19 juillet 2024

Laisser des plumes au perchoir

 


Les aventures de nos représentants dignement élu avec, au centre et à droite, le gain de la présidence de l’Assemblée national et, à gauche, un bordel sans nom autour la désignation d’un candidat pour Matignon. L’élection de Yaël Braun-Pivet est la lamentable. Qualifions-là d’erreur tragique. Elle serait même historique si on n’était pas sûr d’en rigoler dans quelques années.

Mon espèce d’attaque n’est pas contre Yaël BP, bien sûr ! Je n’ai rien contre cette dame sauf qu’elle ne perche pas nue. Elle n’est pas, non plus, contre le processus démocratique qui a fait cette élection. Après tout, je dis souvent qu’une élection se gagne au centre. En l’occurrence, il est logique que des lascars de droite votent pour le centre plutôt que pour la gauche.

Mais il faut bien reconnaitre qu’on n’a pas besoin d’être très complotiste pour imaginer des magouilles derrière tout ça. Surtout, si c’est une erreur, c’est que les électeurs n’ont pas désigné de majorité, ont mis en deuxième position les « sortants » et leur permettre de récupérer le perchoir est montrer qu’on se fout totalement du vote. Il ne serait par surprenant qu’une grande partie des votants montre encore plus clairement son exaspération lors du prochain scrutin national.

Ce n’est tout de même pas compliqué de voir qu’on a basculé dans une nouvelle ère, qu’un compromis est nécessaire, que le centre de gravité de l’Assemblée est plutôt à gauche si on considère les élus d’extrême-droite comme des pestiférés et que le perchoir, par ailleurs poste sans intérêt sauf pour celui qui l’occupe vu qu’il hérite de Lassay, aurait dû revenir au conglomérat d’élus le plus importants.

 

Il est tout de même important de rappeler les forces en présence, ce que j’appelle des conglomérats. Nous avons par ordre de représentativité : la gauche (avec les quatre principaux partis, réunis sous la bannière du Nouveau Front Populaire pour les élections), le centre (dit « les macronistes », également avec différents partis, le plus important, Renaissance mais aussi, de mémoire, le Modem et Horizon), l’extrême-droite (essentiellement avec le RN mais aussi quelques LR décomplexés) et la droite traditionnelle (les LR, issue de l’UMP, voire du vieil RPR de Chirac).

Il y a donc quatre groupes dont un tout petit et un pestiféré. Rien n’indique, à ce stade, que les électeurs qui ont choisi les représentants à l’Assemblée ont voulu des magouilles entre deux de ces groupes. Je répète que je m’en fous à titre personnel mais il s’agit d’image voire de survie de notre démocratie.

 


Ainsi, comme le dit l’Humanité qui n’est tout de même pas un journal neutre : « Le piège LR-Macronie se referme sur la gauche à l’Assemblée nationale ». C’est la triste réalité, la gauche s’est fait piéger (elle en porte une partie de la responsabilité, je vais en parler)… Et c’est contraire au résultat des dernières élections. Je me répète : c’est un déni de démocratie qui risque bien d’avoir des conséquences tragiques (j’aime bien ce genre de phrase ; disons qu’on court à une immobilité de l’Assemblée avec un bordel sans nom qui aboutira à l’arrivée des fachos patati patata).

Par ailleurs, on voyait les jours derniers ce genre de titre : « Xavier Bertrand à l’offensive pour s’imposer à Matignon ? » ou « Législatives : Laurent Wauquiez dévoile les objectifs du «pacte législatif» de La Droite républicaine » voire, à l’instant : « Emmanuel Macron-Laurent Wauquiez, qui sera le jouet de l’autre ? ».

Il faut tout de même rappeler à ces trois zozos que Wauquiez et Bertrand sont maintenance dans ce qui est réduit à l’état de groupuscule. Ils n’ont absolument aucune légitimité pour peser réellement sur la politique de la nation et surtout pas pour avoir à la diriger. Macron a beau jeu de vouloir se constituer une telle majorité mais il n’a pas été élu pour cela.

 


Vous n’êtes sans doute pas habitués à me voir taper autant sur le centre et sur la droite. Je dois avouer que je me concentre sur la gauche pour montrer ce qu’elle devrait faire… et ne pas faire. Il n’empêche que mes copains, blogueurs à droite, tels que FalconHill et Authueil, tapent, eux, sur la gauche comme si leur camp n’avait aucun tort. Sauf que leur camp n’existe plus. Ce sont des copains et je suis pour la pluralité : j’espère que LR s’en remettra (au fond, chez les socialos, on connait un peu les traversées du désert, aussi…).

Il n’empêche que les électeurs ont mis fin au bipartisme depuis quelques temps, déjà, et, cette fois, ils ont montré qu’il fallait changer les pratiques de « gouvernance » via des compromis et des alliance.

Enfonçons le clou ! Voire le cloud à l’occasion de cette panne mondiale de Microsoft. La future coalition « centre et droite » aura 233 élus, bien loin de la majorité absolue, alors que dans la précédente « macronnerie » en avait 15 de plus et qu’il a fallu provoquer une dissolution car le pays était difficilement gouvernable.

Autant dire qu’ils sont fous et conscients. Et sans doute aussi cons que les lascars de gauche qui ne veulent pas « composer »…

 


Alors, comme promis, venons-en à la gauche et, plus précisément au NFP. Contrairement à ce que peuvent penser mes lecteurs, je ne leur reproche pas d’être gauche même si je ne suis pas forcément d’accord avec le programme. Je ne leur reproche pas non plus, contrairement à beaucoup de militants de gauche d’avoir du mal à se prononcer sur le nom d’un candidat pour Matignon.

Outre le fait que c’est parfaitement anecdotique à l’échelle de notre histoire, il n’y a pas d’urgence (j’avais pensé et écrit qu’Emmanuel Macron attendrait l’élection du président de l’Assemblée et imaginé qu’il attendrait même la fin de l’été et des JO paralympiques) et il ne revient pas à des coalitions de faire des propositions au chef de l’Etat.

