Nos cadres dirigeants, génies de la finance mondiale, sont vraiment à côté de la plaque. J’ai moi-même déjeuné avec des sommités en me faisant passer par mégarde pour une d’entre elle alors que je ne suis qu’un modeste cadre dans le service informatique d’un usine de vélo. C’est avec cette casquette que je me suis levé, ce matin, en pensant à mettre une cravate pas à chier et mon plus joli costar parmi le seul en ma possession. J’allais représenter ma direction à une de ces journées où saute de conférence en conférence pour écouter des types parler de choses tout à fait passionnantes que je ne peux pas évoquer ici aujourd’hui par pure flemme.
Travailleur pauvre, restez assis. Ca commençait à 11 heures mais je me suis pointé à 10 heures car je croyais que j’avais mal lu le papier et la pause de 15h15, devait durer jusqu’à 16 avant le discours de l’organisateur. Je me suis cassé, ayant des slips à laver. Ceci est véridique : je pense que j’étais le seul participant à faire sa lessive tout seul et à la main en plus. Je raconterai ça ultérieurement dans un autre blog mais ma machine à laver a rendu l’âme hier soir et je suis coincé : plus de slip pour le lendemain d’une rencontre avec des Eminences.
Cette introduction n’a que trop duré mais il faut que je poursuive la description du cadre ; Pendant la pause déjeuner, de 12h30 à 14h (oui, il faut bien 1h30 de pause à un directeur qui a commencé la journée par à une heure pour une conférence d’1h30), j’avais rejoint un type pour qui j’avais bossé il y a une dizaine d’années et qui est devenu, depuis, directeur informatique d’une banque. Pas la BNP, non ! Mais pas, non plus, la Banque de l’Indre pour les Technologies d’Excellence.
Nous racontions des bêtises diverses, genre « souvenir de vieux potes », tout à fait d’actualité dans ces cérémonies qui regroupent périodiquement des professionnels de la profession. Nous avons été rejoint par le directeur adjoint d’un de nos gros fournisseurs communs. J’étais donc avec les deux personnes les plus importantes (par le salaire, parce que, sinon, l’importance des gens…) de la journée, ainsi qu’un jeune ingénieur commercial en charge du compte de la société de mon pote directeur perdu de vue. C’est donc naturellement que nous nous sommes retrouvés ensemble, à table.
Je vous jure que j’ai bientôt fini l’introduction, j’ai juste une remarque à faire à l’attention des organisateurs de cocktails mondains. Vous devriez donner des sandwiches Parisiens à bouffer plutôt que des successions de petits fours sucrés et salés sans intérêt, mélangeant du foie gras et de la vaseline à la framboise. Le tout serait d’ailleurs aussi bien arrosé de
Côtes-du-rhône que de Champagne.
Au cours du déjeuner, la discussion a viré vers la crise financière de l’an dernier. L’intérêt d’un directeur informatique d’une banque n’est pas spécialement sa compétence dans le domaine de la finance, mais il participe aux Conseils de Direction et est donc très bien informé.
Nous autres, blogueurs gauchistes, suivions l’affaire, à l’époque, avec notre vision spécifique cherchant à raconter des méchancetés sur le gouvernement et les banques. Il n’empêche que c’était vraiment la panique. De très grosses banques Françaises ont réellement été au bord de la cessation de paiement. Il n’a pas dit lesquelles, évidemment, mais j’ai cru comprendre que celle que j’évoquais ci-dessus était particulièrement concernée.
En débloquant une bonne dizaine de milliards (l’enveloppe prévue allait jusqu’à 25, je crois), le Gouvernement a réellement sauvé dans l’urgence quelques banques. Du style : « On prête le vendredi sinon, dès le lundi, c’est terminé ». On l’a échappé belle ! Imaginez un client de la BNP (si c’est bien elle qui est en cause, je n’en sais rien), qui va tirer 20 euros le mardi pour aller boire un coup avec les copains : non seulement la carte ne rentre pas dans la machine mais en plus un huissier est passé poser les scellés !
On aurait bien rigolé. Mais il aurait fallu boire à crédit. Heureusement, je ne suis pas client d’une grande banque et La Comète est entourée de banques sympathiques.
Plus sérieusement, la confiance entre les banques étaient mortes et elles ne se prêtaient plus en entre eux. Les banques qui vivent du crédit n’avaient donc plus de fric à prêter à leurs clients ! Toute l’économie est en l’air.
Vous savez dorénavant tout du libéralisme. Il ne faut pas d’état sauf pour sauver l’économie en restant solvable grâce aux impôts des pauvres.
La deuxième chose que j’ai apprise (ou presque) est que l’état a gagné de l’oseille avec ce prêt. Le taux de crédit était à 8% pour permettre aux banques de prêter du flouze à 4 ou 5% à ses clients ! L’étant en question ayant lui-même emprunté ce blé à 4% sur les marchés financiers. Ce taux explique pourquoi les banques se précipitent maintenant à rembourser l’état…Les chômeurs peuvent se réjouir : les banques sont sauvées.
« Nos cadres dirigeants, génies de la finance mondiale, sont vraiment à côté de la plaque. » C’est ce que je disais en introduction du billet. J’y viens.
Nos amis banquiers hurlaient contre ce taux, en traitant l’état de voleur. J’ai pouffé et, malgré le fait qu’il aurait mieux valu que je ferme ma gueule, je leur ai expliqué la raison de mon hilarité : «
Ha ben ! Vous êtes bien contents de vous en foutre plein la gueule avec vos clients à découverts et vos filiales de crédit revolving avec leurs taux d’intérêt à 18% ». Me croyant dans PMA, je leur ai fait un lien vers
un article de presse : «
En attendant que la loi soit définitive, Christine Lagarde a rappelé qu'elle souhaitait maintenir le crédit revolving. »
Je résume : non seulement l’état les sauve mais en plus leur permet de sodomiser encore plus de pauvres gens qui n’ont pas les moyens d’acheter du beurre pour manger avec le camembert.
Le libéralisme en marche…