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17 juillet 2013

Affaire Cahuzac : rien de neuf en sept mois

Comme je le disais dans mon précédent billet (beaucoup plus drôle que celui-ci, je vous le conseille), la presse s’intéresse beaucoup aux déclarations de M. Courson qui a auditionné des ministres. Ils font des beaux titres. En illustration, cet article du Point. Les mots « parfaitement informé » sont bien entourés de guillemets, on ne sait jamais, non, plus. Dans le titre de l’article du Monde, c’est le mot « preuve » qui est cerné par des guillemets.

Pourtant, il n’y a pas grand-chose de nouveau. Par exemple, on retrouve assez facilement sur le net cet article du Monde daté du 21 décembre 2012.

Il y est indiqué que : « L'Elysée a confirmé avoir été contacté : "Michel Gonelle a bien eu, il y a quelques jours, un contact avec le directeur de cabinet adjoint de François Hollande, Alain Zabulon", a-t-on déclaré dans l'entourage du président. »

Ainsi, l’Elysée a confirmé au plus tard le 21 décembre avoir eu des contacts avec M. Gonelle alors que Médiapart avait diffusé l’enregistrement quinze jours plus tôt.

Il ne s’est donc rien passé, dans cette affaire, depuis le 21 décembre à part les aveux de Jérôme Cahuzac. Ca fait sept mois.

Affaire Cahuzac : la réunion de l'Elysée

La presse se lâche beaucoup après les auditions de trois ministres, hier, à propos de Jérôme Cahuzac et après l’interview de Charles de Courson. Pourtant, on n’en sait pas beaucoup plus qu’avant. Il faut bien que la presse s’occupe. Ca fait plusieurs mois que l’on sait maintenant que Gonelle, l’adversaire de Cahuzac, a prévenu l’Elysée en décembre.

On suppose (et j’espère) que François Hollande, Jean-Marc Ayrault et Pierre Moscovici ont fait confiance au ministre du budget qui niait. D’ailleurs, Courson dit bien que « Pierre Moscovici a reconnu qu'il était persuadé de l'innocence de Jérôme Cahuzac. »

Il dit aussi que le gouvernement a fait une connerie en n’interrogeant que UBS mais on se fout des détails.

Revenons à cette réunion qui a eu lieu en décembre à l’Elysée entre le président, le premier ministre, le ministre des finances et le ministre du budget. Je me suis procuré le script de cette rencontre, ce que n'a même pas réussi à faire Médiapart.

François Hollande : bon, les gars, c’est quoi ce bordel ?
Jean-Marc Ayrault : ouais, raconte nous ça, Pierre…
Pierre Moscovici : heu, ben, y’a un type qu’a appelé l’Elysée pour dire qu’il a un enregistrement où Jéjé dit qu’il est emmerdé par son compte en Suisse. Médiapart a diffusé cet enregistrement en début de mois.
Pépère : ah, ce merdier où on n’entend rien ?
Mosco : ben oui.
Ayrault : bon Jéjé, as-tu ou pas un compte en Suisse ?
Jérôme Cahuzac : ben non, j’vous jure les gars, j’aurais pas l’air malin à faire la chasse à la fraude fiscale si j’avais moi-même un compte en Suisse.
Ayrault : ah c’est vrai, ça ! Mais pourquoi Gonelle a-t-il appelé le dir cab de François, alors ?
Cahuzac : ben il a du prendre peur, je ne sais pas moi ! Il avait déjà transmis la cassette au juge Bruguière en 2006.
Pépère : quoi, le juge Bruguière ? Celui-là qui a soutenu Sarkozy en 2007, je commence à comprendre.
Ayrault : ben oui, je me demandais comme Médiapart avait eu l’enregistrement. Un coup d’un proche de Sarko…
Mosco : on s’en fout de tout ça, je fais quoi, moi ?
Ayrault : t’as qu’à demander à UBS de confirmer que Jéjé n’a pas de compte.
Cahu : hé ho, les gars, faites moi confiance !
Pépère : ben on te fait confiance, mon Jéjé, mais cette andouille de Plenel va vouloir vendre des abonnements et continuer à en rajouter pendant des mois.
Mosco : que UBS ?
Pépère : ben oui. Jéjé, c’est bien là que tu n’as pas de compte ?
Cahu : ben oui, enfin non, enfin oui, je n’ai de compte nulle part.
Pépère : mais je plaisantais, mon Jéjé. Vas-y Pierrot, écrit à UBS, ça enterrera l’histoire.
Mosco : dites donc, quand on a ces réunions, tu pourrais pas demander à tes loufiats de nous filer de la bière ou un coup de pinard plutôt que de l’eau ?
Pépère : un petit blanc suisse ?
Ayrault : ho ho ho.
Cahu : faites chier, les gars, arrêtez de déconner.

26 juin 2013

Actualité et blogage

Avec toutes ces histoires d’élections partielles, de bisbilles avec les réacs, j’ai de moins en moins le temps d’éplucher l’actualité alors qu’il se passe des choses.

Qatar

L’émir a abdiqué en faveur de son fils alors que François Hollande venait de faire une visite là-bas. Si j’étais lui, je serais furieux : le voyage n’a servi à rien. C’est d’ailleurs ce que confirment certains canards pas spécialement favorables à la gauche. Je serais d’autant plus curieux que la diplomatie a exigé qu’il fasse un communiqué de presse de félicitations…

Economie

A l’heure où vous lirez ces lignes, les chiffres du chômage auront probablement été diffusés : ils devraient être mauvais. L’inversion de la courbe ne devrait pas avoir lieu avant la fin de l’année. L’Insee a confirmé que la croissance était négative, au premier trimestre, pour le deuxième consécutif : nous sommes donc en récession.

Il n’empêche que certains indicateurs sont encourageants. La production industrielle a progressé de 2,6% en avril. Le climat des affaires s’améliore dans le commerce. L’activité du secteur privé se casse moins la gueule qu’avant (j’adore ce genre d’expressions : la baisse ralentit…). Les exportations se redressent. Le pouvoir d’achat des ménages est reparti à la hausse après s’être cassé la gueule en 2012. Les embauches sont également reparties à la hausse. « Dans l'intérim, réputé précurseur des tendances de l'emploi, les effectifs sont remontés après six trimestres de baisse. » L’Insee prévoit un retour de la croissance au second semestre (mais elle restera négative sur l’année).

D’autres chiffres sont mauvais : la consommation des ménages baisse, le climat des affaires dans les services n’est pas bon et, surtout, le chômage devrait continuer à monter. « Il atteindrait 11,1% au dernier trimestre, très proche du record historique enregistré en 1994 et 1997 (11,2%). »

Repris de justesse

Dominique Strauss-Kahn était reçu au Sénat, par la commission des finances. Ca couine dans les rangs des parlementaires de la droite comme de la gauche : il n’aurait rien à faire là. DSK avait la réputation d’être un excellent économiste, je ne vois pas pourquoi, après ses histoires judiciaires, il ne le serait plus.

Ronchonner pour ronchonner.

Néanmoins, il dit des bêtises. « Incriminer la finance dans le désastre économique européen et français actuel est aussi pertinent que d'incriminer le secteur automobile quand on parle des morts sur la route. » Pan dans la gueule de Hollande, mon ennemi c’est la finance et tout ça. Il avait pourtant dit avant que le système allait mal et qu’il poursuit : « Le vrai problème, c'est le comportement des utilisateurs […] A trop s'occuper de la finance, on ne s'occupe pas assez des financiers. » Vu sous cet angle… La finance n’est pas en cause, ce sont les financiers qui foutent la merde.

Ces qualités d’orateur et ses compétences en économie, sa critique du FMI,… semblent avoir été salués par les auditeurs.

