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01 juillet 2015

Le numérique français à la ramasse

Tu vois, quand on va sur le site d’Amazon et qu’on cherche un produit, il nous le trouve en moins d’un tiers de seconde. C’est fabuleux. Tu vas sur le site de la SNCF, il faut plusieurs secondes ce qui fait que notre honorable voyagiste a le temps de nous refiler une publicité. Le numérique français est à la ramasse et c’est grave. Ces braves gens d’Amazon ont fait des études : quand un client fait une recherche sur internet, il faut lui donner la réponse en moins de 350 ms.

Un de ces jours, Amazon vendra des billets de train et on restera comme des imbéciles.

Tu vois l’illustration de ce billet : c’est une copie d’écran d’un tweet du Conseil National du Numérique, de cette après-midi, qui nous dit de faire des choix stratégiques. Je vais lui répondre : l’heure n’est plus au choix stratégiques, l’heure est à se retirer les doigts du cul. Arrêtons la politique immédiatement et foutons-nous au boulot.

Tiens ! Lis cette dépêche. Ca commence fort : « La technologie détruit désormais plus d'emplois qu'elle n'en crée ». Mon dieu ! « Alors que la création de richesses augmente, le nombre d'emplois chute. De quoi créer d'importants troubles sociaux à l'avenir. » Ben oui, mais ce n’est pas le sujet de mon billet. Un de ces jours, on n’aura plus de pognon pour acheter des conneries et on fera la révolution et ça sera pire. Je répète : le numérique détruit plus d’emplois qu’il n’en crée. J’ai rigolé (jaune) en voyant cela car c’est à peu près ce que je prédis depuis que je tiens mon blog. Et il y a toujours des abrutis qui disent : mais non, avec les nanotechnologies et tout ça, on va créer de l’emploi. Ben non. Le numérique est aussi là pour baisser les coûts et une baisse des coûts ne peut se faire qu’avec une baisse des effectifs, chez nous.

Malheureusement, cela est probablement inéluctable et il nous faudra inventer un autre mode de répartition des richesses mais occupons-nous aujourd’hui du numérique. Croyez-vous qu’un des membres du CNN a déjà eu l’occasion de mettre réellement en œuvre un vrai projet numérique, en France ? Etudiez la liste des membres. Croyez-vous qu’un seul de ces braves gens ait eu à négocier avec un DSI ou un PDG des vrais projets numériques dans une boite, autrement que comme consultant ou pour mener une expérimentation pour se donner un verni moderne ?

Je n’en connais aucun. Je pense néanmoins avoir la réponse. C’est : non, aucun. Ils sont tous consultants ou patrons de SSII, de cabinets machins inutiles, d’agences de communication, de départements « montre nous que tu innoves bien »… Pas un seul n’a eu à mettre en œuvre un vrai projet numérique avec dégagement de valeur ajoutée.

Des coups de pied au cul se perdent. On va se faire bouffer par les « GAFA » (les gagas contre le gafas ?) et tout ce que le CNN trouve à dire, en juillet 2015, est qu’il nous faut faire des choix stratégiques…


Bravo.


Edit : mes attaques contre le CNN et ses membres ne sont pas personnelles, relisez ce que j'ai écrit, à savoir qu'ils n'ont pas mené un vrai projet de transformation numérique dans une entreprise, ce qui ne veut pas dire qu'ils ne sont pas compétents dans le domaine.

11 décembre 2013

Article 13 - bis

Je reviens rapidement sur « l’article 13 » que j’évoquais hier soir parce qu’il fait beaucoup de bruit, cet article. Tout d’abord, certains lecteurs ont pensé que je défendais cet article. Ce n’est pas le cas. Je ne l’ai pas lu. C’est un machin juridique absolument incompréhensible et, comme le signale Authueil, sans les décrets d’application, il ne veut pas dire grand-chose. L’ami Romain Blachier revient sur le sujet. Il est contre cet article et signale un papier montrant les vrais dangers de cette loi.

