En salle

24 octobre 2012

Le Midi-Libre répond aux attaques !

"Au cours de la semaine, le site midilibre.fr a publié, sous la signature de notre journaliste Nathalie Balsan-Duverneuil, une enquête sur les dessous de Fdesouche, blog politique communautaire qui assume pleinement ses « choix identitaires et son opposition à l’immigration ». Cette enquête faisait suite à un premier sujet consacré aux confessions d’un militant d’extrême-droite, proche du Bloc Identitaire, qui racontait comment lui et ses amis "trollaient" internet pour y faire passer leurs idées.

Cette démonstration a, à l’évidence, déplu à Fdesouche. En l’espace de quelques heures, un flot d’injures aussi gratuites les unes que les autres s’est non seulement abattu sur notre site mais a également pris à partie, via les réseaux sociaux, notre collaboratrice. Cette tentative de discrédit est aussi inacceptable qu’indigne.".  

C'est à lire ici.

Salles de shoot

Quelques lectures :
-         dans Médiavox, l’édito d’Elooooody, à propos des salles de shoot (belle tribune !).
-         Dans streetpress, l’interview de Cambadélis, où il nous prouve qu’il ne méritait d’être élu chef du parti, vu qu’il déclare : « Moi je ne bois pas de bière ! » et « Vous savez très bien que c’est par la bière que commence l’alcoolisme. » Néanmoins, ensuite, il semble d’accord avec Elooooody ce qui prouve qu'il ne dit pas que des conneries.

Partageons mon droit de vote

« Dans cette entreprise difficile il ne nous est pas interdit d’échouer – il nous est interdit de ne pas entreprendre. » a déclaré Bertrand Delanoë dans son blog à propos du droit de vote des étrangers aux élections locales. Ce n’est pourtant pas en tentant des propos historiques qu’on fera avancer le schmilblick… Depuis 30 ans que la gauche a ce machin au programme, il devrait lui être interdit d’échouer. 

Hier, Najat Vallaud-Belkacem a exprimé les doutes du Gouvernement sur la mise en œuvre de ce droit pour les élections locales, « reprenant » ainsi ce que je disais le mois dernier.

Comme à chaque fois que le débat est lancé, le Maire de Paris fait le rapprochement avec l’abolition de la peine de mort en 1981 et le courage de François Mitterrand. Alors, comme à chaque fois, je vais rappeler que l’abolition de la peine de mort ne nécessitait pas de révision de la constitution : il suffisait de la majorité absolue à l’Assemblée Nationale, ce qui était quasiment acquis. Jacques Chirac n’a proposé une modification de la Constitution que plus de 25 ans après alors que tout le monde s’en foutait, la peine de mort étant déjà supprimée, pour sa propre gloire et d’obscures raisons juridiques dues à nos engagements internationaux.

Cette fois, il faut une majorité des trois cinquièmes de l’ensemble des parlementaires (députés et sénateurs). Prétendre qu’il est possible de l’obtenir dans l’état actuel du Parlement est une erreur, de même d’ailleurs qu’espérer qu’un referendum sur le sujet serait positif alors que seule la défense de la souveraineté est mobilisatrice.

Najat Vallaud-Belkacem a raison (et ne reprend pas uniquement ce que je disais puisque Manuel Valls avait inspiré mon billet). « Pour la ministre, ce qu'ont dit le président et le Premier ministre, "c'est qu'il fallait créer les meilleures conditions avant d'ouvrir ce débat" c'est-à-dire "dépassionner les choses pour éviter que l'on reparte dans la caricature et la stigmatisation permanentes". »

Pour l’instant, occupons-nous du « mariage pour tous », les esprits semblent prêts et l'histoire de cette photo semble le montrer. 

Le droit de vote est étrangers attendra bien quelques années. Même si, à titre personnel, je ne suis pas spécialement pour, je trouve les propos de Bertrand Delanoë scandaleux : nous n’avons pas le droit d’échouer.

