En salle

18 mai 2026

LFI, Ruffin et le racisme !


 

L’autre jour, François Ruffin s’est exprimé au sujet de l’immigration. J’en ai parlé dans un ou deux billets. Plus récemment, j’ai vu une interview de lui où il évoquait « un président au SMIC ». Je ne suis pas trop d’accord. Je veux bien être président mais avec un SMIC, je ne pourrais plus payer l’entretien de ma maison. Cela étant, je ne vois pas pourquoi un type nourri, logé, blanchi toucherait plus de 15 000 balles par mois pour nous expliquer comment serrer notre ceinture !

Je ne vais pas me mettre à soutenir François Ruffin car je ne pense pas qu’il ait l’étoffe pour gagner cette élection mais il faut bien reconnaitre que c’est encore un de types issus de la gauche radicale qui raconte le moins d’âneries.

Cette histoire de rémunération des élus est intéressante (mais n’est pas l’objet de mon billet). Toujours est-il qu’on a le droit de rigoler quand on voit un zozo comme Louis Boyard défendre les étudiants sans le sou alors qu’il touche lui-même près de 6000 euros. Mon propos n’est pas de dire qu’on ne peut pas être riche et défendre les pauvres. J’ai moi-même ce côté Robin des bois qui vote à gauche. Au moins, je prends le soin de voter pour la gauche caviar. Bizarrement, c’est une forme d’humilité ! Je ne vais pas me montrer fier d’appartenir aux sans-dents alors que j’ai les moyens de porter une couronne !

 


Ainsi, depuis quelques jours, j’ai dans la tête de faire un billet au sujet de Ruffin alors j’ai commencé à écouter ce que les réseaux disaient de lui. C’est intéressant car dans certains sondages de popularité, il apparait être le seul devant Jean-Luc Mélenchon.  Et donc l’homme à abattre ! J’ai cru entendre, d’ailleurs, des propos de Méluche racontant comment Ruffin avait « quitté son entourage ».

Alors, évidemment, quand Ruffin a dit qu’il était contre l’immigration de travail, il a servi de cible. On lui a dit « raciste ! ».

Ca me rappelle quand Sarkozy disait le contraire, à savoir qu’il était pour « l’immigration choisie » (donc de travail). On lui disait « raciste ». Je me demande si tous ces clowns ont bien une colonne vertébrale (non, je ne me demande pas). Ca fait des années qu’ils ont comme seule réponse à la plupart des propos : « raciste » ou « fasciste ». .

Vous critiquer l’islam et ils vous répondent « raciste »… Comme si assimiler une religion à une origine ethnique, ce qu’ils font par réflexe (et électoralisme, sans doute) n’était pas profondément raciste. 

Ces gens vivent entre eux. Il suffit de chercher « réunion LFI » dans Google Image pour montrer qu’ils sont très loin de représenter la France dont ils font semblant de rêver. Dès qu’ils ont un « racisé » élu, ils le mettent en avant comme s’ils exhibaient un trophée…

 

Moi-même, il y a une douzaine d’années, j’avais été victime d’attaques de débiles légers mais néanmoins fanatiques de ce qui allait devenir la gauche radicale pour démontrer que j’étais un méchant raciste alors que je passais mon temps avec des « noirs » et des « basanés » (ce n’était pas volontaire, c’est mon quartier qui est ainsi). Je n’avais dit, une fois, et on m’avait comparé à Nadine Morano qui disait « ma meilleure amie est noire ». Moi, mes meilleurs amis étaient noirs, aussi. Je ne sais plus si je devais avoir honte. Heureusement, ils ont pris leurs retraites et sont devenus grands-parents : ils ne viennent plus au bistro. Je n’ai plus qu’un seul travers raciste : je fréquente surtout un bistro tenu par des kabyles avec une clientèle du même métal.

 


A LFI, quand ils voient un racisé, ils le prennent immédiatement comme un opprimé et ça fait leurs choux gras pendant des mois. Mais ils devraient les mettre sur la photo pour qu’ils ne soient plus exclusivement les objets de discours politiques.

J'en conclus que plus François Ruffin est traité de raciste, moins il l'est... D'autant qu'il fait assez parler de lui en évoquant le personnel d'entretien. Sans parler de couleur. 

15 mai 2026

Parlons d'immigration, tiens !


 

On peut déjà imaginer quels thèmes seront au cœur de la campagne pour la présidentielle : la situation mondiale et les différents conflits, l’Europe, l’immigration… Les sujets économiques et sociaux seront sans doute traités à la marge et encore… On va nous dire, par exemple, que la dette vient de l’immigration. La boucle sera bouclée.

Les différents candidats de gauche vont s’écharper au sujet des retraites, entre ceux qui veulent un départ à 60 ans et ceux qui privilégient 62 ou 63 mais restera à peu près inaudible. Même moi, qui viens d’avoir 60 et ai cotisé 41 ans, ai un réel projet pour plus tard, je m’en fous un peu… Et même si mon hygiène de vie n’inspire pas une grande confiance dans ma longévité. Je fais ainsi le pari que, si chacun a son avis sur son propre vieillissement, la plupart des gens ne sont pas sensibles à ce thème. Et la gauche ferait une grave erreur en le mettant en avant.

En annonçant sa candidature, Jean-Luc Mélenchon rappelait que LFI avait un programme. J’ai dit dans ce blog qu’il était mauvais, non pas vis-à-vis de chacune des mesures qu’il contient, mais de leur nombre, de la densité : cela empêche une compréhension complète et cela ne dégage aucune vision de l’avenir souhaité. En lisant cela, certains diront que je fais le jeu de la droite, voire « des fachos », mais ils devraient écouter plus sérieusement ce que dit Méluche : il parle des bisbilles à gauche, de la situation internationale, de l’immigration… Et lire d’autres réquisitoires que les miens.