Ce que je leur reproche par contre, outre le fait d’insister pour faire une proposition « anticonstitutionnelle », c’est d’en faire un psychodrame sur la place publique et d’étaler de grosses divergences. Et, disons-le franchement, on a l’impression que LFI ne veut pas gouverner. Ils ont commencé par soutenir une candidate issue du Parti Communiste donc difficilement tolérable par les partis hors de la gauche tout en mettant les torts sur le dos du Parti Socialiste qui, lui, a cherché une candidate « acceptable » par les centristes. Mais cela n’empêche pas LFI d’accuser le PS !

 


Pourvu que le NFP et toute idée d’association des partis traditionnels de gauche avec des zombies soit enterrée rapidement si ces conditions doivent perdurer (trois législatures dans l’opposition à cause de ces clowns ne comprenant rien aux attentes du peuple, c’est trop ; une c’est possible, voir mon récent billet au sujet des alternances, deux, ça arrive, trois, ça frise la folie furieuse).

La gauche est en train de tout perdre ! Je l’ai dit le lendemain de la dissolution : il faudra une large entente entre les partis pour gouverner, dans le contexte de l’époque où l’on voulait sabrer le Rassemblement National. Le contexte a un peu changé, le RN est troisième, mais le fond ne change pas : il faut une large entente entre les partis pour trouver une majorité qui, au moins, nous mette à l’abris des censures et autres 49.3.

Et si la gauche a tout perdu (ou va tout perdre), c’est qu’elle aurait dû être au centre de cette espèce de coalition ou de conglomérat vu qu’elle est arrivée en tête des élections.

 

Et, en fin de compte, tous les partis dits républicains vont y laisser des plumes.   

17 juillet 2024

Quel pacte pour un gouvernement technique ?

 


Emmanuel Macron a accepté la démission de Gabriel Attal et de son gouvernement mais je pense que « le jeunot » restera en poste jusqu’en septembre pour gérer les affaires courantes (il faut « passer les JO », nommer un gouvernement en août n’aurait pas trop de sens et, ensuite, il y a les « paralympiques »). Il n’y a donc pas de raison de s’affoler et nous avons de quoi rigoler, d’ici là, comme demain avec l’élection du président de l’Assemblée nationale et des autres guignols, les vice-présidents, questeurs et autres présidents des différentes commissions, dont la grosse.

Ces imbéciles joviaux vont continuer à s’écharper. Les présidents de groupe du NFP ont écrit à leurs homologues pour supplier qu’aucun poste ne soit accordé au RN. Je n’ai pas d’avis : j’entends leurs arguments mais, d’un autre côté, peut-on ignorer le tiers des Français qui ont voté pour ces apprentis fachos ?

Toujours est-il que cette histoire de « gouvernement technique » (lire aussi mon confrère Politeeks) me plait de plus en plus. Au point que j’en fasse un billet.

 


Tout d’abord, même si je vais beaucoup me moquer de la gauche (car « qui aime bien châtie bien »), il faut quand même admettre que les autres andouilles, à savoir les décombres de l’ancienne majorité et la droite traditionnelle, battent des records de ridicule ! Ils semblent « appeler » à construire une majorité ensemble. J’ai vu des interviews de Wauquiez et de Darmanin qui me font un peu rigoler d’autant qu’ils se tirent tout de même la bourre, bien aidés par Edouard Philippe, pour se placer comme successeurs d’Emmanuel Macron…

Seuls, ils pourraient représenter 230 députés ce qui est bien loin de la majorité absolue. Lors de la précédente législature, la majorité avait 248 députés et elle a tellement échoué que le Président a été obligé de dissolutationner. Ils n’ont, en outre, aucune légitimité particulière ! Certes, la gauche n’a « même pas » 200 élus mais, au moins, ils avaient annoncé, avant les élections, vouloir gouverner sur la base du même programme.

Il n’empêche qu’aucun de ces deux agrégats ne pourrait tenir les rênes de la nation. Au bout de quelques semaines, nous obtiendrions des oppositions fortes, des 49.3 obligatoires, des motions de censure… Bref, tout le cirque que nous avons depuis deux ans qui a abouti au résultat que nous avons eu mais que l’on oublie un peu vite : en termes de nombre de voix, l’extrême droite est bien en tête, ce qui semble une des preuves que nos concitoyens rejettent ce foutoir ou cette pétaudière.

En outre, n’oublions pas qu’une partie non négligeable des électeurs « Renaissance » vient de la gauche qu’ils n’ont fuit qu’à cause des outrances de LFI…

Evidemment, on pourrait discuter pendant des heures de ces histoires de légitimité mais les faits sont là : aucun agrégat de politicards pourrait approcher du fameux seuil de 289 députés… Personne, à gauche, ne voudra supporter un gouvernement qui mettrait en œuvre le projet de LR et nos amis de gauche doivent bien convenir que la droite ou le centre ne peut pas tolérer le projet du NPF.

 


Cette phase intermédiaire où de piètres ploucs qui se croient responsable tentent de prouver le contraire est pitoyable. Il est impératif de trouver un regroupement de groupes politiques représentant plus de 300 (pour ne pas dire 289) députés (ce qui très est possible sans LFI, sans LR, même si ces deux hypothèses ne me semblent pas souhaitable, et surtout sans le RN) pour assurer que le pays soit gouvernable : que le 49.3 ne soit pas nécessaire, que le gouvernement ne puisse pas être censuré et qu’un budget puisse être voté.

Pour cela, il faut un accord (voir par exemple, la tribune signée par Mme Tubiana). Il doit être, à mon sens, orienté à gauche vu que c’est tout de même le NFP, ou, du moins, ce qu’il était quand il s’est présenté devant les électeurs, qui est arrivé en tête lors des élections qui ont permis la mise en place de cette Assemblée. Le projet du NFP peut même servir de base à la discussion, même s’il est convenu que LFI ne participerait pas au gouvernement à condition, évidemment, que les mesures qui ne sont pas recevables par le centre et la droite en soit « expurgée » (je ne vois pas le centre ou la droite accepter une annulation de la réforme des retraites, par exemple).

