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21 décembre 2013

Où est l'offre politique ?

Koltchak, blogueur réactionnaire, catholique et royaliste (allez vous laver les yeux après avoir lu mon introduction) a fait un billet où il constate l'absence d'offre politique, en France, depuis des décennies. Je précise son pedigree sans vouloir le stigmatiser mais comme tout nous oppose, on arrive à avoir des discussions particulièrement cordiales. Et tout ne nous oppose pas : on est d'accord sur l'absence d'offre politique.

À droite (UMP, Modem, UDI) : ils n'arrivent pas à produire un projet global et cohérent. Ils sont parfois réactionnaires, parfois libéraux, on ne sait pas trop. Arrivés au pouvoir,ils font n'importe quoi. Au niveau local, on le voit à chaque élection (qu'ils perdent majoritairement, ce qui pourrait ne pas durer), ils sont à la course derrière les projets de gauche.

Au PS, ils savent parfois faire de beau projet mais avec plein de divisions internes... Au moins, ils se présentent aux présidentielles avec des beaux projets. Arrivés au pouvoir, ils mènent globalement une politique qui me plaît (parce que je suis dans cette mouvance majoritaire au sein de la gauche) mais qui ne ressemble pas nécessairement à ce qu'ils avaient présenté.

De toute manière, ceux qui sont élus le sont généralement par rejet de l'autre et pas pour leurs projets.

À gauche de la gauche, ils font de vrais projets mais les lecteurs ne votent que par ras le bol du PS. À droite de la droite, ils n'ont pas de projet (ou du moins de projet sérieux), mais les électeurs votent pour eux par rejet de l'UMP voire de la gauche de la gauche. La différence entre la gauche de la gauche et la droite de la droite est que les militants de la droite de la droite le savent. Et ils font un score double de celui de l'autre bout.

Néanmoins, les candidats de droite deux avantages : le peuple de droite (si ça existe...) a peur du socialisme (les chars russes sont à nos portes et toit ça) et les militants de gauche ont un problème avec libéralisme qu'ils confondent avec la politique généralement menée par l'UMP qui n'est qu'une politique de classe. De la leur.

Je vais l’illustrer. Un blogueur de droite écrit dans son dernier billet : « Cette haine de celui qui réussit est notamment portée par la gauche, qu’elle soit socialiste ou extrême. A gauche on favorise l’avilissement des masses et on tue dans l’œuf toute volonté d’émancipation et d’élévation de l’individu, que ce soit par l’intermédiaire de la spiritualité ou du travail. » Je ne plaisante pas. Le type qui écrit ça, il est très sérieux dans sa tête. Il est persuadé d'avoir raison.

En outre, je ne sais même pas s'il se rend compte de ce qu'il vient d'écrire, la fin signifiant : « Priez et bossez mais fermez vos gueules ». Et c'est à gauche qu'on favorise l'avilissement des masses...

Ainsi, le militant politique qu'il soit de droite ou de gauche est enfermé dans ses certitudes. Le type de droite est persuadé qu'il faut travailler plus pour produire plus pour gagner plus pour faire marcher l'économie. Le type de gauche sait que c'est faux. Le type de gauche est persuadé qu'il faut partager le travail pour que tout le monde puisse avoir des revenus pour faire marcher l'économie. Le type de droite sait que c'est faux.

Il faut dire que c'est compliqué, la politique. Par exemple, à droite, on aura pour modèle l'Allemagne. C'est con mais c'est un type de gauche qui a permis à l'Allemagne d'être aussi forte aujourd'hui. D'un autre côté, on a appris hier que le taux de pauvreté a encore fait un bond en avant, hier. L'Allemagne qui est le pays le plus riche d'Europe est celui avec le plus de pauvres. A gauche, on dira alors qu'il ne faut surtout pas suivre le modèle Allemand. Pourtant, c'est le pays le plus riche, celui où il y a le plus de pognon à redistribuer...

Par contre, le militant politique, tellement englué dans ses certitudes sans constater ses propres paradoxes est persuadé qu'il pourra facilement convaincre les autres que les mesures qu'ils proposent sont meilleures alors que le type en face est persuadé du contraire. C'est d'ailleurs rigolo quand on est blogueur. On est persuadé que l'autre va être admettre vos opinions alors qu'il va se foutre de votre gueule.

Prenons un autre blogueur de droite pour illustrer. Ils gueulent après les Femen qui ont semble-t-il profaner l'église de la Madeleine, récemment. N'allez pas croire que je les défends. Au contraire, je ne peux pas les blairer. Le blogueur en question se demande pour les autorités laissent faire ces pouffes. « Pourquoi des Veilleurs inoffensifs et respectueux sont-ils embarqués en GAV quand ces femelles peuvent profaner des églises sans en payer le prix ? » Je vais donc lui expliquer : une tarée à qui il s'oppose a montré ses nichons dans une église, les veilleurs tarés qu'il défend s'opposent aux forces de l'ordre. Il y a évidemment un fait qui est infiniment plus grave que l'autre même si les deux sont condamnés par la droite comme par la gauche, ce que semble oublier notre blogueur.

Mais il me faut respecter une certaine forme de justice. Je dois citer un blogueur de la gauche de la gauche. C'est Gauche de Combat qui a été désigné même je ne sais pas encore de quoi parle son dernier billet. Je vous le jure. Comme pour le second blogueur de droite, je prends le dérnier billet au hasard : je suis sûr qu'il sera plein de connerie. Laissez moi trois minutes, je reviens.

