Ne passons pas à côté de cet anniversaire. Nous sommes le 10
mai 2026. Il y a 45 ans, François Mitterrand était élu président de la
République. La semaine dernière, en annonçant sa candidature, Jean-Luc Mélenchon
s’est comparé à lui : un an avant, lui aussi avait une équipe, lui aussi
avait un projet, lui aussi avait un programme… Sauf que, en mai 1980, Mitterrand
n’était pas candidat et c’est Michel
Rocard qui tenait la corde.
Dans la semaine, il y a eu un autre anniversaire : les
14 ans de l’élections de François Hollande. Un an après, peu de personnes pensaient
qu’il serait le candidat du PS (cela étant, il n’aurait pas fallu que j’attende
quatre ou cinq jours de plus pour faire ce billet, compte tenu de ce qui est
arrivé au champion d’alors du PS : Dominique Strauss-Kahn). Les deux
seules fois où un candidat de gauche a conquis le pouvoir suprême, on ne savait
pas, avant octobre, qu’il serait candidat.
On comprend bien la stratégie de Mélenchon : profiter du
bordel à gauche pour jouer au rouleau compresseur, pour faire croire qu’il est
le seul à pouvoir l’emporter face à Jordan Bardella.
Se comparer avec assurance à Mitterrand a ses limites. Non
seulement, Mitterrand ne croyait probablement pas à ses chances (ou alors, ce qui
ne change rien, était déjà un très fin stratège, en reculant l’annonce de sa
candidature). Mitterrand avait déjà été deux fois candidat (Méluche le bat !)
mais, à chaque fois, il était au second tour (dont, une fois, où il avait mis
de Gaulle en ballotage, excusez du peu).
Pour montrer qu’il est le seul, Mélenchon parle beaucoup des
sondages. L’autre jour, il annonçait qu’un
sondage le poussait en tête. « D’après un
sondage Cluster17 paru aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon est la personnalité de
gauche qui recueille le plus de « soutien », loin devant toutes les autres :
près de deux fois plus que Ruffin ou Glucksmann, quatre fois plus que Roussel. »
Saut que c’est un sondage de l’institut Cluster 17, qui n’est pas vraiment
reconnu pour la justesse de ces analyses et que Méluche a oublié que n’importe
quel imbécile pouvait retrouver les
résultats réels ! Le seul classement « valable », dans ce
truc, est celui page 16. Mélenchon est derrière Ruffin, à égalité avec
Cazeneuve, Glucksmann et Roussel. Ce sondage ne porte pas sur la
présidentielle.
Toujours à propos des sondages, il évoque beaucoup ses trois
précédentes candidatures. Il est vrai que son score avait bien été minimisé par
les instituts, jusqu’à 10 points pour 2022 (un peu plus, même, à un
an de l’échéance). Il n’empêche qui analyse cela sans le moindre recul. En
2022, les sondages le donnaient quatrième, il a fini troisième. Actuellement,
il est encore souvent donné quatrième.
Surtout, il oublie de rappeler les circonstances des
élections. En 2017 et 2022, les candidats du centre gauche se sont montrés nuls
à chier. Benoit Hamon a complètement raté sa campagne dès les premiers mois.
Quant à Anne Hidalgo, on a du mal à se rappeler si elle existait. Il était
parfaitement logique que les déçus aillent vers Mélenchon qui représentait le
seul espoir pour la gauche.
En 2027, non seulement Mélenchon a déjà démontré deux fois
qu’il ne pouvait pas être un espoir, mais, en plus, il est fort probable qu’il
y a aura un candidat Socdem assez fort qui se retrouvera en position d’outsider
sérieux pour « la tête de la gauche », à défaut de la participation
au second tour, qu’il s’agisse de François Hollande, de Raphaël Glucksmann ou
de Bernard Cazeneuve.
Il oublie aussi de dire qu’il n’y aura pas de primaire à
gauche, cette fois : elles viennent d’être torpillées alors qu’elles
représentaient un bon espoir pour Méluche : par deux fois, elles ont désigné
le pire des candidats…
Quand il parle des sondages, Méluche oublie un détail. Il
est lui-même le
pire candidat pour un second tour, là où il s’agira probablement d’éliminer
un candidat du Rassemblement National. Comme tout le monde, je me demande comment
Jordan Bardella peut être à ce niveau et je crois sincèrement qu’une majorité
de Français finira par se rendre compte qu’il est nul. Néanmoins, si tous les
autres candidats pourraient bénéficier d’un front républicain, ce n’est pas le
cas du leader de LFI.
Je comprends que les militants insoumis n’y croient pas mais
il y a beaucoup de passif. Trop d’erreurs ont été commises. Prenez la mort du
jeune Quentin. On est très nombreux à penser que des groupuscules d’extrême-droite
sont les seuls responsables. LFI aurait dû, tout de même, se désolidariser
franchement de « la Jeune Garde » et du député Raphaël Arnault. Ca
aurait été injuste, me direz-vous ? Et alors ?
Dans ses propos, pour jouer au rouleau compresseur, Jean-Luc
Mélenchon parle beaucoup de l’international pour faire croire qu’il est le seul
à avoir une vision ! Il parle même beaucoup de de Gaulle. Il commet un certain
nombre d’erreurs. Il se met généralement en opposition avec Etats-Unis d’Amérique
en oubliant que Trump n’est pas éternel, que les USA ne sont notre ennemi. Il n’ose
pas critiquer la Russie et a toujours eu une position louche au sujet de l’Ukraine.
Récemment, il s’est mis à défendre la Chine, par exemple en rappelant que
Taiwan avait toujours été Chinois, peu importe si les Taiwanais ne veulent pas
passer sous la coupe de leur voisin.
Je ne vais pas rappeler ici ce que je dis depuis deux ans et
demi sur la position de LFI par rapport au conflit israélo-palestinien. Il
continue. Pas plus tard que cette semaine, il parlait des attentats du 7
octobre comme d’actes de guerre.
Et il oublie toujours de parler d’Europe, comme si une des
priorités n’était pas de remette l’Europe dans sa position de première économie
ou puissance mondiale, que c’était la seule solution pour que l’on puisse s’en
sortir…
Vous pouvez ne pas être d’accord avec moi sur ces différents
points mais il va falloir que Mélenchon dépense beaucoup d’énergie – et il le
fait, avec son brio habituel – pour obtenir le soutien des électeurs.
Il me reste à parler du programme. Je ne suis pas opposé à une
majorité de points, loin s’en faut, mais il faut que Méluche arrête de dire que
le programme est prêt depuis longtemps. Ce programme n’a rien permis de gagner
jusqu’alors. « L’Avenir en Commun » a notamment échoué en 2017 et 2022.
Les gens n’en veulent pas. Ils ne sont probablement pas opposés, un par un, à
chacun des points mais ce programme ne donne aucune vision, aucune marque d’une
société meilleure, aucune vision d’avenir.
Ce programme ne vise que des militants de gauche.
Pas les électeurs.
A l’heure actuelle, comme depuis 10 ans, ce qu’il a prouvé,
Mélenchon reste le pire atout pour la gauche. Et il avait promis de passer la
main. Aucune de ses promesses n’est donc crédible.
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