 

Il ne faut pas sombrer dans le piège de vouloir impérativement définir maintenant une plate-forme de gouvernement mais plutôt une définition des thèmes qui devront faire l’objet d’un vote, sans 49.3 ou motion de censure. Par exemple, si la gauche domine, ce qui est mon souhait (mais pas un impératif, hein !, on est dans la construction d’un accord), pour reprendre celui de la réforme des retraites, il faut un engagement des « autres groupes » à ne pas bloquer le tout, sauf potentiellement par un vote contre, si la gauche ne s’attaque pas à l’âge légal ou à la durée de cotisation. Cela n’empêchera pas le progrès social, par exemple en mieux gérant les carrières longues, les fins de carrière, la pénibilité, le niveau des petites pensions…

En contrepartie, la partie majoritaire du gouvernement doit s’engager à ne pas faire usage du 49.3 sauf sur le budget. De même, si la gauche est majoritaire, elle doit prendre en compte certaines exigences de la droite comme la défense du nucléaire, l’ordre, la laïcité… (d’autant que je me demande comment certains de ces machins sont arrivés à droite… ce qui est un peu la preuve que l’on doit gouverner sans LFI).

 


Il reste que l’on peut dépasser le cadre du « gouvernement technique » même si les principaux ministres ne doivent pas être des figures emblématiques de certaines orientations politiques mais il faut que nos élus s’engagent à ne pas entamer de « grandes réformes » qui ne feraient pas l’objet d’un consensus préalable.

On n’est pas obligés de toute faire au cours de la législature, avant qu’une vraie majorité se dessine. C’était le sens de mon récent billet au sujet de l’alternance : autant ne pas faire de modifications qui seraient remises en cause par le gouvernement suivant.

Il faut avancer.

Il peut par ailleurs y avoir des contreparties en dehors du projet, voire indépendamment, comme l’élection de Courson à l’Hôtel de Lassay ou l'interdiction des vestes vertes…

 

Et je suis optimiste (pas sur le fait que ça va se faire… sur le fait que cela soit possible).

16 juillet 2024

Pour Tubiana sans LFI !

 


Le feuilleton tragicomique de la nomination d’un premier ministre et notamment du choix d’un candidat par les membres du Nouveau Front Populaire se poursuit. La dernière séquence me plait bien mais… mon billet pourrait rapidement devenir obsolète, ne serait-ce parce qu’il semblerait qu’Emmanuel Macron soit décidé à désigner son PM dès ce matin.

Rappelons que le PCF avait proposé le PCF avait proposé une personne qui a été immédiatement acceptée par LFI et « plus ou moins » par EELV mais refusée par le PS. La personne, en revanche, a décliné. Je me réjouis de ce retrait : je ne vois pas comment les autres partis, qui sont toujours prêts à déclencher des motions de censure, pourraient accepter une chef de gouvernement issue des cocos.

La plupart des partis de droite et du centre ont en effet annoncer « refuser » un gouvernement NFP. Veulent-ils parler uniquement de LFI ou de LFI et des cocos ? Je suppose qu’ils se rendraient ridicules en étant trop intransigeant.

 

Hier, le PS a proposé Laurence Tubiana, que je ne connais pas. C’est une proche de Lionel Jospin (je vous laisse googliser son CV). C’est l’ancienne ambassadrice pour les négociations de la COP21. EELV et le PS ont accepté cette proposition mais LFI a refusé.

Ils ont encore complètement échoué au niveau de la stratégie : ils étaient restés sur un épisode où c’est le PS qui refusait leur candidature et, par ce refus, LFI vient de récupérer le rôle du méchant qui va faire échouer la gauche. Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas.

On sent le NFP à la limite de la rupture… D’autant que les « frondeurs de LFI » ont réussi à se caser ailleurs et que Mme Chirikou a encore raconté des conneries (au sujet du retour du Hollandisme) en donnant ainsi l’occasion de se faire taper dessus.

 

Fabien Roussel a déclaré : « les écologistes, les socialistes et les communistes sont d'accord pour proposer une candidature issue de la société civile. »Nous avons enfin des gens intelligents qui ont compris une des conditions pour ce futur gouvernement tienne un peu : ne pas être incompatible avec les exigences des autres partis.

En outre, les trois « vieux partis » montrent ainsi qu’ils sont capables de gouverner alors que les étapes précédentes avaient plutôt prouvé le contraire. En outre, Madame Tubiana semble « compatible » avec Emmanuel Macron. Il pourrait très bien accepter. Tout y est : le premier ministre serait proposé par les partis majoritaires, il serait issu de la fameuse « société civile » et nous serions proche d’avoir un gouvernement technique qui semble désiré par beaucoup (et qui n’est pas totalement ridicule, au point où nous en sommes…). Et Madame Tubiana a signé une tribune appelant à faire un gouvernement avec le centre.

Tout y est.

 

Les insoumis critiquent le choix d’un premier ministre compatible avec Emmanuel Macron. S’ils pensent réellement que les deux têtes de l’Etat doivent se foutre sur la gueule. Un deux a parlé que ce serait une trahison des engagements pris par les électeurs… Il faut quand même lui rappeler qu’on n’a pas la majorité et que les électeurs attendent maintenant que l’on sorte de ce merdier.

Aurélien Taché atteint les sommet du ridicule en disant : « Lorsque nous avons créé le groupe écologiste lors de la mandature 2017-2022, j’ai rencontré Laurence Tubiana à plusieurs reprises. Son objectif était, avec plusieurs personnalités de la société civile, d’infléchir la politique d’Emmanuel Macron à gauche. » Ce genre de zozo pourrait quand même se mettre dans le crane c’est le rêve de beaucoup d’électeurs de Macon en 2017 : le pousser sur sa gauche…

 

Toujours est-il que l’hypothèse Tubiana me plait bien. Et elle est bien coiffée.

 

 

14 juillet 2024

On retient quoi des alternances ?



1981, 1986, 1988, 1993, 1997, 2002, 2012… Nous avons connu sept alternances au gouvernement depuis… Depuis quand, au fait ? Le début de la Cinquième, ma naissance, les événements de mai 68, le début de la crise économique entamée par les chocs pétroliers… ? On pourrait débattre du pourquoi mais ça ne m’intéresse pas, à ce stade et les réponses risquent d’être assez tartiflettes…

Revenons au début du siècle, soit vingt ans après le commencement de la série. Il y a eu deux événements. Tout d’abord, la montée assez progressive de l’extrême droite a fait qu’elle est arrivée au second tour mais c’est un peu anecdotique : la gauche avait battu des records de divisions. Ensuite, il y a eu la fusion de l’UDF et du RPR dans l’UMP ce qui fait que le centre a doucement pris son envol jusqu’à 2017, où son nouveau chef a réussi à réunir une partir de la gauche, le centre et une section de la droite et à arriver au pouvoir (on va évidemment voir des types de droite déclarer que le centre a toujours été à gauche et des types de gauche prétendre que le centre a toujours été à droite mais il vaut mieux en rire ; la vérité est bien que le parti qui se prétendait centriste était réellement à droite avant 2002).