Je n'ai pas besoin d'aller très loin. Dès l'introduction, il est indiqué ceci : « Elle est typique des agissements de cette fausse gauche qui prétend à l’hégémonie de toute la gauche alors qu’elle n’est à mon sens qu’une sorte de droite qui ne s’assume pas vraiment, comme les agissements de Hollande et de son lieutenant, Valls,  le démontrent assez bien, tant ses revirements permanents et ses agissements très proches de Sarkozy en lassent plus d’un parmi les gauchistes pour de vrai. » C'est ça qu'il y a de bien avec Gauche de Combat, c'est que dès le début de ses billets on trouve de grosses âneries ce qui fait qu'on n'a pas à lire la suite.

Koltchak voudrait une meilleure offre politique, en France, mais je me demande à quoi elle servirait compte tenu du niveau des militants qui sont persuadés détenir une vérité, ce qui est naturel, mais aussi sont incapables de mesurer les rapports de force.

A propos du fond de Gauche de Combat, il gueule parce que la maire d'un arrodondissement de Lyon a été mise en garde à vue pour avoir incité à l'occupation d'un collège désaffecté pour loger des Roms et autres SDF. En tant que type de gauche, je n'aime pas qu'on se donne le droit de voler des bâtiments de la République pour en faire ce qu'on a envie. Je n'aime pas qu'on loge des pauvres dans des endroits visiblement insalubres et pas faits pour ça. Je n'aime pas qu'une maire, l'élue de la République la plus proche des citoyens, incite à commettre des actions hors la loi.

Ainsi, à droite comme à gauche, les militants ont les mêmes réactions, la même bêtise de ce blogueur de gauche qui critique la mise en garde à vue des veilleurs et ce blogueur de droite qui critique la mise en garde à vue d'une maire. Oups ! C'est le contraire. Le tout repéré dans deux billets de blogs réellement pris au hasard.

Comment rétablir une offre politique quand les militants ne savent plus ce qu'est la politique et ont pour seul combat de défendre ceux d'entre eux qui commettent des actions illégales le tout pour gueuler contre la République.

La République. J'ai lâché ce mot trois fois au cours de ce billet. On le lâche souvent. Mais ceux qui l'utilisent savent ils ce qu'il veut dire ? Ou alors, ils pensent aux Institutions qui découlent de la Constitution, ces Institutions et cette Constitutions qu'ils ne pensent qu'à dégommer par ce qu'elles n'arrivent pas à leur permettre de mettre en œuvre leurs idées. « Moi ? » dira le blogueur politique de droite sans même se rendre compte qu'à longueur de temps il ne fait que marmonner que la gauche n'est pas légitime quand elle est au pouvoir.

L'offre politique ? Quand les projets politiques ne sont plus là que pour satisfaire les exigences morales de quelques militants, l'offre politique restera absente.

23 janvier 2010

Politique de comptoir

Tiens ! Le Vieux Jacques était à la Comète, hier soir. Ca devient exceptionnel. J’en ai profité pour l’inviter, ce midi à notre rencontre politique. C’est, en effet, la première fois depuis un an que je discute politique avec lui et Tonnégrande.

En fait, ce billet est la suite de celui d’hier. Le hasard. J’y évoquais l’inculture politique de certains et la faculté qu’ont d’autres à bâtir des théories sans rien savoir.

Au moment où je rentrais dans le métro, j’ai reçu un commentaire de Romain : « Nicolas, ce que tu as repéré est un des postulats de départ d'une partie des sciences politiques contemporaines [...], qui considère que la majorité des citoyens ont peu de connaissances politiques et les élaborent au besoin, s'ils abordent ce sujet dans la discussion ou si on les interroge lors d'une enquête. D'où la propension comme tu dis à inventer des théories plutôt que de reconnaître son ignorance ... »

Ce commentaire a tourné dans mon cerveau pendant 24 stations de métro.

Je crois que c’est clair ! D’ailleurs, moi-même, je tiens un blog politique où je ponds des théories sans reconnaître mon ignorance ! Mais, mine de rien, je les travaille. Contrairement au vieux Jacques qui pond des théories instantanément, au comptoir, avec deux seules références : le temps où il vendait des vérandas et le salaire de Thierry Henri. Vous pouvez demander à Tonnégrande : ceci est la stricte vérité.

Nous parlions du scandale du jour : le salaire d’Henri Proglio. Le vieux nous a répondu que ce n’était rien par rapport à celui de Thierry Henri. Nous avons essayé de lui faire comprendre que ça n’a rien à voir… Mais non ! Le vieux était parti dans sa théorie bâtie sur le salaire de Thierry Henri, s’en foutant comme de l’an 40 de Véolia, des rapports entre EDF et Véolia, …

Le patron de la Comète et le cuistot du soir (dont au sujet duquel j’ai diffusé la photo récemment, le personnel de cet établissement ne se méfiant pas de moi) se sont joint à nous et nous avons parlé des salaires et du fait que les politiques sont complètement déconnectés des réalités du terrain. Ayant de très bonnes sources d’information, je leur ai indiqué que l’UMP considère les salariés à 2700 euros par mois dans les classes moyennes. Encore une fois, le Vieux Jacques nous a fait son discours : « Oui, mais moi quand je vendais des vérandas… ». Je l’ai interrompu : il allait nous raconter qu’il touchait des commissions lors des ventes et qu’il gagnait bien sa vie en étant dans les classes moyennes, je connais la chanson.

Il allait donc nous sortir une belle théorie en se basant sur une période faste de sa vie et en oubliant sa situation actuelle. Le « travailler plus pour gagner plus » a de l’avenir même auprès des  retraités…

« La majorité des citoyens ont peu de connaissances politiques et les élaborent au besoin, s'ils abordent ce sujet dans la discussion. »

Va falloir que je médite.