En salle

20 janvier 2023

Travaillons moins !


 

« Comment certains Français peuvent-ils espérer à la fois travailler moins chaque semaine et pendant moins d’années que leurs voisins, bénéficier de prestations sociales supérieures et sécuriser leur retraite? Les richesses qui ne sont pas produites ne peuvent pas être distribuées. » C’est un de mes contacts macroniste de Facebook qui a republié dans ce réseau ce Tweet d’un certains François Cherix qui est un écrivain, militant socialiste (oui…) suisse. Il passe sa vie à défendre Emmanuel Macron dans les réseaux sociaux.

Il fait bien ce qu’il veut, ce bougre.

Tout d’abord, en préambule (car ce n’est pas le sujet de mon billet), il faut être très prudent lors des comparaisons avec les autres pays (du moins, quand ça m’arrange, hein !). Il faut comparer aussi le taux de chômage et différentes statistiques sur le niveau de vie des anciens… Ensuite, toujours en marge, j’ai du mal à comprendre que l’on puisse être de gauche et ne pas avoir une vue globale de l’économie et que seul le travail permet la production de richesse. Cela étant, je n’ai pas à diffuser des brevets de gauchisme.

 

Je vais essayer de lui expliquer même si un enfant de trois ans le comprendrait assez bien. Quand un hypermarché remplace des caisses traditionnelles par des caisses automatisées, c’est bien, au minimum, pour avoir autant d’argent avec moins de personnel, donc de travail, et ainsi améliorer sa rentabilité. En fait, il va même en gagner plus, probablement, vu que le « débit » de clients est meilleurs dans les machins automatisés, d’autant qu’ils prennent moins de place.

Il va donc produire au moins autant de richesse avec moins de travail. Je me répète un peu. On appelle ça, aussi, du gain de productivité. Ce qu’on aimerait, c’est que ce gain de productivité soit mieux réparti entre les entreprises et les braves gens. Plutôt que de « tout reverser aux actionnaires », On peut envisager différentes solutions comme faire travailler moins les caissières (vu qu’elles ont moins de travail), améliorer la rémunération des caissières subsistantes, baisser les prix, augmenter les cotisations de l’employeurs pour compenser la suppression de personnel. Je n’ai pas le remède miracle (le dernier point, par exemple, revient à la « taxe robot » de Benoît Hamon, en 2017, mais elle était très mal présentée) d’autant que je crois à une globalisation de l’économie. Il faudrait que la société en général améliore le partage des gains de productivité.

Je ne vais pas multiplier les exemples mais les gains de productivités sont partout. L’autre jour, j’étais en consultation à l’hôpital, l’infirmière du service m’a fait une prise de sang et j’ai reçu le résultat par mail : ça évite de payer des salariés à imprimer des âneries et à les glisser dans des enveloppes.

 


Les militants de gauche sont souvent obtus devant ces gains de productivité, ne voyant qu’une manière de plus, pour l’employeur, de s’en foutre dans les poches. Néanmoins, « caissière » est un métier pénible. Sans compter le fait de supporter des crétins à longueur de journée, il faut prendre des produits sur un tapis, les passer devant un lecteur de code barre, les reposer de l’autre côté… Je ne vous parle même pas de la jouissance de mettre des résultats d’analyse à la chaîne dans des enveloppes…

Ces gains de productivité, liés à un progrès technique, sont bel et bien une amélioration globale de notre sombre monde et il faut arrêter de prétendre le contraire, bordel de merde.

 

Mais, revenons à notre réforme des retraites. Nous avons d’un côté le progrès technique avec ses gains de productivité et un tas de chômeurs en stock mais un gouvernement qui voudrait que l’on travaille plus. Cela va exactement à l’encontre de ce qu’il faudrait faire (et nous pousse dans le même mur que les voisins dont au sujet desquels je parlais en début de note).

Le « travailler plus » aurait un sens si l’on pouvait réellement produire plus, consommer plus et ainsi de suite (ce qui ne colle pas, d’une part, avec notre fainéantise naturelle et, d’autre part, avec la protection de l’environnement) mais cela n’a pas de sens : je n’ai pas besoin de consommer plus (et ce qu’ils l’ont, ce besoin, ont surtout besoin de pognon) et on n’a pas besoin de produire plus quand on a atteint notre « niveau social ».

 

Cette réforme est donc une hérésie. Elle est réduite, par la droite, au financement à long terme des retraites alors que le sujet est plus vaste. D’ailleurs, on parle d’un besoin de financement de l’ordre de quelques pourcents du PIB, pourcentage qui pourrait d’ailleurs être compensé en partie par les gains de productivité en question.

Puisque vous insistez, voila un exemple : grâce au Covid, on a popularisé – voire presque inventé – le télétravail. Pourquoi les entreprises devraient continuer à construire des immeubles de bureau alors que 25% des salariés peuvent maintenant réduire de 60 ou 80% leurs temps de présence dans les locaux de la boite ? On va d’ailleurs y venir… Et je radote : les ouvriers du bâtiment n’ont pas besoin de travailler plus et on ne va pas tous les licencier. Les paramètres de l’équation ne doivent pas porter que sur la retraite…

 


Cette hérésie est souvent combattue par la gauche par des mauvais arguments comme la défense d’avantage acquis ce qui ne fait que conforter les partisans dans leurs positions relatives à la nécessité de travailler plus pour produire plus de richesses que l’on pourrait distribuer.