Pendant ce temps, Jérôme Cahuzac est auditionné à l’Assemblée. Les députés devront-ils le croire. Je me demande à quoi sert cette audition…

Mandela

A l’heure où je vais publier ce billet, les chiffres du chômage auront peut-être été publiés… et Nelson Mandela sera peut-être mort. Les journalistes bavassent tellement sur lui, depuis trois jours, que je me demande ce qu’ils pourront raconter quand il sera vraiment mort.

Ca a commencé sérieusement à m’énerver lundi matin. Je me réveille aux aurores et je vois ce titre : « Mandela dans un état critique ». Ca a duré toute la journée. Aujourd’hui, c’est pareil, avec des titres « Toute l’Afrique du Sud prie pour Mandela ».

Pour ma part, je ferai la nécrologie après sa mort.

Blogage politique

Les blogueurs politiques sont-ils obligés de faire des billets de blog. On le voit ici, j’avais au moins quatre ou cinq sujets faire des tartines. Mes confrères blogueurs de gauche ne sont pas très actifs : l’actualité ne s’y prête pas. Je remercie mes confrères réactionnaires de m’offrir des sujets pour leur répondre quand ils défendent la veuve, l’orphelin et le fasciste.

Sinon, la Cour suprême des Etats-Unis a abrogé des lois interdisant le mariage entre couples homosexuels. Les réactionnaires américains ne sont plus ce qu’ils étaient. On pourrait leur envoyer les nôtres.

12 mai 2013

Le retour de Jérôme Cahuzac

Jérôme Cahuzac a été vu sur un marché hier. Certains ont conclu qu'il était candidat à sa propre succession, en tant que député. Du coup, le microcosme (traduire : les andouilles qui se croient obligés d'avoir une opinion en 140 caractères dans Twitter) est en émoi. La gauche morale est de retour mais a laissé la justice au fond de sa poche. 

Petit 1 : ce n'est pas à Twitter de décider si Jéjé doit revenir mais aux électeurs de sa circonscription. On appelle ça de la démocratie. Je décrète assez facilement moi-même que le Front National est le mal. Il n'empêche qu'il fait 20% aux élections. J’aime bien faire la morale à la gauche morale mais il serait temps qu'elle sorte de ses postures et prenne en compte l'avis des abrutis décervelés auxquels ont a octroyé un droit de vote. 

Petit 2 : je ne suis pas électeur dans son coin. Si le Parti Socialiste présente un candidat, j’aurais voté pour lui, a priori. Sinon, j’aurais voté pour Jéjé qui semble être le candidat le plus proche de mes opinions politiques et d’une ligne que je souhaiterais défendre, même s’il est un peu pourri sur les bords.

Petit 3 : je ne sais pas où nous mènera cette affaire mais, aux yeux de ce que l’on sait aujourd’hui, la principale faute de Jéjé serait de ne pas avoir déclaré un compte en Suisse. Vis-à-vis de la loi (qui reste le seul truc qui nous permette de juger), je crois qu’il est passible de 1500 euros d’amende, pas d’un empalement sur la place du village.

Petit 4 : grâce à son aveu, on a enfin une base pour exiger de la moralisation dans la vie politique et des actions concrètes au niveau de la transparence et du contrôle des élus.

Petit 5 : je ne sais pas combien il a de pognon sur son compte en Suisse. On nous parle de 600 000 euros ou de 15 millions. Je crois plutôt à cette dernière thèse. Pourquoi s’emmerder à frauder « que » 600 000 euros. Il n’empêche que Claude Guéant et Nicolas Sarkozy sont couramment accusés par la gauche d’avoir touché 300 millions de Kadhafi. Excusez du peu.

Petit 6 : avant de condamner définitivement un type, attendons que la justice fasse son boulot. Je suis moi-même, comme plein de camarades « gouvernementaux », accusé fréquemment d’avoir osé critiquer Médiapart. Je ne retire aucune de mes critiques même si, a posteriori, ils ont eu raison dans les faits qu’ils ont dénoncés. L’histoire de l’enregistrement reste rocambolesque et tous les autres trucs me semblent être tombés à l’eau.

Petit 7 : Jérôme Cahuzac a le droit de faire son marché, d’acheter des fraises, de la salade et du jambon de pays.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : je me sens trahi par Jérôme Cahuzac à qui, par mes votes successifs, j’ai choisi de confier un ministère et de défendre mes valeurs. Mais…

Petit 8 : c’est à la justice de décider, pas à moi. Et surtout pas à Twitter, nouveau symbole de la bonne pensée politique, pourchassant les éditocrates tout en rentrant parfaitement dans leur jeu.

Petit 9 : c'est à Jéjé de décider tout seul comme un grand s'il peut se présenter.

Petit 10 : c'est à Jéjé de décider s'il pourra assumer le retour dans l'hémicycle et le regard "goguenard" de ses futures collègues de travail. Si j'étais lui, je n'irais pas.

Amen.

Cela étant, je ne connais pas la configuration de la circonscription mais si les électeurs pouvaient choisir un autre type proche du PS, la décision ne me paraitrait pas mauvaise.

16 avril 2013

Déclarations (intempestives ?)

Ce matin, j'ai consulté un par un, le patrimoine de chacun des élus que je connais vaguement. Est-ce du voyeurisme ? J'avais la vague impression de rentrer dans l'intimité de certains ce qui me les rendait plus humains, notamment les ministres de mon âge avec un patrimoine équivalent.

Hier, la polémique a fait rage, toute la journée, sur la nécessité de cette déclaration et l'opportunité de la généraliser auprès de tous les élus. La plus grosse fronde semble venir des élus socialistes. De toute manière, la décision reviendra aux députés donc, majoritairement, à ces élus socialistes. Advienne que pourra...

Ils semblent favorables à la mise en œuvre de la haute autorité qui contrôlera tout ça mais opposés à la publication des patrimoines. A mon avis, ils se trompent totalement dans la communication aux électeurs : ils donnent l'impression d'avoir quelque chose à cacher et de mériter des contrôles.

Enfin ! Chacun en pensera ce qu’il veut… Reste à savoir ce que l’opinion en retiendra dans quelques mois… Voyons voir à droite (et au centre) :

François Bayrou : « Je ne suis pas contre la transparence, c'est un peu le mouvement du temps, mais j'éprouve une assez grande indifférence face à ce genre d'exposition, je ne pense pas que la clef de la moralisation de la vie publique soit là. Certains disent diversion, je n'irais pas jusque là, mais en tout cas ce n'est pas ce que les Français attendent. » Je n’aime pas ce mot « diversion » utilisé à toutes les sauces ? Diversion de quoi ? De la mauvaise santé de l’économie ou de l’affaire Cahuzac ? D’un autre côté, j’ai moi-même assez souvent accusé le Gouvernement précédent de faire diversion…

Je suis néanmoins relativement d’accord avec lui.

Claude Guéant : « la transparence est nécessaire, mais pas la publicité (...). La richesse ne signifie pas qu'on n'est pas compétent ou vertueux (...) Je crains que l'on n'ait, là, la résurrection de sentiments présents, de longue tradition historique, contre les riches et cela me semble tout à fait néfaste. » Non.

Christian Jacob trouve que c’est malsain et qu’il y a autre chose à faire : « Pendant les sept mois de session (parlementaire, Ndlr),  on va avoir passé notre temps sur le mariage et l'adoption homosexuels, la modification du mode de scrutin pour les municipales, les cantonales, les européennes et puis maintenant ça va être un texte sur le patrimoine des élus, puis un autre sur le cumul des mandats. » Il n’est pas à toutes les séances de l’Assemblée ? (Loi sur la Mobilisation du foncier public en faveur du logement et renforcement de la loi SRU, Loi sur la création de 150 000 emplois d'avenir entre 2012 et 2014 pour les jeunes de 16 à 25 ans peu ou pas qualifiés, Création des contrats de génération, Loi sur le harcèlement sexuel, Taxation supplémentaire des logements vacants, Création d'un crédit d'impôt compétitivité emploi, Hausse de l'impôt sur la fortune, Loi sur l'adaptation et la sécurisation des parcours professionnels, …)

Il tente de faire diversion ?

