04 avril 2013

Cahuzac et les nécessaires contradictions de la politique

Je ne sais plus quand Jérôme Cahuzac a fait ses aveux mais je me rappelle les avoir appris vers 17h30 avant-hier puisque j’en ai tiré un billet raté dans le métro à la va-vite (puis trois billets hier et j’en suis au deuxième aujourd’hui). Après, l’étonnement, la colère puis la condamnation, j’ai l’impression de rétropédaler. Un copain me demandait hier : « Pourquoi tu le défends, tu vois bien qu’il est coupable ? » Je lui ai répondu que je ne le défendais pas. Néanmoins, Jérôme Cahuzac ne doit pas servir de « bouquet missaire » (comme l’écrivait Balmeyer quand il écrivait encore). Pour un peu, on aurait senti certains observateurs dire : bon, c’est de la faute de Cahuzac si le Gouvernement n’est pas populaire, si la crise économique dure, s’il y a plein de chômage et si l’hiver est si long.

On va faire un remaniement, tout ira mieux et la crise économique sera aux oubliettes. J’ai donc bien envie de défendre Jérôme Cahuzac. Mais depuis cette quarantaine d’heures, je sens pourtant que le vent tourne dans la blogosphère. D’ailleurs J'ai eu un mal de chien à boucler mon billet, ce matin. Ça m'apprendra à défendre des positions presque contradictoires. Tout d'abord, je voulais parler d'un remaniement mais surtout, je voulais parler de Jérôme Cahuzac.

Ce gars a commis un certain nombre de fautes ou d'erreur :
1. Une potentielle fraude fiscale avec blanchiment d'argent.
2. La non déclaration d'un compte à l'étranger (avouée).
3. L'entrée au gouvernement alors qu'il avait des casseroles au cul (avouées).
4. Un mensonge (avoué) à ses "collègues" et aux élus du peuple.

Je n'ai pas à juger de la gravité de ces fautes. Chacun a son système de valeurs mais heureusement, il n'y a qu'une justice pour  tout le monde. Ainsi, les jugements que je vais porter sur ces quatre fautes sont purement personnels. C'est le cas de tout ce que je dis dans mes blogs, d'ailleurs, mais cette fois, je ne dis pas pour faire une affirmation péremptoire comme d'habitude mais pour expliquer les contradictions « personnelles » que j'évoquais plus haut.

1. On ne m'empêchera pas de penser qu'une fraude fiscale est moins grave que le viol d'un centenaire ou le financement illégal d'une campagne électorale. C'est grave quand même, il faut que justice se fasse et tout ça... Mais bon...

2. J'ai appris avec cette histoire qu'il était obligatoire de déclarer un compte à l'étranger. C'est probablement une forme de fraude fiscale.  C'est grave mais bon...

3. L'entrée au gouvernement avec des casseroles au cul ? Ce n'est pas illégal, que je sache... Pourtant, à mes yeux, et probablement aux yeux de tous ceux qui ont soutenu ce gouvernement, c’est la plus grave de ses fautes.

4a. Le mensonge au peuple et à ses représentants. Heu... Un homme politique qui ne ment pas... C'est probablement la faute la moins grave. C'était pourtant le principal angle d'attaque de la droite et c'est à pisser de rire.

4b. Le mensonge à ses "collègues". Voir le 3 mais en moins fort (ça reste interne au gouvernement).

J'en viens à ma contradiction. Tout d'abord, les trucs les plus graves qu'on peut lui reprocher (accepter d'entrer au gouvernement avec une casquette et avoir menti à ses "collègues") ne sont pas illégaux. Le jugement est purement moral.

Pour les trucs illégaux :
1. Il a fait une faute avant d'être ministre.
2. La faute est devenue très grave parce qu'il est devenu ministre.
3. Il n'a fait aucune faute en tant que ministre.
4. Il n'est plus ministre donc sa faute n'est plus très grave.

Encore une fois, je n’essaie pas de minimiser, je ne suis pas blanchisseur. C’est un peu comme avec DSK. Il a peut-être fait une abomination mais ce qu’il subit en retour est totalement démesuré.

Toujours est-il que j’éprouvais une immense contradiction en rédigeant mon billet de ce matin : toute la merde qui nous arrive est de la faute de Cahuzac et j’ai envie de lui enfoncer la tête dans l’eau mais, d’un autre côté, ce qu’il a fait de grave relève de la faute morale et je n’ai pas à juger de la faute morale des autres.

Je suis bien emmerdé.

Ce matin, je lisais le billet de Marc Vasseur. Je vais le résumer : … Non. Démerdez-vous, lisez-le.

Je vais simplement citer son introduction (la suite m’intéresse mais ne me concerne pas, je ne suis pas militant du Parti Socialiste ; probablement une forme de lâcheté de ma part) : « Jérôme Cahuzac avoue ses fautes (exil fiscal caché, mensonges), dès lors l’affaire ne serait plus qu’une banale histoire d’un homme avec la justice. Quel joli conte que voilà. » Et il nous explique qu’il reste un gros problème politique au sein du PS.

