13 janvier 2019

Etudions une nouvelle constitution


La Cinquième république a plus de 60 ans, l’élection du Président au suffrage universel plus de 50. Elle a toujours eu des défauts mais a fait ses épreuves. En revanche, depuis quelques temps, elle est partie en vrille. Donner le début de ce bordel n’est pas facile ? Est-ce la dissolution de 1997 alors que la majorité était acquise au Président ? Est-ce le passage au quinquennat ? Est-ce lié à la construction européenne ? Peu importe. On n’est pas là pour faire le choix et les raisons se cumulent. Le fait est que les trois derniers présidents, donc l’actuel, ont rapidement atteint une popularité dérisoire significative d’une coupure entre les dirigeants et les citoyens. Ces derniers n’ont plus confiance et ça nous pousse à cette histoire de gilets jaunes. On ne sait plus comment s’en sortir et des personnalités politiques de premier plan, comme Julien Dray hier, demandent le passage à la Sixième. D’autres le demandent depuis plus longtemps mais leurs arguments n’étaient pas les bons au bon moment. Là, nous avons un créneau. Du monde dans la rue et la crise des partis politiques.

Ces éléments ont été appuyés par le développement de l’information en continu, d’Internet et des réseaux sociaux. Je ne fais pas le procès de ces machins. J’en ai été acteur (si j’ai pu bloguer, c’est bien parce que j’avais accès plus rapidement à plus d’information que beaucoup) et, même si on peut le regretter, on ne peut pas faire le procès d’évolutions naturelles (que je pourrais nommer « progrès » mais je connais des réactionnaires qui pourraient m’alpaguer).

Ce qui me parait le plus urgent est la suppression du Président de la république. Ni plus ni moins. Je suis là pour proposer « l’esprit » d’une nouvelle constitution et vous comprendrez ce par quoi je veux remplacer ce bordel. On a tous un rapport particulier avec le Président. Je ne pouvais pas blairer Sarkozy. J’ai toujours aimé Hollande. Mais nous avons maintenant Macron. J’ai voté pour lui dès le premier tour car c’était la seule solution valable pour éviter Fillon (les supporters de Mélenchon me diraient qu’il aurait pu être élu mais je n’y croyais pas et je ne le croyais pas capable de trouver une majorité à l’Assemblée pour gouverner). Je n’aime pas plus Macron que ça mais, ayant assez souffert du bashing sous Hollande (et assez contribué à alimenter le bashing sous Sarkozy) que je ne pense pas que ça soit une solution. Ca contribue à la défiance envers les institutions et on se retrouve comme des cons. Ce « Macron bashing » repose généralement sur n’importe quoi comme cette récente histoire d’effort : une agence de presse a pris quelques mots d’un discours et en a fait une phrase. Pour moi, je ne suis pas choqué qu’un Président parle d’effort quand il s’adresse à des apprentis.

Je vais donc proposer la base de la nouvelle constitution. Adoptez-là sans réfléchir, ça nous évitera de perdre du temps. On se reverra pour les détails. Je ne suis pas populiste. Cette constitution n’est pas là pour redonner le pouvoir au peuple. Le peuple a déjà le pouvoir : il vote. Et c’est bien son problème s’il vote pour n’importe qui. Aucun autre système ne résoudra ce phénomène. On va néanmoins renforcer l’accès au referendum, donc celui d’initiative citoyenne.

On va procéder par étapes. On ne va pas faire un joyeux bigbang.

Commençons par l’Assemblée nationale.

On n’y change rien ou presque. On supprime le non cumul des mandats pour éviter d’avoir des candidats hors sols coupés de tout. On supprime peut-être les « députés des Français de l’étranger » (les types qui habitent ailleurs qu’en France peuvent toujours rester inscrits dans un bureau de vote en France, le dernier où ils étaient inscrits, par exemple, ou celui d’un de leurs parents mais en ne gardant le droit de vote que pour les élections nationales).

Un député ayant déjà fait plus de 11 ans n’aura pas le droit de se représenter. Les élections auront forcément lieu en juin. Si la dissolution reste possible, l’Assemblée en place restera présente jusqu’au mois de juin suivant. S’il est impossible de gouverner pendant la phase transitoire, le Congrès (réunion de l’Assemblée et du Sénat) prendra le dessus.

Le diable se cache dans les détails.

La prochaine élection aura lieu en juin 2022.

Passons au Sénat

Les sénateurs seront élus par liste nationale au suffrage universel à la proportionnelle intégrale pour une durée de neuf ans mais renouvelable par tiers tous les trois ans. L’élection aura lieu en avril, la première en avril 2020 avec l’élection de 348 sénateurs (en gros). Les listes seront paritaires (un sur deux des membres sera une gonzesse). C’est ma seule concession.