Côté Gouvernement, c’est Stéphane Le Foll qui était envoyé au front, hier, pour défendre cette publication. « Voter à gauche répond à l’idée de faire progresser la société et que le partage a un sens. Je ne vois pas pourquoi ceux qui sont riches ne pourraient pas avoir ces valeurs. »

On est bien d’accord ! Il indique que la publication du patrimoine des ministres vise à une « transparence nécessaire pour avoir à nouveau une relation de confiance après ce qui s’est passé avec Jérôme Cahuzac. » C’est un peu ce que je disais hier, non ?

Mais il reste du boulot...

12 avril 2013

Sus à la transparence !

L’actualité politique est sidérante : nous avons à la une de Google News un article du Figaro qui explique que François Hollande fait face à une fronde des élus dans sa volonté de faire la transparence sur le patrimoine des élus. Nous avons un joli scandale avec la République qui est toute ébranlée, la pauvre chérie, et ce que nous explique la presse est que les élus ne veulent pas rétablir la situation. Pour un peu, François Hollande va reprendre 10% de popularité…

Hier, je me disais que Claude Bartolone qui sembler mener la fronde à gauche était fou à lier de faire autant bruit sur cette histoire. Aujourd’hui, comme il est de mon bord, je vais dire que c’est un génie politique, un véritable stratège ! Tous ces élus qui veulent absolument cacher leur pognon à des Français qui n’en ont rien à foutre vont finir par les exaspérer complètement et, sur ce coup, vont se mettre à louer les efforts de François Hollande.

Il reste de la marge.

L’ami El Camino (dit Gogocamino, ni Fred Camino, dit Elc95, ...) nous disait hier que la France était le seul pays d’Europe avec la Slovénie où le patrimoine des parlementaires n’était pas public.

Que disent nos élus ?

Christian Jacob : « On n'a pas vocation à cautionner une manœuvre de diversion » ! Justement, en hurlant tant que ça, vous faites une belle diversion…

Claude Bartolone : « Déclarer, contrôler, sanctionner, c'est de la transparence, rendre public, c'est du voyeurisme. » Pourquoi ? On n’a pas le droit de savoir pour qui on vote ? « Sur la même longueur d'ondes, le patron des députés PS Bruno Le Roux s'est dit opposé à un «étalage sauvage » du patrimoine des élus, tout comme son homologue du Sénat, François Rebsamen. » Ah ! Si tout le PS se met à faire du bruit contre les actions du Président, il va finir la journée avec 70% d’opinions favorables…

Ils sont aidés par les communistes ! « Signe que les projets de François Hollande sont décidément bien mal engagés, même les communistes se montrent circonspects. Pour André Chassaigne, président des députés du Front de gauche, la publication des déclarations de patrimoine aurait «un côté un peu malsain» risquant de «livrer à la vindicte populaire des élus qui, sans être fortunés, ont parfois des biens de famille». » 80%.

Le Figaro constate que la loi sera difficile à faire passer et qu’elle aura beaucoup d’aménagement. « L'affaire semble donc mal engagée pour le chef de l'État qui joue désormais sa crédibilité. Le ton martial employé mercredi pour annoncer la révision des règles sur le patrimoine des responsables publics ne lui laisse aucune alternative, sauf à s'affaiblir encore plus. »

Sera-t-il affaibli ? J’allais lancer une charge contre le Figaro mais la fin de l’article est moins négative pour le président. « Ou à tout le moins à démontrer qu'il n'a pas les moyens de mener la «lutte implacable» qu'il entend mener pour la moralisation de la vie politique. »

Ce sont donc les députés qui passeront comme opposés à la moralisation, probablement chère aux yeux des Français.

A noter que je ne comprends pas la stratégie d’une partie de l’UMP, les « copéistes », qui pourraient subir des dommages collatéraux par cette stratégie d’opposition systématique, y compris sur des volets qui n’ont rien à voir avec la droite et la gauche…

Cette opposition va faire que les Français vont penser que tous les hommes politiques ont quelque chose à cacher.

Bartolone et Le Roux ne visent pas la présidence de la République. Copé, si…


Quels scénarios pour une affaire d'état ?

L’affaire Cahuzac continue à agiter les médias. J’ai un copain du PS qui est passé près de Bercy, hier (probablement sur le métro aérien qui passe à côté). Il est arrivé à la Comète et m’a dit : « Il y avait plein de camions des médias avec des grosses antennes autour du Bercy, tu sais ce qui se passe ? » « Oui, les charognards attendent que Mosco tombe ». Il avait rendez-vous avec un autre lascar, nous n’avons discuté que quelques minutes et on s’est rendu compte qu’on ne savait quasiment rien de cette histoire. L’occasion de faire un point, d’autant que deux rumeurs (au moins…) sont parties, dont celle à propos de Pierre Moscovici qui aurait été au courant depuis décembre.

J'ai relayé l’autre dans mon blog, une "information" d'un hebdomadaire suisse : les services secrets seraient à l'origine de l'affaire Cahuzac pour faire pression sur Hollande afin qu'il ne réduise pas le budget des armées. Rappelons que la baisse envisagée était très importante. Elle a très peu été reprise par la presse française ce qui m’a étonné vu qu’elle a généré des articles dans les grands médias suisses.

L'hypothèse est saugrenue mais elle m'amuse beaucoup (dans le cadre de l'affaire Cahuzac seulement parce que dans l'absolu, savoir que n'importe quelle entité disposant d'un peu d'information puisse faire pression en plus haut lieu est terrifiant).

Le Parisien du 18 mars titrait sur la vente possible du Charles de Gaulle. Le 19 mars, Jérôme Cahuzac démissionnait suite à l'ouverture d'un machin par la justice. François Hollande a repoussé ses annonces concernant le budget de l'armée à septembre. C'est rocambolesque et pourrait faire un bon scénario. L'histoire est-elle aussi ridicule que ça ?

Je vais écrire la trame de ce scénario :

Des fonctionnaires des services de renseignement enquêtent en Suisse dans le cadre normal de leur travail de lutte contre la fraude fiscale. Ils tombent par hasard sur le compte d'un ministre. Ils reportent à leurs autorités de tutelle (la Direction de la DCRI qui dépend du Ministère de l'Intérieur mais reste proche de la Défense puisqu'une partie y était rattachée avant la création de la DCRI sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy). 

Des rigolos imaginent qu'ils tiennent un moyen de pression sur le Gouvernement et font en sortes que Mediapart commence son enquête. Cahuzac est la cible idéale. 

La pression se fait de plus en plus forte sur l'armée et son budget (j'en ai fait deux billets : le sujet m'intéresse parce que j'ai un copain militaire inquiet). En mars, je ne sais quel service qui dépend du ministère de l'intérieur authentifie la voix. La des services de la Défense donnent des informations au Parisien. Des services quelconques font savoir à la Présidence qu'ils ne rigolent pas. Le reste se passe : la justice ouvre une information judiciaire contre le ministre qui est obligé de quitter le Gouvernement. La pression de descend pas et il passe aux aveux.

Hop ! Fin du scénario. Si vous êtes sages, je vous en sors une variante. 

Je vais raconter une autre histoire maintenant :

C'est celle d'un journal en ligne dont le patron est réputé être très à gauche qui reçoit des informations sur un ministre qui le poussent à ouvrir une enquête. On découvre des rapports louches d'inspecteurs des impôts en délicatesse avec leur administration, une bande enregistrée obtenue dans des conditions rocambolesques avec une des voix qui est authentifiée par un détective privé ayant travaillé pour l'ex femme du ministre dont l'avocat est la sœur du chef du plus grand parti d’opposition.