On trouve beaucoup de commentaires dans les réseaux sur l’augmentation du nombre de milliardaires et les « gains du CAC40 ». C’est maladroit : on va finir par chasser les milliardaires… voir à faire une liste des 200 familles, vieux mythe qui ne va pas nous rappeler les heures les plus glorieuses de notre histoire…

On ferait mieux de chercher l’apaisement (dit l’imbécile angélique) plutôt que la confrontation. Il n’empêche que cette augmentation des revenus du capital est bien la preuve que la production de richesses est réelle et qu’il faut arrêter de nous prendre pour des abrutis. Par contre, il faut arrêter de dire que l’on doit prendre du pognon où il est : une valorisation boursière n’est pas du pognon. Tout peut s’effondrer. C’est le résultat de prévision au sujet de l’évolution des entreprises, pas la vraie richesse des gens.

Ah ! Vous voulez encore un exemple : la valeur de mon appartement à doublé ou triplé depuis que je l’ai acheté mais ce n’est pas du pognon. Si je le vends, il faudra bien que j’habite quelque part… Toutes les choses étant égales par ailleurs d’autant que patati patata.

 

J’en veux beaucoup aux gens de gauche en général qui ont chié sur le quinquennat Hollande qui a pourtant mis en place la mesure la plus utile de tous les temps depuis l’obligation d’entretenir les pompes à bière : aligner la taxation des revenus du patrimoine sur ceux du travail. Cela résolvait une partie de notre souhaitée redistribution. J’en veux aussi à mes confrères d’une gauche modérée qui a fleuri sur la répartition du temps de travail, les trente-cinq heures et tout ça et n’arrive pas à mettre des baffes à la macronerie qu’ils continuent à soutenir.

Cela relève du cabanon.

 

Travaillons moins. J’y excelle.

18 janvier 2023

La réforme des retraites en bérézina pour la gauche

 


Si mon blog est peu actif (enfin… c’est surtout moi) depuis quelques temps, c’est que l’actualité politique est sans intérêt et que je suis tiraillé, quand j’ouvre mon clavier, entre deux sujets : les élections internes au Parti Socialiste et la réforme des retraites. Sur les premières, je pourrais exprimer ma satisfaction de ne pas avoir assisté à un plébiscite pour Olivier Faure : voir la moitié du parti croire en une autre stratégie que la nuptiale me ravit, et pas qu’au lit, et je pourrais en faire des tonnes pour dire pourquoi cette alliance est mortifère. Mais on s’en fout.

C’est d’ailleurs pareil pour la réforme des retraites. Ou presque. Je vous passe le fait que je risque bien d’avoir à trimer durement à la mine pendant neuf mois de plus. En revanche, on s’ennuie. Dans cet article de 2014, par exemple, l’Insee nous rappelle le nombre de réformes depuis 1993 (sans compter celles avortées, comme en 1995) : 1993, 2003, 2010 et 2014. Depuis que je tiens ce p… de blog, j’ai l’impression de tourner en rond et je suppose que les concitoyens néanmoins électeurs, presque par définition, ne doivent pas être loin de mon état d’esprit. Mitterrand avait peut-être fait trop fort en passant de 65 à 60 ans.

C’était pourtant beau.

 


Je suis opposé à cette réforme mais si je ne fais pas plus de billets de blog, c’est que je suis fatigué des arguments de courte vue présentés par la gauche (et toujours les mêmes, ceux que j’ai défendu par le passé) et que je ne crois plus du tout au rôle « militant » des blogs politiques. D’ailleurs le mien s’appelle « partageons mon avis » : je ne suis pas là pour défendre quoi que ce soit mais pour donner mon avis dont au sujet duquel la plupart des quidams peuvent se foutre à peu près autant que de la première boniche qu’ils ont culbutée au bureau à cause d’horaires délirants.

Mon confrère mais néanmoins ami, de gauche et supporter de Macron, pour vous dire à quel point il cumule, a fait un billet en étalant ses réflexions sur cette réforme. Si vous le permettez (et même si vous l’interdisez, d’ailleurs), je vais en reprendre quelques-uns.

 

Le premier : « j'ai toujours affirmé mon soutien à Macron. (ça c'est pour mettre les choses au clair pour les visiteurs perdus qui pourraient tomber sur ce billet) » En 2017, je n’étais pas du tout opposé à Macron, au point que j’ai voté pour lui quand j’ai « pris acte » que les andouilles gauchisantes allaient se vautrer. Je rappelle quand même que, à cette époque, notre VRP suprême se disait opposé à une augmentation de la durée de cotisation. Au moins, il respectait un des principes forts de la gauche : partager le travail…

Il ne me paraitrait pas inutile que les électeurs de gauche passés chez Macron n’oublient pas ce léger détail et rappelle au gugusse ses prises de positions passées même si on ne doute pas que son revirement de 2022 a quelques raisons électorales de siphonnage de la droite traditionnelle…

 


Le deuxième : « comparé aux autres pays, en France on part à la retraite tôt. » Ce n’est pas une raison. On ne peut pas comparer les pays en oubliant certains détails, comme le taux de pauvreté des personnes âgées et ce genre de bricoles.

