Avant-hier, FalconHill abordait cette histoire d’une
directrice d’école qui aurait
empêché la
venue du Père Noël à l’école pour ne pas froisser les musulmans ou parce qu’elle
aurait subit des pressions. Je voulais en faire un billet mais il y avait trop
de « conditionnels ». Hier, l’information était reprise par
Le
Plus du Nouvel Obs, sans le conditionnel.
Je vais donner mon avis…
Mais pour ce faire, il faut répondre à un tas de rumeurs qui
courent sur le Père Noël, brave personnage inventé vers 1850 en Angleterre à
partir de la légende Saint Nicolas qui nous vient tout droit de Turquie et non pas au début du 20ème siècle
par Coca Cola…
Pour résumer…
Le personnage du Père Noël et tout ce qui va avec est une
invention de romanciers américains au 19ème siècle, notamment un qui n’est pas
américain, Dickens, et dont je ne parle pas dans la suite du billet où vous
apprendrez plein de choses.
Tout le folklore autour du personnage du Père Noël est une
invention qui s'est répandue dans la seconde moitié du 19ème siècle au
rythme de la diffusion de la presse papier qui contenait des contes de Noël,
illustrés par des représentations de ce personnage, légèrement relooké par Coca
Cola en 1931 (pour une campagne de pub qui fut reprise pendant une trentaine
d'année). Le père Noël dérive de Saint Nicolas qui, lui, a bien
"existé", mais absolument pas une invention de Coca Cola
contrairement à ce qu’on lit souvent.
La date de Noël, donc de la naissance de Jésus a été fixée
arbitrairement par un pape, évidemment infaillible, il y a 1600 ans. Aucun
texte plus ancien ne précise la date de naissance et il fallait mettre tout le
monde d'accord. Le pape en question décida d’en faire une fête pour
"concurrencer" les fêtes païennes qui célébraient le solstice d'hiver
à cette période depuis la nuit des temps.
A la même époque que celle de la fixation de cette date
mourut, un six décembre, un évêque qui, bien que jamais canonisé,
deviendra Saint Nicolas. Comme il avait fait des miracles à propos de sujets
concernant les enfants, la date de sa mort fut choisie comme fête des
enfants.
Ainsi, à peu près à la même époque, deux fêtes des
enfants sont nées et sont arrivées jusque à nous au rythme du développement de
la Chrétienté.
Au 16ème siècle, les protestants voulurent y
mettre de l'ordre et décidèrent que la seule fête des enfants serait le 25
décembre. Mais, pas radoxalement mais presque, ce sont des "protestants
protestants" qui ont résisté à "cette" réforme et ont voulu
garder leur Saint Nicolas avec le personnage associé issu d’une légende :
Saint Nicolas himself, modèle de notre Père Noël.
Ainsi, le Père Noël "descend" d'un Turc dont la
légende a été transmise par des protestants, refusant une partie de la réforme,
émigrés plus tard aux USA dont des écrivains formalisèrent le personnage qui
arriva chez nous à la fin du 19ème siècle. Noël est une fête catholique et
protestante (mais pas orthodoxe, ils n'ont pas le même calendrier…) mise en
place pour torpiller des rites païens ancestraux qui se tenaient aux alentours
du 25 décembre.
Il y a donc "3 Noëls" :
- la célébration de la naissance de Jésus et la fête des
enfants des catholiques et des protestants,
- la fête païenne ancestrale pour le solstice d’hiver (les
jours les plus courts et tout ça…),
- la fête autour du personnage du Père Noël popularisé par
la littérature américaine.
Seul ce dernier est le mien.
Et si on résumait l’histoire ?
Nicolas de Myre est né en 270 après Jésus-Christ. Il était
très pieux et vertueux. Ses darons sont crevés assez jeunes et il a hérité de
tout leur pognon. Il a filé plein de pognon à un type qui voulait prostituer
ses filles. Il acquit donc la réputation d’une forte générosité. Un gars de
gauche, probablement. Son oncle alla voir l’archevêque et l’incita à ordonner
prêtre le pieux neveu. Quand l’évêque de Myre cana, Nicolas le remplaça. En
303, l’empereur imbécile commença a lutter contre les chrétiens et Nicolas fut
emprisonné. En 311, le nouvel empereur arrêta ces conneries et libéra Nicolas
qui put reprendre son job à Myre.
Il mourut en martyr vers 350 (peut-être en 343), le 6
décembre, tué par les Romains. C’est la légende, hein ! Je n’ai pas vu le
direct sur BFMTV. Il a été décapité et une fontaine d’huile a jailli de son
cou. Ceci un billet pédagogique. Peu après, l’église décida de canoniser le
lascar et de le célébrer le 6 décembre, chaque année. Je me demande pourquoi je
n’ai pas fait ce billet hier, moi. Cela étant, ceci un billet documenté et
certaines sources sont formelles : il n’a jamais été canonisé mais les
cathos ont toléré sa célébration.