23 octobre 2012

Vive les blogueurs de Gouvernement !

L'ami Pierre D. est obsédé par la notion de blogueur de gouvernement. C'est à peu le seur qualificatif qu'il trouve quand il lui faut faire un commentaire (voir chez lui, par exemple, ou chez Didier Goux). L'autre jour, il a même réussi à qualifier un billet de "billet de Gouvernement". On se demande ce que ça peut être. 
A 10h47 (je suis précis...), j'ai fait un billet pour défendre Jean-Marc Ayrault bêtement attaqué par Le Petit Journal de Canal+. Ça fait de Romain Blachier (qui a fait un vrai billet quelques minutes avant sur le même sujet) et de moi des vrais blogueurs de Gouvernement ! Estampillés et tout ça. Et Arrêt sur Image, aussi, vu qu'ils reprennent l'information. Et Le Lab d'Europe 1 (qui arrive néanmoins à ajouter de la polémique à la polémique) !
Et l'Express…

Suite à ce billet, Le Chafouin ("ex" blogueur de droite) m'interpelle dans Twitter et me demande si je n'ai pas relayé ce genre d'information du temps de Nicolas Sarkozy. Et alors ? Je fais le job...
Je doute que le Gouvernement ait besoin de mes services pour ce genre de bricole. Je me demande à quel point ce sont les mêmes personnes qui vont prétendre que les blogs n'ont aucune influence et vont m'accuser d'utiliser le mien pour faire de la propagande... Je dois reconnaître que j'éprouve un malin plaisir à "dénoncer" dans un billet les médias qui tapent sur le Gouvernement que j'ai contribué à mettre en place (au moins par 6 bulletins de vote : 2 à la primaire, 2 à la Présidentielle et 2 aux législatives). 
Faut-il taper en permanence sur la gauche comme le font certains blogueurs « pas de Gouvernement » en adoptant cette posture de celui qui veut faire croire qu'il ne s'assoit pas sur l'objectivité ou souhaiter la réussite du Gouvernement ?

Le pipeau et le Petit Journal

Ils sont bien gentils, chez Canal+, au Petit Journal, mais la vérité leur importe assez peu ! Mon confrère Fred de Lille se fait d’ailleurs avoir ! Ils ont diffusé un montage, hier soir, pour démontrer que le Premier Ministre avait pompé mot pour mot ou presque un discours de François Hollande.

Ils ont juste oublié le début du discours de Jean-Marc Ayrault qui précisait, justement, qu’il citait le Président de la République : « Comme l’a souligné en août dernier notre président de la République, monsieur François HOLLANDE devant la conférence annuelle des Ambassadeurs de France... » par ailleurs disponible sur le site web de Matignon.

A ce stade, ça frise la manipulation... Le tout pour faire de l'audience. Tant pis pour la crédibilité.

(A lire également chez Romain)





Roselyne Bachelot et la dictature de l'émotion


Roselyne Bachelot aurait déclaré que François Hollande fait du Nicolas Sarkozy. La nouvelle présentatrice télé s'est offusquée de la pratique de « la dictature de l'émotion » suite aux propos du Président de la République, lorsqu'il a demandé à la Ministre de la santé un rapport sur les maternités à l'occasion de la mort d'un nouveau né dont la mère a accouché sur l'autoroute.

Elle se trompe. Nicolas Sarkozy aurait exigé une loi pour interdire les accouchements sur autoroute.