J’ai raconté deux histoires.

Laquelle ferait le meilleur scénario pour un prix de crédibilité ? Les deux ne sont pas incompatibles et la deuxième est vraie. On ne peut pas suspecter Médiapart de donner des « informations » qu’ils n’ont pas. Est-t-elle crédible sans la première ?

Allez ! Je rajoute un détail à la deuxième. Le ministre de tutelle du ministre concerné voit les informations du journal on line et décide de faire une enquête pour les vérifier. Il envoie 15 fonctionnaires en Suisse qui reviennent avec la confirmation. Le ministre a l’information mais ne prend pas la décision qui s’impose car il s’imagine qu’avec le barouf fait par les 15 fonctionnaires, l’information ne fuitera pas.

Je peux aussi ajouter un détail à la première. Un hebdo Suisse sort donc une information que ses confrères français voient immédiatement vu qu’elle est reprise par les quotidiens suisses. Les services secrets seraient impliqués, les conséquences seraient très graves pour l’Etat. Ils décident de ne rien sortir sauf quelques rédacteurs en chef stagiaire de service de nuit…

Stop ! Arrêtons de déconner…

Pour l’instant, nous savons quoi de cette histoire ?

Petit 1 : il y a une bande enregistrée qui est prise au sérieux par la justice.
Petit 2 : l’avocat de l’ex ministre dit que le ministre a avoué avoir un compte en Suisse avec 600 000 euros dessus qu’il n’a pas déclaré et le ministre a fait un billet sur son blog.
Petit 3 : les enquêteurs cherchent à savoir s’il y a eu des mouvements sur ce compte dans une période récente (avant 2006, je crois, il y a prescription).
Petit 4 : les « autorités » du ministre nient avoir eu vent de quelque chose.
Petit 5 : ces autorités prennent l’affaire suffisamment au sérieux pour déclencher des opérations de grande ampleur. C’est directement le président de la République qui est intervenu pour faire des annonces.
Petit 6 : le ministre a tenu plusieurs mois avant de démissionner (ou d’être démissionné) et il a nié avoir un compte en Suisse devant les parlementaires.

Que pouvons-nous en déduire ?

Du petit 6 : soit qu’il n’a pas de compte soit qu’il est persuadé que personne n’arrivera jusqu’à ce compte soit qu’il est complètement con et a espéré que ça ne fera pas de scandale.
Du petit 5 : qu’il n’y a pas de fumée sans feu.
Du petit 4 : soit qu’ils n’étaient pas au courant, soit que l’affaire est très grave à un point qui nous échappe peut-être, soit qu’ils sont complètement cons et pensaient que ça n’allait pas faire scandale.
Du petit 3 : pas grand-chose, sauf que l’affaire n’est pas vraiment importante au niveau de la justice ou du fisc. Elle est politique.
Du petit 2 : pas grand-chose non plus. Au fait, a-t-on une confirmation des aveux ? A-t-on autre chose que les propos de l’avocat et le billet de blog de Cahu (j’ai peut-être loupé une étape, tellement il y a de rebondissements) ?
Du petit 1 : pas grand-chose à part qu’il y a réellement une bande enregistrée avec une forte probabilité pour que ça soit bien Cahuzac dessus.

Il y a des rumeurs :

Petit a : les deux que j’ai déjà évoquées dans ce billet et qui sont forcément niées.
Petit a1 : le ministre de tutelle a lancé une enquête en décembre et a eu confirmation.
Petit a2 : c’est une histoire de barbouzes qui font chantage sur l’Etat.
Petit b : les services du ministère du travail et probablement ceux du fisc étaient au courant depuis très longtemps, avant l’élection de François Hollande.
Petit c : la clinique de Jérôme Cahuzac était une usine à cash.
Petit d : le petit c est de notoriété publique dans « ces milieux », y compris à l’Assemblée.

En parallèle à ces rumeurs, on a tous des a priori divers, le plus répandu étant qu’il n’était pas possible qu’Ayrault, Hollande et Mosco n’aient pas été au courant dès décembre. C’est un point qui pourrait être très important s’il apparaît qu’ils ont couvert Cahuzac pour des mauvaises raisons (vous me direz qu’il ne peut pas y avoir de bonne raison mais je n’en sais rien, on en est à imaginer une histoire de barbouzes).

Pour mon histoire de barbouzes, il faudrait faire jouer Francis Blanche, Lino Ventura et Bernard Blier…

N’hésitez pas à ajouter en commentaire ce que j’aurais pu oublier parmi les rumeurs ou les choses que nous savons.

11 avril 2013

Derrière l'affaire Cahuzac, une histoire de barbouzes ?

Alors que j’étais en train de déjeuner, je préparais un billet avec mon iPhone pour dire que je ne comprenais plus rien à la situation politique. Entre temps, un anonyme m’a fait suivre cette information ou plutôt cette nouvelle rumeur relayée par la Tribune de Genève (qui ne cache pas son compte en Suisse) qui m’amuse beaucoup :  « Les Services de renseignements français ont fait tomber Jérôme Cahuzac, selon L'Hebdo. L'ex-ministre du Budget prévoyait des coupes drastiques dans les finances de l'armée. »

J’avais évoqué dans ce billet la nécessité de couper une partie le budget de l’armée mais aussi ma frayeur devant ce que ça représentait. Selon la Tribune de Genève : « Concrètement, la taille aurait signifié la suppression de 31 régiments dans l'Armée de terre, la vente du porte-avion Charles-de-Gaulle, l'annulation de commandes d'hélicoptères Tigres et de deux sous-marins nucléaires Barracuda, l'arrêt de production des avions Rafale et des transporteurs Airbus A400M, ainsi que la suppression de quelque 51'000 postes. Des bases françaises à l'étranger auraient été fermées et les budgets des renseignements intérieurs et extérieurs revus à la baisse. » « Ces mesures auraient été jugées inacceptables de l'intérieur, affirme L'Hebdo. D'avantages d'économies dans le ministère de la Défense risquaient même aux yeux de certains de mettre en péril le statut de grande puissance internationale de la France et de rendre le pays indigne de siéger au Conseil de Sécurité de l'ONU. »

L’Hebdo prétend que l’armée à eu la peau de Jérôme Cahuzac pour éviter ces coupes budgétaires très importantes. « La précision des informations aux mains de la justice française sur le compte en Suisse de l'ex-ministre du Budget ont surpris les autorités genevoises, souligne encore L'Hebdo. Cette minutie porterait la marque de l'intervention des Services de renseignements français qui enquêtent depuis des années sur les fraudeurs du fisc. » « Un certain nombre d'informations seraient gardées au chaud, plutôt que de d'être livrées à la justice, afin de conserver une certaine influence sur les politiques en cas de besoin. Les enquêteurs l'ont reconnu dans un document collectif signé par des officiers de la Direction centrale du renseignement intérieur et remis le 16 février à un groupe de travail sur les exilés fiscaux. »

Bernard Cazeneuve est originaire de Cherbourg, où se trouve une importante base maritime et de production militaro-industrielle. Sa nomination en remplacement de Jérôme Cahuzac serait à comprendre comme un geste de bonne intention…

« Dans la foulée, le président a également repoussé le débat sur la loi de programmation militaire (LPM) à l'automne. Le temps de revoir sa copie ? »

Aurait-on enfin une piste pour comprendre toute cette affaire ?

Imaginons le scénario suivant… Jérôme Cahuzac a bien eu un compte en banque en Suisse à une époque, peut-être fermé, peut-être avec 600 000 € dessus, peut-être avec 15 millions comme le dit la rumeur, peu importe. Ou il n’en a pas eu, peu importe (mais il n’y a pas de fumée sans feu).

Les services de renseignement ont des informations. Lesquelles ? Je ne sais pas. Quand les coupes budgétaires se dessinent, les états-majors commencent à organiser la pression… Jusqu’à transmettre des informations à la justice pour faire plier François Hollande qui a effectivement « lourdé » Cahu dès l’ouverture d’une procédure.