 


A noter, en marge de ce billet, que si je parle ici de LFI, c’est surtout parce que leur programme a le mérite d’exister. Le PS a sorti un torchon encore plus gros avec des mesures sans fil conducteur, sans cohérence… A sa décharge, comme il ne pourra pas soutenir un candidat issu de son camp (sauf si on considère Hollande comme membre actif, on ne sait jamais ...), ce n’est pas la peine qu’il s’épuise les hémorroïdes à faire de la littérature.

 


Parlons immigration, donc !

 

Ce n’est pas un gros mot et ce n’est pas ma faute qu’elle sera au cœur de la campagne : c’est le seul sujet qui intéresse le RN et je n’ai pas entendu Bruno Retailleau évoquer d’autres sujets. D’ailleurs, la lutte contre l’assistanat chère à Laurent Wauquiez fait immédiatement penser à ses familles d’immigrés qui cumulent des aides sociales.

L’ami taulier du blog Politeeks rappelait récemment différents chiffres dans un billet montrant que ces ânes de droite racontent strictement n’importe quoi. Il n’oubliait pas, surtout, de rappeler que les électeurs frontistes croient à peu près n’importe quel argument venant de Jordan Bardella et de sa meute de joyeux marrons.

S’il est nécessaire de rappeler tout cela pour semer le doute, il ne faut pas espérer que les arguments entrent entre les oreilles des électeurs basdufrontistes : ils ne veulent pas écouter. J’écoutais CNews, hier vers 20h, avec Pascal Praud. Au fond, cet énergumène n’a qu’un seul argument : « tout le monde sait que ». Il ne cite aucun chiffre, n’apporte aucune démonstration. Il tient les informations qu’il avance pour argent comptant. « Tout le monde sait que ce sont les immigrés qui sodomisent le plus profondément les petites filles. »  Qui va aller vérifier ? Par exemple qu’ils ne sodomisent pas aussi les petits garçons ?

 


Il y a d’autres arguments à faire entendre pour démontrer que le projet de la droite dure est fondamentalement inapplicable et donc ridicule, tout en mettant dans le cerveau des électeurs que la lutte contre l’immigration coûterait bien plus que l’immigration en elle-même. Jean-Luc Mélenchon le fait d’ailleurs très bien, mieux que quiconque.

Par exemple, ChatGPT nous apprend que la France à 27000 kilomètres de frontière dont près de 3000 de terrestres rien que pour la France métropolitaine. Vous n’allez pas embaucher des milliers de douaniers pour tout surveiller, construire des murs en haut des Alpes ou des Pyrénées, mettre des mines le long les côtes pour empêcher les barcasses venant d’Afrique de débarquer à Arcachon. Quel serait le prix de la reconduction des interpelés vers leurs domiciles ?

Autre exemple, toujours ChatGPT nous apprend qu’il est estimé qu’il y a entre 700 et 900 000 étrangers en situation irrégulière en France. Combien devrions nous payer pour les arrêter, les transporter au pays (prix du bateau, de l’avion… et de l’accompagnement) ? Sommes-nous sûrs que les pays en question seraient prêts à les accepter ?

 


D’autres arguments de bon sens sont entendables. Par exemple, nos fachos en herbe critiquent ce qu’ils appellent abusivement l’Aide Médicale d’Urgence. Pour autant, on a le devoir de soigner les braves gens qui tombent malades sur notre territoire et on ne va pas rigoler bêtement des mômes dont les parents ne sont pas en situation régulière qui souffrent d’une rage de dents.

Hier soir, sur Cnews, nos éditorialistes aux relents un tantinets xénophobes râlaient contre la faiblesse du prix des études en France pour les étudiants étrangers. Pour autant, je ne vois pas où est le mal de former des soignants pour des pays en voie de développement, où est le mal de sensibiliser les jeunes étrangers à la culture française, voire simplement à la francophonie… Sans compter les jeunes formés qui pourraient décider de travailler en France dans des domaines où nous manquons de main d’œuvre ?

 


En revanche, il y a des sujets assez clivants, à gauche, qui ont au moins le mérite de me faire rigoler. L’autre jour, François Ruffin a dit qu’il ne voulait pas qu’on fasse venir des médecins de l’étranger pour combler nos déficits en la matière et qu’il était contre l’immigration de travail.

Automatiquement, les trolls insoumis l’ont traité de fachiste en oubliant de réfléchir. En effet, aller chercher de la main d’œuvre par-delà les frontières et les mers est tout de même assez colonialiste (et priverait les pays moins opulents que nous d’ingénieurs, de soignants…) et c’est tout de même assez sarkozyste de vanter l’immigration de travail !

Comme Ruffin, je suis contre l’immigration de travail mais je ne suis pas opposé que des ressortissants étrangers occupent des postes chez nous si nous sommes en pénurie de main d’œuvre.

Raconter n’importe quoi comme les trolls en question est parfaitement contre-productif et être de gauche ne se décrète pas.

 


La gauche doit avoir un vrai projet en matière d’immigration et arrêter de jouer avec des slogans antifachistes et antiracistes. Par exemple (et je ne suis pas du tout un spécialiste du domaine), nous avons, en gros, trois catégories de résidants sur notre territoire : les citoyens français, les étrangers en situation régulière et ceux en situation irrégulière.

Je ne serais pas, d’une part, à ce que l’on propose l’accession à la nationalité des étrangers en situation régulière sous réserve d’un certain nombre de conditions (comme l’exercice d’une profession en continu depuis cinq ans, la virginité du casier judiciaire…) et, d’autre part, à la régularisation des… irréguliers avec d’autres critères (toujours la virginité en question mais aussi, par exemple, la présence depuis deux ans sur le territoire…).

Cela permettrait, en outre, de lever les confusions au sujet des OQTF. Un type en situation irrégulière incapable de se régulariser n’a pas besoin de se faire notifier une obligation de quitter le territoire, cela va de soi, et ce n’est pas la peine de d’ajouter des arguments à des cryptofaschistes.

