25 octobre 2011

Sortir du nucléaire... de la campagne

Qu’on se le dise : je suis contre le nucléaire et pour en sortir. Non seulement, ce mode de production de l’énergie est absolument dangereux, risquant de nous faire provoquer la fin du monde ou moins pire dans les meilleurs délais, mais en plus les écologistes nous cassent les burnes avec. Et je ne parle pas des copains du Front de Gauche, j’en connais qui seraient prêts à jurer que la sortie du nucléaire est dans le programme historique du Parti Communiste Français.

J’étais tout songeur à la lecture de ce billet de mon confrère Sarkofrance ce matin qui souhaite concrètement qu’on arrête de sodomiser les mouches et que les écolos s’allient dès maintenant avec le Parti Socialiste. Sage billet de Juan. Mais je l’avais oublié, il y avait un Kremlin des Blogs, hier soir… Arrivé dans le métro, je suis tombé lourdement sur cette interview d’Eva Joly qui nous dit qu’elle va convaincre François Hollande de sortir du nucléaire.

Pour ma part, je souhaite surtout que François Hollande sorte vainqueur des urnes et qu’on arrête de me faire croire que la sortie du nucléaire est un thème qui pourrait faire changer le vote de plus de 0,1% des électeurs.

Madame Joly rentre d’une visite au Japon et nous explique la vie après la catastrophe de l’hiver dernier. « Mais il y a une discipline : moins d'éclairage dans les rues, dans les magasins ou dans les bureaux la nuit. »

Je lisais ça tassé dans le métro malgré les vacances scolaires en me disant qu’il faudrait surtout plus de rames et que ce n’est pas en enlevant l’ampoule de mes toilettes que j’allais fournir l’électricité correspondante. L’urgence écologique, en France, porte sur la diminution de la production de CO2, sur l’aménagement du territoire pour éviter l’entassement des andouilles dans des boites de sardines pas adaptées, de limiter la circulation de poids lourds et tout ça. Tout cela nécessite le développement du transport ferroviaire électrique. L’urgence écologique, en France, est de préparer l’après pétrole et quand on n’a pas de pétrole, on a des idées mais j’aimerais bien les voir, parfois. Pour l’instant, nous n’avons que de l’électricité.

Et je suis fatigué de voir des écolos tenter de me convaincre que les sources de production alternatives au nucléaire sont d’ores et déjà disponibles, qu’elles pourraient permettre la production d’électricité à un coût moindre. Ce n’est pas que je sois persuadé du contraire ; je n’en sais rien. Je sais juste qu’on veut me montrer l’Allemagne en exemple, beau pays qui importe de l’électricité nucléaire de France et du gaz de Russie pour produire 50% de son énergie.

L’urgence écologique est partout. A long terme, le réchauffement climatique est tel qu’on se demande si on pourra continuer à nourrir la planète et, pire, à produire de la bière à bas coût. A moyen  terme, je ne vais pas reparler des algues vertes en Bretagne qui résultent d’un modèle économique basé sur la production intensive qu’il est urgent de révolutionner. A court terme, des problèmes se posent partout. Dans le même journal, je lisais cet article qui évoque une montagne d’ordures, à Limeil, qui aurait tellement pollué les eaux qu’il est maintenant envisagé d’évacuer les braves gens qui vivent dans le coin.

Un électeur quelconque – moi, en l’occurrence – lisant cet article après l’interview ne peut se dire que ceux qui veulent mettre la sortie du nucléaire en enjeu majeure de cette campagne, d’une politique future, sont complètement à l’ouest, complètement déconnectés des réalités de notre vie. Ceux qui bâtissent un message politique sur la catastrophe de fukumachin sont probablement les mêmes qui fustigent la politique du fait divers souvent menée par le gouvernement ? Une petite vieille agressée par un môme de huit ans qui veut voir ses fesses ? Et hop ! Une loi pour mettre en prison les enfants qui envisagent de voir des fesses de petites vieilles. Une catastrophe nucléaire ? Et hop ! Un projet politique avec la sortie du nucléaire au centre.

Les électeurs s’en foutent ! Pire, ils s’en détournent. Nous avons une crise économique sans précédent, les gens sont terrorisés pour l’avenir de leurs chiares, ils ne savent même pas s’ils pourront leur filer à bouffer dans six mois et nous avons des militants politiques qui voudraient faire de la sortie du nucléaire un préalable à la victoire de la gauche. Nous avons un tas de gens qui ne savent pas comment se loger, qui consacrent plus de la moitié de leur budget à leur habitation. Ils ne se posent pas la question de savoir quelle ampoule ils pourraient éteindre : ils n’ont même pas la place pour mettre une lampe de bureau pour que le petit puisse faire ses devoirs.

Ce n’est tout simplement pas sérieux.

Mais sur le fond, on est d’accord : ça serait bien de trouver un moyen de produire de l’énergie qui ne risque pas de nous péter à la gueule.

Mais il ne faut pas en faire un enjeu de campagne. On a un système économique mondial à sauver...