Je vais donc refaire mon billet d’hier.

Petit 1 : je voyais encore ce matin des twittos hurler contre les attaques à la vie privée. C’est doublement drôle. Petit 1.1 (je fais un billet structuré) : ces braves gens n’arrêtent pas d’étaler leur vie privée dans Twitter. Petit 1.2 (t’as vu ça, hein !) : ils s’imaginent vraiment que les pouvoirs publics ont quelque chose à cirer de leur vie privée ?

Le problème n’est pas là mais de ne pas savoir ce que pourraient faire les autorités…

Petit 2 : il faudrait interdire à l’Etat français ce que ce permet probablement l’Etat américain et des multinationales privées… Je dois même avouer que je suis plus ou moins surpris que ça ne soit pas déjà autorisé ou qu’ils ne le fassent pas déjà…

On manque un peu de retenu et de recul… J’en voyais un qui se foutait de ma gueule dans Twitter en moins de 140 caractères…

Les militants d’internet oublient souvent de remettre les pieds sur terre. L’ami Politeeks leur donne d’ailleurs un savoureux coup de pelle à un tout autre sujet : la loi est modifiée pour que les sources des journalistes soient protégées et pas celles des blogueurs. Depuis quand les blogueurs ont des sources secrètes ? De quel droit s’érigeraient-ils à un niveau supérieur de celui des autres citoyens.

J’aurais pu le préciser, d’ailleurs, dans mon billet d’hier midi à propos des blogs : je revendique le fait d’être un imbécile normal, certes bedonnant et tapant vite sur un clavier ! Un simple citoyen, comme on dit. Un peu militant. Je ne suis pas un journaliste, un chroniqueur, un éditorialiste mais un type comme les autres.

Il y a des spécialistes du numériques qui couinent et c’est leur job. Il n’empêche que je vais ajouter un « Petit 3 » : je n’ai pas été consulté et je connais probablement mieux les réseaux sociaux que les spécialistes autoproclamés.

Arrêtons donc de mettre la protection de la vie privée à toutes les sauces. Cette loi pose d’autres problèmes car elle ne cadre pas normalement l’utilisation des données et pourrait porter atteinte à l’économie du pays, notamment en faisant baisser la confiance des investisseurs.

D’ailleurs, le MEDEF gueule aussi. C’est peut-être parce que ça va rendre plus difficile de foutre du pognon dans des paradis fiscaux…

J’aime bien quand les gauchistes autoproclamés justicier de Twitter s’associent au MEDEF. Pourtant, pas un seul gauchiste ne gueulerait si la loi était faite pour ajouter « fraude fiscale » à « pédophilie » ou « terrorisme » à une liste de crime.

Etrange…

Dans l'attente, si on pouvait arrêter de prétendre que je soutiens cette loi...

13 septembre 2013

Montebourg in the cloud

Hier, François Hollande et Arnaud Montebourg doivent annoncer un grand plan pour l'industrie avec un paquet de mesures. Parmi elles, il y a l'informatique en nuage, le "cloud computing". Vous ne savez pas ce que c'est ? Pas grave, je suis là. Je vais vous expliquer. Mais ce qui m’intéresse plus est de savoir comment l’Etat compte soutenir cette industrie numérique du futur…

Je vais donc parler de cloud ou de nuage mais je dois préciser que je ne sais pas ce qu’a prévu le Gouvernement. Pour tout vous dire, j’avais préparé ce billet avant mais c’est en cherchant le titre de mon précédent billet (« Montebourg au dessus des nuages ») que je me suis rappelé de celui-ci (« Montebourg in the cloud »).

L'informatique en nuage ?

Le particulier commence à savoir ce dont il s'agit. Il prend ses photos avec son smartphone et les retrouve sur son ordinateur sans rien faire : les photos sont rangées dans le Cloud. Souvent, il ne sait même pas ce qu'il fait. Il range ses photos dans des albums de Facebook sans se rendre compte qu'elles seront stockées dans les serveurs du géant.