Captain Haka nous rappelle les états de service de Mme Bachelot, ancienne Ministre de la santé qui « se préoccupait d'installer fiston à l'INPES et de passer pour des millions de commande de vaccins inutiles à ses anciens employeurs » pendant que « ses services fermaient  des maternités à tour de bras. »

Mon confrère est taquin, ce matin : « il faut être honnête et rendre à César : démarrer sa carrière en tant que pharmacienne de province et échouer animatrice télé hype au milieu du club de dindes les plus célèbre du PAF tout en passant par la case ministre de la santé, n'est pas à la portée de toutes les ovaires. »

22 octobre 2012

Carton rouge au maillot jaune

« Il est important de se souvenir que si aujourd'hui est un jour historique pour le sport propre » a déclaré l’agence de machin antidopage américaine. Je ne sais pas quoi penser. Je n’ai jamais aimé Lance Armstrong mais j’ai envie de siffloter discrètement et dire, comme Laurent Jalabert : « C'est quand même quelqu'un qui avait un talent énorme et qui a toujours un talent énorme. Il a fauté, il a été attrapé, il est suspendu pour ça, mais quoi qu'il en soit c'était quelqu'un qui était hors norme au niveau de ses capacités. »

On a l’impression que les « instances » se frottent les mains et oublient leurs propres responsabilités. S’ils en ont, je n’en sais rien.

« A ce sujet, Pat McQuaid, directeur de l'UCI, a déjà pris les devants en soulignant qu'il n'avait pas l'intention de quitter son poste. Plus tôt, en rendant son verdict, il a souligné que Lance "Armstrong n'a aucune place dans le cyclisme" et qu'il était "écœuré" parce qu'il avait trouvé dans le rapport de l'Usada. »

Heu… A sa décharge, il était bien engagé dans la lutter contre le dopage…

Le palmarès des Tours de France pour ces sept années resteront probablement vierges. C’est dommage, si on virait tous ceux qui ont probablement triché, on aurait peut-être un Français parmi les vainqueurs…

Un nouveau parti de droite !

Jean-Louis Borloo est content : il a réussi le lancement de son nouveau parti, l’Union des Démocrates et Indépendants, en présence de Simone Veil, avec le soutien de Valéry Giscard d’Estaing et le ralliement de Chantal Jouanno alors que le mois dernier elle était candidate pour avoir l’investiture de l’UMP pour l’élection présidentielle à Paris.

Nous avons donc un parti d’anciens ministres Sarkozystes… En plus de Mme Jouanno et M. Borloo, Hervé Morin, François Sauvadet, Maurice Leroy, Michel Mercier, Jean-Marie Bockel et Rama Yade sont embarqués dans l’aventure.

Il y a aussi Jean-Arthuis qui a été Ministre des Finances dans le Gouvernement Juppé, Yves Jégo qui a été Secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer de 2008 à 2009, André Santini qui a été Secrétaire d’Etat au budget de 2007 à 2009 (et participait au Gouvernement Chirac de 86 à 88), Henri Plagnol, Secrétaire d’Etat de 2002 à 2004, Valérie Létard, qui a été Secrétaire d’Etat à un tas de trucs de 2007 à 2009. Et évidemment Simone Veil. Michel Barnier et Thierry Breton étaient présents.

C’est donc un nouveau parti de droite, qui va tenter de faire revivre l’UDF et espère devenir la première formation politique de droite (après le Front National ?).

François Bayrou n’est pas très content mais je pense que tout le monde s’en fout.

Touche pas à ma blogosphère

Nous, blogueurs et blogueuses, et avant cela citoyens et citoyennes, tenons à jour sur le web des chroniques, incluant du texte, des photos, des vidéos, de la musique. Ils sont le fruit de nos réflexions ou de nos humeurs, à propos de l’actualité politique ou culturelle, sociale ou sportive, ou dans des secteurs plus spécialisés tels que l’histoire ou la cuisine, la photographie ou les nouvelles technologies… Nous produisons un contenu dont nous sommes les auteurs, chacun et chacune à son propre rythme, selon ses propres centres d’intérêts ou ses compétences, chacun et chacune avec son expérience personnelle, sa sensibilité. En un mot, nous tenons des blogs.
 
