Mon copain Nicolas de l’excellent blog Regarder le Ciel se
lance aujourd’hui dans
le blogagepolitique et pose un certain nombre de questions auxquelles je vais
répondre sur le ton du trou du cul qui croit s’y connaître plus que tout le
monde.
« Tout d’abord, je trouve étrange
que concernant les négociations entre EELV et les PS sur l’attribution de
circonscriptions pour les législatives de juin prochain, on puisse se baser sur
les sondages (mauvais) attribués actuellement à Eva Joly, en oubliant les bons
scores d’EELV aux dernières élections régionales et européennes. »
C’est une bonne question. Pour ma part, je trouve étrange
que EELV ait rendu ses négociations publiques et ridicule qu’on les fasse dès
maintenant comme si on s’en foutait des résultats de la Présidentielle. Comme
si la candidature d’Eva Joly ne servait à rien.
Pour répondre à sa question, les « petites formations
politiques » font régulièrement des bons scores aux régionales et aux
européennes que les électeurs ne prennent pas franchement au sérieux et en
profitent pour donner des baffes aux deux gros. A la Présidentielle, beaucoup
plus de lascars se déplacent (voir les taux d’abstention) pour confier les clés
de la boutique à une personne en qui ils ont confiance pour gérer le bordel
pendant cinq ans.
A cause de notre constitution devenue grotesque au fil des
jours, seule l’élection Présidentielle a une réelle importance.
A regarder le score aux précédentes Présidentielles, Eva
Joly devrait faire 2 ou 3%. Le total, avec François Hollande et Jean-Pierre
Chevènement, devrait atteindre 30 (plus si on se base sur les sondages mais
moins si on se base sur les dernières présidentielles). Le PS envisage de
laisser 10% de ses circonscriptions aux Verts, c’est mathématique.
Nicolas aurait pu se poser la question dans l’autre sens :
pourquoi le PS se fait-il chier à laisser des circonscriptions à un parti qui
lui met des bâtons dans les roues au risque de ne pas pouvoir réunir à lui tout
seul la majorité absolue ?
« Ensuite, je suis surpris
que l’on rappelle les mauvais scores (encore !)
des candidats écolos aux dernières présidentielles, les choses ont évolué
depuis quelques années, l’environnement préoccupe de plus en plus les gens,
enfin je crois… »
Pas du tout… D’ailleurs je viens de les rappeler… Qu’on se
rappelle la dernière présidentielle… Dans les mois de préparation, on avait
Nicolas Hulot qui gesticulait dans tous les sens et avait réussi à faire signer
par tous les candidats son pacte pour l’environnement. On se disait que l’écologie
rentrait enfin au cœur de la politique française. Tu parles ! Dominique
Voynet a fait un score dérisoire à l’élection, les vainqueurs ont gesticulé
autour du Grenelle de l’Environnement et plouf.
« Bon, il est vrai que seul
Noël Mamère a dépassé les 5% jusqu’à maintenant
à une élection présidentiel… Les écolos aurait-il toujours misé sur le mauvais
cheval ? Possible. »
Cette année, ça me parait certains ! Pas les années
précédentes. En 2002, Noël Mamère a fait un bon score en partie parce que la
campagne des socialos et de Lionel Jospin a été nulle. Moi-même je n’ai pas
voté au premier tour… En 2007, Dominique Voynet a fait un mauvais score pour
différentes raisons mais aussi parce que les Français ont choisi de « voter
utile » en souvenir de 2002.
« Les sondages attribués
actuellement à Eva Joly ne sont-ils pas
aussi le résultat du Grenelle de l’environnement ? »
Non. C’est le résultat d’une erreur de casting. Mais, suite
à l’épisode Hulot de 2007 que je rappelais et au Grenelle, l’écologie est
devenue ridicule d’un point de vue politique…
« Sarkozy n’a-t-il,
finalement, pas réussi avec ce Grenelle à faire croire que l’écologie n’avait
pas besoin des écologistes ? »
Je ne sais pas. Les électeurs savent que le Grenelle n’a
rien donné. Et, je me répète, c’est le comportement de Nicolas Hulot en 2007
qui a tout fait foirer en laissant entendre que l’écologie n’était ni de droite
ni de gauche (ce qui est peut-être vrai, la question n’est pas là, mais sa
participation à la primaire ont donné un gros doute sur le positionnement
politique des Verts).