Pour renverser la table, il faut parfois changer les mots : nous avons les citoyens, les ressortissants étrangers en situation régulière et une autre catégorie qu’il faudra nommer et que nous appellerons maintenant les personnes oubliées de racines citoyennes (ça ne veut rien dire mais ça donne un joli acronyme).

 


Enfin, il ne faut pas jouer avec la culture. La France est un pays d’égalité et de liberté. Les gens qui, par exemple, ne supportent pas l’homosexualité (ça vaudrait presque pour des citoyens ancestraux) ou pensent qu’une religion peut obliger des femmes à s’habiller de manière spécifique n’ont rien à foutre chez nous (avec une gauche qui prétend qu'elles ont la liberté de porter le voile...). D’une part, on peut être fier de notre pays, celui des lumières et tout ça ! On ne va pas rejeter des années de progressisme culturel. D’autre part, on ne va pas se mettre à dos des électeurs qui ont peur de cohabiter avec des gens pensant différemment.

Ainsi, si Jean-Luc Mélenchon peut être brillant quand il évoque l’immigration, il est complètement à côté de la plaque quand il parle de grand remplacement. On ne veut pas remplacer des gonzesses qui vont à la plage les nibards à l’air par des bonnes femmes en burkini.

 


Pour terminer, il ne faut pas jouer, non plus, avec les questions raciales ou ethniques. Taper sur Israël pour récupérer des voies d’électeurs rebeus de nos banlieues n’est pas joli joli. Et n’est pas de gauche.

On peut penser que les actes du gouvernement actuel d’Israël sont exécrables mais j’ai encore entendu Méluche qualifier d’actes de guerre les attentats terroristes du 7 octobre ! C’est lamentable. Surtout si c’est pour récupérer des électeurs.

Ca ne fonctionnera pas.

 


Dans ce billet, il y a une photo "IA" représentant Mélenchon vieillie. N'y voyez pas de méchanceté, c'est simplement parce que je parle de mon propre vieillissement.

10 mai 2026

Mélenchon, le pire atout pour la gauche !

 


Ne passons pas à côté de cet anniversaire. Nous sommes le 10 mai 2026. Il y a 45 ans, François Mitterrand était élu président de la République. La semaine dernière, en annonçant sa candidature, Jean-Luc Mélenchon s’est comparé à lui : un an avant, lui aussi avait une équipe, lui aussi avait un projet, lui aussi avait un programme… Sauf que, en mai 1980, Mitterrand n’était pas candidat et c’est Michel Rocard qui tenait la corde.

Dans la semaine, il y a eu un autre anniversaire : les 14 ans de l’élections de François Hollande. Un an après, peu de personnes pensaient qu’il serait le candidat du PS (cela étant, il n’aurait pas fallu que j’attende quatre ou cinq jours de plus pour faire ce billet, compte tenu de ce qui est arrivé au champion d’alors du PS : Dominique Strauss-Kahn). Les deux seules fois où un candidat de gauche a conquis le pouvoir suprême, on ne savait pas, avant octobre, qu’il serait candidat.

 


On comprend bien la stratégie de Mélenchon : profiter du bordel à gauche pour jouer au rouleau compresseur, pour faire croire qu’il est le seul à pouvoir l’emporter face à Jordan Bardella.

Se comparer avec assurance à Mitterrand a ses limites. Non seulement, Mitterrand ne croyait probablement pas à ses chances (ou alors, ce qui ne change rien, était déjà un très fin stratège, en reculant l’annonce de sa candidature). Mitterrand avait déjà été deux fois candidat (Méluche le bat !) mais, à chaque fois, il était au second tour (dont, une fois, où il avait mis de Gaulle en ballotage, excusez du peu).

Pour montrer qu’il est le seul, Mélenchon parle beaucoup des sondages. L’autre jour, il annonçait qu’un sondage le poussait en tête. « D’après un sondage Cluster17 paru aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon est la personnalité de gauche qui recueille le plus de « soutien », loin devant toutes les autres : près de deux fois plus que Ruffin ou Glucksmann, quatre fois plus que Roussel. » Saut que c’est un sondage de l’institut Cluster 17, qui n’est pas vraiment reconnu pour la justesse de ces analyses et que Méluche a oublié que n’importe quel imbécile pouvait retrouver les résultats réels ! Le seul classement « valable », dans ce truc, est celui page 16. Mélenchon est derrière Ruffin, à égalité avec Cazeneuve, Glucksmann et Roussel. Ce sondage ne porte pas sur la présidentielle.

 


Toujours à propos des sondages, il évoque beaucoup ses trois précédentes candidatures. Il est vrai que son score avait bien été minimisé par les instituts, jusqu’à 10 points pour 2022 (un peu plus, même, à un an de l’échéance). Il n’empêche qui analyse cela sans le moindre recul. En 2022, les sondages le donnaient quatrième, il a fini troisième. Actuellement, il est encore souvent donné quatrième.

Surtout, il oublie de rappeler les circonstances des élections. En 2017 et 2022, les candidats du centre gauche se sont montrés nuls à chier. Benoit Hamon a complètement raté sa campagne dès les premiers mois. Quant à Anne Hidalgo, on a du mal à se rappeler si elle existait. Il était parfaitement logique que les déçus aillent vers Mélenchon qui représentait le seul espoir pour la gauche.

En 2027, non seulement Mélenchon a déjà démontré deux fois qu’il ne pouvait pas être un espoir, mais, en plus, il est fort probable qu’il y a aura un candidat Socdem assez fort qui se retrouvera en position d’outsider sérieux pour « la tête de la gauche », à défaut de la participation au second tour, qu’il s’agisse de François Hollande, de Raphaël Glucksmann ou de Bernard Cazeneuve.