Depuis 2012, les conglomérats politiques qui faisaient cette alternance, la gauche « socialiste » et ses alliés et la droite traditionnelle sont parties en couilles. Cela a peut-être commencé par la droite, avec la fusion de ses deux composants dont je parlais et qui a amené à la victoire de 2007 avant une chute longue, accentuée dans la période après 2012. Elle n’a jamais su se redresser.  Pour la gauche, quand on y au chœur, c’est plus compliqué à analyser. Disons que, au cours de la dernière période de gouvernement, elle s’est divisée et la partie la plus à gauche s’est rapproché d’une nouvelle formation politique, devenue LFI, porteuses d’espoirs (grotesques) de victoire à gauche. Le reste de la gauche a préféré se rapprocher du centre.

Et nous sommes quelques abrutis à être restés comme des cons.

 


Nous sommes maintenant à un tournant. En 2017, un vrai centre a gagné (un militant politique continuera à dire que c’est le camp opposé). Il a fini par mener une politique franchement à droite ou, du moins, assez proche de ce que ferait l’ancienne UMP pour la plupart des sujets en rapport avec l’économie. En 2022, l’élection législative n’a pas réussi à donner une majorité claire un camp. Celui du centre était largement en tête et a pu former un gouvernement. Une élection de « mi-mandat », les européennes de 2024, ont montré qu’il n’avait plus du tout la majorité et le président, issu de ce camp (dont il est d’ailleurs plus ou moins le créateur) a fait la dissolution.

Les élections n’ont pas su donner une majorité claire, trois formations faisant presque jeu égal dans notre ancien système bipartite, aucun ne pouvant prétendre à une majorité suffisante pour former un gouvernement.

 

A l’heure où je vous parle, Pogacar a réussi à foutre 1 minute dans la vue à Vindegaard, son second et précédent vainqueur du tour dans une étape avec une arrivée au sommet, le tour semble joué, vu que l’écart se monte maintenant à 3 minutes au général.

La constitution du nouveau gouvernement n’est plus dans les premiers sujets de Google News. Il arrive cinquième. On pense qu’Emmanuel Macron a trois solutions. La première est de nommer une personnalité consensuelle, comme Bernard Cazeneuve ou Michel Barnier, voire les deux en les priant de travailler de concert. La deuxième est qu’il nomme quelqu’un issu « de la société civile », genre le Président de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, en association avec un illustre retraité, François Molins. J’ai oublié la troisième alors que je n’ai pas encore commencé à picoler.

 


Au centre et à ce qui reste de la droite (hors l’extrême), ils font un peu n’importe quoi et se contentent de dire qu’ils veulent un gouvernement sans le Nouveau Front Populaire et le Front National. Ils sont très drôles à revendiquer une majorité minoritaire. Ils ont complètement vrillé et sont sortis du champ républicain en ne cessant de faire du chantage sur le thème « nous censurerons tout gouvernement ne correspondant pas à nos exigences », comme si les autres pingouins ne pouvaient pas faire la même chose.

A gauche, le PCF a proposé de mettre en avant Huguette Bello ce que j’ai trouvé saugrenu. LFI a accepté cette proposition sentant bien qu’un candidat issu de ses rangs ne pourrait être toléré. Les écolos ont suivi avant de se rétracter mais je n’arrive pas à suivre. Le PS n’arrive pas à faire de proposition mais a réussi, avec raison, à refuser Bello qui a par ailleurs refusé la proposition. Les écolos fustigent maintenant la position du PS qui ne veut pas de la personne que les écolos ont refusé de soutenir.

Admettez qu’il y a de quoi rire.

 


Pour une fois, je suis assez d’accord avec Olivier Faure. Il a en effet dit que « il n’est pas anormal que dans une situation aussi particulière (…) le NFP prenne le temps de discuter de celui ou celle qui aura à conduire la vie politique de la nation dans les prochaines années. Le fait de prendre quelques jours est tout sauf un drame » puis, surtout : « L’idée d’un vote n’a pas la faveur des groupes parlementaires. Il faut construire un consensus, ça prend du temps ». Il a quand même dit des conneries ensuite, à propos des censures promises par le centre et la droite : « Que censureront-ils ? L’abrogation d’une réforme des retraites que 80 % des Français ont rejetée ? La proposition de mettre fin aux déserts médicaux ? De taxer les superprofits qui s’envolent pour financer la transition écologique ? De mettre en place une police de proximité ? »

On ne désigne par un premier ministre par le vote d’un regroupement de partis politiques et on ne décide pas de ce que doivent faire les autres partis sur la base du sondage. Mais on peut effectivement se foutre de la gueule de centristes qui vont se couler s’ils torpillent toutes les propositions d’un gouvernement.

Mais le consensus doit être global.

 


Mais je parlais « des alternances » et des mutations de la vie politique en France. Le bipartisme est mort. Il faut en tirer des conclusions. Je me fous, par exemple, qu’un gouvernement de gauche arrive au pouvoir s’il doit subir des votes de censure puis disparaitre à l’issue d’une nouvelle dissolution dans 14 mois ou des nouvelles élections nationales, dans trois ans.

Je parlais un peu d’histoire, avec ces alternances, la Cinquième et tout ça. Reprenons un peu. Quelles sont les grandes époques de progrès pour le peuple mises en avant par les militants de gauche. Il y a la Révolution française, le vrai Front Populaire et mai 68. Le premier a fini par la terreur puis par les guerres napoléoniennes. Le second par Vichy. Le troisième par le retour d’une droite dure puis par les chocs pétroliers aboutissant à une crise économique dont nous n’arrivons pas à sortir.

Je ne fais pas de relation de cause à effet, évidemment ! De même que je n’aime pas les débats sur les motifs des alternances d’autant que les victoires de la gauche sous la cinquième ont surtout été par « la volonté populaire » d’écarter les guignols de droite au pouvoir alors que les Français sont majoritairement de droite même si la gauche prétend le contraire mais uniquement quand elle dit représenter le peuple. 