Le quatrième (je ne vais pas tous les revoir, non plus) : « le niveau du pouvoir d'achat des retraités en France dépasse celui des travailleurs. » Le sujet mérite débat. Déjà, je ne suis pas sûr que ce qui était vrai il y a dix ou quinze ans le reste. Sans compter que l’âge amène des charges comme le règlement des factures des Ehpad. Toujours est-il que, quand je vois des retraités de plus de 80 ans, je constate qu’ils sont bien assis mais cela n’est plus vrai pour les plus jeunes (notamment depuis que le montant des pensions est basé sur les 25 meilleurs années et plus les 10). J’ai un âge où des proches commencent à « liquider leurs droits » et on ne peut que constater une vraie baisse de revenus. Il faudrait être saoul pour prétendre le contraire.

L’article de l’Insee que je mets en lien dit, par exemple : « Toutefois, les pensions vont évoluer moins rapidement que les revenus d’activité et l’écart entre les deux sera plus important dans les scénarios de croissance plus forte. » Le rapport du COR, cité par tout le monde pour le meilleur comme pour le pire, dire un peu la même chose.

C’est préoccupant.

 

Le onzième (j’ai franchi un gap…) : « il y a autant de régimes spéciaux de retraite que de corporations. » Depuis toujours, cela m’énerve que les réformes des retraites mélangent tous les régimes. Il est clair, à mon sens, qu’on devrait fusionner tous les régimes, non pas par méchanceté mais parce que le monde du travail évolue pendant la quarantaine d’années d’activité et parce que notre système est quand même basé sur la solidarité nationale. On a tous en tête des « régimes » fortement déficitaires qu’il faut renflouer. Quant à ceux excédentaires, rien ne les empêche d’avoir une cagnotte spécifique, une « complémentaire des complémentaires » et qu’ils arrêtent de nous les brouter.

Le quinzième (et j’arrête là) : « le COR contrairement à la gauche n'a pas de boule cristal ». Justement, les partisans de la réforme se basent autant sur ce rapport que les opposants et il faudrait arrêter de nous prendre pour des guignols. C’est un rapport qui prend des hypothèses et expose les impacts bruts. Point barre.

 


Toujours est-il qu’il n’y a pas de problème de financement des retraites (par contre, il y a un problème de baisse de pouvoir d’achat des retraités) avec des prévisions à 50 ans (on croit rêver…) à peu près constante avec un coût du système de l’ordre de 14% du PIB avec un ou deux points de variation. Quand on considère les aléas de nos budgets (notamment en période de « quoiqu’il en coute », on devrait sérieusement ne rien en avoir à cirer.

Par contre, mais copains de gauche n’arrête pas de faire des publications sur le thème : il y a du pognon, il suffit de le prendre ailleurs. Ils oublient d’ailleurs les principes de la retraite par répartition : les cotisations des salariés permettent de filer des sous aux heureux pensionnés. Ils en sortent des infographies (et la presse de gauche officielle ne se lasse pas d’en rajouter, il faut bien vivre) sans même se rendre compte qu’ils sont hors des clous.

N'oublions d’ailleurs pas que le CAC 40 a été divisé par deux entre fin 2000 et début 2003 : prendre du pognon ailleurs ne tiendra pas longtemps si le pognon d’ailleurs disparait.

 

Il n’empêche qu’on est au cœur des politiques à envisager : comment permettre aux pue-la-sueur que nous sommes de profiter des évolutions de la production des richesses et des modes de production, notamment avec une probable baisse du travail… ?

On ne pourra pas continuer à éluder ce sujet, que cela soit d’un point de vue « de droite » en niant les problèmes que de gauche en sortant n’importe quels arguments. C’est ballot, en 2017, quand j’ai choisi Macron, c’était au cœur du projet du candidat du Parti Socialiste avec l’incompris revenu universel et la très mal nommée taxe sur les robots.

 


Ca ne devrait néanmoins pas empêcher les types de gauche croyant sincèrement à Macron à l’époque de pouvoir réviser leurs positions : le seul argument pour Macron reste la nullité de la gauche. Et le débat au sein du PS ne le montre pas.

Il y a d’ailleurs eu une altercation à l’Assemblée, hier, largement relayé par les réseaux sociaux, entre Olivier Faure et Olivier Dussopt. Faure a été nul : l’invective ne sert à rien. Il n’empêche que le ministre du travail pourrait se rappeler d’où il vient. Wikipedia est là pour nous aider : « Proche de la Nouvelle Gauche avec Benoît Hamon, il est membre du Conseil national du Parti socialiste », à propos de ses débuts en politique.

Faudrait pas vieillir. En plus, il a un menton balladurien. Mais on avait dit : pas le physique.

 

11 janvier 2023

Ecoutons le COR, en saignant !