Il oublie aussi de dire qu’il n’y aura pas de primaire à gauche, cette fois : elles viennent d’être torpillées alors qu’elles représentaient un bon espoir pour Méluche : par deux fois, elles ont désigné le pire des candidats…

 


Quand il parle des sondages, Méluche oublie un détail. Il est lui-même le pire candidat pour un second tour, là où il s’agira probablement d’éliminer un candidat du Rassemblement National. Comme tout le monde, je me demande comment Jordan Bardella peut être à ce niveau et je crois sincèrement qu’une majorité de Français finira par se rendre compte qu’il est nul. Néanmoins, si tous les autres candidats pourraient bénéficier d’un front républicain, ce n’est pas le cas du leader de LFI.

Je comprends que les militants insoumis n’y croient pas mais il y a beaucoup de passif. Trop d’erreurs ont été commises. Prenez la mort du jeune Quentin. On est très nombreux à penser que des groupuscules d’extrême-droite sont les seuls responsables. LFI aurait dû, tout de même, se désolidariser franchement de « la Jeune Garde » et du député Raphaël Arnault. Ca aurait été injuste, me direz-vous ? Et alors ?

 


Dans ses propos, pour jouer au rouleau compresseur, Jean-Luc Mélenchon parle beaucoup de l’international pour faire croire qu’il est le seul à avoir une vision ! Il parle même beaucoup de de Gaulle. Il commet un certain nombre d’erreurs. Il se met généralement en opposition avec Etats-Unis d’Amérique en oubliant que Trump n’est pas éternel, que les USA ne sont notre ennemi. Il n’ose pas critiquer la Russie et a toujours eu une position louche au sujet de l’Ukraine. Récemment, il s’est mis à défendre la Chine, par exemple en rappelant que Taiwan avait toujours été Chinois, peu importe si les Taiwanais ne veulent pas passer sous la coupe de leur voisin.

Je ne vais pas rappeler ici ce que je dis depuis deux ans et demi sur la position de LFI par rapport au conflit israélo-palestinien. Il continue. Pas plus tard que cette semaine, il parlait des attentats du 7 octobre comme d’actes de guerre.

Et il oublie toujours de parler d’Europe, comme si une des priorités n’était pas de remette l’Europe dans sa position de première économie ou puissance mondiale, que c’était la seule solution pour que l’on puisse s’en sortir…

Vous pouvez ne pas être d’accord avec moi sur ces différents points mais il va falloir que Mélenchon dépense beaucoup d’énergie – et il le fait, avec son brio habituel – pour obtenir le soutien des électeurs.

 


Il me reste à parler du programme. Je ne suis pas opposé à une majorité de points, loin s’en faut, mais il faut que Méluche arrête de dire que le programme est prêt depuis longtemps. Ce programme n’a rien permis de gagner jusqu’alors. « L’Avenir en Commun » a notamment échoué en 2017 et 2022. Les gens n’en veulent pas. Ils ne sont probablement pas opposés, un par un, à chacun des points mais ce programme ne donne aucune vision, aucune marque d’une société meilleure, aucune vision d’avenir.

Ce programme ne vise que des militants de gauche.

Pas les électeurs.

 

A l’heure actuelle, comme depuis 10 ans, ce qu’il a prouvé, Mélenchon reste le pire atout pour la gauche. Et il avait promis de passer la main. Aucune de ses promesses n’est donc crédible.

 

 

01 mai 2026

Politique sous perfusion

 


Je n’ai fait que deux billets, dans ce blog, en avril ! Ca ne m’était pas arrivé depuis décembre 2021 mais, à l’époque, j’avais un prétexte : j’étais à l’hosto pour une opération urgente de l’aorte… Je n’avais même pas encore 60 ans, ce qui est réparé depuis huit jours. Depuis quelques mois, ma production a baissé progressivement. Je ne sais pas pourquoi cette décrue a commencé. Je sais que, maintenant, je n’ai plus envie d’écrire alors que j’étais si prolixe, à une époque, arrivant à aliment jusqu’à six blogs.

Je me contente de piquer des coups de gueule dans Facebook quand je vois des zozos raconter n’importe quoi uniquement parce qu’ils n’aiment pas certaines personnalités. J’ai même fini par poser mes stylos et à me calmer dans les réseaux.

 


Je vais vous raconter le dernier exemple. François Ruffin a déclaré récemment : « La France ne doit pas faire appel à des médecins algériens, tunisiens ou roumains ! Elle doit avoir ses médecins [qu’elle forme…]. Moi je suis hostile à l’immigration de travail. » Je suis à peu près avec lui (mais il faudrait formuler des nuances ; par exemple, si un toubib étranger veut venir s’installer chez nous, on ne va pas l’empêcher si on en manque).

Immédiatement, un type de LFI a réagi : « Plus il parle, plus il ressemble à Bardella et à Marine Le Pen, avec en prime, la duplicité de Hollande et le manque de charisme d’Olivier Faure. »

Il n’a évidemment rien compris. Ruffin a dit qu’on ne devait pas aller chercher des médecins à l’étranger (les autres pays en ont besoin) mais qu’on devait former nos soignants (y compris avec des étudiants étrangers). Il faudra expliquer à cet imbécile que l’immigration choisie est bien un truc de droite voire d’extrême droite et qu’aller chercher du personnel à l’étranger est à la limite du néocolonialisme.

Vous aurez compris que, ici, ce n’est pas le problème des médecins étrangers qui me préoccupe (je n’y connais rien !) mais bien l’oukaze prononcé sans réflexion par un imbécile qui compare des types de gauche hors LFI a des gens d’extrême droite…

 


L’exemple précédent ne manque pas de piquant, non plus. Jack Dion (on se connait de Facebook depuis plusieurs années) est un (ancien ?) journaliste de l’Humanité proche de LFI. Il a déclaré en début de semaine : « Tous les candidats de gauche incapables de passer le 1er tour en 2027 accusent Mélenchon de partir battu pour le second tour. Les perdants ont inventé le Titanic électoral. »

Je ne supporte plus ces punchlines avec un trait d’humour pour dénoncer des conneries en croyant énoncer des évidences. Il faudrait qu’on arrive à se poser et à réfléchir à une manière de faire gagner la gauche. C’est ce qu’essaient de faire un tas de gens dont « tous les candidats de la gauche… » LFI propose une solution : Mélenchon. Or tous les indicateurs montrent qu’il aurait du mal à accéder au second tour et qu’il y perdrait. On peut clamer en ricanant que c’est faux. Mais ce n’est pas faux.