Pour une entreprise, c'est moins clair. Dans une boîte, on a deux types de logiciels. Ceux de bureautique et ceux liés à la profession. Par exemple, un cabinet d'experts comptables aura un logiciel de comptabilité en plus de ses suites bureautiques.

Les PC de chacun des comptables auront ce logiciel et les données relatives à la comptabilité des clients seront stockées sur un serveur. Ce serveur lui coûte très cher. Il est obligé d'en avoir un de secours en cas de panne, il faut qu'il fasse des sauvegardes, qu'il stocke ces sauvegardes ailleurs, en cas d'incendie,...

La première idée du cloud est là : les données ne sont plus stockées sur serveur dans l'entreprise mais sur les serveurs d'une entreprise spécialisée, un hébergeur.

On appelle ça le nuage parce qu'on ne sait pas trop où sont les serveurs, que plusieurs serveurs sont connectés entre eux sur des lieux différents pour des raisons de sécurité.

L'informatique, c'était simple. On avait des PC avec les logiciels et des serveurs.  Avec le développement des technologies liées à internet, les logiciels sont installés sur les serveurs. Les utilisateurs se connectent aux applications via le navigateur internet. C'est beaucoup plus simple pour l'entreprise. Elle n'a plus de logiciels installés sur les PC, de mises à jour à effectuer, de licences individuelles à acquérir ! Un poste de travail tombe en panne ? La secrétaire du patron fonce à l'hypermarché du coin et en achète un pour 500 euros.

Tiens ! Je parlais de logiciels et je parle maintenant d'application. Ne faites gaffe, c'est le progrès. Cela mérite un aparté. On parle souvent d’application à propos de ce qu’on charge sur son smartphone mais c’est presque un abus de langage. Une application est un logiciel appliqué aux besoins d’un client. Par exemple, quand vous installez un logiciel de messagerie, vous saisissez votre adresse mail, votre mot de passe et d’autres cochonneries comme une formule de politesse qui s’affichera en bas de tous les mails que vous rédigerez. Vous ajouterez des destinataires au carnet d’adresse… C’est une application.

Trève d’aparté. C'est la deuxième idée du cloud : les applications ne sont pas installées sur des serveurs de l'entreprise mais des serveurs de sociétés spécialisées.

Rien de révolutionnaire me direz-vous ? Ben si ! Les sociétés rechignent à venir au cloud car les patrons ont peut du progrès qu'ils ne maîtrisent pas. Ils craignent aussi pour la sécurité des données du client et de l'entreprise qui deviennent accessibles par internet. Ils ont peur de ne pas tout maîtriser, de ne pas avoir de CD de sauvegarde, d'informaticien stagiaire sous la main...

Les professionnels (c'est-à-dire ceux qui gagnent du pognon en vendant ça…) estiment que le gain est de l’ordre de 80% pour une entreprise pour ce qui concerne l’exploitation des logiciels (en comptant les mètres carrés pour héberger le serveur, le coffre ignifugé pour les sauvegardes, le temps passé,…).

Le SaaS

Derrière le cloud, il y a une troisième idée à creuser. Le SaaS (Software as a Service). C'est un machin assez ancien qu'on utilise tous les jours sans le savoir mais encore peu utilisé dans le monde de l'entreprise.

Reprenons notre patron de cabinet d'expert comptable. Pourquoi s'embêterait-il à acheter un hébergement, des logiciels, à installer ses applications… s’il peut trouver un service clé en main ? S’il peut payer une redevance pour l’utilisation d’un logiciel hébergé sur un serveur « dans le nuage » plutôt que du logiciel et des informaticiens pour le mettre en œuvre ? C’est l’idée du SaaS. L’éditeur de logiciel ne vend plus des licences mais un service complet aux entreprises : la possibilité d’utiliser une application hébergée par ses soins.