Un tiers des sénateurs, 116 choisis aléatoirement, seront virés en avril 2023 et une nouvelle élection (suffrage universel par liste) aura lieu pour 116 sénateurs. En avril 2026, la moitié des sénateurs présents depuis 2023 sera foutue dehors et 116 autres seront élus. En avril 2029, on fout dehors ceux présents depuis le départ et on les remplace. En 2032, on fait pareil avec les zozos en place depuis 2023 et on entre dans le rythme de croisière.

Les sénateurs ayant déjà fait 13 ans en place n’auront plus le droit de figurer sur les nouvelles listes.

Le Président de la république

Le poste est supprimé, je vous ai dit. Basta !

Le Conseil de la république

Ca, vous ne le voyiez pas venir, hein ! C’est un machin pour remplacer la Présidence. Il sera composé de dix-huit membres élus à la proportionnelle, neuf par le Sénat, neuf l’Assemblée. Les neufs de l’Assemblée seront renouvelés pour les cinq ans, les neuf du Sénat pour les neuf ans.

Le Conseil aura un président (et un vice-président pour le remplacer si besoin) élu, parmi les représentants de Sénateurs par l’ensemble des membres, pour neuf ans. Le Président (j’y mets une majuscule, tiens !) aura une indemnité importante, celle des autres seront l’équivalent de ce qu’ils toucheraient dans leurs postes d’élus dans une des assemblées, assemblée dont ils seront démissionnaires dès leurs élections (tout comme le Président).

Le Président aura le rôle de représentation qu’a l’actuel Président de la république. Il participera obligatoirement au conseil des ministres mais n’aura plus la main sur l’ordre du jour.

Le Conseil aura notamment en charge les nominations qui reviennent actuellement au Président. Les votes devront avoir lieu à la majorité (la voix du Président comptera double s’il est impossible d’avoir une majorité). Le Conseil aura surtout en charge la ratification des traités internationaux et la promulgation des lois. Il aura l’obligation de promulguer les lois de finances et certaines lois de programmation. S’il ne trouve pas une majorité pour valider une loi, il aura l’obligation de déclencher un referendum. Il pourra déclencher des referendums sur proposition du gouvernement et du Conseil constitutionnel.

Des grandes « entités nationales » qui n’ont pas à dépendre de la politique du gouvernement pourront être rattachées au Conseil. Je pense à un tas de trucs n’ayant rien à voir et auxquels je ne connais rien (le sujet est donc totalement ouvert) comme le Conseil supérieur de la magistrature, l’ONF, le CSA, France Télévision, l’Insee (qui fournit les  statistiques officielles du gouvernement…), Radio France, Hadopi (jusqu’à sa suppression, hein !),…

Le Conseil se réunira au minimum une fois par semaine (sauf cinq semaines dans l’année). La composition des cabinets (du moins le nombre de conseillers) sera limitée par la Constitution (c’est un détail mais le diable se cache où j’ai envie : ce n’est plus le Président qui décide de la politique, il n’a pas besoin d’une cohorte d’andouilles).

Je parlais du Conseil constitutionnel.

On n’y touche pas à part un vague détail : il aura en charge de confirmer la constitutionnalité des referendums et l’organisation des « pétitions citoyennes » pour obliger le Conseil de la république à organiser des referendums. J’y reviendrai si j’y pense.

Le gouvernement et le Premier ministre (à ne pas confondre avec le Président du conseil, hein !)

Que l’Assemblée nationale se débrouille pour mettre ça en place, un peu comme en Allemagne ou un tas de démocratie qui n’ont pas besoin de Président pour choisir celui qui conduit opérationnellement la politique de la nation.

Le Premier ministre, à ce sujet, conduit la politique de la nation et est chef des armées.

Le referendum d’initiative citoyenne

Le Conseil constitutionnel devra étudier tout projet de referendum présenté par au moins 10000 citoyens. S’il est conforme à la Constitution, le CC devra le soumettre au vote des électeurs (par voie électronique sécurisée).  S’il reçoit plus d’un million de voix en sa faveur (et moins de voix contre, évidemment), le Conseil constitutionnel devra charger le Conseil de la république d’organiser un referendum en bonne et due forme.

T’as vu ça, j’ai inventé un referendum à tiroirs (c’est parce que seul le CC est en mesure de vérifier le million de voix, ça serait trop facile de faire une pétition bidon signée par des trolls) !

Le referendum par le Conseil de la république

Il peut (ou doit) être déclenché par le Conseil sur demande du Conseil constitutionnel (donc en cas de validité d’un referendum d’initiative populaire), si le Conseil ne trouve un accord pour promulguer une voix, sur proposition du gouvernement ou sur sa propre initiative.