 


Récemment, Marine Le Pen a déclaré qu’elle préférerait que le candidat de son parti affronte quelqu’un du « bloc central » que Mélenchon. Immédiatement, les LFI sont intervenus : « ah ah, vous voyez bien que c’est de nous qu’elle a peur, pas de la droite ou du centre, elle pense donc que Méluche est le seul à pouvoir gagner ». La vérité est qu’elle pense que le RN gagnerait trop largement face à LFI parce que le vote serait « contre LFI » et pas « pour le RN ».

C’est dommage d’être aveuglé par son candidat. Je sais ce que c’est, je continue à soutenir Hollande !

 


Je viens de balancer deux ou trois pavés contre LFI mais je n’en pense pas moins des autres.

Commençons par LR. Au fond, je m’en fous et s’ils optent pour la pire des stratégies, ils donnent de l’air aux autres formations. Et ils viennent de choisir la pire des stratégies : désigner maintenant Retailleau pour les représenter à la présidentielle ! J’en reviens à l’aveuglement dont je parlais : ils ne se rendent pas compte que leur chef n’a pas la carrure ou le charisme pour faire le job de candidat. L’échec est assuré. Ils auraient dû opter pour une primaire et chercher une alliance avec Edouard Philippe, inclure Xavier Bertrand… Bref, réunir des cadors ou anciens cadors de la droite !

 


Je vais passer sur les « candidats de gauche incapables de passer le premier tour ». Je n’ai pas grand-chose à dire. Je suis pour une primaire mais à condition qu’elle ait une chance d’aboutir ce qui, en présence de Mélenchon et Glucksmann, est impossible. Il me semble qu’elle vient d’exploser, cette primaire.

Concentrons-nous sur le PS (d’où viennent une partie des incapables en question). En refusant une stratégie claire pour les municipales, celle que je préconise depuis longtemps (pas d’alliance avec LFI au premier tour mais un regroupement au second selon les opportunités), ils ont fait foirer toute la suite après avoir réussi à se tenir correctement pendant la séquence budgétaire.

On a vu dans la presse, cette semaine (ou la précédente…), que le PS avait sorti un programme en 600 points. Or ce n’est pas un programme mais la concaténation de 600 « contributions », sans colonne vertébrale, sans vrai projet de société. C’est du n’importe quoi ! En outre, la proposition est phare est le smic à 1690 euros ! C’est ridicule d’annoncer cela avant que le projet ne soit sérieusement débattu dans les instances nationales puis soumis au vote des adhérents.

 

Au moins, LR a fait voter ses militants et les partisans des primaires voulaient un vote pour le choix des candidats. LFI ne veut pas d’élection interne et le PS sort un OVNI.

On est mal barrés.

 

Alors je ne sais pas si je vais reprendre le blogage.

Pourtant, Mélenchon fait parler de sa fille. Marine Tondelier vient de proposer la création d'un congé climatique. La une de Google News est pleine de perles qui, au moins, on le mérite de nous faire rigoler.

16 avril 2026

Loi Yadan : de l'amertume ?

 


Je n’ai pas spécialement d’avis au sujet de la loi Yadan. Je n’aime pas la politique du gouvernement Israélien mais le militantisme débile « LFI pro palestinien » me casse franchement les burnes. En revanche, je n’aime pas du tout les lois qui nous empêchent de dire ce que l’on pense…

Toujours est-il que, dans les réseaux sociaux, on trouve n’importe quoi. Par exemple, je viens de tomber, dans Threads, sur ceci : « Donc 700000 signataires contre la loi Yadan et c’est pas pris en compte ? On se fou de qui ??????!!!!!! »

La pétition en question sur le site de l’Assemblée Nationale est là pour exiger la tenue d’un débat mais elle a été refusée par la commission des lois ce qui provoque l’ire de nos militants en peau de zob. Le texte de loi n’est pas encore passée devant le parlement (à l’heure où je débute ce billet) mais il est bien prévu. Et le débat aura alors lieu.

En gros, la pétition prévoit d’obliger la tenue d’un débat qui est d’ores et déjà prévu !

C’est n’importe quoi. Il faut arrêter de jouer avec nos institutions.

 

En outre, il est probable que LFI fasse de l’obstruction parlementaire ce qui empêchera la tenue du débat et favorisera peut-être son passage par une CMP voire son vote sans le moindre débat par l’Assemblée.

 

Comme le souligne mon confrère Authueil, le camp Attal semble à la manœuvre pour rebondir sur toutes les conneries possibles pour adopter une politique dans le style Mélenchon : jouer avec n’importe quelle grogne. « Pour avoir un socle de premier tour solide, il faut cliver et faire du racolage électoral auprès de communautés clairement identifiées, en leur disant ce qu’elles ont envie d’entendre. Et si on s’en prend plein la gueule, c’est encore mieux, ça renforce le message et ça hystérise la communauté qui n’aura pas eu ce qu’elle voulait. Ce n’est pas un hasard si Gabriel Attal, juste avant l’examen de la PPL sur le 1er mai, a écrit à tous les boulangers et fleuristes de France, pour leur dire qu’il est à leurs côtés. » 

Ca me fait penser que je n’ai pas parlé de cette tentative de modifier la législation du travail au sujet du premier mai. C’est un beau piège tendu à tous les débatteurs du dimanche (ou de tout autre jour normalement chômé). On touche à un symbole ou un tabou mais, entre nous, empêcher les fleuristes de vendre du muguet officiellement alors que la vente à la sauvette est tolérée ce jour-là, est grotesque et je n’avais jamais constaté que les boulangeries étaient fermées le premier mai.