Il a bien raison (lisez-le, j’ai dit).

Après cette quarantaine d’heures, on a donc d’un côté, le volet juridique de l’affaire (et ce n’est plus notre problème, Jérôme Cahuzac a avoué et basta) et le volet politique. Il ne faut pas le voir comme une contradiction : il faut séparer les sujets.

Le volet politique peut être découpé en plusieurs parties :
1. Celui vu par Marc, interne au PS.
2. La politique à la petite semaine et la communication gouvernementale. Quand les ministres de Nicolas Sarkozy étaient pris dans la tourmente, nous aimions bien en rajouter. Que notre indignation soit feinte ou réelle importe peu. Il faut faire du bruit. Pour ma part, quand un ministre se fait prendre à se faire payer des cigares ou à lécher les pieds de ses collaboratrice, ça m'amuse. Cette fois, c’est la droite qui nous tape dessus, rendons les coups !
3. Les actions à mener par l'Etat (voir les annonces de François Hollande mais aussi la lutte contre la fraude fiscale). Le « scandale Cahuzac » et celui du jour (les « offshore leaks ») sont une formidable occasion pour le faire comme le dit Romain (lisez-le !).

Il reste aussi un problème que je qualifierai de société. Par exemple, à propos de l’offshore machin, Libération qui cite Le Monde dit (à peu près) : « Jean-Jacques Augier, 59 ans, ancien inspecteur des Finances et homme d’affaires discret qui fut le trésorier de M. Hollande pendant la campagne présidentielle de 2012, est actionnaire de deux sociétés offshore dans les îles Caïmans. » puis « Même si ces opérations sont légales, fallait-il qu’un inspecteur des finances, membre de l’un des grands corps de l’Etat, et porteur des valeurs de la République, participe à de tels montages, cautionnant ainsi l’opacité financière des territoires offshore ? » Comme dirait mon ami Politeeks : c’est un des bilans des années 80, le goût du fric dans cette direction des finances de Bercy…

Tant que je suis à citer les copains, je vais citer le billet de Babelouest (lisez-le aussi). Je ne suis évidemment pas d’accord avec lui : il propose d’abolir la propriété privée. Entendons-nous bien : je ne suis pas un farouche défenseur de la propriété privée mais je ne crois pas du tout en son abolition ! Toujours est-il qu’il ne semble pas inutile de rappeler le diagnostic : si des lascars fraudent pour s’enrichir, c’est bien parce que la notion de richesse existe.

Une quarantaine d’heure avant sa tonitruance, l’affaire Cahuzac est quasiment passée à la trappe. Si je prends un site d’information grand public au hasard, les trois titres principaux portent sur la nouvelle affaire qui touche Hollande (le compte en Suisse de son trésorier de campagne), Marine Le Pen qui est touchée par l’affaire Cahuzac et la perquisition chez un conseiller de Nicolas Sarkozy.

Paf ! Les trois premiers au premier tour de l’élection présidentielle… (le hasard)(enfin, j’espère).

Pendant ce temps, dans la blogosphère...

David espère que Cahuzac a « le mental » et constate la situation. « Et pendant ce temps, nos parlementaires font avancer les promesses de campagne. Certains dans le monde nous regardent. Pas certains de faire des envieux, puissions-nous au moins rester digne. »

El Fredo rappelle que tous les travaux contre la corruption menés par la majorité socialistes de l’époque ont subitement été stoppés avec le retour de la droite aux affaires, en 2002.

Sarkofrance voit quatre symboles de cette histoire. Je vais citer une partie du texte d’explication du dernier : « On n’est pas responsable des conneries de ses amis. »

François Hollande a été obligé de prononcer des mots très durs contre son ami.

La politique est pleine de nécessaires contradictions.

24 commentaires:

  1. Pour revenir sur votre phrase de conclusion, je me demande si la contradiction principale ne réside pas dans le fait que l'on se réclame de la gauche tout en pouvant se permettre par ailleurs de "laisser dormir" sur un compte en Suisse des centaines de milliers d'euros...

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    1. Est-ce une contradiction ? Je vote pour des augmentations d'impôts sur le revenu mais n'aime pas en payer. La contradiction peut être cherchee partout dans ce cas.

      Un type de droite au RSA ?

      Un fonctionnaire de droite ?
      UN fonctionnaire de gauche ? (Il bénéficie d'un privilège...) (que je ne remets pas en cause).

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    2. Si ce n'est pas une contradiction, autant arrêter de parler de valeurs et d'idées de gauche et de droite ; on pourrait même se contenter la prochaine fois de mettre des noms au hasard dans un chapeau et de tirer au sort le prochain président de la République...

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    3. Je vous ce que tu veux dire et suis partiellement d'accord. Je vais répondre autrement. Dans mon positionnement politique, je ne choisis pas en fonction de mon intérêt personnel. Donc dans mes choix personnels, je n'agis en fonction de mes convictions politiques.