(photo)

19 commentaires:

  1. Non l'électorat ne s'en fout pas, il se prononce même majoritairement pour la sortie du nucléaire...

    RépondreSupprimer
  2. Stef,

    Si on me demande si je suis contre la cihrrose du foie, je réponds oui.

    Mais je ne vote pas en fonction de ces considérations. Par contre, si je remarque qu'un candidat fait des concessions pour des raisons électoralistes louches, je ne vote pas pour lui.

    RépondreSupprimer
  3. Mais on ne vote pas que pour le "corps" d'un programme, non ? On tient compte aussi des détails tout autour.
    L'ampoule de tes toilettes ne peut rien à elle seule mais tous ces immeubles de bureau éclairés la nuit, climétisés 24h/24, tous ces lieux déserts laissés en mode consommation active, on peut peut-être y changer quelque chose.
    Je pense que reprendre dans le programme de 2007 la partie on isole les bâtiment, on crée de "l'activité verte" et on prépare la sortie du nucléaire serait une idée qui va dans le bon sens pour l'ensemble de nos problèmes actuels !
    :-)

    RépondreSupprimer
  4. Poireau,

    Oui mais il ne faut surtout pas en faire un thème central sinon on va dans le mur. Surtout que la position de FH est parfaitement claire et valider par la chef des verts.

    RépondreSupprimer
  5. Dorham,

    Mais tu sais que tu ne baseras pas ton vote sur ça.

    RépondreSupprimer
  6. "Pour ma part, je souhaite surtout que François Hollande sorte vainqueur des urnes et qu’on arrête de me faire croire que la sortie du nucléaire est un thème qui pourrait faire changer le vote de plus de 0,1% des électeurs."

    Pas sûr que ce soit totalement comparable, mais en Suisse, les écolos se sont pris une dégelée aux dernières législatives, dimanche dernier, au profit de partis plus pragmatiques et centristes. Il n'y a pas eu d'"effet Fukushima" chez nous; pas sûr qu'il y en ait un en France.

    RépondreSupprimer
  7. Déjà, partir du fait que le réchauffement climatique serait un fait scientifique avéré augure mal du reste du billet…

    Quant aux Français qui seraient majoritairement pour la sortie du nucléaire, je rigole à rate déployée : je suis prêt à parier que, pour au moins 75 % d'entre eux, ils s'en foutent comme de leur premier épluche-patates.

    RépondreSupprimer
  8. Négationniste !

    Pour le nucléaire on est d'accord.

    RépondreSupprimer
  9. Moi, je suis contre la guerre, contre la misère, et contre les maladies. Et je propose de faire un sondage contre la guerre, la misère, et les maladies...

    RépondreSupprimer
  10. Je crois avoir trouvé la formule pour réconcilier tout le monde : je suis pour la mise en bière du nucléaire.

    RépondreSupprimer
  11. @ Nicolas :

    L'Allemagne exporte de l'électricité vers la France et non pas le contraire.

    http://clients.rte-france.com/lang/fr/visiteurs/vie/bilan_annu.jsp

    RépondreSupprimer
  12. Salut ! Avec deux amis, on vient de lancer un site internet sur lequel les gens peuvent déposer des idées, noter celles des autres, touçaça quoi. Le mieux est que vous alliez vous faire une idée !
    En l'occurence, pour ou contre la sortie du nucléaire, venez voter et proposer vos idées !
    http://www.ifixmyworld.fr/2011/10/25/sortir-du-nucleaire/
    Vous savez, vos idées sont la clé.

    RépondreSupprimer
  13. Halte au spam!

    Tassin,

    Au total la France exporte et l'Allemagne importe. C'est ce qui importe.

    RépondreSupprimer
  14. Tout pareil. Un peu de pragmatisme ne peut pas faire de mal.

    RépondreSupprimer
  15. Bonjour,
    Quand la France ne brade pas son électricité (produite avec l'argent des contribuable pour satisfaire la cupidité de quelques uns), elle en achète à un prix exorbitant.

    Limiter le gaspillage (éclairage public, clim dans des locaux vides par exemple) va-t-il changer le quotidien de Cosette?

    On voit que la comm pronucléaire agressive (financée aussi grâce à la générosité des contribuables) porte ses fruits, même sur des individus dotés d'un cerveau.

    Mais je fais partie de ceux qui ne donneront pas leur voix à un irresponsable qui ne s'engage pas pour la sortie du nucléaire.
    Si nous ne sommes effectivement que 0.1% dans ce cas:
    "l'humanité disparaitra. Bon débarras"

    RépondreSupprimer
  16. Très bon biyé. Rien à dir d'autre sur le sujet.
    Je milite quand même pour la sortie du nucléaire ... mais ce N'EST PAS un thème de campagne présidentielle : je suis d'accord avec les propos de FH : c'est le Parlement et la société civile, au travers des associations notamment et sous toute autre forme, qui feront la feuille de route pour la sortie du nucléaire, pas le "président de la Rép" à lui tout seul.On ne va pas élire Zorro, ni Merlin l'Enchanteur.

    RépondreSupprimer

La modération des commentaires est activée. Je publie ceux que je veux. On ne va pas reprocher à un journal de ne pas publier tous les courriers des lecteurs...