C’est un truc que le particulier fait tous les jours dans le domaine grand public (d’ailleurs, je parlais de logiciel de messagerie. En fait, ils disparaissent progressivement. Pour accéder à ta messagerie, tu te connectes à orange.fr ou gmail.com, tu n’as pas de logiciel installé sur ton PC) mais qui est encore rare dans le domaine professionnel, notamment pour ce qui concerne les logiciels spécifiques à une profession.

Je ne sais pas si le SaaS est dans le cœur de cible des projets du gouvernement mais il me parait un axe majeur de développement. Et un risque fort de plantage majestueux si les éditeurs de logiciels français n’y vont pas.

Pourquoi n’iraient-ils pas ?

Parce qu’elles sont comme vous et moi : elles n’ont pas que ça à foutre. Les ingénieurs ont la tête dans le guidon et les commerciaux n’ont pas « de besoin », ils doivent répondre aux exigences du moment des clients. Les patrons ne peuvent donc pas nécessairement dégager un budget, du temps de ses ingénieurs, … pour entretenir une veille technologique, développer une offre, acheter des serveurs,…

En outre, l’hébergement est un métier spécifique qui est bien loin de celui de développeur informatique. Il faut du matériel, des locaux mais surtout une très forte disponibilité, donc une surveillance 24 heures sur 24, des très bonnes performances,…

Tiens ! Je vais lancer une vacherie personnelle. Toutes les boites d’informatiques avec qui je bosse actuellement qui se sont lancées dans l’hébergement, le SaaS, se sont plantées : je connais le métier bien plus qu’eux… Quand je dis « je », c’est une façon de parler : mon employeur héberge ses propres serveurs depuis 40 ou 50 ans et ils fonctionnent de jour comme de nuit, sinon vous auriez des problèmes pour payer vos notes de bistro.

Le SaaS est donc en priorité destiné aux petites entreprises qui n’ont pas les moyens d’héberger leurs propres serveurs. Or, les éditeurs de logiciels spécifiques pour les petites boites n’ont pas, non plus, les moyens de développer une offre. Compliqué, tout ça. D’autant qu’ils vont vous jurer le contraire et dire que c’est aussi pour les grandes boites. Vaste débat. Je n’ai pas à me positionner.

Que peut faire l’Etat ?

Il a déjà aidé financière deux entreprises françaises, Cloudwatt et Numergy, à investir dans le cloud mais je ne crois pas spécialement que de telles interventions de l’Etat sauveront l’industrie française. Je ne crois pas que son rôle soit d’investir dans l’industrie.

Ce projet de développement d’un cloud à la Française avait été lancé par le gouvernement de droite et concrétisé par la gauche. On va dire que cette dernière n’avait pas d’autre choix. Je vous passe les noms de ces sociétés qui me paraissent idiots pour symboliser le cloud français, je trouve crétin d’aider des filiales de grands groupes français (Orange, SFR, Bull,…) et de laisser de côté des acteurs importants et français du domaine comme OVH et Gandi, bien connus dans notre monde de blogueurs.

Je ne sais pas ce que prévoit exactement le gouvernement même si je suppose que ces deux boites seront le fer de lance de la stratégie pour développer un cloud tricolore…

Etre exemplaire

Dans les stratégies d’équipement informatique de l’Etat et des collectivités territoriales (surtout elles, d’ailleurs), l’Etat peut privilégier le cloud et le SaaS (surtout qu’ils permettent des économies non négligeables). Pourquoi les municipalités, par exemple, n’utiliseraient pas d’application en SaaS dans le cloud pour gérer leur comptabilité ?

Favoriser les infrastructures

Je suppose que cela sera traité indépendamment du chantier « nuage ». Il n’empêche que favoriser le cloud nécessite un internet qui fonctionne ce qui n’est pas nécessairement le cas partout (hier après-midi, internet de fonctionnait pas chez un opérateur dans la partie nord du Kremlin-Bicêtre, aux portes de Paris).