Des hommes et des blogs

Chacun de nos billets de blogs est l’occasion de susciter des avis, des commentaires, des questions, des discussions, à l’occasion du débat. En un mot, de l’interaction. Les internautes qui « nous rendent visite » sont parfois blogueurs eux-mêmes. En commentant « chez nous », ils nous permettent de découvrir leurs propres blogs et ainsi d’étendre notre réseau, nos liens : ce que nous nommons la blogosphère. Avec le temps, parce que derrière chaque blog il y a un homme ou une femme, sa réalité, des affinités se nouent, des rencontres ont lieu, des sourires sont échangés. La supposée virtualité a alors fusionné avec le réel. 

Telle est notre vision du réseau social qu’est la blogosphère. Elle est tout sauf fermée, froide et aseptisée. Elle est au contraire ouverte sur la vie, bouillonnante, source d’autant d’amitiés durables que d’irréductibles inimitiés, et l’on peut même de temps à autre s’y faire insulter copieusement. Elle est tout simplement le meilleur et le pire de ce que sont les gens, de ce que nous sommes. Elle est vivante.

Des blogs et des liens

La société Wikio avait en son temps joué un rôle important dans l’émergence de cette communauté de blogs, et donc de blogueurs et de blogueuses. Wikio assurait la promotion des blogs, leur apportait un surcroît de visibilité, et eux-mêmes le lui rendaient bien. Et puis la petite société est devenue plus grande, elle s’appelle aujourd’hui Ebuzzing et a de nouvelles ambitions. 

Dans un premier temps, Ebuzzing a choisi de préserver l’outil qui avait fait la popularité de Wikio auprès des blogueurs, ses classements des blogs, se contentant d’adapter ceux-ci aux évolutions majeures d’Internet, l’émergence de Twitter par exemple.

Basés sur les liens entre blogs, divisés en catégories – politique, sport, technologies, société, etc… -, ces classements permettaient dans une certaine mesure d’apprécier le poids de chaque blog dans la blogosphère, l’étendue du réseau de chacun, pas nécessairement son audience. C’était intéressant ou amusant, pertinent ou farfelu, utile ou inconséquent, les avis étaient partagés. Chacun d’entre nous savait cependant y retrouver une photographie plus ou moins déformée de la communauté ou des communautés que nous formons.

Des blogs sans blogueurs

Mais récemment, l’outil est devenu tout autre chose. Des blogs institutionnels, des blogs de personnalités dont les médias traditionnels font la notoriété, ont été intégrés à la liste des blogs. Pis encore, des agrégateurs de liens et de contenus, des sites semi-professionnels, ont soudainement rejoints les bases de données d’Ebuzzing, y compris des sites d’extrême-droite qui usent à grande échelle de méthodes plus que suspectes pour gagner en notoriété – démultiplication de pseudos, retweets automatiques en masse, commentaires copiés-collés de manière industrielle, etc…

Les uns ne sont pas des blogueurs, les autres ne sont pas des blogs. Autant considérer comme des blogs Atlantico et le Huffington Post, les sites du Figaro et de Libération. Et pourquoi pas les pages Google News ?

De fait, les classements de « blogs » d’Ebuzzing ne nous parlent plus de la blogosphère, ne sont plus en « lien » avec elle et de qui nous y est commun, ce qui nous fait vibrer, fait sens et nous motive. Plus grave, il apparaît évident que tout ceci, cette définition nouvelle de la blogosphère que voudrait imposer une société de droit privé, nous englobant dans tout autre chose que ce que nous sommes, vise à nous étouffer, à faire taire notre spécificité : celle d’une parole libre venue d’un endroit d’où il n’est pas habituel qu’on parvienne à l’entendre, la parole des citoyens. Car la blogosphère n’est que cela, la caisse de résonance des citoyens et de leur diversité – diversité d’opinions et de centres d’intérêts, diversité sociale et professionnelle. La blogosphère, finalement, c’est le média de ceux qui n’en ont pas.