 


La France est un des pays où la pauvreté des personnages âgées est le plus faible (selon Alternatives Economiques, dans un article que je ne peux pas lire vu qu’il est réservé aux abonnés). A mon sens, c’est une excellente raison de ne pas vouloir changer notre système de retraite, à part pour améliorer la situation des plus faibles : ceux qui ont une petite pension. Pour le reste, il est temps de se poser…

Les partisans de la réforme nous disent « le Conseil d’Orientation des retraites estime que le système n’est pas financé jusqu’à 2030 ». Les opposants signalent « le Conseil d’Orientation des retraites estime que le système n’a aucun problème de financement ». Tout cela est évidemment complètement grotesque. J’ai tout de même lu – heu… disons survolé – le rapport de ce sombre COR (pdf). Il est insipide et relativement incompréhensible. Je dis ça pour vous faire plaisir. En vérité, la synthèse du rapport dit : « Au regard de ces résultats, il ne revient pas au COR de se positionner sur le choix du dimensionnement du système de retraite. Selon les préférences politiques, il est parfaitement légitime de défendre que ces niveaux sont trop ou pas assez élevés, et qu’il faut ou non mettre en œuvre une réforme du système de retraite. »

 

C’est le premier enseignement (direct…) de ce rapport : le sujet est purement politique. Nous avons un gouvernement venu de la gauche mais bien à droite qui veut cette réforme refusée par la gauche et acceptée par « la droite historique » pour des raisons politiques vu qu’ils ont toujours été partisan du « travailler plus ». Il n’empêche que mon copain FalconHill (copain de très longue date, avec une confiance réciproque énorme), issu de cette droite historique, donne son avis dans son blog et indique que la droite ne devrait pas soutenir cette réforme.

Passons les raisons politiques : « Cette réforme est politique et sert à présenter Macron en réformiste, alors qu’en 10 ans chez Hollande ou en président il n’a que peu fait. Lui donner ce quitus sera ressenti comme un ralliement de fait. Oui, c’est vrai. D’autant plus que c’est l’aider sur une réforme impopulaire, et c’est le deuxième que met en avant Maxime. La soutenir revient à se ranger dans le camp du président et de la majorité. Et ainsi laisser le monopole de l’opposition populaire au RN et à la LFI, car LR aura perdu la légitimé. Les extrêmes n’en demandaient pas tant ! » Je vous laisse lire la suite, à laquelle je n’adhère pas, forcément ! beaucoup plus intéressante… Et également politique…

 


Revenons sur la première partie de la synthèse du rapport du COR. Voila une phrase compliquée (mais la plus simple de ce texte…) : « Les dépenses du système de retraite rapportées au PIB constituent un indicateur déterminant pour évaluer la soutenabilité financière du système de retraite ; il exprime, de manière globale et synthétique, le niveau des prélèvements qu’il faut opérer sur la richesse produite par les actifs pour assurer l’équilibre. »

Le rapport nous montre que le pourcentage des prélèvements rapporté au PIB pour assurer le financement du système est à peu près constant ou, du moins, se stabiliserait autour de 14,7%, compte tenu des réformes déjà votées mais avec pour contrepartie une baisse relative du niveau de vie des retraités par rapport au reste de la population.

Nous allons quand même en rester là, de cette lecture de la synthèse, la conclusion se suffisant à elle-même : « Il convient enfin de souligner les fortes incertitudes qui entourent les travaux de projection présentés dans ce rapport. L’évolution du contexte économique des prochaines années dépendra notamment étroitement de celle de la situation internationale ainsi que celle de la situation sanitaire. » En français : on n’en sait rien, ça dépend de la conjoncture internationale et on aura chaud aux fesses si, en plus, on a un nouveau virus qui nous titille les testicules.

 

Je retiens quand même une phrase qui me parait très importante : « Le débat économique actuel reste cependant très partagé entre « techno-optimistes » et « techno-pessimistes » sur l’avenir des gains de productivité – et notamment sur la possibilité ou non d’un choc positif de productivité lié à la révolution numérique. » Pour moi, c’est le nœud du débat : quel sera l’impact du progrès technologique sur le travail (et donc la part des dépenses « du travail » consacré au financement des retraites, pour ce qui nous concerne), quel que soit le secteur de l’économie. C’était un peu l’objet de mon précédent billet. L’enjeu de toute le monde serait plutôt l’évolution de la répartition de la production de richesses en cas d’évolution « négative » du travail. Je n’ai pas la solution mais il me semble évident que les tergiversations actuelles autour des retraites est assez ridicule. Le gouvernement a fait une grosse connerie en ouvrant ce dossier. Point barre. Il y a d’autres priorités. On le dit depuis des années (je me rappelle, par exemple, des débats autour de l’ubérisation est qui est aussi une refondation des modes de travail).

 


En conséquences, les réactions de la gauche, si elles me paraissent justifiées, sont assez dérisoires et passent à côté des enjeux importants alors que, au fond, tout le monde s’en fout du temps de travail – hors carrières longues – des braves gens, à un ou deux ans près.