Si cette rumeur n’en est pas une, toutes les autres ne sont que des idioties et on en revient à la version de départ.

Reprenons…

Soit Cahu n’a jamais eu de compte en Suisse, dans ce cas, il n’aurait pas menti à ses « collègues » et à l’Assemblée. Son aveu est un faux aveu pour relâcher la pression. Un sacrifice. Il serait réhabilité par la justice. Je comprends mieux son insistance à revenir à l’Assemblée. Toutes les premières informations transmises par Médiapart ressemblent d’ailleurs beaucoup à une histoire de barbouzes.

Soit Cahu a eu un compte en Suisse qui serait inactif, ce que je voyais comme pire scénario quand Médiapart a sorti ses premiers machins, il a fait une faute qu’il a jugé mineure (qui ne l’est pourtant pas mais je ne suis pas juge) : la non déclaration d’un compte en Suisse. Ensuite, il aurait accumulé les boulettes…

Soit Cahu a eu un compte en Suisse actif, auquel cas ça ne change pas grand-chose sauf que ça faute serait moralement indiscutablement plus grave.

Mais dans les trois scénarios ci-dessus, on n’a aucune raison de penser que François Hollande, Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls ou Pierre Moscovici étaient au courant de l’existence d’un compte en Suisse avant l’aveu.

Il y a évidemment une autre hypothèse, que les informations de l’Hebdo soient fausses… On peut aussi imaginer des versions intermédiaires.

Les rumeurs à Bercy ? "Tout le monde savait" ? Bah ! Jérôme Cahuzac avec une clinique ayant la réputation de pompe à cash... Ca suffit à lancer une rumeur ?

Saura-t-on la vérité un jour ?

Moscovici, maintenant ?

Je vais rebondir sur mon billet de ce matin, déjà obsolète deux heures après sa publication. L’information a fait le tour du web : Valeurs Actuelles prétend que Pierre Moscovici avait eu la confirmation du compte en Suisse de Jérôme Cahuzac dès décembre. Il aurait envoyé une mission en Suisse… Pierre Moscovici a envoyé un démenti formel.

J’étais en train de lire l’article du Point que je mets en lien quand je me suis rendu compte que le titre était différent de celui que j’avais pu lire dans Google News. Du coup, je suis retourné dans Google News et rafraichis l’écran. A 11h36 (11h45 moins 9 minutes), le titre était : « Cahuzac : Pierre Moscovici dément « formellement » avoir su dès… ». A 11h46, le titre était : « Cahuzac : Pierre Moscovici sur la sellette ».

Le résultat d’une recherche de « Moscovici » dans Twitter est « amusant » : différentes informations tournent à une vitesse dingue. 1. « Mosco savait ». 2. « Mosco dément ». 3. « Mosco porte plainte en diffamation ». 4. « La fiancée de Mosco défend son chéri ». 5. « Mosco et son duplex » 6. « Mosco, les bagages, c’est maintenant ».

Pour ma part, j’ai tendance à croire le démenti. Ca aurait été de la folie de couvrir Jérôme Cahuzac en espérant que rien ne fuite (une quinzaine de fonctionnaires auraient été envoyés sur place). Valeurs Actuelles ne voudrait-il pas se faire un coup de publicité ? L’article du Point que je mets en lien est néanmoins à charge.

Pierre Moscovici pourra-t-il tenir ? François Hollande ne sera-t-il pas obligé de « le démissionner », aussi bien avant même que je n’ai terminé la rédaction de ce billet ? Que Pierre Moscovici ait été informé ou pas, à ce stade, est peu important : le doute n’est-il pas trop fort ?

Dès la semaine dernière, la presse (ici Libération…) indiquait que des conseillers de Xavier Bertrand, alors Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé, disaient déjà entre les deux tours des élections que Jérôme Cahuzac avait un compte en Suisse.

Si François Hollande « démissionne » Pierre Moscovici, les rumeurs disant qu’il avait été informé vont croitre. Il ne pourra pas démissionner lui-même !

J’imagine la pression au château. Ils doivent tenir. Ils sont pris dans une spirale, tout ça pour avoir nommé au Gouvernement un lascar qui dirigeait une clinique connue pour être une usine à cash.

Tenez bon, les gars !


L'intérêt des lecteurs

Vous, je ne sais pas, mais mes lecteurs ne sont plus intéressés par les sujets qui ne concernent pas directement l’affaire Cahuzac. Triste record, hier, pour mon blog : le plus faible nombre de visiteurs pour un jour de semaine depuis des années. Pourtant, je ne peux rien faire pour les rassurer et j'ai d'autres sujets à aborder : je n’ai aucune rumeur à démentir, aucune rumeur à faire courir, aucune annonce…

A propos de l'affaire, il y a deux solutions : soit elle finit par s'éteindre toute seule, la presse se lassant, soit un nouveau scandale éclate et c'est le bordel. Quel nouveau scandale ? Je n'en vois qu'un qui pourrait être gênant : que la presse ou la justice découvre des éléments tangibles montrant que Jérôme Cahuzac a été couvert. Concrètement, on voit des articles ou billets de blogs expliquant que tout Bercy est au courant depuis longtemps (du temps de Xavier Bertrand). Je n'y crois pas. Des éléments seraient déjà sortis.

Si cela arrivait, les conséquences seraient terribles. Je ne crois pas que François Hollande procéderait à une dissolution mais il serait probablement obligé de changer carrément de politique et donc de Gouvernement. C'est l'horreur mais je ne vois pas qui il pourrait désigner pour le job à part François Bayrou... Vous voyez qui au PS qui pourrait avoir assez d'autorité ?

Pourquoi Cécile Duflot, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg ont-ils lancé une charge contre l'austérité si ce n'est pour préparer une sortie dans le cadre d’une réorientation vers le centre de la politique ?

Sortons du cauchemar. Il ne va rien de passer. La vie continue, il faut s'occuper des autres sujets.

Globalement, les annonces de François Hollande, hier, semblent satisfaire une majorité des observateurs malgré quelques jérémiades de principe de l'opposition. Je continue d'ailleurs à penser que Jean-François Copé fait une erreur en chargeant le Gouvernement. Si un scandale éclate, l'UMP sera autant touchée que le PS. C'est bien toute la classe politique qui est touchée.

A titre personnel, j'estime que François Hollande a fait une petite erreur, hier. Une partie des mesures annoncée était dans le rapport Jospin sur la déontologie. Le Président aurait pu dire qu'il s'appuyait dessus et qu'il ne faisait que mettre en œuvre une partie des recommandations par anticipation suite à l'affaire Cahuzac. D'une part, ça aurait fait taire en partie ceux qui disent qu'il agit par précipitation. D'autre part, ça aurait montré la méthode de travail depuis le début du quinquennat. Ce qui n'aurait pas changé grand chose...

J'ai fait un billet sur le sujet, hier. Il a été lu par environ 60% du nombre moyen habituel de lecteurs. Ce n'est pas grave, je ne suis pas payé à l'audience et, en 7 ans de blogage, je suis blasé...

J'ai fait deux autres billets, hier. Ils concernaient Notre-Dame-des-Landes. Ils ont fait un bide. 40% de l'audience moyenne. C'est étrange : c'est un sujet qui marchait bien en 2012 et il est au centre d'un des sujets de préoccupation actuel : l'autorité de Jean-Marc Ayrault.

Il est aussi au centre d'un sujet qui me passionne : la décentralisation et la réforme territoriale. La décentralisation ? C'est évident : la province peut-elle avoir son propre aéroport ou les gens sont-ils obligés de passer par Paris ?