Aider les industriels à se structurer

Pour développer leurs activités commerciales, les industriels n’ont pas d’autre choix que de travailler ensemble, essentiellement pour deux raisons que je vais détailler ci-après. On distinguera deux types d’industriels : les hébergeurs et les éditeurs SaaS (qui sous-traiteront l’hébergement).

L’Etat peut donc les aider à s’asseoir autour d’une table pour les aider à assurer la promotion du cloud, promotion nécessaire parce que les gens (patrons de PME), ne comprennent rien à tout ça. Je viens de faire un billet pour comparer les offres online de Microsoft et Google, c’est à se les arracher.

Cette promotion doit avoir un volet permettant de rassurer les gens en question. Il faut donc une grosse dose de normalisation :
-         sécurité de l’accès aux données pour vérifier que le piratage est impossible,
-         sécurité physique des données pour assurer qu’elles ne seront perdues en cas de catastrophe nucléaire ou d’autres incidents plus mineurs.

Cette promotion doit aussi être orientée vers les éditeurs de logiciel (notamment pour le SaaS) : hé ho, les gars, on y va ! Sinon, on va être grillés, d’autres vont prendre la place !

Je suppose que ces normes existent mais il faut les renforcer en permanence (c’est de l’intérêt des industriels français de montrer qu’ils sont les plus exigeants). L’Etat français peut probablement les soutenir.

Ces  normes doivent être accompagnées d’un dispositif de certification ou d’agrément et d’audit. Il faut donc des cabinets spécialisés qui vérifient que les industriels respectent bien les normes ci-dessus. L’Etat peut les soutenir (pour ma part, j’aime bien que ces contrôles soient de la responsabilité de l’Etat mais je ne tiens pas à me faire tomber dessus par des libéraux).

Enfin, il n’est pas concevable de concevoir des trucs purement Français. Les processus (normes et certifications) doivent être établis, au minimum, à l’échelle Européenne. Paf ! Intervention de l’Etat. Dans ce cadre international, il faut aussi penser autres pays, notamment les USA avec qui on a commencé un accord de libre échange. Cette fois, c’est bien l’Etat, notamment en tant que co-décideur pour l’avenir, qui a son rôle à jouer.

Et n’oubliez pas que si vous faites héberger vos données aux Etats-Unis, vous êtes soumis au Patriot Act qui autorise les services de sécurité de ce pays à lire vos données…

Concluons !

Le cloud est probablement l’avenir et le gouvernement a bien raison de lancer ce projet ! Par contre, il n’est pas évident que le cloud crée beaucoup d’emplois en France d’autant qu’il me semble qu’il vaudrait mieux que les serveurs soient hébergés dans des pays très froids…

Je pense que le pognon à gagner – pardon ! Les emplois à créer – est plus dans les services utilisant le cloud, principalement les services aux entreprises (on pense trop aux services grand public mais les marchés ont déjà été pris).

Et c’est le SaaS.

On y passe !

14 mai 2013

Du rapport Lescure à la licence globale ?

Le rapport Lescure fait polémique, c’est le moins que l’on puisse dire. A mon avis, l’accent est trop mis sur la lutte contre le piratage et cette nouvelle taxe alors qu’il contient un tas de propositions pour tenir compte des mutations de la société et de ce que l’on appelle l’économie numérique, ce qui nous amène tout droit vers la licence globale, cette espèce de marronnier, déjà refusé deux fois par l’Assemblée Nationale, probablement sous la pression de lobbies divers.

Il faut voir ce que sera internet dans deux ou trois ans : nous ne téléchargerons plus d’œuvres, nous les utiliserons comme nous regarderons actuellement des vidéos dans Dailymotion ou Youtube, c'est-à-dire en streaming. Nous ne procèderons plus à l’acquisition d’œuvres nous aurons une licence pour les regarder ou les écouter en ligne. Il faut donc trouver un système pour rémunérer les auteurs.