Celui qui vote d’ailleurs à l’extrême droite…  

Je constate : toute période a une fin. Et pour éviter la victoire du RN en 2027, le mieux est tout de même de montrer que les autres partis peuvent efficacement gouverner le pays, pour les besoins du peuple sans se livrer à une bagarre devant un stand de poissonnier.

 

Continuez donc à chercher le consensus.

A part ça, je suppose qu’il y a eu, aujourd’hui, le défilé du 14 juillet. Il y a eu une tentative d’attentat contre Trump ce qui pourrait très bien lui tracer le chemin de la victoire.

Et Alcazar a largement dominé Djokovic en finale de Wimbledon. Il y a tout de même des gugusses, qui furent certes brillant, qui devraient penser à prendre leurs retraites…

Compte tenu des photos que j'ai choisi de mettre pour illustrer ce billet, en songeant à l'alternance, je me demande s'il ne faudrait pas trouver une gonzesse. Pas pour battre Alcazar ou Pogacar, hein !

13 juillet 2024

Le retour des blogs socialistes ?

 


On va résumer l’actualité politique récente : la gauche (le NFP) n’arrive pas à se mettre d’accord pour une personne à proposer comme premier ministre et gueule parce que le président de la République ne se dépêche pas de nommer une personne issue de ses rangs, au NFP, comme premier ministre. Je me moque de la gauche parce c’est mon camp (qui aime bien, châtie bien, n’est-ce pas ?) mais, à droite, ils sont encore plus grotesques, il faut le reconnaître. J’entendais, par exemple, Gérard Larcher, déclarer qu’il appelait ses amis à censurer le gouvernement si le chef de l’Etat désignait un type de gauche à sa tête. C’est de bonne guerre. Mais la justification est grotesque. Le gros Gégé a dit que c’était parce que les Français n’avaient pas choisi cela.

Il faut quand même rappeler que les Français ont choisi de mettre en tête la gauche pour ce qui concerne le nombre de sièges et l’extrême droite en pourcentage des voix. Les autres partis subissent des défaites : la « macronnerie » et les descendants des gaullistes ont largement perdu (ces deux camps « cumulés » – ce qui n’a aucun sens, tout de même, on n’est plus à l’époque du RPR et de l’UDF – n’arrivent pas à la majorité et ont perdu un tiers de leurs élus).

J’entendais aussi François Ruffin (que j’aime bien) expliquer que les partis officiellement à gauche ne menaient plus de politique de gauche depuis 83 ou 84 ce qui expliquait la désertion des ouvriers. Je vais quand même lui rappeler que c’est sa formation politique (ou, du moins, l’ancienne) que les ouvriers ont désertée et qu’un peu d’humilité ne nuit pas (il n’en manque pas mais n’est pas avare, non plus, d’incantations diverses).

Depuis le début de cette séquence électorale, je suis en mode popcorn geek : le regarde ce qui se passe et lance des conneries dans les réseaux sociaux et surtout les blogs (si vous me lisez, vous savez ce que j’attends…).

 

Ce qui m’a fait plaisir, récemment, c’est que deux copains blogueurs proches du PS (à la grande époque…) ont repris leurs plumes et exprimé leurs avis : CC et
Stéphane. Ce qui m’étonnera toujours est nos différences de point de vue alors que nous espérons tous qu’une majorité de centre gauche dirige le pays. Enfin, je crois…

A part pour le premier point, si je les cite, ici, ce n’est pas pour les « montrer du doigt » mais pour s’interroger sur les désaccords.

 

Alors, je commence par Stéphane. Au sujet du projet du NFP, il dit : « si les gens retrouvent le chemin de la consommation, ça génèrera de la croissance, même un élève de première sait ça ». On est d’accord mais, avec la fin de sa phrase, il montre qu’il prend les gens pour des cons. Ca me gêne franchement, sans même rappeler que le PS est allié avec des gens qui ne prônent pas franchement la croissance (comment peut-on soutenir la défense de l’environnement et vouloir favoriser la consommation ?). Le problème est dans le « si », au départ. Un type de droite pourrait dire la même chose. Et continuer : l’augmentation du SMIC va générer de l’inflation, d’une part, parce que les patrons seront obligés d’augmenter les prix pour faire face à l’accroissement de la masse salariale et, d’autre part, parce que l’augmentation des revenus disponibles permet aux entreprises d’augmenter les tarifs. En outre, rien ne garantit que le surcroit de pognon touché par les pue-la-sueur ne sera pas dépensé en cochonneries importées.

Le « même un gamin » sait ça a tout de même des limites…

 


Revenons au reste. Je commence par le billet de CC. Rien à dire sur l’introduction. Macron a voulu jouer à Jupiter, il ne finit même pas en Bacchus. C’est un petit président. Comme l’ont été Sarkozy et Hollande. Et Chirac, tiens ! Avec ses faibles scores aux premiers tours, ses « pschitt » et « abracadantesques ». Et Mitterrand avec ses avions renifleurs et ses diamants. Et Giscard avec ses écoutes, son Rainbow Warrior, son carrefour du développement, les suicides de ses proches.

 Elle dit « Après avoir décidé unilatéralement de dissoudre le parlement, ce qui a provoqué une période incertaine et dangereuse pour la République, pour les institutions, pour la stabilité du pays, pour l'économie, il revient maintenant sur les résultats pour finalement ne rien changer en demandant à ce qu'on ne prenne pas en compte ce qu'ont exprimé les Français. » Mitterrand et Chirac n’ont pas pris leurs décisions de dissolution unilatéralement ? Il est arrivé une fois, dans l’histoire, un cas où les français n’ont pas « exprimé » le fait de ne pas avoir une majorité franche au Parlement ?

Je répondais hier à un commentateur qui me traitait de macroniste, pour rigoler, que ce n’était pas le cas mais que j’aimais bien un tantinet d’objectivité.