Les infographies du genre « les 65 ans, ce n’est pas pour moi » sont ridicules et font apparaître comme tel le débat. On ne va quand même pas se masturber à l’infini pour 2 ou 3% du PIB… Car c’est bien de cette prévision dont on parle et qu’évoque le COR même si je l’ai tu bêtement.

On s’en fout. Contrairement, d'ailleurs, à l'évolution du niveau de vie des retraités : il faudra bien augmenter les pensions et donc le montant global des retraites...

09 janvier 2023

Retour au bercail ?

 

Je n’étais jamais réellement parti mais mes problèmes de santé m’avaient fait zapper le renouvellement de la cotisation en 2021. Ensuite, la transformation du Printemps Républicain en mouvement politique m’avait gavé (j’ai bien digéré depuis). En 2022, le « rapprochement » avec la macronerie m’avait énervé (ce ne fut pas à moi de digérer ensuite…).

J’avais prévu de faire, en ce début d’année, quelques billets pour expliquer mon engagement politique vu que 2022 a été déplorable, pour moi, tant j’étais obnubilé, pour le blog, par les erreurs de la gauche. Mon engagement… et un peu son sens. Il est limité aux réseaux sociaux donc n’a strictement aucune espèce d’intérêt. Et la première semaine de janvier a passé. Je n’ai fait qu’un billet.

Samedi, c’était l’anniversaire de l’attentat de « Charlie ». « Tout le monde » a diffusé les photos des idoles assassinées ou a publié un « Toujours Charlie » ou « Je suis Charlie ». Certains se permettent un « Nous ne vous oublierons pas ». Tout le monde sauf moi. Je n’aime pas les commémorations et autres hommages dans les réseaux. On a trop l’impression que les internautes s’expriment par réflexe. Un peu comme s’ils avaient mis une note, à vie, dans leur agenda électronique. «
 Aujourd’hui, parler de Charlie ». Un jour, ils ne sauront même plus pourquoi…

N'y voyez pas de condescendance, de ma part. Je m’en fous. Sauf que, avant Charlie, quand je critiquais l’obscurantisme islamiste, je passais pour un raciste et me faisais incendier dans Twitter. Cela nous rapproche de ce que je disais de mon engagement actuel vis-à-vis des erreurs de la gauche. D’ailleurs, il a fallu que des femmes manifestent contre le voile en Iran, récemment, et prennent de gros risque pour que des féministes en peau de fesse franchouillarde nous lâchent la grappe et arrêtent de dire que nous autres, gros hommes blancs hétéros, n’avions pas à dire comment les femmes devaient s’habiller.

Et j’ai mauvais caractère (plus exactement, je suis soupe-au-lait).

 


Le « rapprochement » du Printemps Républicain ne m’a pas trop dérangé, en tant que tel. De fait, je suis bien plus libéral que gauchiste et mon aversion pour la gauche nupsiale fait que j’ai du mal à me trouver une famille politique… Mais il « nous » obligeait à accepter certaines positions… inacceptables, telles que la promise réforme des retraites.

Mais, paradoxalement, et toujours par exemple, je ne suis pas satisfait de l’opposition par la gauche à cette réforme des retraites, par des arguments qui ne peuvent percuter dans le grand public. Disons-le franchement. Putain de bordel, c’est quoi cette histoire de nous faire travailler plus alors que les dividendes du CAC 40 croient en flèche, que la productivité ne cesse d’augmenter ? Comment faire des réformes sur la base d’objectif à long terme alors qu’on ignore de quoi demain sera fait ?

A la limite, seuls les propos de François Ruffin me donnent une vague satisfaction depuis quelques temps… Qu’avons-nous dans l’actualité, aujourd’hui ? Les guignols de la « droite historique de gouvernement » qui vont se préparer à soutenir la réforme macronique des retraites à condition que l’âge soit « reculé » de 65 à 64. On croit rêver ou nager dans un pur délire. Nous y avons aussi quelques réflexions suite au débat entre les candidats à la direction du PS après le prochain congrès. Je n’ai pas vu ce débat. Il n’empêche que j’ai la furieuse impression que l’on s’y emmerde profondément.

Cela étant, et quelles que soient les divergences que je puisse avoir avec tout un chacun, j’ai trouvé, avec le Printemps Républicain, outre une priorité évidente de lutte pour certaines valeurs, des gens avec les épaules sur la tête. Certes, ma décision de revenir au Printemps Républicain est antérieure aux fumisteries de l’actualité januariassienne (il faudrait inventer un mot, tout de même) et j’aurais pu célébrer l’anniversaire de la mort de Mitterrand, comme tout un chacun mais il semble que tonton ait bien été oublié, cette année, et, comme je le disais, je n’aime pas les célébrations.