« Le PS ne profite-t-il pas
aussi de cette situation ? » A quel point ? Le PS subit les
conneries des Verts dans les médias qui sont tout bénéfice pour l’UMP et laisse
des circonscriptions aux écolos… Je n’appelle pas ça « profiter ».
« J’ai l’impression qu’il
reste toujours un vaste fossé entre ceux qui ont des convictions écolos et ceux
qui veulent faire une politique écologiste, que le terrain d’entente n’a pas
encore été trouvé sur ce point même au sein d’EELV. »
C’est un des problèmes des écolos français, plus le
sentiment qu’ont une majorité de militants qu’ils ont le monopole de l’écologie
mais aussi que l’écologie était une fin en soi…
Vous vous rappelez de l’époque où l’UMP essayait de nous
vendre une Taxe Carbone suite au Grenelle. Cécile Duflot avait été reçue à l’Elysée
en grande pompe mais, de mémoire, elle trouvait que la taxe n’était pas assez
élevée…
Elle avait pourtant oublié que la Taxe Carbone était un
impôt sur la consommation qui allait peser sur les plus faibles ; je crois
d’ailleurs que c’est Ségolène Royal qui avait été la première personnalité
politique à le rappeler.
Quand les écolos croient gagner des victoires politiques de
ce type, ils se plantent largement.
Par exemple,
la bourse du carbone,
mise en place après les accords de Kyoto, est un bon exemple : «
Une bourse du carbone est un marché de négociation et d'échange
de droits d'émission de gaz à effet de serre (CO2, méthane, protoxyde d'azote…). »
Elle revient concrètement
-
d’une part à permettre à certains d’acheter
le droit de polluer,
-
d’autre part à confier « aux marchés »
la protection de l’environnement.
C’est une erreur grossière et les gens, les électeurs, du
moins ceux qui ne s’en foutent pas à peu près autant que de ma première bière,
ne sont pas dupe.
« un vaste fossé entre ceux qui
ont des convictions écolos et ceux qui veulent faire une politique écologiste » ?
C’est quoi une politique écologique ? Mettre en place
un marché de la pollution ? Taxer les plus démunis ?
Une politique, qu’elle soit écologique ou non, se
caractérise essentiellement, d’une part, par des lois qui fixe ou enlève des
obligations ou des interdits et, d’autre part, par un budget et une politique
fiscale.
Aussi, j’ai beaucoup plus confiance pour la sauvegarde de l’environnement
en un candidat qui prône une très grande réforme fiscale en début de mandat qu’en
un candidat qui veut fermer des centrales nucléaires nous laissant dans l’expectative
pour tout le reste…
Tiens ! «
Face à la croissance anémiée, à l’industrie diminuée et à la
base productive réduite, nous devons engager un nouveau pacte productif avec le
pays. Redresser l’industrie française est une nécessité pour relancer l’emploi,
accroître le pouvoir d’achat et permettre la transition écologique de notre économie. »
Z’avez droit de lire la suite en cliquant sur le lien.
Redresse l’industrie française et contrôler la production de
ce que nous consommons tout en limitant les importations et leur coût énergétique
me parait bien plus écolo que d’arrêter l’EPR.
Les écolos ont commis une erreur : non seulement, ils
ont limité leur communication à la de l’environnement (même s’ils abordent
différents sujets, ce n’est pas ce qui est perçu par l’opinion), elle-même
réduite, dans cette communication, à la lutte contre la production d’énergie
nucléaire, celle-là même qui pourrait nous permettre de développer le transport
« propre » et tout ça.
Si les écolos ne sont plus crédibles, aujourd’hui, ne n’est
pas de la faute du Parti Socialiste ou de Nicolas Sarkozy et de son Grenelle de
l’Environnement.
Ca serait trop facile.
C’est ballot, hein ?
(
photo)