La réforme territoriale ? Un territoire s'organise pour avoir son propre aéroport, indépendamment de l'organisation administrative de la France et deux métropoles (trois avec Saint Nazaire), des collectivités territoriales, … se lient pour prétendre à se rang de "métropole européenne". Pour ma part, je pense que c'est une bonne chose et que c'est nécessaire au développement du Grand Ouest.

J'évoque souvent cette réforme territoriale, dans le blog. Les billets sont aussi peu lus. Avant-hier, j'ai fait un billet sur la constitution : peu lu. J'y disais d'ailleurs que ce texte devait se limiter à définir l'organisation de l'Etat et ne devait pas parler de son organisation territoriale.

Ainsi, ces trois sujets (NDDL, la Constitution et la réforme territoriale) me passionnent mais n'intéressent pas les foules. Dans l'absolu, ce n'est pas très grave.

C'est néanmoins préoccupant. Alors que la République tremble suite à un gigantesque scandale et que l'autorité des deux têtes de l'exécutif est remise en cause, les observateurs de la vie politique ne sont pas intéressés par des vrais changements que l'on pourrait mettre en œuvre.

Etrange.

04 avril 2013

Cahuzac et les nécessaires contradictions de la politique

Je ne sais plus quand Jérôme Cahuzac a fait ses aveux mais je me rappelle les avoir appris vers 17h30 avant-hier puisque j’en ai tiré un billet raté dans le métro à la va-vite (puis trois billets hier et j’en suis au deuxième aujourd’hui). Après, l’étonnement, la colère puis la condamnation, j’ai l’impression de rétropédaler. Un copain me demandait hier : « Pourquoi tu le défends, tu vois bien qu’il est coupable ? » Je lui ai répondu que je ne le défendais pas. Néanmoins, Jérôme Cahuzac ne doit pas servir de « bouquet missaire » (comme l’écrivait Balmeyer quand il écrivait encore). Pour un peu, on aurait senti certains observateurs dire : bon, c’est de la faute de Cahuzac si le Gouvernement n’est pas populaire, si la crise économique dure, s’il y a plein de chômage et si l’hiver est si long.

On va faire un remaniement, tout ira mieux et la crise économique sera aux oubliettes. J’ai donc bien envie de défendre Jérôme Cahuzac. Mais depuis cette quarantaine d’heures, je sens pourtant que le vent tourne dans la blogosphère. D’ailleurs J'ai eu un mal de chien à boucler mon billet, ce matin. Ça m'apprendra à défendre des positions presque contradictoires. Tout d'abord, je voulais parler d'un remaniement mais surtout, je voulais parler de Jérôme Cahuzac.

Ce gars a commis un certain nombre de fautes ou d'erreur :
1. Une potentielle fraude fiscale avec blanchiment d'argent.
2. La non déclaration d'un compte à l'étranger (avouée).
3. L'entrée au gouvernement alors qu'il avait des casseroles au cul (avouées).
4. Un mensonge (avoué) à ses "collègues" et aux élus du peuple.

Je n'ai pas à juger de la gravité de ces fautes. Chacun a son système de valeurs mais heureusement, il n'y a qu'une justice pour  tout le monde. Ainsi, les jugements que je vais porter sur ces quatre fautes sont purement personnels. C'est le cas de tout ce que je dis dans mes blogs, d'ailleurs, mais cette fois, je ne dis pas pour faire une affirmation péremptoire comme d'habitude mais pour expliquer les contradictions « personnelles » que j'évoquais plus haut.

1. On ne m'empêchera pas de penser qu'une fraude fiscale est moins grave que le viol d'un centenaire ou le financement illégal d'une campagne électorale. C'est grave quand même, il faut que justice se fasse et tout ça... Mais bon...

2. J'ai appris avec cette histoire qu'il était obligatoire de déclarer un compte à l'étranger. C'est probablement une forme de fraude fiscale.  C'est grave mais bon...

3. L'entrée au gouvernement avec des casseroles au cul ? Ce n'est pas illégal, que je sache... Pourtant, à mes yeux, et probablement aux yeux de tous ceux qui ont soutenu ce gouvernement, c’est la plus grave de ses fautes.

4a. Le mensonge au peuple et à ses représentants. Heu... Un homme politique qui ne ment pas... C'est probablement la faute la moins grave. C'était pourtant le principal angle d'attaque de la droite et c'est à pisser de rire.

4b. Le mensonge à ses "collègues". Voir le 3 mais en moins fort (ça reste interne au gouvernement).

J'en viens à ma contradiction. Tout d'abord, les trucs les plus graves qu'on peut lui reprocher (accepter d'entrer au gouvernement avec une casquette et avoir menti à ses "collègues") ne sont pas illégaux. Le jugement est purement moral.

Pour les trucs illégaux :
1. Il a fait une faute avant d'être ministre.
2. La faute est devenue très grave parce qu'il est devenu ministre.
3. Il n'a fait aucune faute en tant que ministre.
4. Il n'est plus ministre donc sa faute n'est plus très grave.

Encore une fois, je n’essaie pas de minimiser, je ne suis pas blanchisseur. C’est un peu comme avec DSK. Il a peut-être fait une abomination mais ce qu’il subit en retour est totalement démesuré.

Toujours est-il que j’éprouvais une immense contradiction en rédigeant mon billet de ce matin : toute la merde qui nous arrive est de la faute de Cahuzac et j’ai envie de lui enfoncer la tête dans l’eau mais, d’un autre côté, ce qu’il a fait de grave relève de la faute morale et je n’ai pas à juger de la faute morale des autres.

Je suis bien emmerdé.

Ce matin, je lisais le billet de Marc Vasseur. Je vais le résumer : … Non. Démerdez-vous, lisez-le.

Je vais simplement citer son introduction (la suite m’intéresse mais ne me concerne pas, je ne suis pas militant du Parti Socialiste ; probablement une forme de lâcheté de ma part) : « Jérôme Cahuzac avoue ses fautes (exil fiscal caché, mensonges), dès lors l’affaire ne serait plus qu’une banale histoire d’un homme avec la justice. Quel joli conte que voilà. » Et il nous explique qu’il reste un gros problème politique au sein du PS.

Il a bien raison (lisez-le, j’ai dit).

Après cette quarantaine d’heures, on a donc d’un côté, le volet juridique de l’affaire (et ce n’est plus notre problème, Jérôme Cahuzac a avoué et basta) et le volet politique. Il ne faut pas le voir comme une contradiction : il faut séparer les sujets.

Le volet politique peut être découpé en plusieurs parties :
1. Celui vu par Marc, interne au PS.
2. La politique à la petite semaine et la communication gouvernementale. Quand les ministres de Nicolas Sarkozy étaient pris dans la tourmente, nous aimions bien en rajouter. Que notre indignation soit feinte ou réelle importe peu. Il faut faire du bruit. Pour ma part, quand un ministre se fait prendre à se faire payer des cigares ou à lécher les pieds de ses collaboratrice, ça m'amuse. Cette fois, c’est la droite qui nous tape dessus, rendons les coups !
3. Les actions à mener par l'Etat (voir les annonces de François Hollande mais aussi la lutte contre la fraude fiscale). Le « scandale Cahuzac » et celui du jour (les « offshore leaks ») sont une formidable occasion pour le faire comme le dit Romain (lisez-le !).

Il reste aussi un problème que je qualifierai de société. Par exemple, à propos de l’offshore machin, Libération qui cite Le Monde dit (à peu près) : « Jean-Jacques Augier, 59 ans, ancien inspecteur des Finances et homme d’affaires discret qui fut le trésorier de M. Hollande pendant la campagne présidentielle de 2012, est actionnaire de deux sociétés offshore dans les îles Caïmans. » puis « Même si ces opérations sont légales, fallait-il qu’un inspecteur des finances, membre de l’un des grands corps de l’Etat, et porteur des valeurs de la République, participe à de tels montages, cautionnant ainsi l’opacité financière des territoires offshore ? » Comme dirait mon ami Politeeks : c’est un des bilans des années 80, le goût du fric dans cette direction des finances de Bercy…

Tant que je suis à citer les copains, je vais citer le billet de Babelouest (lisez-le aussi). Je ne suis évidemment pas d’accord avec lui : il propose d’abolir la propriété privée. Entendons-nous bien : je ne suis pas un farouche défenseur de la propriété privée mais je ne crois pas du tout en son abolition ! Toujours est-il qu’il ne semble pas inutile de rappeler le diagnostic : si des lascars fraudent pour s’enrichir, c’est bien parce que la notion de richesse existe.