13 avril 2026

Tournons la page des municipales

 


Voila à peu près deux semaines que je n’ai pas fait de billet dans ce blog ce qui constitue une sorte de record. Il y a plusieurs raisons, cela. Evidemment, je suis déçu par les résultats dans ma commune qui voit la droite conquérir la mairie mais ce n’est pas essentiel dans ma déprime momentanée. En revanche, le fait de m’être planté à ce point dans mes estimations pour le premier tour. Je m’attendais à voir la liste menée par le PS à 40% et celle de droite à 25 et c’est le contraire qui est arrivé !

Je me répète : ce n’est pas d’avoir perdu qui me chiffonne mais de m’être trompé à ce point dans mes estimations… On est peu de choses. Ca ne m’était jamais arrivé à ce point. Prenez la présidentielle de 2002. Toute la gauche était déçue par le premier tour mais, au fond, l’écart entre Le Pen et Jospin n’était pas énorme. On pensait bien que Le Pen allait dépasser les 15 (et il a fini 16,86), ce qu’il avait atteint au scrutin précédent. On se disait que Jospin n’atteindrait pas 18 ou 19% (et il a eu 16,18). L’écart, en pourcentage, entre les pronostics personnels et l’élection était donc faible. Cette fois, j’ai atteint 15 points…

Le fait que je ne me sois pas trop planté de ce que j’imaginais au niveau national n’est qu’une piètre consolation.

 

Une autre raison qui explique mon silence (mais qui n’est qu’annexe dans ce billet) est que si la gauche a autant perdu (au second tour, cette fois), c’est surtout parce qu’il n’y a pas eu d’accord avec LFI. Or je dis dans mon blog depuis des années qu’il ne faut pas d’accord national pour les premiers tours et seulement sur les seconds. J’en ai parlé plusieurs fois, récemment.

Pendant cette campagne, on a beaucoup plus parlé de la nécessité de chier sur LFI plus que sur le RN que sur le contenu des projets. Ca a été à un point où j’ai été obligé de défendre LFI ce dont j’ai horreur. Quand je dis « on », je ne pense à tout le centre gauche, cette belle gauche républicaine ou gauche de gouvernement que je vénère généralement (surtout après l’apéro).

Les joyeux analystes de gauche ont beaucoup parlé des avaient pu être sauvé sans « accord de la honte » mais ils auraient mieux fait de faire le décompte des villes moyennes perdues à cause du manque d’accord…

 


Mais revenons à Bicêtre ! Après avoir constaté mon plantage dans mes prévisions, je tenais en estimer la cause. Mon sentiment est qu’une grande partie des électeurs d’origine maghrébine ont voté pour la liste de droite dont le chef de file est né dans la commune de parents Turcs… C’est peut-être une forme de communautarisme mais, surtout, ils lui ont fait confiance pour deux éléments forts de son projet : virer les vendeurs de tabac à la sauvette et les commerces de restauration rapide. Or les personnes concernées sont aussi d’origine Nord-Africaine et, mes propres relations de comptoir, que je connais depuis près de 30 ans ont fait la gloire des commerces de restauration rapide (et ramènent leurs clopes du bled).

A ce stade, je ne critique pas sur le fond mais ce qui me choque est qu’ils n’aient évoqué ces sujets, au comptoir ou en terrasse, qu’après le second tour. Tout ce qu’ils ont pu dire avant, pendant la campagne, ne m’a pas permis de me rendre compte que le vent avait tourné pour la gauche.

 

Au fond, c’est assez rigolo de constater que des électeurs « racisés » d’une banlieue bobo proche de la banlieue rouge vote à droite parce qu’ils n’aiment pas une les évolutions de la société liées à l’immigration.

 


Parlons de ce fond. Les commerces de restauration rapide ! Par les temps qui courent, ce sont les marchands de poulet qui ont la cote. Toujours est-il que le commerce est libre, en France, et que les municipalités ne peuvent pas faire grand-chose sauf à exercer leur droit de préemption quand un commerce est vendu… Le coût serait exorbitant ! Ce qui ne m’empêche pas d’être exaspérer par ces commerces qui n’apportent rien… et qui s’entendent assez bien pour faire monter leurs tarifs au point de concurrencer les bistros.

Quant aux vendeurs de tabac à la sauvette, ils posent très peu de problèmes mais s’ils importunent vaguement les passants. Il n’y a aucun impact sur la sécurité : ils sont obligés de bosser dans des secteurs avec beaucoup de passage. En outre, lutter contre des commerces illégaux n’est pas du tout du ressort des communes.

 

D’autres raisons expliquent la victoire de la droite, notamment une très bonne campagne. Mon amitié pour le maire actuel m’a sans doute un peu aveuglé mais force est de constater que les zozos de droite étaient bien présents.

La commune a été créée en 1897. Elle a été à droite de 1983 à 1995. Ce n’est pas une nouvelle période du côté sombre de la force qui va me faire déprimer. La commune était connue pour être championne de la mixité sociale en Ile-de-France et les principaux bénéficiaires, en prenant de l’âge, en n’étant plus des jeunes des banlieues, ont choisi de changer les dirigeants.

Il faudra bien qu’ils assument.

 

31 mars 2026

Aux grands hommes de gauche, la patrie reconnaissante ?

 


Il parait que François Hollande a maigri et que c’est un signe : il va se présenter à l’élection présidentielle de 2027. Pour ma part, je ne crois pas à sa capacité à l’emporter mais je dois bien reconnaitre que, il y a quinze ans, je ne le croyais pas non plus. On va laisser le temps passer ! A la fin de l’année, on aura une vision plus précise et il est bien probable que personne d’autre ne se dégage, à gauche.

Alors, je vais commencer dès maintenant à faire campagne pour lui (au moins pour un billet, hein !) surtout parce que je commence à voir des gauchistes en peau de lapin lui taper de plus en plus dessus, comme si, eux aussi, le voyaient comme seul candidat issu de la gauche apte à gagner.