      Par exemple, je pourrais faire des excès de vitesse tout en réclamant la hausse du nombre de radars parce que c'est, à mon avis, l'intérêt de la société.

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  2. Maintenant, certains disent que le proche de Le Pen se retrouve dans l'Affaire Karachi et est aussi un proche de Soral : le monde est petit.

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    1. La droite de la droite est petite.

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    2. Dans la mesure où le compte de ce très (très) cher Cahuzac a été ouvert par Maitre Peninque, ça ouvre des perspectives sur l'étendue du terrain de jeu de l'extrême droite...

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  3. En conclusion : QUOIQU'il arrive je reste droit dans mes bottes, responsable de rien, coupable de rien. C'est reposant comme vie!

    Un peu de lecture désobligeante :http://www.bakchich.info/blogs/sebastien-fontenelle

    Fait gaffe c'est pour un public averti, éloigner les ti n'enfants du ps!!

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    1. Reprends une tisane. Que veux tu faire ? Concrètement ! Pas dans l'utopie ou le militantisme débile...

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    2. J'ai beaucoup bossé pour la lutte anti-tabac (interdictions élargies, hausses dissuasives du prix) et je suis un gros fumeur, à qui les mesures que j'ai (modestement) contribué à faire adopter pourrissent la vie.

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  4. C'était rouge vif, je crois que cela devient sanglant avec toute cette gabegie

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  5. J'en déduit donc que quoi que fasse un socialiste , ça n'est jamais grave.

    Je n'ose imaginer ce que tu aurais dit si ça avait été un politicien de droite

    Ton billet est franchement pitoyable et puant de mauvaise foi.

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    1. Il pue moins qu'un trou du cul.

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    2. Ce n'est pas parce que c'est fait par un socialiste que cela devient grave, parce que frauder le fisc n'est ce pas ...

      Nathan

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    3. socialiste déçu04 avril, 2013 23:34

      Tu n'as donc toujours pas compris que le vrai problème n'est pas vraiment qu'il ait un compte en Suisse mais surtout d'où vient l'argent. Du temps ou il était conseiller de Claude Evin ministre de la santé et en même temps conseil à des industries pharmaceutiques ? . Tu le sens le doux parfum du conflit d'intéret ? pour rester poli ou corruption pour parler clairement.

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  6. Nathan, on se fout de la couleur politique de celui qui a fraudé le fisc.

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  7. Le plus terrible est ce qu'écrit un avocat, Me Fedida, dont j'ignore les accointances politiques:

    "C'est l'histoire du geôlier qui après avoir fermé la grille a jeté les clefs. Jérôme Cahuzac au Ministère du Budget aura été un énergique promoteur des mesures fiscales les plus contraignantes et les plus rigoureuses jamais mises en œuvre, crise oblige.

    Ces mesures ont concerné bien entendu les hausses d'impôt mais également la mise en œuvre de moyens inégalés en matière de lutte contre la fraude fiscale. Créée en octobre 2010, la police fiscale s'est vue encouragée et pourvue des moyens de police judiciaire pour traquer et mettre à jour les comportements fiscalement déviants.

    Ce faisant, le Ministre a participé à répandre cette croyance aujourd'hui incontournable suivant laquelle la fiscalité n'est pas en France une complexe question économique ou budgétaire mais, une simple question de moralité voire de vertu, pour reprendre le mot du Président de la République réagissant comme sous le coup de l'indignation de la découverte de l'aveu judiciaire de son Ministre."

    la suite:

    http://tinyurl.com/cguqflv

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  8. Dans cette affaire, c'est la justice qui doit nous guider : les moins à plaindre se doivent de contribuer à soulager les plus à plaindre. Tricher contribue à l'injustice. Chacun a droit à vivre, donc à un minimum. Ceux qui, pour des raisons diverses, ont plus, et surtout largement plus que leurs propres vrais besoins, doivent contribuer. Ce n'est pas de la morale, c'est de la justice.

    Et un truc qui me met hors de moi, c'est l'intention du Parquet de demander un non-lieu pour un ancien président, pour la raison très simple que sa richesse est évidente, et qu'il doit contribuer à l'effort commun. La façon dont il a cette richesse n'entre pas directement en compte dans ce raisonnement-là. Cela n'empêche pas de se questionner, et de le questionner, et d'enquêter, bien entendu.

    Naturellement, le même raisonnement vaut pour des "encore bien plus riches", qui ne savent même pas à quel point ils sont "hors normes" si on peut dire.

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    1. Je suis évidemment déçu mais le motif d'inculpation m'a toujours paru foireux.

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    2. Il faut ajouter que je ne miserai pas sur l'honnêteté de cet homme-là, mais qu'il est bien trop malin pour prendre le moindre risque de se faire prendre : il aura toujours des personnages-écrans pour le protéger.

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  9. SI Cahuzac revient dans la politique plus jamais la gauche aura ma voix présidentielle régionale communale.

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