Actuellement, il y en a deux principaux (pour ce qui nous concerne) : la taxe pour la copie privée et le fruit de la vente d’œuvres. La taxe sur la copie privée, par exemple, a été créée en 1985 et s’appliquait aux bandes magnétiques vierges pour rémunérer les auteurs. Progressivement, elle a été étendue aux autres supports permettant d’avoir des copies privées, les CD et les DVD, puis tout les machins permettant de conserver un morceau de musique, tels que les iPod, les smartphones, … Avec l’avènement du « streaming », cette notion de copie privée pourrait disparaître. Il n’y aura plus de support de stockage à taxer… Il faut trouver autre chose pour rémunérer ceux qui créent les « œuvres ».

Dans le temps, les disques, livres, vidéos, … correspondaient à un support physique. L’œuvre était une assimilée à une cassette, un bouquin,… On avait un support sur une étagère. On pouvait donner ou prêter ce support à un tiers. Maintenant que la diffusion est numérique, on ne peut plus. C'est ballot, mais le monde a changé. Et encore ! La notion même de diffusion va disparaître. On va s’échanger des liens vers des morceaux de musique, des livres, …

A force de vouloir traiter les sujets à l'envers au nom de la sauvegarde des droits d'auteur ou de l'exception culturelle, on arrive à oublier la base. Le rapport Lescure ne propose pas la suppression d'Hadopi mais son remplacement par un autre truc mais en fin de compte, c'est votre opérateur qui va vous surveiller, jouant ainsi à la police privée. Il faudrait supprimer tous ces dispositifs. Dans la mesure où vous pourriez profiter des œuvres en ligne, la notion de piratage n’existe plus.

Avant même la fausse suppression de Hadopi, ce qui ressort en premier du rapport est la taxe sur smartphones et tablettes. Le sujet semble abordé par le mauvais côté. Nous avons des géants américains de l'informatique qui font du chiffre d'affaire en France tout en étant très peu taxés. En 2015, la TVA sur les œuvres (et tout le commerce électronique me semble-t-il) sera payée dans le pays du client, ce qui fait un premier pas. Il n’empêche que ces grosses boites (Google, Apple, Amazon…) font du chiffre d’affaire chez nous sans masse salariale. Et les mêmes boites vendent aussi des supports, smartphones, tablettes, liseuses, …

Le modèle économique de tous ces acteurs comme de ceux de la production d’œuvres n'est pas en danger. Ils font des profits colossaux. Vendre un livre pour une liseuse ne génère aucun frais ou presque. Personne ne perd de l'argent avec le piratage. 

La copie semble à revoir...

Pas totalement, bien sûr ! Le rapport contient un tas de mesures. J'espère qu'elles seront détaillées dans les blogs. Mon confrère Cyril, par exemple, évoque le cas des bibliothèques. Elles devront se mettre à proposer du contenu numérique en prêt. 

Pourtant, je crois qu'il faut pousser le bouchon plus loin. Dans la mesure où avec le numérique, on n'est plus attachés à l'objet. Ce qui compte c'est d'avoir la disponibilité du livre pour le lire. Qu'il soit dans un espace privé (dans l'iCloud par exemple pour ceux qui ont un iPhone ou un iPad) ou dans un espace plus ou moins public, comme celui d'une bibliothèque à laquelle on est abonnés ne change pas grand chose. 

Par ailleurs, avec les bibliothèques telle que l'on connait, il y a forcément une notion géographique : l'endroit où on prend et on rend les livres. Avec le numérique, cela disparaît et les coûts de gestion aussi. Des opérateurs privés (ou pas) pourront proposer des services d'abonnement à l'identique de ce que l'on a actuellement avec Deezer. D'ailleurs un abonnement Deezer est compris dans mon forfait Orange (je ne l'utilise jamais). 

Finalement, Orange pourra me proposer un truc global avec Deezer, bibliothèque,… en me facturant ce que je suis prêt à payer, charge à eux de rémunérer les auteurs... Je n’invente rien, me direz-vous, c’est à peu près le principe de la licence globale. On y vient mais il y a un tas de réticences pour un tas de raisons parfois fort percutantes. Un tel système a déjà été présenté deux fois à l’Assemblée Nationale (notamment lors de la loi Dadvsi en 2005 et d’un autre truc en 2009) mais repoussé sous la pression des lobbies de l’industrie des droits d’auteur.

