En salle

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19 juillet 2011

Le SAMU Social en danger

Xavier Emmanuelli annonce son départ du SAMU Social parce qu’il n’a plus les moyens financiers de gérer l’hébergement d’urgence à Paris. Cette Ancien Secrétaire d’état « de Chirac » laisse planer un doute sur la raisons de cette baisse des financements, comme si la Mairie de Paris et l’Etat se renvoyaient la balle.

Pourtant… « Sa démission intervient alors que l'Etat a annoncé en mai des réductions drastiques des moyens alloués à l'hébergement d'urgence. »

Tout cela n’implique pas de commentaire. Juste un constat : il est urgent de remplacer ceux qui nous gouvernent, juste pour sauvegarder quelques acquis sociaux.

Même s’il est délirant, en 2011, de considérer l’hébergement d’urgence des SDF comme un acquis social.

30 novembre 2010

Le gel et le clochard

C’est avec mon Google Reader que j’ai appris la mort d’un SDF. Pierre Gosnat, le député de notre circonscription et maire d’Ivry-sur-Seine, en a fait un billet sur son blog.

Je pourrais faire un billet politique, dénoncer le manque de moyens comme M. Gosnat, ou m’interroger, comme Isabelle, sur les consignes données aux centres d’hébergement, mais, j’ai été voir la dépêche d’information.

J’ai lu « Hier, le corps sans vie d’un sans-domicile-fixe (SDF) de 78 ans a été découvert à Ivry, devant une entrée de secours du centre commercial Quai-d’Ivry. »

J’aurais pu lire : « Hier, le corps sans vie d’un sans-domicile-fixe (SDF) de 78 ans a été découvert à Bicêtre, devant une entrée de secours du centre commercial Leclerc ».

Trois kilomètres séparent les deux centres commerciaux.

J’aurais alors pensé à mes SDF à moi. Simon Le Clochard est un ancien personnage de mon blog bistro. Un vrai salopard. Deux fois, il avait fait une collecte pour pouvoir payer un enterrement décent à sa pauvre épouse. Il écumait la ligne 7 tous les jours, parfois avec sa béquille, parfois sans, selon le personnage qu’il s’était créé. Il était très fort. Vous l’avez peut-être rencontré, c’était il y a plus de 3 ou 4 ans. « Bonjour, vous me connaissez peut-être, je suis passé à la télé. J’étais le Président de l’Association des Garçons de Café. » Quand j’étais dans la rame, il me surveillait du coin de l’œil pour que j’évite de raconter une connerie cassant son discours. Le soir, il arrivait à la Comète et donnait sa recette au patron pour qu’il lui donne des billets en échange de la mitraille. Il gagnait presque autant que la plupart des clients. Il confiait souvent sa recette au patron, pour éviter de se faire dépouiller par ses collègues, dans les centres d’hébergement.

Simon puait. Abominable. Je l’ai même vu une fois pisser au milieu de la Comète.

Une fois trop plein, il allait aux cabines téléphoniques et appelait les pompiers, le SAMU social et le 17 pour dire qu’il y avait un clochard qui dormait au milieu de la place ou au bas des marches, entre Leclerc et La Comète puis il venait s’y coucher. Parfois, les trois « institutions » se déplaçaient. On avait fini par sympathiser par les intervenants qui auraient à supporter son odeur pendant le trajet en voiture.

Parfois, il séjournait à l’hôpital, sous je ne sais quel prétexte. Il revenait propre, bien coiffé, avec des fringues neuves.

On n’a plus de nouvelles. D’après Johnny, il aurait été pris en charge par une association et finirait ses jours en lointaine banlieue.

Johnny est son remplaçant. Beaucoup moins doué que Simon pour toucher de l’oseille ou se faire héberger. Toujours propre, je n’ai jamais su où il allait se laver et laver ses fringues. Par contre, il refusait les hébergements d’urgence. Je ne sais pas où il couche, probablement dans le porche, de l’autre côté de la Nationale 7, à côté de l’ancienne Pizzeria.

Les deux hivers derniers, il venait passer les heures les plus froides de la soirée à la Comète, dans un coin où il ne gênerait pas les clients. Il se finissait au Ricard, pour trouver le sommeil, Ricard que nous lui payions, mine de rien. Quand on oubliait, il venait nous voir : « Hé ! Nicolas, t’as pas 2€50, je te les rends demain. » Je ne sais pas combien de 2€50, il me doit, au bout de ces deux ans. C’était un peu « mon pauvre », je crois.

Je ne l’ai pas encore vu, ce mois-ci, à la Comète. Il est toujours dans le quartier, sur les marches de Leclerc mais n’est pas encore passé à la Comète. Le fauteuil où il s’installait pour ne gêner personne n’est pas là. Peut-être n’ose-t-il plus rentrer ou a-t-il trouvé un autre coin ?

J’espère ne pas avoir de ses nouvelles par une alerte Google, un de ces matins qui suivent des nuits glaciales, où bien emmitouflés dans nos couettes, on oublie ceux qui dorment dehors.