La validité d’un referendum autre que ceux portant sur la Constitution doit être validée par le Conseil constitutionnel. Aucun referendum ne venant pas d’un texte issu du Gouvernement et remettant en cause de manière importante le budget en cours ou, à plus long terme, l’équilibre financier de l’Etat, ne pourra être déclaré conforme. Un referendum, par contre, pourra obliger le gouvernement à préparer tout projet de loi.

Ces referendums nationaux ne pourront être soumis au vote qu’une fois par an, le troisième dimanche de septembre, par exemple.

Et le Conseil Economique, Social et Environnemental dans tout ça ?

Je n’ai rien contre ce machin mais un bazar dont personne ne sait vraiment à quoi il sert et qui n’est que consultatif n’a rien à faire dans la Constitution. Hop ! Du balai ! On fera une loi organique pour mettre un bastringue en place.

L’organisation territoriale de la République

On n’y change rien.

Les collectivités territoriales

Elles ne sont pas du ressort de la Constitution (sauf pour ce qui concerne la définition des niveaux). Néanmoins, cette dernière pourrait définir une taille maximum pour chaque niveau parce que les régions qui font plus de 400 km de long n’ont pas grand sens même si c’est très joli sur des cartes.

Les révisions de la Constitution

Elles doivent être soumises à referendum (sauf pour ce qui concerne des modifications marginales liées à des traités européens, donc l’ouverture de l’Union à d’autres pays, parce que la négociation est faite à l’échelle du Continent). En plus de l’accord des citoyens, elles doivent être validées par le congrès (majorité normale).

Et voila !

Ce n’est pas une belle trame, ça ?


11 janvier 2019

N’oublions pas le sens de l’effort, hein !




La polémique du jour porte sur des propos d’Emmanuel Macron en titre d’une dépêche de Reuters reprise en premier (à ma connaissance) par Challenges. Il n’a pas dit exactement ça. Les propos sont déformés comme d’habitude mais peu importe. 

Il pourrait faire gaffe, me direz-vous. On ne sait même pas si Sarko aurait pu se faire déformer de telle conneries... Sauf en faisant des efforts. 

Toujours est-il que mon pote Julien pense que c’est un coup de génie et, à la réflexion, il n’a pas entièrement tort. Certes, ça fait une petite quinzaine d’années que je fais de l’analyse politique à la petite semaine sur mon blog et je ne suis pas à une connerie près. 

Petit 1 : Macron se met dans la poche tous les Sarkozystes perdus par Wauquiez. 
Petit 2 : toute sa garde rapprochée issue du PS se met en quatre pour le défendre.
Petit 3 : il porte toute l’attention sur lui et fait oublier opposition, gouvernement et gilets jaune à un point où on se demande si Edouard Machin ne va pas retourner son blouson. 
Petit 4 : les militants de gauche qui n’ont toujours pas compris que c’était contreproductif de lutter contre le pouvoir en place dans les réseaux sociaux sont vent-debout.

On n’a pas fini de rigoler. 

04 janvier 2019

Les gilets jaunes, la gauche et moi

J’invite mes amis de gauche qui soutiennent les gilets jaunes et me reproche de ne pas le faire (mais je n’ai rien publié contre à part au sujet leur communication dans les réseaux sociaux qui est de plus en plus mauvaise, par ailleurs) à lire cet article et à me trouver un truc qui pourrait laisser à penser que le fond des revendications (tel qu’exposé) à un brin de progressisme et de non réactionnaire !


https://www.nouvelobs.com/societe/20190104.OBS7984/gilets-jaunes-ce-qui-ressort-des-premieres-contributions-au-debat.html


Les gens de gauche qui pensent comprendre le peuple et vouloir le défendre sont un tantinet à vomir. Que les cadres des mouvements politiques de gauche qui soutiennent ce bordel aillent pourrir dans des fosses à lisier. 






Le problème n’est pas la légitimité de certaines revendications. Certaines sont très justes. Mais elles ne me paraissent pas exprimées dans cet article qui porte sur les premiers résultats d’une consultation. Mais le peuple, vu dans une globalité, ne peut pas défendre un vrai projet de gauche. Alors on se vautre dans un populisme de bas étage (je n’ai rien contre le populisme, je m’en fous : moi même, j’ai connu une heure de gloire avec mon blog qui parlait de politique à partir d’un comptoir de bistro). 


Mais une offre de gauche ne peut pas être élaborée en dehors d’un mouvement politique structuré. Sinon, on aboutit à ce genre de conneries. Ben oui ! On veut revenir à l’universalité des allocations familiale ! Tout le monde est pour mais personne ne sait de quoi on parle... 




Il est temps que les partis de gauche cessent d’entre à la ramasse et cherchent de courir après des machins sans cul ni tête. Regardons bien : la principale revendication exprimée est l’abolition de la loi Taubira. Elle est complétée par un machin sur la GPA voire l’exigence d’un référendum sur la bioéthique... 