Une quarantaine d’heure avant sa tonitruance, l’affaire Cahuzac est quasiment passée à la trappe. Si je prends un site d’information grand public au hasard, les trois titres principaux portent sur la nouvelle affaire qui touche Hollande (le compte en Suisse de son trésorier de campagne), Marine Le Pen qui est touchée par l’affaire Cahuzac et la perquisition chez un conseiller de Nicolas Sarkozy.

Paf ! Les trois premiers au premier tour de l’élection présidentielle… (le hasard)(enfin, j’espère).

Pendant ce temps, dans la blogosphère...

David espère que Cahuzac a « le mental » et constate la situation. « Et pendant ce temps, nos parlementaires font avancer les promesses de campagne. Certains dans le monde nous regardent. Pas certains de faire des envieux, puissions-nous au moins rester digne. »

El Fredo rappelle que tous les travaux contre la corruption menés par la majorité socialistes de l’époque ont subitement été stoppés avec le retour de la droite aux affaires, en 2002.

Sarkofrance voit quatre symboles de cette histoire. Je vais citer une partie du texte d’explication du dernier : « On n’est pas responsable des conneries de ses amis. »

François Hollande a été obligé de prononcer des mots très durs contre son ami.

La politique est pleine de nécessaires contradictions.

Au bord du gouffre, faisons un grand pas

« François Hollande doit-il remanier le Gouvernement ? » C'est le sondage du Figaro.fr du jour. « Au gouvernement, l'hypothèse d'un remaniement rapide gagne encore du terrain » nous dit-il. Et voila qu'on nous parle d'un gouvernement resserré...

J'ai répondu au sondage : non. Le gouvernement doit continuer ses réformes. François Hollande a expliqué aux Français que le bout du tunnel est à la fin de l'année. Il faut poursuivre sinon on est condamnés jusqu'à 2017 à montrer que l'on ne croit pas à notre action. En outre, le gouvernement et les socialistes ne doivent pas laisser penser qu'ils ont des fautes à expier. Ils ne sont pas responsables de ce qui arrive : c'est la faute à un seul homme. 

Pour autant, les socialistes ne doivent pas laisser tomber cet homme. Il est l'homme le plus dénigré de France. Il est seul. Il a nuit à son camp. Sa vie est gâchée à cause d'un affreux mensonge. Je ne cherche pas à le défendre pour la fraude fiscale qu'il a pu faire. La justice suivra son cours. Je ne cherche pas, non plus, à le défendre pour le coup qu'il nous a porté à tous. Je pense simplement que c'est un homme. 

L'accabler ne sert à rien. Harlem Désir l'a viré du PS, hier. Ça a servi à quoi ? Un geste symbolique dérisoire. Presque mesquin. 

J'entends bien mes camarades socialistes s'offusquer, s'indigner,... Mais maintenant, on fait quoi ? On reste terrés chez nous parce qu'on n'a pas été capable d'éviter un scandale qui n'est pas de notre faute ? On se flagelle jusqu'à la nuit des temps ? On rend les clés du royaume à la droite ?

Qu'est-ce qui est important, maintenant (à part les prochaines élections...) ? L'état de la France. C'est tout. Tout le reste n'est que pipi de chat. Encore une fois, je n'excuse pas, je ne fais que constater : le mal est fait. Faire un remaniement ne fera pas remonter la cote de popularité de nos dirigeants. Au contraire, ça serait montrer qu'on ne croit pas à notre propre cap. Faire un remaniement serait montrer que ce n'est pas la faute d'un seul homme mais bien du gouvernement. 

Il y a un an, François Hollande a mis en place un dispositif ministériel pour appliquer ses réformes. Il faut tenir le cap, cesser la politique à la petite semaine. Nous avons haï Nicolas Sarkozy pour ses décisions semblant à l'emporte pièce. Ne tombons pas dans le panneau.

Je voyais mes camarades effondrés, hier, quand on a vu que l'extrême droite était mouillée : c'est un proche de Marine Le Pen qui aurait ouvert un compte en Suisse à Jérôme Cahuzac. Le GUD est mêlé. Il n'y a pas à être effondré. Nous n'avons pas commis de faute morale. Nous ne sommes pas responsables des agissements de Jérôme Cahuzac. Que l'extrême droite trempe dans l'histoire est, au contraire, une très bonne nouvelle, politiquement : le Front National ne pourra pas jouer la carte du "tous pourris".

Marine Le Pen à une ligne de « défense » : « Il y a 25 ans, à l'époque où j'étais en licence de droit, quelqu'un qui est devenu mon ami a eu comme client M. Cahuzac et lui a ouvert un compte à l'étranger. Quelle est ma responsabilité ? » Il y a un an, François Hollande a mis en place un Gouvernement. Un type avait un compte en Suisse. Quelle est la responsabilité de François Hollande ?

Jean-François Copé : « La seule issue possible, la seule, est qu'un remaniement gouvernemental de grande ampleur, Premier ministre y compris, permette à François Hollande de redonner un peu de sérénité à notre pays, de changer de politique. »

On ne peut pas lui donner raison. On ne veut pas changer de politique (enfin, certains si, mais pas dans le sens que voudrait JFC).

J’ai lu beaucoup d’articles, ce matin, à propos d’un remaniement. J’ai mis un lien, en début de billet, vers un article du Figaro. Je ne vais pas reprendre l’analyse. Mon avis est qu’un remaniement, surtout pour un gouvernement resserré, créera plus de mécontents que de ravis de la crèche. Les cercles de militants vont devenir imbuvables. Mon autre avis est qu’il faut attendre 2015 avant de remanier puisque de toute manière, il faudra remanier pour préparer la nouvelle élection... Sans compter qu’en cas de lourde défaite aux municipales, en 2014, on aura encore quelques andouilles à exiger un remaniement. François, si tu me lis…

La popularité du Président ?

Il a déclaré, hier : « J'ai appris, hier, avec stupéfaction et colère les aveux de Jérôme CAHUZAC devant ses juges. Il a trompé les plus hautes autorités du pays : le chef de l’Etat, le Gouvernement, le Parlement et, à travers lui, tous les Français. C’est une faute, c’est une faute impardonnable. C'est un outrage fait à la République. D'autant que les faits reprochés sont eux-mêmes intolérables : détenir, sans le déclarer, un compte à l’étranger. »

Nous ne pardonnerons pas la faute. Mais n’oublions pas l’homme : il s’est grillé tout seul. Il a 60 ans, sa carrière est finie. Il n’a pas détourné de fonds publics, il n’a profité de son poste pour un enrichissement personnel, pour financer des activités égales. Il a peut-être fraudé le fisc il y a plus de dix ans. Il n’a pas déclaré un compte. Il a menti.

C’est intolérable pour un ministre, par pour un homme. Il n’est plus ministre parce que François Hollande a pris la seule décision qu’il y avait à prendre : le sortir du gouvernement. Toute autre décision ne serait qu’une mascarade.

Il faut avancer maintenant. François Hollande a avancé trois axes : renforcer l’indépendance de la justice, lutter contre les conflits d’intérêt et interdire tout mandat public aux élus condamnés. Je vais en suggérer un autre : lutter contre la fraude fiscale, ce qui nécessite des moyens.