C’est ainsi que j’ai pu lire dans Facebook : « Il y a une énorme différence entre Lionel Jospin et François Hollande. Après une défaite, Jospin assume et se retire de la vie politique. Voilà la vraie morale politique. Hollande, lui, après 93875082498402234 défaites, il revient en majesté, sans la moindre honte et avec un culot incroyable, comme si de rien n’était!!! »

Il faut rétablir les faits…

 

François Hollande s’est présenté une seule fois à la présidence de la République et il a gagné. Lionel Jospon a été candidats deux fois. Il a perdu deux fois. La deuxième, il n’était pas au second tour.

Lionel Jospin a annoncé se retirer de la vie politique mais a tenté de se présenter à la primaire suivante puis à été membre du Conseil constitutionnel. François Hollande, lui, a annoncé ne pas se présenter à sa succession (et il ne s’est pas présenté) parce qu’il ne pouvait pas gagner et, surtout, que s’il s’était présenté, le prochain président aurait été à choisir entre Marine Le Pen et François Fillon.

Lionel Jospin a été député pendant huit ans. François Hollande a été député pendant vingt ans (mais n’a gagné que trois législatives). Ils ont gagné tous les deux quatre législatives.

Lionel Jospin a été conseiller général pendant treize ans. François Hollande a été président pendant quatre ans d’un conseil général. Hollande a été maire de Tulle pendant sept ans. Lionel Jospin a été conseiller municipal de Paris pendant neuf ans.

 

Maintenant, si vous insistez, on peut comparer les résultats électoraux du PS quand ils en assuraient la direction. Vous n’insistez pas ? C’est dommage. J’aurais pu rappeler, par exemple, que le Sénat est passé à gauche pour la première fois sous la cinquième après des municipales orchestrées par Hollande.

Vous préfèreriez comparer les résultats obtenus après qu’ils aient assuré la responsabilité de la politique du pays pendant cinq ans (à des postes différents) ? On pourrait le faire mais on pourrait s’engueuler quand je poserai la question : qui a fait le plus de privatisations ?

Mais ne soyons pas mesquins ! Jospin a bénéficié d’une période de forte croissance avec ces histoires de bulle informatique et de cagnotte. Hollande a eu à faire face à une vague d’attentats sans précédent.

 

Rassurez-vous, je ne suis pas là pour faire une comparaison des deux grands hommes. Il y a les circonstances politiques et économiques, il y a le fait que c’est Jospin qui a poussé Hollande et un tas de faits indiscutables.

Il n’empêche qu’il me paraitrait assez souhaitable que les gougnafiers qui se prétendent de gauche ne racontent pas n’importe quoi sous prétexte qu’ils ne peuvent pas blairer le type qui a le plus de chance, dans notre camp, de l’emporter !

27 mars 2026

Municipales : ne foirons pas l'analyse

 


Les analyses du résultat des élections municipales des deux derniers dimanches se multiplient mais j’ai un peu peur que les personnalités politiques, les éditorialistes et tous les braves gens qui sont payés pour donner leurs avis insistent sur différents aspects sans intérêt en oubliant qu’il faudrait en tirer des conclusions fiables avant le prochain scrutin.

C’est notamment le cas dans le camp – le mien – de la gauche républicaine où l’on nous dit qu’on n’a pas gagné a pas fait alliance avec LFI et que les principales victoires viennent des villes où l’on a tourné le dos à ce parti. CQFD laissent-ils entendre : « il ne faut pas faire de compromission avec la gauche radicale ». Ce raisonnement est totalement biaisé. Le fait est que l’on a gagné dans les villes où l’on est forts et que, dans les autres, on a bien été obligés de s’allier pour tenter d’avoir une majorité mais qu’on n’a pas réussi partout. Le rejet de LFI par les électeurs du centre gauche n’est pas du tout montré ici.

Comme on le dit par chez moi : il ne faut pas tortiller du cul pour chier droit.

 

L’analyse du résultat n’est pas simple à cause du système électoral. De fait, on va souvent se limiter aux grosses villes, sachant que 60% de la population habite dans des patelins de plus de 30 000 habitants. Les analyses vont donc porter sur les plus grosses villes. On parle beaucoup des 100 plus grosses villes mais seuls un peu plus de 30% des Français y vivent.

Voir en illustration l’évolution des votes dans ces 100 villes depuis la précédente échéance de ce type (elle vient du Parisien et est présentée par l’ami Ronald).



C’est très rigolo. Certains « choisissent » le panel de villes selon des critères qui les arrangent. Manon Aubry retient celui des 50 plus grosses villes parce que seule LFI y gagner. Elle a donc publié un graphique dans Facebook pour montrer que la plus grosse progression est faite par LFI. Si elle avait pris les 100 plus grosses, comme moi, elle n’aurait pas pu le dire : le centre a gagné bien plus et le RN a gagné autant.

 

La vérité, pour ce lot de 100 villes, est que les changements n’ont pas vraiment d’importance. Prenons la gauche « non écolo », donc, en résumé, le PS, LFI et le PCF. Ce groupe gagne 3 villes (c’est dérisoire, ça fait 3% !). Si LFI peut être distinguée dans ce machin, c’est, d’une part, parce que c’est la première fois qu’ils ont des candidatures sérieuses et, d’autre part, parce qu’ils sont qualifiés d’extrême gauche depuis quelques semaines par le ministère. Sans oublier que c’est toujours dans les centres urbains qu’ils font de bons scores ce qui les éloigne un peu des classes ouvrières… Mme Aubry aurait donc peut-être mieux fait de se taire.