Ces andouilles de gauche soutenant les GJ comme des girouettes soutiennent le vent (je me comprends) sont ceux qui ont tapé le plus sur François Hollande, le lascar qui a fait passé les idées sociétales de gauche comme, évidemment, le mariage pour tous, dont ne veut pas ce qu’ils appellent le peuple mais dont nous voulons pour des raisons diverses (pour ma part, je suis contre le mariage mais je défends le mariage pour tous pour que cette institution à l’origine catholique perde sa substance en plus du fait que je pense que chaque foyer doive avoir les mêmes droits). 


A l’heure où la gauche est laminée, il est temps de se poser des questions. Et d’arrêter de revendiquer l’appartenance à une vraie gauche... 


Alors, je vais le dire. Donner enfin ma position sur ce mouvement. 


1. Je comprends parfaitement d’où il vient. Je le disais dernièrement dans mon dernier billet à ce sujet. Je ne vois pas pourquoi l’Etat imposerait des heures de fermeture de bistro (c’est un exemple, mais il fallait être débile pour imposer une limitation de vitesse à 80 sans que ça soit explicitement au programme). J’ai beaucoup parlé de piste cyclables en décembre. C’est pareil (en tant que piéton, je n’ai pas à éviter des parties du trottoir). Ce n’est pas que l’Etat qui impose mais une espèce d’élite (qui n’est pas nécessairement parisienne). 


Je ne déconne pas. Parmi les revendications, il y a l’arrêt des subventions à l’éolien. Il faut que la gauche travaille pour améliorer la fourniture énergétique dans notre pays et arrête les slogans bas du front. Il faut développer l’éolien et tout le renouvelable à l’insu du plein gré du peuple. Celui qu’on devrait pourtant vénérer 


2. En conséquence, il faut arrêter de prendre l’avis du peuple sur chaque point mais proposer une politique globale qui corresponde à un projet politique. Il faut arrêter de défendre le RIC, par exemple. Il faut défendre la démocratie représentative, le seul bazar qui puisse mettre en avant une vision globale. 


3.  Parmi les revendications, certaines sont purement réactionnaires. On ne peut pas suivre cela. Les dirigeants politiques qui le font par opportunisme ponctuel seront tondus à la libération. 


4. J’appelle solennellement et alcooliquement les partis de gauche et les syndicats du même métal à se désolidariser de ce mouvement et à prendre en compte unitairement les revendications légitimes (vues de nous, hein !) sans oublier notre vision de gauche. 


5. Ça ne sert à rien de se revendiquer de la vraie gauche si on ne fait que courir derrière des machins abstraits.


Amen et Hips. 

03 janvier 2019

GJ or not GJ : la loi est la loi



Me voilà à publier un truc de Valeurs Actuelles mais peu importe. Beaucoup de militant braillent des conneries dans leur militantisme subi sans se rendre compte que c’est illégal. Tant pis pour ce type. Il aura gagné une nuit au poste (en incitant au meurtre du president, quand même). 


Dans les réseaux sociaux, c’est pareil. Je vois un tas de publications qui mériteraient des baffes par des juges mais je suis plein de mansuétude (d’autant que je raconte aussi ma dose de conneries). 


Le plus drôle est quand les gens se prennent pour des constitutionnalistes ou des juristes pour justifier leurs conneries. Tiens ! J’ai vu plusieurs personnes défendre Drouet en publiant un truc d’Amnesty International sur le droit de manifester. Il suffit de quelques clics sur Google pour avoir accès à la loi en vigueur : ce qu’il a fait est illégal. L’ONG ne fait qu’une vulgarisation de ce qu’ils appellent le droit international mais oublie le code civil de notre beau pays. Et des andouilles vulgarisent une vulgarisation sur le vieux thème : « on est en démocratie, on fait ce qu’on veut, surtout manifester qui est un droit patati patata. »


Ben non. Le droit est le droit. La loi n’est pas toujours bonne et on peut vouloir la changer. Mais si législateur a dit qu’une manifestation doit être autorisée, il y a des raisons, notamment de sécurité...


Et c’est ainsi que les imbéciles finissent par dire que c’est le gouvernement et le Président qui sont la cause des morts à l’occasion des manifestations des gilets jaunes alors que ces manifestations ne sont pas d’autorisées, d’une part parce que personne n’a fait la demande et, d’autre part, parce que l’Etat penserait probablement qu’il n’a pas la capacité à assurer la sécurité et garantir l’ordre public. Ce n’est pas pour rien que les syndicats ont des services d’ordre qui ne rigolent pas : c’est apporter une garantie que la sécurité est assurée et donc l’ordre public. 


Et en bout de chaîne : la démocratie. Et tout ce qui nous permet de vivre dans le même pays.