Catastrophe ! Le 2 janvier, j’arrive à l’Amandine et le
patron m’annonce une augmentation du prix de la bière de 10 centimes à cause de
l’augmentation de la taxe votée par les socialos, les fameux droits d’assise. J’ai
protesté pour la forme : « Ah !
Salopard, tu vends encore ton stock de l’an dernier et tu appliques déjà les augmentations
des taxes ». Pendant ces dernières périodes, on a beaucoup discuté sur le
web de répercussion sur le prix du demi. Les producteurs de bière et les
fédérations de bistro parlaient d’une augmentation de 40 centimes par demi.
Certains socialistes très optimistes parlaient de 1 ou 2 centimes.Maintenant que la taxe est appliquée et que les
considérations politiques sont écartées, nous pouvons revenir sur ce sujet
avant l’aller au bistro.
J’ai refait mes calculs aujourd’hui et j’en étais arrivé à
une augmentation théorique à la base (pour le producteur) de 8 ou 9 centimes
par quart de litre de bière à 5°. J’avais peur de me tromper avec la TVA, mais
on n’est pas à une bricole près.
L’espèce de pure player « Quoi »
a fait le calcul pour nous. Effectivement, je ne m’étais pas trop trompé. On va
donc dire qu’une augmentation de 10 centimes par demi de bière est
raisonnable mais ce n’est pas si simple.
Je suis un blogueur de gouvernement, certes. Il n’empêche
que pendant les cinq ans de présidence de Nicolas Sarkozy, j’ai pesté contre
toutes les augmentations de taxes qu’il avait mises en place. Surtout, j’ai
horreur des taxes qui pèsent, finalement, sur les consommateurs. Je n’ai pas
trop ronchonné pour la TVA mais je n’en pense pas moins. Enfin, je n’aime pas
les usines à gaz fiscales et il se trouve que ce machin, les droits d’accise,
en est une (pas nouvelle, les socialos n’ont fait que l’augmenter de manière
non négligeable).
Et il m’arrive de boire une bière.
J’étais donc opposé à cette hausse. Voilà pour le volet
politique.
Dans la pratique
Nous avons un brasseur qui va acheter de l’eau et des
céréales. Je sais, c’est assez déprimant ce qui rentre dans la composition de
la bière mais c’est ainsi. Ainsi, c’est le prix des céréales qui fait le prix
de la bière… J’ai bien fait d’arrêter les corn flakes très jeune…
Si on s’intéresse à la bière, il faut s’intéresser au
marché des céréales. Par exemple, il y a une grosse sécheresse en Amérique
donc la production baisse et les cours flambent. En France, par contre, la
production est très bonne avec un rendement à l’hectare fabuleux. Les prix
devraient donc baisser mais, pour résumer, c’est le marché Américain qui fixe
les prix (les céréaliers n’ont pas de raison de vendre moins cher ici que
là-bas). Entre 2012 ou 2013, il est fort probable que les céréales augmentent
de plus de 20% ce qui provoquera une grave famine en Afrique.
Mais, plus grave encore, le prix de la bière devrait encore
augmenter.
Les premiers responsables de l’augmentation du prix de la
bière ne sont pas les députés socialistes mais les céréaliers et le libéralisme
international.
Depuis 2002, le prix des céréales a doublé, environ. Vous
pouvez vérifier sur Internet mais c’est difficile, il y a d’énormes variation
en fonction de la production. L’Insee constate
une augmentation du prix du demi de bière depuis 2002 de 23%. Ca correspond à l’augmentation
à la Comète parce que la bar a été entièrement refait à neuf et a changé de « catégorie ».
Par contre, l’augmentation est bien moindre dans les autres bistros que je
fréquente, de l’ordre de 15%.
N.B. : Je prends 2002 parce que je me rappelle des prix
lors du passage à l’Euro, passage à l’Euro, d’ailleurs, qui n’avait eu aucun
impact sur le prix de la bière.
Ceci correspond à une augmentation du prix d’environ 1,9% par
an. Ce qui est inférieur au taux d’inflation moyen sur cette période, me
semble-t-il.
Ce soir, en rentrant chez vous, arrêtez-vous au bistro en
bas de chez vous. Buvez un coup à la santé du bistro, de son fournisseur de
bière et du gouvernement qui le taxe : ces braves gens ont fait en
sorte que leurs produits augmentent légèrement moins que l’inflation moyenne
alors que la principale matière première a augmenté à peu près trois fois plus.
Pour se faire, il fallu renier sur les marges : c’est
la seule solution.
Et c’est le patron du bistro qui a pris dans la gueule parce
que le brasseur lui a répercuté les hausses des prix.
C’est simple. Le patron de bistro applique généralement « un
coefficient de 4 ». Il vend 4 euros ce qu’il a acheté 1 euro. C’est un
standard de la profession reconnu par l’administration fiscale. Si un patron
déclare avoir vendu 3 euros ce qu’il a acheté 1 euro, le fisc va considérer que
le commerçant s’est mis 1 euro dans la poche pour lui échapper. Ce n’est pas
aussi simple, c’est une moyenne entre les différents produits.
Toujours est-il que demandez à votre patron de bistro l’évolution
de son « coef » entre 2002 et maintenant sur la bière il vous dira qu’il
est passé de 4 à 3. Afin de maintenir un prix raisonnable pour la bière par
rapport aux autres produits, le patron de bistro a vu sa marge baisser à cause
de l’augmentation du prix des céréales qui a fait que son fournisseur de bière
a augmenté les prix.
Finalement, ne buvez pas un coup à la santé du fournisseur
de bière.
Pourquoi le patron n’a-t-il pas plus augmenté sur la
bière (certains l’ont fait mais je
parle des petits bistros) ? Il y a un tas de raisons qui ne sont
généralement connues des gens de Bercy et des partis politiques… Vous n’avez qu’à
aller au bistro pour comprendre…
Revenons à notre taxe qui augmente.
Le brasseur va vendre le litre de bière environ 22 centimes
de plus avec la nouvelle bière ce qui devrait donc faire une augmentation de l’ordre
de 20 centimes par demi en comptant la TVA.
Si dans votre bistro, ça augmente plus, engueulez
franchement le patron mais n’oubliez pas qu’il a pris sur lui les augmentations
précédentes.
Si ça augmente, entre 10 et 20 centimes, engueulez le
légèrement en lui expliquant qu’il n’est pas obligé d’incorporer à son calcul
de marge l’augmentation de la taxe (s’il paye le demi 10 centimes de plus à son
fournisseur parce que le fournisseur a ajouté 10 centimes de charges, il n’est
pas obligé de vous piquer 10 centimes supplémentaires). Mais il risque bien de
vous répondre que c’est de la faute de l’administration fiscale qui lui impose
d’appliquer un coefficient. Il n’aurait pas tort.
Si ça augmente de moins de 10 centimes, laissez l’adresse
en commentaire de ce blog.
(photo : aucune relation avec ma Comète)
(photo : aucune relation avec ma Comète)