 


J’aurais voulu, au débat du PS (que je n’ai pas écouté, je me répète), que l’on parle un peu plus de l’avenir du pays et qu’on arrête de se masturber sur des alliances électorales et que l’on se tourne vers le futur. Entre nous, il faut quand même être bas du front pour penser que le débat entre 60 et 62 ans à gauche et 64 et 65 à droite dont l’ancien centre gauche à le moindre intérêt…

Entre nous, je préfère le débat dans les blogs, depuis très longtemps, de celui purement militant. Prenez le dernier billet de l’ami Seb (il n’arrête pas de faire des billets, ces jours-ci, rebondissant partiellement sur un des miens mais aussi sur un de ceux du vil libéral H16. C’est presque drôle (Seb Musset uni à H16 contre Jégoun mais je m’égare, surtout dans mon rôle de vieille gloire). En fait, je crois que, au fond, on est assez d’accord sur le constat : on va dans le mur. Avec toutes les révolutions à venir du monde du travail (de l’augmentation du prix de l’électricité à l’arrivée de l’Intelligence Artificielle et des robots qui arrivent à être moins cons que nous), on a des questions à se poser.

Ce que je ne vais pas faire maintenant.

 


Pourtant, c’est peut-être ça, mon bercail de blogueur. Parler du monde en rigolant bêtement des positions des partis traditionnels et de la politique à la petite semaine qui n’amène à rien. Même pas à gagner des élections.

On va dire que le Printemps Républicain va me servir de bouée. Il faut bien s’engager. Ou pas.

 

04 janvier 2023

La gauche timbrée de 2023



Il va à peu près de soi que je vous souhaite une bonne année pour 2023 et plus si affinité encore que ça me fasse rire : il y a des gens qui m’avaient souhaité une bonne santé pour 2022… Alors, de cette année, vous en ferez bien ce que vous voudrez… tout comme moi, d’ailleurs. Y compris sur ce blog dès lors que j’aurai trouvé comment le redémarrer ! Pour se faire, il faudrait que je sache ce dont au sujet duquel, outre le perfectionnement de mon jacter, envie d’y brandouiller.

Cela étant, tonton, c’est un blog politique et il est d’usage d’indiquer ce que l’on estime bon pour le pays, le monde, la commune, le cinquième étage du 8 place Victor Hugo ou que sais-je. Je vais continuer à le faire mais il faut bien reconnaitre qu’on a le sentiment de parler dans le vide. Quand on commence à bloguer, on a l’impression que les vérités que l’on peut graver dans les pixels de son écran vont faire le tour du monde mais, au bout d’une diseptaine d’années, je dois reconnaitre que cela en fait au moins quinze que je n’ai aucune illusion. Alors le faire, comme je l’ai souvent fait, par exemple, du temps d’Hollande, ne me semble utile qu’à moi pour travailler ma bouillie cérébrale avec, néanmoins, l’espoir de passer pour un vieux sage ou de sortir de leur solitude les imbéciles qui sont d’accord avec moi.

Ma deuxième contrebasse dinde est de déblatérer autour de ce que devrais faire la gauche pour reconquériser son électorat. J’ai beaucoup donné en 2022 ce qui ne fût pas d’une grande finesse de ma part si j’en crois mes non-lecteurs. Si je le fais, tout de même, c’est pour vider mes nerfs quand l’heure de l’apéro n’est pas proche car cela m’énerve de voir des types que j’aime bien nier des évidences surtout quand elles sont démontrables. Prenons la stratégie du PS depuis « après 2012 » : il perd toutes les élections nationales. On peut trouver toutes les explications possibles. Alors prenons la stratégie du PS depuis « après 2017 » : il perd toutes les élections nationales. Mettre cela sur le dos du hollandisme triomphant battu n’a plus de trop de sens.

La stratégie est mauvaise : on perd. C’est ce que j’appelais, à l’instant, une évidence démontrable même si un puriste de la langue pourrait qualifier cela de ridicule.

 


Quelle que soit la manière d’aborder le sujet, notamment via l’échec de la Nupes ou l’ineptie des nouveaux wokistes, c’est pareil. 30% des électeurs votent à gauche, sans doute à cause d’un vote « conditionné » (ben oui, quand on se prétend de gauche, on vote pour ce qui est officiellement à gauche mais j’ai passé l’âge), et pas grâce à une adhésion à des idées politiques emplafonnées dans un catalogue de mesures sans cohérence, sans dessein, sans projet…

Une étude des sondages de popularité va dans mon sens : les chefs de la gauche opposées à la Nupes sont largement placés devant les partisans de ce bordel. C’est une preuve. Il n’y a même pas à discuter.

 

Il reste, bien sûr, à évoquer « individuellement les sujets de fonds ». Je mets des guillemets pour faire joli. Prenez cette histoire de suppression des timbres rouge par la Poste. Dans les réseaux sociaux, les internautes de gauche mais aussi les éternels populistes ont ronchonné, comme toujours. L’ami Seb en a même fait un billet de blog.

Mais, comme à chaque fois, d’ailleurs, qu’est évoqué un service public « de proximité » (transport, poste…), le cœur parle à la place du cerveau. La vraie question est : qui a encore besoin d’envoyer du courrier urgent ? Je suis sérieux : posez-vous la question ! Je voyais un exemple cité : les arrêts de travail. Il faudra qu’ils arrivent au plus vite à la CPAM. Il faut donc un envoi prioritaire. Or, la vraie question est de savoir pourquoi un arrêt de travail saisi par un toubib sur un ordinateur connecté à Internet nécessite un envoi par la Poste ? Et je ne parle pas que du coût de traitement. Et pourquoi en moins de 48 ? S’il faut changer les textes et les règles, changeons les… Je vais y revenir.