« Tout le monde s'accorde à dire, pourtant, que nous sommes à un moment critique de notre histoire. Un moment de bascule durant lequel nos institutions ont vacillé, où l'on a évité que notre constitution fragile tombe aux mains de ceux qui veulent la modifier. » Faut-il rappeler qu’un des points du programme du NFP est de changer la Constitution ? J’y suis d’ailleurs opposé : l’actuelle, la cinquième, est supposée ne pas être fragile et garantir des institutions solides. Vous changez la Constitution et si vous n’y inscrivez pas que des blondasses quinquagénaires ne peut pas être présidente, le RN arrivera en tête la prochaine fois…

 


« Ce moment laisse forcément des cicatrices, profondes, ouvertes. Sanglantes encore. Les électeurs du RN se sentent trahis. Leur message est encore une fois ignoré. » Je suis le premier à dire qu’il faut écouter ces braves gens mais le message est quand même clair : les vieux partis nous cassent les burnes et les immigrés sont à l’origines de nos maux. En d’autres termes, en ne changeant pas de politique, en n’ayant pas de résultat, je ne vois pas comment on peut écouter leur message sans coller des basanés dans des charters…

« Et le président propose le néant, le mou, le centrisme consensuel, la gestion des affaires courantes, aucun changement, surtout. Ne changeons rien, ne faisons rien. » N’oublions pas que le lascar à provoquer la dissolution et que c’est ce qui est susceptible de créer du changement, que c’est bien cette gestion des affaires qui est importante parce que le moment n’est plus aux réformes emblématiques qui gonflent tout le monde. Et font le lit patati patata.

« La réponse d'Emmanuel Macron appelle clairement à la violence. Le sait-il ? En a t-il conscience ? Cherche-t-il, lui aussi, comme les électeurs d'extrême droite, le pire ? » Non, ce sont les forces de gauche qui appellent à la violence, comme les syndicats qui disaient, hier, souhaiter bloquer les Jeux Olympiques…

 

Revenons à Stéphane. Il rappelle que le NFP est le gagnant des élections et commence par sortir des chiffres. Le NFP étant composé de plusieurs partis, générera plusieurs groupes à l’Assemblée. C’est donc le RN qui aura le premier groupe. Vous pouvez reprendre sa démonstration avec ce fait.

Il en déduit que le NFP a gagné. Il n’a pas tort. Mais les « majorités » ont toujours été absolues sauf, à peu près, en 1988 alors que le président de gauche avait eu le plus haut score à un premier tour depuis longtemps. Et évidemment en 2022. Le groupe vainqueur était évident mais n’avait pas du tout la majorité absolue. Nous l’avons critiqué pour avoir gouverné dans ces conditions. Peut-être faire les marioles maintenant (sans avoir la majorité en voix) n’est-il que de la communication politique pour faire croire à une large victoire et revendiquer les plein-pouvoir.

 


« On entend çà et là des personnalités politiques de tous bords nier l’évidence : Gérard Larcher, Aurore Bergé […], Valérie Pécresse […], et une foultitude de personnalités de droite et macronistes (pardon c’est pareil) appellent à la constitution d’une coalition, chacun demandant que le futur Premier Ministre soit issu de son camp ? »  Ce n’est pas, un peu, ce que font les gens de gauche ? A des détails près : s’ils n’appellent pas à une coalition, ils appellent à ne pas être censurer par les autres… Des clowns.

« Et surtout, ils [les zozos cités] sortent tous la menace de la censure d’un gouvernement qui comporterait des membres issus de LFI : ces cons-là oublient, encore une fois, qu’ils ont été élus en partie grâce au désistement des candidats NFP arrivés 3ème dans leurs circos, et grâce au report massif des électeurs de gauche sur leurs candidatures. » Ah… Les gens de gauche n’ont pas gagné de putatives triangulaires grâce à des désistements ? En outre, soyons précis, ils menacent un gouvernement avec des membres sortis de LFI (en pensant surtout à un premier ministre sorti de LFI) pas du NFP.

Nommer un premier ministre issu du parti socialiste permettrait sans doute de faire exploser cette menace. Il faut le dire ! On appelle à gouverner au nom de notre camp politique, pas d’un conglomérat mis en œuvre de façons opportuniste pour avoir des élus.

 

Une bricole, maintenant, parce qu’on entend l’argument souvent : « Si la bérézina annoncée n’est pas arrivée dans le groupe centriste, c’est parce que les électeurs du NFP ont massivement appliqué, encore une fois, le barrage républicain (à 74%), alors que seuls 52 % des électeurs macronistes l’ont fait en faveur des candidats du NFP. » On peut prendre cela sous un autre angle : les électeurs ont voté pour les candidats les moins éloignés « d’eux ». Il est donc plus facile pour un mélenchoniste de choisir un attalien qu’un bardellonieur que pour un macroniste de faire un choix entre sa droite et sa gauche.

« Pour être clair, si on avait été dans une élection « normale », le camp macroniste compterait probablement moitié moins de députés que ce qu’il détient aujourd’hui. Admettre cette réalité devrait les amener à adopter une attitude des plus modestes. » Pour être clair, s’il n’y avait pas eu ces principes de désistements, les nfpien compterait moins de député que le RN compte tenu des différences en termes de pourcentage des scrutins.

 

Reprenons. « On aura donc une majorité de députés de gauche raisonnables, prêts à gouverner le pays et en capacité de discuter, texte par texte, avec les autres groupes parlementaires pour créer des majorités de circonstance. » Je pense qu’il n’a pas tort mais je ne veux pas de discussion au cas par cas, d’autant que l’essentiel tient dans les budgets. Il faut que la gauche arrête de dire « tout le programme, rien que le programme ». Le reste est simple. Il y a les sujets sociétaux, comme « la fin de vie », qui feront l’objet d’un consensus, et les sujets économiques, comme l’abrogation de la réforme des retraites, qui ne trouveront pas de majorité !

Stéphane conclut qu’on aura « un gouvernement issu du camp vainqueur des élections [qui] aura toute latitude pour gouverner, et – espérons-le – éviter qu’on rejoue à se faire peur dans 3 ans (sans garantie que cette fois le front républicain fonctionnera encore). »

Il n’aura aucune latitude, on se fera peur à chaque fois, avec des 49.3 et des motions de censure. Comment croire que le camp macronistalien votera tout ce qu’on souhaite sans mais céder sur rien ? On ne se fera pas peur dans trois ans : le bordel qu’on aura semé garantira la victoire du RN.

 

Je vais arrêter là. J’ai atteint ma taille limite pour un billet et j’ai un risotto de saucisses aux poivrons et oignons à préparer.