Des médisants diront qu’ils sont très bien représentés par Pierre Lescure.

Néanmoins, on y va… C’est irrémédiable. Vous trouverez un tas d’arguments dans Wikipedia. Il me semble néanmoins qu’il manque un élément au débat : on ne télécharge plus les œuvres ; on les utilise en streaming ou dans « le cloud ». Par exemple, quand j’achète un livre sur l’Apple Store, je me fous de savoir où il est ensuite, l’important est que je puisse le lire sur l’iPad comme sur l’iPhone. Si je veux le télécharger réellement, c’est pour répondre à un cas particulier : Internet ne passe pas toujours dans les transports en commun mais d’ici quelques années, je n’aurais plus ce problème.

Enfin, à partir du moment où tout le monde aura accès à à peu près tout dans le cadre d’une licence globale, la lutte contre le piratage ne servira plus tellement…

La fiscalité est au cœur de tout. Par exemple, la redevance pour copie privée a été mise en œuvre pour taxer les cassettes et les VHS. Elle a été étendue au DVD puis aux supports numériques tels que les smartphones. Mais avec le développement du streaming, il n’y aura plus de « copie privé ».

Ainsi, une nouvelle fiscalité est nécessaire. Le rapport Lescure en propose une de même qu’un tas d’axes d’évolutions, de restructurations dans les différents organismes (le plus emblématique est le nouveau rôle proposé pour le CSA).

Cette nouvelle taxe ne sera peut-être pas retenue. Pour plus de clarté, je préfèrerais qu’elle soit prélevée sur les abonnements. Peut-importe.

S’il faut défendre l’exception culturelle…

25 mai 2011

Le eG8 prépare l'économie du futur au siècle dernier

J’ai relayé, ce matin, quelques articles de Typepad à propos du fameux eG8 parce que je pense que ça peut intéresser mes "lecteurs  politiques" qui ne sont pas nécessairement abonnés aux blogs concernés. Néanmoins, le sujet ne me passionne pas du tout. Peut-être que le fait de bosser depuis 25 ans dans l’informatique et passionné depuis plus de 30 par « l’informatique individuelle », je suis blasé par toutes les évolutions qu’on peut nous présenter, tous les trucs qui seront prochainement à la mode, toutes les modes dans lesquelles je tombe, moi, accroc, aujourd’hui de Twitter et de l’iPhone. Et des blogs qu’on présente comme morts depuis des années.

Pourtant, je fais parfois des billets sur l’économique du numérique ici-même ou dans mon blog geek. Le seul côté qui me fascine est que tout cela ressemble à l’économie du vide. La dernière nouvelle, dans le secteur, est l’introduction en bourse de « LinkedIn » qui employait 370 personnes en 2008, donc peut-être, 500 ou 1000. Au bout d’une journée de cotation en bourse sa valorisation boursière était de l’ordre de 5 milliards d’euros. A titre de comparaison, la première SSII française a une valorisation d’environ la moitié alors qu’elle emploie 50000 personnes.

L’économie du vide. Je ne vais pas en refaire un billet d’autant que mon éminent confrère et par ailleurs futur ministre de mon gouvernement, Dagrouik, a parfaitement traité le sujet ce matin, en rappelant notamment tous mensonges que l’on peut entendre. Allez le dire, donc.

Mais après avoir cité Wikio, ce matin, je vais faire appel à Frédéric Montagnon, qui nous vient d’Over-Blog en passant par Wikio et qui a fait un billet, ce matin.

Le sponsor du eG8 « a offert à chaque participant à l'eG8 un CD de Jessie J. »

Je ne sais pas qui est Jessis J. mais je me demande pourquoi ces braves gens qui nous préparent les machins à propos de l’économie du futur n’ont pas offert une cassette VHS, voire une carte perforée.