Je vous laisse multiplier les exemples et expliquer quels sont les cas où les individus équipés d’internet ne peuvent pas y échapper ? Il n’y en a pas, je suppose.

Pour l’anecdote, j’ai eu un arrêt de travail cet été, je l’ai envoyé « en vert ». Il y avait un imprimé pour le 13 juillet au 13 août mais les gens de la CPAM n’ont retenu que du 13 au 31 juillet suite à je ne sais quelle heure. Et comme j’étais réellement malade (« à bout de souffle » dans tous les sens), je n’ai même pas pensé à faire une copie. Je veux bien comprendre leurs problèmes d’organisations et leurs erreurs humaines mais plutôt que d’obliger un service public à acheminer un papier en moins de 48h, on pourrait obliger les différents acteurs à avoir un fonctionnement correct.

 


Par-delà cette bête logique (et j’attends vos exemples), nos internautes populogauchisants sortent l’argument des inégalités notamment vis-à-vis de la « fracture numérique ». A part l’aspect territorial lié à l’accès au haut débit, ils ne savent sans doute pas ce que cela veut dire.

Il me semble que lutter contre la fracture numérique n’est pas de permettre à ceux qui en sont victimes de pouvoir se passer d’internet mais au contraire d’en bénéficier : et si la feuille d’arrêt de travail saisie sur le terminal du docteur pouvait directement être envoyée à la CPAM, le sujet serait assez vite résolu. Les lascars n’auraient pas accès à internet, certes, mais ils n’en auraient plus besoin. Et s’ils ne cherchent pas à avoir à accès à Internet autrement que pour de vrais besoins, c’est qu’ils n’en ont rien à cirer et je ne vois pas pourquoi les emmerder avec cela…

 


Ce qui nous fait franchir un stade : les militants vont se fourvoyer sur la définition de la fracture numérique pour se concentrer sur ceux qui n’ont pas accès à internet (soit personne hors contrainte de haut débit, vu que toute le monde ou presque à un smartphone ou une box pour la télé) ou ceux qui ne savent utiliser internet (et là, la proportion de la population n’est pas neutre – je suis moi-même emmerdé quand je dois réservé un vulgaire billet de train en passant par SNCF Connect) sans étudier les solutions qui pourraient permettre à tout le monde de profiter du numérique (par exemple, en envoyant automatiquement les arrêts de travail).

De fait, les arguments électoraux que l’on pourrait en tirer (et je suppose que c’est le but de toutes les publications sur le timbre rouge) tombent à l’eau : aucun électeur ne va changer son vote à part pour l’extrême droite s’il est exclu de quelques progrès technologiques avec des impacts concrets. Laissons-donc les spécialistes travailler… et les partis politiques expliquer comment ils comptent faire travailler ces spécialistes et imaginer des solutions (tenez ! Vendre des billets de train dans des bureaux de poste me rendrait bien service…).

 

Il reste que la presse (et les blogueurs comme l’ami Seb) concentre les remarques autour de la solution de remplacement proposée par La Poste qui, c’est vrai, ressemble à une usine à gaz. Ils oublient toutefois de rappeler que c’est du pipi de chat vu que les recommandés peuvent s’envoyer par courrier électronique depuis longtemps (le principe est le même : l’usager tape son texte sur un ordinateur et La Poste fait le reste).

Il faut voir les impacts « techniques » ou « organisationnels ». Un courrier standard doit être acheminé du bureau de poste où vous le… posterez, jusqu’au bureau d’où partira le facteur du destinataire. C’est un peu compliqué (le service reste mais il ne peut plus être garanti sans délai). Avec le nouveau machin, vous avez une garantie de distribution à J+1 (s’il y a une tournée du facteur…). Cela étant, on s’en fout, ça ne sert à rien. Et, en fin de compte, on a un progrès pour les victimes de la fracture numérique qui pourront prendre rendez-vous avec le facteur, qui pourra scanner les documents et les envoyer lui-même, garantissant, alors, un vrai J+1.

N'oubliez jamais de comparer le courrier que vous recevez avec celui que vous envoyez. Ce n’est pas le même usage…

 

Voila ce que j’aimerais continuer à faire sur mon blog : expliquer, réfléchir, recevoir de vraies contradictions si je me plante… et arrêter d’hurler « ah ben la fin de la lettre rouge est l’avènement du libéralisme ».

Admettez quand même qu’on a mieux à faire.