En 354, le pape Libère (celui qui a décidé en premier que
Rome serait le siège apostolique) décrète que la célébration de la naissance du
Christ tombe le 25 décembre. Avant un tas d’andouilles se battaient pour des
dates différentes et c’est depuis que nous fêtons Noël… Au fil des siècles, le
25 décembre est devenu la fête de la famille et des enfants, on racontait des
histoires au coin du feu, la veille. Surtout, le pape aurait voulu concurrencer
les fêtes païennes qui se tenaient à cette époque pour le solstice d’hiver (la
veille), notamment la fête romaine de Sol Invictus.
Cela étant, Nicolas de Myre a fait un paquet de miracles !
Comparé à lui, Jésus est un petit joueur. Surtout, parmi les légendes qui lui
sont attribuées, beaucoup sont attribuées à Saint Nicolas… Saint Nicolas est
donc aussi la fête des enfants…
Myre est un patelin d’Asie Mineure, dans le coin de l’actuelle
Turquie. D’ailleurs, les Turcs s’emparèrent de Myre et les moines du patelin
montrèrent le tombeau de Saint Nicolas à des soldats ritals. Ou ritaux,
originaires de Bari, un trou du sud de l’Italie. Ces zouaves ont ouvert le
cercueil et découvert les ossements baignant dans l’huile. Ils ont collé les os
dans une boite et ramené le bordel à Bari. On appelle ça un vol, mais c’était
des Italiens, aussi… Bref, c’était en 1087 (à vue de nez).
Théophano la nièce de l’empereur Byzantin et femme de l’empereur
d’Allemagne, Otton II, introduisit le culte de Saint Nicolas en Allemagne. Son
fils créa le patelin de Saint-Nicolas-de-Burtscheid.
Au douzième siècle, un chevalier Lorrain, Charles Aubert,
chevalier de Varangéville, qui revenait de croisade en passant par Bari trouva
le truc et ramena quelques os et le culte avec lui dans le nord de la France,
dans ce qui deviendra la basilique de Saint Nicolas Le Port, dans le coin de
Nancy.
C’est probablement anecdotique mais on voit ainsi que la
source de « l’introduction » de Saint Nicolas en Allemagne n’est pas
la même que celle en France, Belgique et Pays-Bas. Santa Klaus vient
directement de Turquie alors que le nôtre est passé par l’Italie avant de s’arrêter
vers Nancy pour se propager ensuite. Les Allemands sont fiers et s’imaginent
les rois du monde, il n’empêche que le Père Noël vient de notre Saint Nicolas
qu’on a refilé aux bataves et pas du leur, comme le montre la suite de récit
qui vous tient en halène…
Le fil des siècles fit ce qu’il avait à faire dans le nord
de la France, en Belgique et aux Pays-Bas. Dans la nuit du 5 au 6 décembre,
Saint Nicolas va chez les gens et demande aux enfants s’ils sont obéissants. Les
chiares laissent leurs groles devant la porte avec du sucre, du lait et une
carotte pour la mule du qui porte le Saint. Si j’avais été Saint Nicolas, j’aurais
immédiatement fait remplacer le lait par de la bière, le sucre par une entrecôte
saignante et la carotte par des frites.
Les enfants qui ont été sages reçoivent des cadeaux et les
autres des coups de fouet par le Père Fouettard. D’où son nom. J’étais parti
pour faire un billet pour défendre la laïcité et je finis en billet
pédagogique. Le Père Fouettard vient de Lorraine mais les autres coins ont leur
équivalent.
Au seizième siècle, c’est la réforme protestante et tout ça,
dans de nombreuses régions du nord de l’Europe. En 1535, Martin Luther veut
lutter contre le culte des saints, trop proche de l’idolâtrie. Ils ont voulu
mettre fin à cette fête ridicule qui était d’origine catholique. Du coup, ça
sera l’enfant Jésus qui distribuera les cadeaux aux enfants, le jour de Noël.
Néanmoins, la plupart des protestants résistèrent, un peu en
Allemagne et surtout en Hollande. C’est aussi un billet politique, n’oublions
pas que je suis un supporter de François Hollande qui gueule contre la
résistance de Mme Merkel.
Ces braves protestants ont donc maintenu la fête du Sinter
Kaas comme ils disent chez eux.