C’est maintenant qu’il faut négocier un accord, pour garantir la stabilité pendant les prochaines années, quitte à ne fasse pas tout ce que l’on souhaite. N’oublions pas que les deux précédents quinquennats ont tourné en eau de boudin (ou tout comme) avec des frondeurs et des gilets jaunes refusant de reconnaitre la légitimité des zélus.

CC parlait d’un moment spécifique de notre histoire. Nous y sommes. Ne le gâchons pas nos réflexes militants qui, au fond, consistent à dire : nous on est bien et les autres c’est du caca.

11 juillet 2024

Un recul, sinon rien !

 


J’ai fait l’erreur d’être un peu déconnecté de l’actualité entre mardi et mercredi soir, en partie à cause des méchants services publics (je suis trop gros et dans le train, je n’arrive pas à ouvrir la tablette et à y poser mon PC). En fait, c’est aussi bien : ça me donne l’occasion de découvrir par hasard de nouvelles polémiques dans les réseaux sociaux. Hier soir, je n’ai pas été déçu ! Tout le monde tapait sur Emmanuel Macron mais je ne savais pas pourquoi…

En fait, le chef de l’Etat avait adressé une « Lettre aux Français », ce qui est bien aimable, il faut au moins le reconnaitre. A propos des élections, il déclare : « si l’extrême-droite est arrivée en tête au premier tour avec près de 11 millions de voix, vous avez clairement refusé qu’elle accède au Gouvernement. Enfin, personne ne l’a emporté. Aucune force politique n’obtient seule une majorité suffisante et les blocs ou coalitions qui ressortent de ces élections sont tous minoritaires. »

On ne peut pas lui donner tort. Juste après, il dit : « Divisées au premier tour, unies par les désistements réciproques au second, élues grâce aux voix des électeurs de leurs anciens adversaires, seules les forces républicaines représentent une majorité absolue. La nature de ces élections, marquées par une demande claire de changement et de partage du pouvoir, les oblige à bâtir un large rassemblement. » Il aurait pu être plus clair à propos des forces républicaines qui représentent seules une majorité absolue. On comprend qu’il veut dire que le cumul des formations politiques hors RN (je suppose que c’est cela qu’il appelle les forces en question) peuvent avoir la majorité absolue.

On ne peut pas lui donner tort, non plus, mais on peut penser qu’il considère LFI en dehors des forces machin.  Concrètement, on peut avoir une « MA » si on prend les groupes de « LFI » à « Ensembles ! » (avec le Modem mais sans Horizons, le machin d’Edouard Philippe) ou sans « LFI » mais avec Horizon, l’UDI et les Républicains.

C’est la stricte vérité.

 

Si, comme moi, on ne veut pas du RN, on peut souhaiter, toujours comme moi, la mise en place d’un tel conglomérat (que j’ai déjà évoqué deux ou trois fois dans mon blog). Je considère même que c’est la seule solution pour assurer la gouvernance du pays en attendant de nouvelles élections nations ou, du moins, d’avoir un pacte de « non-agression » entre les membres de ce pataquès pour éviter des motions de censure et un blocage total des textes importants (comme le budget), le pacte devant donc avoir des conditions.

 

M. Macron demande donc « à l’ensemble des forces politiques se reconnaissant dans les institutions républicaines, l’Etat de droit, le parlementarisme, une orientation européenne et la défense de l’indépendance française, d’engager un dialogue sincère et loyal pour bâtir une majorité solide, nécessairement plurielle, pour le pays. »

J’approuve totalement cette demande (mais je ne suis pas sûr que ça lui fasse plaisir compte tenu que, à ma connaissance, il ne souhaite pas me filer le job).

Je ne vais pas tout citer. Il finit par dire qu’il se donne un peu de temps avant de désigner un nouveau premier ministre. C’est à peu près ce que je prévoyais dans mon billet du 29 juin (avant même le premier tour, alors que les dernières « projections en siège » semblaient dire que le RN n’aurait pas la MA).

Il termine par « Votre vote impose à tous d’être à la hauteur du moment. De travailler ensemble. Dimanche dernier, vous avez appelé à l’invention d’une nouvelle culture politique française. »

C’est la stricte vérité (même si « l’appel » n’est pas volontaire).

 


Depuis cette lettre, tous les partis politiques hurlent, pourtant. La gauche, la droite et… la majorité présidentielle. Pour résumer, ils disent tous pouvoir assumer le rôle (on a même les lascars de LR qui disent qu’ils veulent le poste).

Un des arguments les plus utilisés pour demander une nomination immédiate n’est pas lutte contre les logements vides (pour Matignon) mais le fait que le Président ne respecte pas la Constitution ou, pour les plus calmes, « son esprit » ou les traditions républicaines. C’est évidemment une grosse connerie car nous sommes dans une situation inédite : c’est la première fois qu’aucun groupe parlementaire n’est en mesure de former une majorité autour de lui ! La tradition républicaine a bon dos… Je ne vais pas citer ces réactions qui me navrent toutes.

 

Seulement une pour illustrer ma pensée. Mon copain Valerio dit : « Au final, la question restera la même pour les ex-macronistes que celle qui s’est posée au mouvement 5 étoiles en Italie : préfèrent-ils voir gouverner la gauche ou l’extrême droite ? » (on ne dit pas « au final », bordel !, les mots noms ont un sens, mais ce n’est pas le sujet).

Le problème est que la gauche ne peut pas gouverner. Elle ne trouvera pas de majorité pour faire voter ses textes ou alors, on appelle les députés macronistes à voter les textes alors qu’ils n’ont pas été élus pour… C’est un déni de démocratie. S’il n’y a pas la volonté de travailler ensemble, sans se foutre sur la gueule, on aura assurément la victoire de l’extrême droite, au bout, et il ne suffira pas de traiter les macronistes de traitre pour s’en sortir les couilles propres…

Il faut être objectifs.

 


Il faut aussi l’être en se rappelant que la gauche n’a qu’un tiers des députés et qu’on a reproché à Elisabeth Borne et Gabriel Attal de gouverner avec seulement 40% des députés. Il faut être objectif pour prendre compte le résultat des élections. Il faut être objectif pour ne pas qualifier d’hold up démocratique (dixit Mathilde Panot) le fait ne pas changer de premier ministre alors que la session parlementaire n’est pas encore ouverte, que la nouvelle assemblée n’est pas en place.

