massacres, ensuite, évidemment.

      Supprimer
    2. Oui, bon, on peut parler de massacres. A ceci près, quand même, et il ne faudrait pas l'oublier, que les frérots sont armés, appellent à la confrontation sanglante. N'importe quel policier, n'importe quel officier de l'armée ordonnera d'ouvrir le feu lorsque ses hommes se font tirer dessus. Il n'y a qu'à Villiers-le-bel où le pouvoir a ordonné à la piétaille d'encaisser le feu en conservant l'arme à l'étui. Ce qui ne peut qu'être extrêmement dommageable lorsque dans le même temps on a la prétention de rétablir l'ordre et rétablir l'autorité. Ce qui ne peut qu'être extrêmement dommageable pour le moral des hommes susceptibles de monter en 1ère ligne, alors qu'ils ne se sentent pas soutenus par la justice.

      Supprimer
    3. J'ajoute que la versatilité occidentale risque d'avoir des effets inattendus et plutôt contre-productifs auprès des populations musulmanes. Les faiseurs d'opinion semblent avoir rapidement oublié leur grand et imbécile enthousiasme lors du printemps arabe. Chacun y allait de ses commentaires laudateurs sur cette aube démocratique naissante. Et effectivement, démocratie il y a eu. Grosse déception, elle porta légitimement les barbus au pouvoir. Les peuples s'étaient exprimés, mais mal, un peu comme ces européens obtus qui refusèrent le TCE en 2005. Du coup, lorsque Morsi a été débarqué, gros soulagement même si il n'y a pas eu concert de louanges.
      Qu'est-ce que cela risque de laisser comme impression auprès des peuples sinon que notre démocratie chérie n'a d'intérêt qu'à la condition qu'elle serve notre vision du monde et nos intérêts ?
      Il y a déjà eu un précédent sinistre lorsqu'en Algérie le FIS, vainqueur démocratiquement fut évincé du pouvoir par la clique FLN/armée. S'en est suivie une guerre civile particulièrement meurtrière qui dura pratiquement 10 ans. Déjà, à l'époque, l'Occident s'était montré soulagé de voir les barbus débarqués. Là, c'est bis repetita.

      En fait, il y a il me semble une forme d'incompréhension de ce qui est en train de se passer dans le monde arabe qui est en train de se réislamiser à la fois politiquement mais également sociétalement. La Turquie comme les monarchies pétrolières poussent à ce mouvement, chacun défendant et avançant ses pions. On élimine des régimes certes imparfaits mais qui étaient laïques et nationalistes pour imposer une vision pan-arabe et/ou pan-musulmane. Turquie et pays du Golfe ayant comme but la substitution des nations au profit de l'oumma, et à terme la recréation d'un califat. Erdogan dans son jeune temps avait dit "la démocratie c'est comme l'autobus, quand on est arrivé, il faut descendre". Phrase qui ne semble pas encore comprise aujourd'hui.

      Supprimer
    4. Pas le temps de vous répondre mais on est d'accord, au fond. Il y a un vrai danger et le spectateur Français observe ça comme un âne.

      Supprimer
  6. "on est de gauche, on aime bien défendre le peuple. On EST le peuple."

    65% des Français sont islamophobes, couillon.

    RépondreSupprimer
  7. Excellent ton billet, Nic. Vraiment excellent. Très mesuré, et à mon avis bien représentatif de la situation là-bas. Pas d'illusions : les fellah sont toujours une grosse majorité là-bas (comme en Turquie d'ailleurs), et se foutent de la 3G du moment qu'on leur fiche la paix et qu'ils puissent manger. Le problème, bien entendu, ce sont ceux qui veulent contrôler le pays d'une façon ou d'une autre à cause du Canal, et aussi du pays qui touche l'Égypte à l'est. L'argent pervertit tout. La situation n'est compliquée qu'en raison de ces empêcheurs de tourner en rond.

    Quelqu'un a dit "pétrole" ? Comme d'hab'.

    RépondreSupprimer
  8. En matière de religion, beaucoup semblent oublier que notre pays a mis environ 13 siècles pour se débarrasser de la religion au cœur du pouvoir et plus de 100 ans après la mise en application de la loi de 1905, rien n'est gagné. La preuve, la rengaine concernant les origines chrétiennes...
    Et l'on voudrait qu'un pays devienne démocratique après avoir subi une colonisation et avoir toujours une religion officielle au centre du pouvoir.
    De plus, comme dit babelouest, le pétrole...

    RépondreSupprimer
  9. Morsi est un dictateur il supprimait les libertés individuelles une par une pour en faire un régime islamiste.
    David75

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Waouh ! David75 vient de faire LA découverte du siècle : le totalitarisme est une pathologie de la démocratie.

      Supprimer

La modération des commentaires est activée. Je publie ceux que je veux. On ne va pas reprocher à un journal de ne pas publier tous les courriers des lecteurs...