En lisant sa déclaration, hier, je pensais à mon copain Le Coucou, mort à l’été 2011. Vous pouvez relire son blog. « Interdire tout mandat public aux élus condamnés » était un de ces chevaux de bataille. Il était partisan d’une interdiction à vie et je m’opposais à lui. Nous nous chamaillions souvent à ce sujet mais je crois bien qu’il avait raison. Et je n’aime pas imaginer que je puisse faire ce retour en arrière : ne plus vouloir pardonner.

Il faut avancer maintenant. Les scandales et révélations vont continuer jusqu’à la fin des temps. Tiens ! Le trésorier de la campagne de François Hollande a fait des investissements aux Caïmans. Ca vient de tomber. Je suppose que certains vont tenter de faire éclater un scandale alors que tout est légal. Il faut avancer maintenant, lutter contre les paradis fiscaux au niveau européen, lutter contre la fraude fiscale, …

Et redresser la France en subissant des tempêtes.

03 avril 2013

Cahuzac Efronté

Décidément, on ne parle que de Cahuzac et des implications diverses. Je vois passer des tweets et des dépêches dans tous les sens. Marine Le Pen demande une dissolution de l’assemblée. Jean-François Copé s’en prend à Pierre Moscovici. Tout le monde soupçonne tout le monde. « François Hollande était forcément au courant » lit-on parfois ! Noël Mamère pense que Nicolas Sarkozy était forcément au courant : « J’entends beaucoup la droite interpeller le président de la République et le Premier ministre sur le thème comment ? Vous ne saviez pas ? Mais on peut poser la même question à Nicolas Sarkozy qui a laissé Jérôme Cahuzac devenir président de la commission des Finances ».

Ca chauffe. Je serais assez d’accord avec François Rebsamen quand il dit que « le volet politique de l’affaire Cahuzac est clos » et que « c’est maintenant l’affaire de la justice »… Mais peut-on clore un tel volet politique facilement ?

Pour ma part, je continue ma revue de blogs. Honte sur moi ! Je ne connaissais pas le blog de El Fredo (qui commente pourtant parfois chez moi et que je croise dans Twitter). Il a fait un long billet à propos de Médiapart. « Aujoud'hui c'est le triomphe de Médiapart et de son fondateur et dirigeant Edwy Plenel. Certes il faut saluer l'exceptionnel travail de ce site d'information et notamment de son journaliste Fabrice Arfi, tombeur du ministre fraudeur fiscal Jérome Cahuzac. Cela dit il y a un certain nombre de choses qui me mettent mal à l'aise dans cette affaire, alors permettez-moi d'aller un peu à contre-courant du concert de louanges hypocrite auquel on assiste, et notamment de la part des journalistes de cour qui hier encore fustigeaient leur concurrent et ses manières si peu feutrées. Je choisis donc de jouer modestement le rôle du petit esclave anonyme et invisible qui susurre à l'oreille du vainqueur. »

Mais je t’en prie ! Je vais néanmoins résumer ton billet que j’approuve car mes lecteurs sont des fainéants.

Tout d’abord, Médiapart a tweeté : « Si nous avions douté une demi-seconde, nous n'aurions jamais publié notre enquête. » El Fredo : « C'est certainement ma culture scientifique qui veut ça, mais les gens qui n'ont aucun doute m'effraient. Toute affirmation est réfutable, toute preuve est critiquable, douter est un devoir. Et le doute doit toujours profiter à l'accusé. » Oui, ça fait peur.

Edwy Plenel a déclaré « "Je le dis comme je le pense, François Hollande n'a pas d'excuse. Il n'en a aucune (...) François Hollande savait exactement ce que tout le monde savait" "Tout cela était sous les yeux (...) Les informations étaient sur la table de manière très documentée dès le début décembre" "Ce qui n'est pas normal en démocratie, c'est qu'un journal doive se battre pendant quatre mois pour légitimer ses informations, alors que ces informations, elles étaient là, sous les yeux de tout le monde" » Non ! Tout n’était pas sur la table. Une partie des documents est partie en vrille et la bande était très suspecte jusqu’au moment où elle a été authentifiée mi mars.

« Que reproche donc Edwy Plenel à François Hollande ? D'avoir eu des doutes sur le travail de Médiapart ? Mais c'est à Médiapart d'être convaincant. Au contraire, Médiapart entend désormais qu'on prenne leurs affirmations pour argent comptant sur la seule foi de leurs succès passé. Alors qu'il a fallu une expertise technique suivi d'une commission rogatoire pour confondre le ministre. » « En réalité Edwy Plenel reproche à François Hollande d'avoir laissé fonctionner la justice de façon indépendante plutôt que d'avoir suivi aveuglément l'avis d'un organe de presse, aussi respectable fut-il. Or, n'en déplaise à Edwy Plenel, même si la presse a un rôle essentiel en démocratie, elle y a aussi une place à tenir et ne saurait empiéter sur celle des autres. La séparation des pouvoir, c'est le fondement de la démocratie tant chérie par Edwy Plenel. Et un régime où un ministre doit démissionner sitôt sa mise en cause par un organe de presse, quel qu'il soit, je n'en veux pas. » Moi non plus !

Allez lire El Fredo !

Quant à moi, au suivant ! Je tombe chez @undessinparjour. Je lui pique son dessin. Allez la lire quand même !

CC a fait un nouveau billet. Comme Politeeks et Seb, ce matin, elle insiste sur la nécessité de renforcer les contrôles. El Camino donne une baffe à Nadine Morano. Sarkofrance s’interroge sur les suites à donner. Bembelly rediffuse l’allocution de François Hollande. Arnaud revient sur la colère de Gérard Filoche. Elooooody revient sur les attaques qui nous sont faites.

Et l’affaire n’est pas finie ! On apprend maintenant que ce serait un proche de Marine Le Pen qui aurait ouvert le compte de Jérôme Cahuzac. On apprend aussi que « tout le monde » a un compte : « Tout le monde doit trembler, car une bonne partie de la classe politique française, à droite comme à gauche, connaît très bien les bords du Léman. »

Je vais conclure avec le dernier billet d’Elie Arié. Un de ses commentateur d’un autre billet a déclaré « J'en reviens à la soudaineté des aveux qui a pris tout le monde de court. De fait les dénégations de Cahuzac assénées avec tant de force, laissaient penser qu'il était sûr que sa culpabilité était quasi impossible à prouver. » Je résume une partie : les accusations de Médiapart étaient légères. « Le reste n'était qu'affirmations plus ou moins douteuses qui ne pouvaient être prouvées qu'à condition de percer le secret bancaire. J'étais personnellement persuadé que tout comme les autres affaires de ce genre, (Woerth, Sarkozi , Chirac, Tibéri, Pasqua etc) cela allait durer sans connaître jamais de fin. Les aveux de Cahuzac s'expliquent paraît-il que parce qu'il aurait pris conscience que sa défense était un combat perdu d'avance, que le secret bancaire qui normalement aurait dû constituer un mur infranchissable, allait être percé par les juges. Si c'est vrai pour lui, ce doit être vrai pour tous les évadés fiscaux de ce pays pour peu qu'on se donne la peine de les poursuivre. »

En complément de ce commentaire qu’il cite, Elie se demande ce que reproche réellement le PS à Jérôme Cazuhac… De leur avoir menti ou d’avoir avoué trop vite, empêchant cette affaire de s’épuiser petit à petit comme tant d’autres auparavant : Bettancourt, frégates de Taïwan, Clearstream, Tibéri, emplois fictifs de la ville de Paris,…

Dans deux ou trois jours, la presse ne parlera plus de ça. Mais les militants et les blogueurs n’oublieront jamais.

Pour l'instant, je vais mettre ce billet sous presse (le temps de trouver un titre, les jeux de mots sur Cahuzac s'épuisent). De nouvelles informations continuent à tomber.

J'ai trouvé le titre...