18 mars 2022

Banni du réseau

 


J’ai été banni de Facebook pour 24 heures par ce que j’ai employé un mot interdit (qualifiant une « personne de couleur » ; voir l'image à gauche) alors que j’avais déjà eu un avertissement pour un autre mot (qualifiant un homosexuel ; voir l'image plus bas). Je pourrais évidemment protester par exemple au nom du « on peut plus rien dire » en rappelant quand même que ces mots sont bien dans le dictionnaire et que, en les employant, je n’ai pas la moindre pensée raciste ou homophobe, presque au contraire vu qu’il s’agit pour moi surtout de me moquer des racistes et des homophobes mais aussi des « bien-pensant ». On dira tout simplement que c’est bien fait pour ma gueule.

Facebook a un règlement (qu’on appelle CGU) que je n’ai pas respecté et j’ai utilisé des mots interdits. Je ne vais pas négocier mais me livrer à quelques réflexions de haute volée ou de bas étage. Tout d’abord, ces CGU sont parfaitement discutables vu qu’elles sont très compliquées et elles ne tiendraient pas longtemps au cours du procès d’un particulier (le contrat n’a pas d’aspects financiers). Il n’empêche que je ne conteste pas, disais-je, parce que Facebook est une boîte privée qui fait bien ce qu’elle veut – tout comme moi dans les commentaires de mon blog… – quoiqu’en disent des imbéciles qui parlent au nom de la liberté d’expression sans même avoir approfondi le sujet.

Facebook a des contraintes commerciales, juridiques, réglementaires, contractuelles et que sais-je. Ils sont bien obligés d’avoir des « CGU », à savoir des règles d’utilisation. Dans tout boulot, on en a et elles ne sont pas nécessairement compréhensibles par le grand public (je pourrais vous parler longuement de mon domaine : le paiement par carte, par exemple. Vous savez pourquoi on tape le code quand la carte est mise dans une machine et pas en paiement par internet ou en sans contact ? Vous avez deux heures). Donc, je me répète mais je ne négocie pas.

Je vais terminer cette introduction avec une précision. Hier, une amie chère m’a accusé de faire du sophisme. Je connaissais le mot mais ne m’étais jamais penché sur le sujet alors je suis allé consulter un dictionnaire. « Argument, raisonnement faux malgré une apparence de vérité. » nous dit Google. Ce n’est pas ce que j’avais en tête. Pour moi, c’était plutôt baser une argumentation sur le fait que c’est pire ailleurs. Pour ce qui nous concerne, ça pourrait dire que j’utilise certains mots mais ce ne n’est pas grave vu que d’autres font pire. Tant pis. Attendons quelques linguistes dans les commentaires pour rétablir la vérité (Google se trompant quand même moins que moi). Devant la copine, je ne faisais pas du sophisme. Elle disait que Macron n’était pas démocrate et j’ai « démenti » en citant quelques dictatures. C’est toujours rigolo de voir dire qu’un type n’est pas démocrate alors qu’il se présente à des élections parfaitement démocratiques (sauf si on écoute des complotistes du dimanche).

 


Pendant la crise sanitaire, les RS (« réseaux sociaux », abruti) m’ont passablement énervé en mettant systématiquement des alertes et des liens vers des sites d’information « homologués ». Pour se faire, ils utilisent des algorithmes pour détecter de quoi on parle. Et ils se trompent malgré une puissance assez incroyable. Par exemple, vous disiez « mon ordinateur à la ch’touille » pour dire que vous aviez un virus, le RS détectait bien que ch’touille correspond à virus et il vous sortait l’avertissement de rigueur au sujet du covid. Il m’est arrivé de jouer avec ces trucs pour voir jusqu’où il allait. Ca me rappelle au début des blogs, quand on mettait des publicités ciblées. Avec des copains, on faisait des paris pour avoir des pubs sur certains thèmes (du genre : on parlait de lavage de cerveau et de fourchette de résultat et on avait de la publicité pour des lave-vaisselles).

Les algorithmes se trompent. A noter que beaucoup de gens confondent « algorithmes » et « intelligence artificielle ». Au risque de fâcher certains, cette dernière n’existe qu’à l’état embryonnaire : ce sont des algorithmes qui font le job et pas des « machines qui apprennent toute seules ».

Ainsi, un type qui me connaît et qui me voit employer un des deux mots à l’origine de mon bannissement sait que je ne suis ni raciste ni homophobe (du moins pas plus que la moyenne mais le sujet n’est pas là : cela étant, ne dites pas que vous ne remarquez pas quand deux messieurs d’origine africaine se roulent une pelle sur le trottoir. Vous n’êtes pas pour autant raciste ou homophobe. Pourtant vous ne remarquez pas un couple de blancs hétéros qui s’embrassent voluptueusement). Ils savent que j’utilise ces mots dans des contextes précis, pour me moquer des racistes ou antiracistes et des homophobes ou « antihomophobes » et que je les utilise avec parcimonie (car je sais qu’ils peuvent blesser des gens qui ne me connaissent pas). C’est d’autant plus vrai que je n'hésite pas du tout à insulter les gens (en les traitant généralement de connard ou de trou du cul) ou à me foutre de leur gueule (avec mes « andouilles », « imbécile » ou « abruti »). Les mots ont des sens… Donc une intelligence réelle (la tienne, ducon, même si…) ou artificielle pourrait voir que je ne fais que déconner alors qu’un algorithme ne peut pas le voir.

Il ne peut pas voir, non plus, le racisme ou l’homophobie cachée (souvent à l’insu de l’auteur qui va prétendre le contraire).