Je crois bien que beaucoup de monde manque de recul. On pourra commencer à s’impatienter dans huit ou neuf jours : hurler dans les médias en attendant ne rend pas service à la République.


Je précise que je n'ai pas viré macroniste et que je souhaite que la gauche puisse gouverner, dans des conditions que j'ai déjà exprimées ces derniers jours.

10 juillet 2024

Changement de majorité : la caravane du cirque

 


Il y a un « simulateur de coalition » dans le Figaro. On peut sélectionner des groupes politiques : la machine cumule le nombre de députés et le graal est là quand on arrive au fameux seuil de 289. Certains rêvent d’un regroupement allant des communistes aux LR « non Ciotti ». C’est un peu le rêve de certains qui refusent une alliance avec LFI.

Tout cela est très ludique mais revenons dans la vraie vie : il serait idiot de voir le PS, EELV et le PCF se lancer sans LFI alors qu’ils ont fait la campagne ensemble, après avoir créé le NFP.

D’un autre côté, le NFP joue « à celui qui a la plus grosse » pour pouvoir imposer un premier ministre issu de ses rangs. Comme certains, plus à droite, ne veulent pas débarquer dans un conglomérat électoral avec LFI, voire EELV, j’aurais tendance à penser que le SDF de Matignon devrait venir du PS, que les membres bruyants d’LFI ne devraient pas participer au gouvernement et que la base du programme de gouvernement parte de celui du NFP, mais pas tout !

 


On pourra très bien, par exemple, se mettre d’accord sur le fait d’augmenter le SMIC de 200 euros (je ne suis pas spécialement pour mais c’est tout de même le thème central) et laisser tomber la retraite à 62 ans, quitte à améliorer la dernière réforme (en augmentant les petites pensions, ce qui me parait prioritaire par rapport à l’âge, en prenant mieux en compte les carrières longues et la pénibilité).

Fiscalement, on pourrait revenir sur la flattax, de manière à ce que les revenus du capital soient imposés comme ceux du travail mais, en contrepartie, abandonner le relèvement du nombre de tranches et du taux de celles les plus hautes ou l’ISF…

Je ne sais pas… Qu’ils se débrouillent ! Le but est de pouvoir gouverner sans se déchirer à coups de 49.3 et de motions de censure. Au fond, on est coincés pour un an… et si on pouvait trouver un truc qui dure plus longtemps, ça ne serait pas plus mal ! Un peu de sérieux, quoi ! Si on pouvait s’affranchir d’effets de manches à la tribune ou de ce genre de simagrées, ne serait-ce pas aussi bien ? De toute manière, il n’y a pas de majorité.

 


Parallèlement, on pourrait attendre un peu de sérieux. Oups ! Un peu de sérieux est indispensable. Ca fait une dizaine d’années que notre représentation nationale est un beau cirque, commençant par des députés de la majorité qui ont gueulé contre le président qu’ils avaient fait élire puis on a eu des invectives permanentes, des querelles de petits chefs sans plume ni panache.

Et ça continue ! 10 minutes après l’annonce des résultats, Jean-Luc Mélenchon a déclaré qu’il pouvait mettre en œuvre le programme par décret, ne se préoccupant pas de ne pas avoir de majorité après avoir gueulé pendant des années car le gouvernement faisait passer des lois sans majorité, à coups de 49.3.

Cet fois, on a les insoumis, Mathilde Panot en tête, voire les frontistes populaires qui hurlent après le président de la République qui tarde à nommer un premier ministre, lui lançant presque des ultimatums, alors que les Français savent bien qu’on ne peut nommer personne sérieusement sans connaître les groupes parlementaires et qu’on entre dans une période délicate, avec les jeux olympiques et qu’il n’est pas saugrenu de maintenir quelques semaines l’équipe en place pour assurer le « tout venant » d’autant qu’on sait que la future équipe, qui finira par venir, n’aura pas de majorité. On peut bien rigoler !

D’autant que, à droite et au centre, ils ne sont pas mieux qu’à gauche ! Ils voudraient que le président nomme un premier ministre issu de leurs rangs pour contrer LFI et le NFP qui ne sont pas majoritaires sans se rendre compte que, eux-mêmes, ne le sont pas. De la folie furieuse.

 


Tous ces imbéciles foutent le bordel, n’ont aucune idée de la vraie vie, de la démocratie… Tout ce qu’ils peuvent faire, c’est s’étonner que le RN arrive en tête et qu’ils n’arrivent à sauver les meubles, en évitant l’extrême droite à Matignon, qu’avec des arrangements électoraux (tout à fait normaux mais peu importe). Mais le RN est bien en tête et on ne serait pas surpris que ce qui pousse les électeurs à voter pour eux est un rejet des autres locdus qui nous pompent l’air depuis tant de temps !

 

Maintenant, la priorité, après le bon déroulement des JO (je ne parle pas des aspects sportifs dont je me contre-pignole), est sans doute de trouver un premier ministre. La logique voudrait qu’il vienne du centre du conglomérat qui empêche le RN de faire la loi, à savoir du Parti Socialiste, en gros (les insoumis et autres à gauche, la majorité présidentielle à droite). Alors, l’insipide Olivier Faure se sent pousser des ailes et se voit bien comme futur chef du gouvernement, sans se rendre compte, outre le fait qu’il ne fait pas sérieux, qu’une partie de sa propre formation politique ne peut pas le blairer, justement la part de ce parti qui pourrait aider à trouver des points de convergences avec Renaissance.

Un de ces jours, le gars Macron va péter une durit et prendre un matignophile issu de la société civile, comme on dit, soit bien loin des considérations partisanes.

Alors, on va lui recommander de nommer quelqu’un comme le populaire Raphaël Glucksmann ou un zozo comme Boris Vallaud, rendu légitime parce qu’il était le président du groupe parlementaire des socialos dans l’ancienne législature.

 

Je veux bien me porter volontaire mais à condition de pouvoir faire le job en télétravail. Au moins, je sais que la priorité suivante est d’assurer le bon fonctionnement de nos institutions et pas de faire des réformes, sans doute nécessaires, mais qui seront annulées au fil des alternances, alternances qui seront rendues de plus en plus fréquentes avec le vote de dimanche dernier.