La blogosphère se rebiffe

Le choix fait par Ebuzzing est un choix politique. Nous en sommes d’autant plus convaincus que Pierre Chappaz, son patron, est aussi un des fers de lance du mouvement des « pigeons », un homme qui s’affiche sans ambiguïté en tant que libéral – ce qui ne nous pose aucun problème en soi – et qui, tenant lui-même un blog, a choisi de le faire figurer dans les classements établis par sa propre entreprise selon des algorithmes qu’il est seul à connaître, prenant de facto le risque du conflit d’intérêt, donc du soupçon. 

Considérant que Pierre Chappaz devenait en cette affaire juge et partie, nous le laissons seul juge de ses choix et décidons de partir, afin de ne pas cautionner plus longtemps une conception de la blogosphère qui ne repose plus sur aucune réalité. 

Nous, blogueurs et blogueuses, 1er, 10ème, 100ème ou dernier des classements actuels, avons décidé de ne plus en être et avons exigé de Wikio-Ebuzzing la suppression de nos blogs de ses listes. Parce que nous ne saurions nous retrouver à servir les intérêts commerciaux d’une société et les nouvelles ambitions politiques de son patron. Parce que nous refusons que la blogosphère, dont nous sommes à la fois le cœur et les poumons, puisse ce faisant se trouver assimilée à – et finalement dissoute dans – quelque chose de plus vaste et qui ne lui ressemble pas, et d’où les blogs ne sauraient plus être visibles et les blogueurs se faire entendre.

La présente tribune est collective.
S’y associent, pour l'instant, les blogueurs suivants et leurs blogs :
  1. A perdre la raison, @melclalex 
  2. Le chiffonnier dans le jardin, @MarieEngagee 
  3. Chez El Camino, @elc95 
  4. Le blog de corinne morel darleux, @cmoreldarleux 
  5. Chez l’vieux, @yannsavidan 
  6. Partageons mon avis, @jegoun 
  7. Les coulisses de Juan, @sarkofrance 
  8. Les échos de la gauchosphère, @JesuisCethomme 
  9. Lyonnitude, @romainblachier 
  10. Les chroniques de Juan, @sarkofrance 
  11. Bah !? by CC, @cycee 
  12. Reservus, @bembelly 
  13. Blog de David Burlot, @davidburlot 
  14. Affichage libre, @elooooody
  15. Le cri du peuple, @cridupeuple
  16. Le blog de Captainhaka, @captainhaka 
  17. Rimbus le blog, @rimbus 
  18. Mon Mulhouse, @ericcitoyen 
  19. Trublyonne, @trublyonne 
  20. Le blog de Louis Lepioufle, @louislep
  21. La Renovitude, @nico_LdT 
  22. Les bas-fonds de Juan, @sarkofrance 
  23. Chez dedalus, @zededalus 
  24. Et ma main dans la gueule ?, @elc95 
  25. La femme de George, @mrsclooney
  26. Ce que je pense, @bembelly 
  27. Au comptoir de la comète, @jegoun 
  28. Les photos de chez El Camino, @elc95 
  29. Partageons nos agapes, @jegoun 
  30. De tout de rien sur tout de rien d’ailleurs, @detoutderien 
  31. Mon mulhouse bio, @ericcitoyen 
  32. Partageons l’addiction, @jegoun 
  33. Alter-Oueb, @alteroueb 
  34. RéflexionPolitique.net, @gillessauliere 
  35. Le coin politique de dedalus, @zededalus
  36. Woof it, @O_bi_Wan
 

20 octobre 2012

Le solitaire et la bière de trop

C'est un type à qui j'ai toujours donné 55 ans. Ça fait une quinzaine d'années que je le connais. Grand, mince, les cheveux gris un peu long. La barge, grise, aussi, assez longue mais peu touffue. Toujours habillé pareil : pantalon et veste en jean délavé. Son Loock lui donnait un aspect dégueulasse mais il ne l'était pas. Il y a des gens comme ça. 

Tous les soirs, il venait prendre un ou deux cafés au comptoir de la Comète. Au fil du temps, nous l'a avions vaguement intégré au groupe, discutant un peu avec lui. Je me suis toujours demandé si on n'était pas sa seule "vie sociale". Peut-être avait-il un boulot ?