 


Rien ne vaut un bon exemple. Ci-joint une photo souvent diffusée par les internautes pour montrer, disons, la légèreté de Macron. En fait, inconsciemment ou pas, ils la diffusent parce que le chef de l’Etat traine avec un groupe de types habillés légèrement et en cuir dont au sujet desquels la filiation avec focs ne pourrait pas être exclue.

Hier, j’ai vu une infographie avec la photo d’une jeune femme noire avec le texte suivant écrit en gros : « vous ne partagerez pas cette photo car je suis noir ». Cela est indubitablement raciste même si les bien-pensants vont expliquer le contraire. J’ai donc publié la photo en ajoutant le commentaire suivant « c’est faux, je ne publie pas cette photo car on a l’impression que tu as un gros cul ». C’est d’une finesse incroyable mais j’étais énervé.

J’ai eu différents commentaires dont trois que je vais citer car les auteurs n’ont visiblement pas lu mes propos mais uniquement le texte sur la photo. Le premier (prénom français, nom d’origine italienne, ce que je précise pour dire qu’il n’est pas africain…) : « Très jolie, la couleur de peau n'est qu'un prétexte, car une personne de couleur de peau blanche, ne pourrait peut être pas être aussi jolie que vous. » Le deuxième (nom et prénom français) : « Ma chère, ne pense pas des choses comme cela. Ce n est pas lépiderme qui compte mais le coeur. Mets en avant tes idées pas ton corps. » Le troisième (une femme noire, cette fois, mais avec un nom français – surtout selon les parents, je suppose) : « Très jolie couleur d’ébène ».

Ces commentaires sont profondément racistes et pas seulement parce qu’ils sont condescendants. En d’autres termes, ils veulent dire : « tu es noire, mais ce n’est pas grave, tu sais ».

L’algorithme des RS ne peut pas le deviner. Par contre, il ne va pas s’empêcher de me croire complotiste si j’écris « le passe-sanitaire me casse les couilles ! »

 

Ca fait des années que je suis sensible à l’interprétation des mots dans les réseaux sociaux (dans la vraie vie aussi mais c’est plus rigolo de voir la tronche des auditeurs… surtout qu’ils ne te veulent pas de mal). Par contre, la mise en avant des algorithmes pour détecter des comportements possiblement prohibés me parait très dangereuse parce qu’ils accusent à tort et laissent passer les pires saloperies.

 

Le plus drôle est que mon bannissement est arrivé le jour même de la diffusion de la photo d’une jeune femme noire alors que je me contentais de répondre « tu parles petit n… » à un copain qui avait fait un bête faute de frappes avec son smartphone.

Les cons.

Si je puis me permettre.

 

13 commentaires:

  1. Ajoutons qu'il est très facile de tenir des propos réellement racistes en n'utilisant que des mots scrupuleusement "corrects" et admis. C'est du reste ce que font très bien les racistes intelligents.

    (Mais je suppose qu'en prétendant qu'il puisse exister des racistes intelligents, je donne la preuve indubitable de ma propre nauséabonderie…)

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    1. Disons qu'il existe des "racistes lettrés". J'en ai connu dans les commentaires de votre blog, d'ailleurs, mais à une autre époque. Vous faiblissez mon vieux...

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    2. C'est vrai, c'est vrai : en me ratatinant, je sens que je deviens d'une indulgence coupable envers les races inférieures.

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    3. Ah ! Mais il n'y a pas de race inférieure, bordel. Surtout au nord de la Loire.

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  2. Mouarf ! Je viens d'être banni de Twitter 12 heures pour avoir dit qu'il fallait émasculer je ne sais plus quelle partie de la population au prétexte qu'il ne fallait pas stigmatiser et menacer... C'est n'importe quoi.

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    1. Comme je l'ai dit en réponse sur Twitter, vous avez été banni parce que ce propos est simplement antiféministe et discriminatoire puisque vous ne placez pas la femme au même niveau que l'homme. Donc bannissement normal, il fallait émasculer aussi les femmes. ou pousser l'argumentation en précisant que c'était une mesure d'égalité pour que les hommes saignent aussi. Pas de baffe, svp, j'ai vu passer une pub US qui appelait les femmes ainsi...

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  3. Que bel espace de liberté Internet...
    Par contre on peut souhaiter la mort des Russes !

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    1. Mais certainement pas des Russes femelles !

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    2. Internet est un espace de liberté. Twitter et Facebook ne sont pas Internet ni des "services publics" mais des entreprises privées. Il faut simplement ne pas l'oublier, ce que rappelle très bien Jegoun dans ce billet.

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  4. Mais ... même ici il continue à discriminer nom d une pipe !!!
    Dictionnaire « le Robert », pourquoi pas le lolo tant au!on y est !

    Hélène

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  5. Mais ... même ici il continue à discriminer nom d une pipe !!!
    Dictionnaire « le Robert », pourquoi pas le lolo tant qu’on y est !

    Hélène

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  6. Je suis d'accord avec vous pour dire que les grands réseaux sociaux sont des entreprises privées et sont donc légitimes pour promouvoir l'homosexualité, les peuples noirs, pourfendre les russes et bannir Jegoun si cela leur chante au même titre que nul n'a à se plaindre si Jegoun banni un commentaire ici ou là.
    Le problème est que contrairement à Jegoun, ces grands réseaux sociaux jouissent d'une situation de quasi monopole. Dans un monde vraiment libre, ces quasi-monopoles ne devraient pas exister.
    En 1911, le gouvernement américain n'avait pas hésité à scinder la Standard Oil de M. Rockfeller en 34 sociétés En 2022, je crois qu'il serait bon qu'il fasse de même pour les grands réseaux sociaux.

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  7. J'exhortais Ronald à bien pédaler sur son vélo quand FB m'a signalé que le mot Pédale n'était pas correct. Ils ne connaissent pas bien la nuance quand même leurs algorithmes....

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