Inventons un groupe « droite de gouvernement et centre ». Ils passent de 50 à 51. La belle affaire. Occupons-nous des écolos. Ils ont une vraie perte (le nombre de ville est divisé par trois) mais n’est-ce pas le score de 2020, dans les conditions que l’on sait (le Covid et tout ça) qui les avait favorisés ? On pourrait parler du RN mais, au fond, Nice a été conquis par un ex UMP, ex premier adjoint et ex président du conseil général.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas des éléments significatifs mais ils se limitent à la baisse des verts et à la montée des centristes…

 


Ainsi, chacun pourra voir « midi à sa porte » et arranger l’échantillon de l’étude pour sortir un résultat réjouissant. Moi-même j’ai parlé de 30000 habitants dans mon introduction mais c’est bien parce que ma commune en a moins.

Le Kremlin-Bicêtre est à gauche depuis la nuit des temps (malgré un passage à droite dans les années 80), est au cœur de la banlieue rouge. La députée insoumise y a fait plus de 50% au premier tour des dernières législatives (au nom du NFP). Pourtant, elle a été conquise par la droite, dimanche dernier. Cette victoire de la droite est explicable par la présence de deux listes de gauche au second tour, celle proche du PS arrivée bien devant celle de LFI au premier.

C’est bien donc la présence de la liste LFI qui a empêché celle du PS de gagner. Cette présence est expliquée par l’absence d’un accord. Pour cette absence d’accord, j’ai entendu deux justifications. LFI prétend notamment que le PS n’a pas fait de proposition. Il me semble pourtant que les exigences de LFI étaient trop lourdes à supporter pour le PS qui aurait perdu le fait d’avoir la majorité des sièges au conseil, LFI aurait alors pu faire sa loi en étant arrivé avec 15% au premier tour…

 

Il aurait donc fallu un accord national entre le PS et LFI (et les autres partis) pour que cette commune moyenne reste à gauche.

On est donc bien loin de cette analyse de nos spécialistes parisiens en accords électoraux et en lutte contre l’antisémitisme quand il est de gauche qui prétend que les accords sont mortifères pour la « gauche de gouvernement ».

Cet accord national doit être formel : s’il y a plusieurs listes de gauche capables de se maintenir au second tour, seule la première doit pouvoir se maintenir. S’il y a une fusion de liste, il ne faut pas qu’un seul « groupe » puisse provoquer un blocage en s’alliant avec l’opposition municipale. Cet accord ne doit concerner que les seconds tours.

Et si on est nombreux à penser que LFI plombe la gauche, il faut bien faire avec…

 


Retour vers le passé

La mort de Jospin m’a renvoyé à l’époque de la création de ce blog, il y a une vingtaine d’année. Ca suivait 2002 et précédait 2007 et 2008, avec le congrès de Reims. Ce n’est qu’à cette époque que j’ai eu des copains engagés au sein des partis politiques, notamment le PS. Il y avait souvent des débats entre eux et ils s’engueulaient prodigieusement pendant que je finissais les popcorns.

Prenons le premier, 2002, avec l’élimination au premier tour du vénérable. Il y avait deux camps. Ceux qui mettaient les torts sur le dos de Jospin qui n’aurait pas fait une bonne campagne, déclarant sa candidature par fax puis se faisant baiser par Chirac avec les problèmes de sécurité, papy Voyce et tout ça. Les autres mettaient tout sur le dos de Taubira et Chevènement qui auraient piqué des voix à Yoyo. Personne n’osait dire, à l’époque, que les deux avaient raison et que d’autres phénomènes étaient à prendre en compte (notamment le fait que l’extrême gauche est arrivé à 10%, ce que nous n’allons pas tenter d’expliquer aujourd’hui).

Pour 2007, il y avait clairement deux camps pour expliquer la défaite de Ségolène Royal. D’un côté ceux qui expliquaient qu’elle n’avait pas pu compter sur l’aide du parti, de l’autre ceux qui disaient qu’elle avait fait campagne en dehors du parti. Ils ont complètement omis des deux autres. La première (et peut-être la seule valable) est que Sarkozy était un excellent candidat (le travailler plus pour gagner plus, le successeur dynamique d’une droite vieillissante). L’autre est Ségolène Royal était mauvaise…

2008 et le congrès de Reims offrent peu d’intérêts directs dans ma démonstration. Il y avait les soutiens de Royal et ceux d’Aubry (l’autre) qui s’accusaient mutuellement de tricherie. Je ne sais pas qui avait raison. En revanche, on est bien obligés de reconnaitre que la victoire d’Aubry a permis une mise en marche du parti qui a abouti à la primaire de 2011 puis à la victoire de 2012. A l’époque, personne ne le disait, d’autant qu’Aubry a été la grande perdante de la primaire et que beaucoup estiment qu’Hollande n’a gagné que grâce aux déboires de DSK. Pourtant, pépère aurait pu gagner la primaire par sa gauche en positionnant DSK comme un représentant du libéralisme….

D’ailleurs, on pourrait raconter la suite de la rigolade avec les déboires d’Hollande et les critiques de sa politique faite par l’aile gauche des socialistes alors que Flanby ne faisait, en gros, que mettre en œuvre ce qu’il avait annoncé dans ses livres parus avant le « forfait » de DSK…

 

Certes, un militant socialiste de l’époque pourra critiquer la légèreté de mes quelques analyses mais elles n’en sont pas vraiment : elles sont une critique de ce qui leur ai passé par le crâne et qui les induit en erreur depuis tant de temps.

 

Alors, aujourd’hui, on peut détester ce que représente LFI, l’antisémitisme supposé, le non-respect de quelques valeurs républicaines, la bêtise des analyses politiques de certains cadres, le positionnement délirant sur certains sujets mais on ne peut pas rejeter des électeurs qui ont pensé que seuls la « voie Mélenchon » pouvait mener à la victoire de la gauche depuis 2017 ou qui pensent que le projet de LFI est meilleurs que celui des autres (que l’on continue d’ailleurs à chercher).

On ne réconciliera pas les gauches irréconciliables mais on ne gagnera pas en se foutant sur la gueule. Tout simplement parce qu'on ne peut pas garantir l'impartialité d'une analyse.