Ne jamais poser de question aux marginaux, dans les bistros. Ils ne viennent pas pour ça. Il nous faisait un peu pitié. Ce mot reviendra encore deux fois dans ce billet. Comme s’il était vraiment seul, dépressif, …

Un jour, en 2007, je suppose (La Comète à changé de patron à la fin de l'année), il est arrivé de bonne humeur et a commandé une bière, ce que nous ne l'avions jamais vu faire. Au bout de deux ou trois, il était saoul comme un cochon et faisait n'importe quoi. Il faisait penser à un de ces types qui boit de l'alcool alors qu'il prend des antidépresseurs qui le lui interdisent. C'est une image que j'ai en tête. Je ne sais pas pourquoi. Jean avait alors fait ce qu'il fallait faire. Il l'a foutu dehors. Les moralistes nous expliqueront que nous aurions du appeler les pompiers ou le SAMU mais ce n'est jamais possible. On n’a pas le droit de rentrer dans la vie des gens. On ne peut pas, nous autres, simples citoyens, forcer les gens à soigner. On ne peut que vérifier qu’il peut marcher et rentrer chez lui…

Il a probablement eu honte - c'est idiot, il n'y a pas de honte à prendre une cuite - et n'ai jamais revenu dans le bistro. Comme je le croisais parfois ailleurs, je n'étais pas inquiet. Nous avions pitié de lui quand il passait dans le bistro…

Je l’avais oublié puis je l’ai revu, il y a quelques semaines, nous avons discuté un peu mais de choses idiotes, des travaux dans le quartier…

En 2008, la Comète a été entièrement refaite. Seul le comptoir a été conservé.

Mardi, le gars est revenu. Au premier regard, j’ai compris qu’il avait encore bu. Guillaume, qui ne bosse là que depuis deux ou trois semaines, a regardé ce lascar, se demandant qui était ce grand maigre à l’allure dégueulasse. J’ai regardé Guillaume droit dans les yeux, les écarquillant. Il a compris le message. Le type s’est installé au comptoir et a insisté pour avoir une bière. Guillaume a refusé de lui servir un verre puis m'a regardé. D’un geste, je lui ai fait comprendre qu’il avait raison.

Alors, le gugusse est venu vers moi. J’étais la seule personne qu’il connaissait, il était perdu. Même le bistro avait totalement changé. Il m’a demandé de dire au serveur qu’il pouvait lui servir une bière. Je ne pouvais pas le faire. Il n’aurait pas supporté le moindre verre d’alcool. Je lui ai proposé de boire autre chose. Il n’a pas voulu. Il s’est remis dans son coin du comptoir et a insisté, sans crier, en parlant doucement, … Guillaume ne pouvait pas céder.

Ca a duré quelques minutes puis Guillaume a été obligé de le virer, par la peau du cul. Le type s’est retrouvé tout seul, dehors, regardant partout. Il nous a dit qu’il allait appeler la police, qu’on n’avait pas le droit de refuser de servir un client…

Il a sorti son téléphone et a téléphoné ou fait semblant.

Il a attendu quelques minutes, debout, tout grand, tout maigre, tout crado, toujours à 55 ans, devant le bistro, puis il a repris sa route, le long de la Nationale.

Guillaume se sentait coupable et comme toujours, dans ces cas, on ne peut résister à l’envie de se justifier, d'expliquer aux quelques clients qui étaient là qu'il n'avait pas eu le choix, qu'il ne pouvait pas faire autre chose. C’est la vie. J’ai haussé les épaules et dit à Guillaume de laisser tomber. 26 ans. Il débute dans le métier et n’avait bossé que dans des bars de jeunes, à Paris. C’est la vie.

Je suis sorti. J’ai regardé le type qui s’éloignait sur ces très larges trottoirs qu’on a maintenant. La nuit était tombée. Et j’ai retrouvé cette pitié de cette soirée, en 2007.