En 1625, les tauliers de la Compagnie des Indes Occidentales
décidèrent de monter une enceinte fortifiée au sud de l’ile de Manhattan qu’ils
avaient rachetée pour des poignées de cerises aux indiens : la Nouvelle
Amsterdam. Les migrants ont amené Sinter Kaas dans leurs bagages…
1664 est une année importante pas uniquement à cause de la
création de Kronenbourg. Les anglais niquèrent les hollandais et rebaptisèrent leur
patelin en New York en l’honneur du Duc d’York, frère de Charles II. L’anglicanisme
devient donc la religion officielle et les protestants l’eurent dans l’os. D’où
l’expression os du jambon d’York ? Non ! Par contre, le « Wall »
de Wall Street, vient bien du mur d’enceinte construit par les Hollandais. C’est
un billet culturel (la date varie selon les sources, ça pourrait bien être 1667
mais on s’en fout, Kronenbourg vient de 1664).
La coutume de Saint Nicolas se répandit au sein des familles
anglaise et il devint le Santa Claus que nous connaissons tous mais avec un K. Au
fil des décennies, les rosbifs trouvèrent plus logique d’associer cette fête
des enfants à la naissance de Jésus. Santa Claus commença donc à faire sa
tournée dans la nuit du 24 au 25 décembre. Nous sommes encore au 17ème
siècle. Je n’ai rien à cire du 18ème. Passons directement au 19ème.
En 1821, un pasteur américain, Clément Clarke Moore (je ne
sais pas si c’est un ancêtre de Roger Moore, ça donnerait du fil à mon
histoire) écrivit le premier conte de Noël en y faisant apparaître Santa Claus,
personnage beaucoup plus « sympathique » que l’ancien Saint Nicolas. C’est
dans ce conte qu’il devint gros, sa mule fut remplacée par un attelage de
rennes (bientôt, il partira de Notre-Dame-des-Landes ?). Le père Fouettard
disparut de ce conte.
Un premier « Father Christmas » semble apparaître en
Angleterre vers 1850, sous les traits du Santa Claus américain.
En 1863, il remplaça ses habits d’évêque par un costume
rouge avec une fourrure blanche avec une large ceinture de cuir en étant
représenté ainsi par Thomas Nast, caricaturiste au Harper's Illustrated Weekly.
Ce gars-là, Nast, passa la suite de sa vie à dessiner le père Noël, favorisant
ainsi l’uniformisation de cette représentation dans le ciboulot des braves
gens. En 1885, Nast décida que l’antre de Santa Claus était au pôle Nord. L’année
suivante, en 1886, George Webster, un écrivain, inventa l’usine à jouet dans les
neiges près du patelin de Santa Claus.
Vers ces années, c’était le bordel, en France. Les revues
publiaient à Noël des « contes de Noël » mais on y retrouvait « le petit homme de Noël, le petit Jésus, Saint Nicolas et
le bonhomme Janvier ». C’est dans un conte français de 1890, de
François Coppée (je vous avais dit que c’est politique…), que les cadeaux dans
un sabot près de la cheminée apparaissent au matin.
En 1931, Coca Cola lança une campagne de publicité pour
inciter les gens à boire leur truc (quelle idée !) en hiver, basée sur le
personnage du Père Noël, assez relooké (en 1922, Coca Cola avait commencé à
utiliser le personnage ; par ailleurs, certaines sources indiquent que c’est
Santa Claus qui sert de modèle, ce qui semble vaguement logique).
«
Le Père Noël n'est donc
pas une invention moderne, mais est au contraire issu d'une tradition très
ancienne, remontant au III° siècle après Jésus Christ. Par contre, que l'on puisse se poser des questions sur
la transformation (qui dura environ 16 siècles !) d'un évêque d'Asie mineure en
un gros bonhomme rougeaud, ceci est un autre débat... » conclut une
de mes
sources
(j’en ai quatre ou cinq).
Mon avis à propos du Père Noël dans les écoles.
Noël est une fête à la fois religieuse et laïque. C’est la fête
des enfants. C’est la fête à l’occasion de laquelle je vais revoir mes neveux
et nièces. Nous allons nous retrouver en famille, comme la plupart des familles
de France.
Je ne suis pas catholique. Même pas baptisé. Je suis
totalement athée. Je vais fêter Noël.
Pour moi, empêcher la Fête de Noël et donc la venue du Père
Noël dans les écoles au nom d’une religion est une grave entrave à la laïcité.
C’est intolérable. Une question de principe. Je ne jette pas la pierre à la
directrice, je ne sais pas quelle pression elle a subie.
Je suis donc relativement d’accord avec l’article du Plus
que je cite à un détail près : il y est écrit que c’est une fête païenne.
Pour moi, ce n’est pas du tout le cas.