28 décembre 2022

Une grève sans le peuple


 

« T’es de droite et t’es dég que ton train pour noël soit annulé ? T’avais qu’à travailler plus pour te payer un jet privé, feignasse. » Voila le genre de tweet idiot acclamé par des gauchistes en peau de fesse avec cette grève SNCF ! Parfois, certains se livrent à ce qu’ils doivent appeler une réflexion : « Total soutien aux grévistes SNCF. Ce ne sont pas les cheminots qui prennent en otage les Français mais bel et bien la direction de la SNCF et le gouvernement Macron. Olivier Véran ne sait même pas de quoi il parle. A t -il seulement vécu avec un salaire qui fait de toi un travailleur pauvre malgré le fait que tu travailles, jour et nuit, les wk, les jours fériés,  les remplacements sans fin, les heures supplémentaires sans fin, dans le froid, les intempéries,  que tu rates chaque fête familiale ou de fin d'année.....?? J'en doute. »

L’ami Denis, quand il n’est pas occupé à manipuler des informations pour justifier sa haine des vaccins, se basant parfois sur des médias de vérification d’information qu’il cassait la veille, va même jusqu’à écrire « Il est toujours curieux d’entendre, de là où ils sont, des gens dits de gauche fustiger les pauvres et les grévistes, sans dire un seul mot sur la suppression de l’ISF et sur les exonérations d’impôts, de taxes et de charges. »

On pourrait bien entendu répondre à tous les arguments dans nos blogs mais je ne cherche pas une médaille. Tenez, Denis a fait, dans son blog, le bilan de son année de blogage en 2022.

 

Blogueuse mode

Je vais faire le mien : une très grande majorité de mes billets a été consacrée à démontrer que la gauche, notamment avec l’accord Nupes, faisait fausse route et ne permettrait pas de reconquérir le pouvoir. J’avais raison. La gauche, dans les urnes, ne dépasse pas les 30 ou 32% et les personnalités de la gauche radicale, celles qui tirent Nupes, ne décollent pas dans les enquêtes d’opinion.

J’ai raison ! Je ne dis pas cela pour me vanter, c’est purement factuel.

Avec la première citation que je fais, ci-dessus, on voit bien le trait d’ironie mais on voit la double conclusion : tu ne peux être dégouté par les grèves que si tu es de droite et si tu es de droite eu es assez con pour te faire baiser par les riches. C’est peut-être vrai mais la question n’est pas là.

Pour la deuxième, on se demande si l’auteur n’a pas fumé quelques produits illicites : un chef de bord, à la SNCF, n’est pas un travailleur pauvre. C’est une personne qui fait un nombre normal d’heures de travail mais pas nécessairement à celles les plus plaisantes. Il a fait un concours pour cela et c’est un travailleur protégé : son emploi est garanti à vie. Au fond, c’est un peu comme si un employé de la restauration se plaignait de travailler aux heures des repas…

Denis, quant à lui, parle d’un peu de tout, sans trop de rapport avec la choucroute. Surtout, personne ne fustige les pauvres.

 


C’est assez facile d’adopter des positions de principe – et d’accuser les autres d’être de droite – quand on n’est pas concernés tout en laissant entendre que le seul mal est de louper un repas de famille. Pour ma part, mon TGV du 17 décembre a été supprimé. Je l’ai remplacé par un nouveau pour le 25 (il n’y avait rien avant) finalement annulé lui aussi (je croise les doigts : je n’ai reçu aucun message pour mon train de ce soir…). Dans une situation un peu particulière, je me fous des réveillons. J’aurais dû passer deux semaines en Bretagne, prêt de ma mère, hospitalisée, avec du temps pour gérer les aspects administratifs liés à sa demande d’admission en Ehpad.

En quoi cela vous regarde ce qui motive les gens pour voyager ? L’étudiant, de 18 ans, va bien être privé de réveillon mais aussi d’une semaine ou deux en famille après avoir vécu deux mois dans une chambre de bonne, par exemple. Il a peut-être besoin de se faire couver par sa mère, de demander à sa grand-mère de lui repriser des chaussettes ou, plus simplement, à son oncle ingrat de le sodomiser en échange d’une PS5 (comme quoi, il n’est pas si ingrat que ça).

Comment des militants politiques, pour justifier un mouvement social qu’il faut défendre par principe, en sont-ils arrivés à oublier le sort des gens. Je n’aime pas l’expression « prise d’otage » à propos des grèves (les lascars ne risquent pas leur vie avec une arme sur la tempe, tout de même) mais pourquoi défendre systématique des grévistes qui ne cherchent même pas à défendre des avantages acquis, cette fois, mais à obtenir une augmentation de salaire (ce qui n’est pas malsain) fasse à un nombre beaucoup plus important de citoyens voulant voyager ?

Ils parlent parfois de défense du service public mais continuent à saborder ce dernier en défendant des actions peu légitimes dans un contexte où tout le monde vit dans une situation de crise depuis plusieurs années, entre le covid et l’inflation, pour ne citer qu’eux.

 


La vérité est que les salariés de la SNCF, tout comme tous les salariés défendus par la gauche depuis les lois travail, par exemple, sont relativement privilégiés. Il n’y a rien de mal à ça, remarquez ! Mais on demande à des types totalement enfoncés dans la merde à être « solidaires pour » d’autres qui ont la chance d’avoir une paille pour respirer.

Alors ça lasse…  

 

Mais l’honneur est sauf. L’Etat a poussé la direction à céder. Les cheminots vont avoir leur augmentation et les voyageurs être largement indemnisés. L’actionnaire va payer. L’actionnaire c’est l’Etat, c’est nous… et dans deux mois, on reverra des types de gauche qui expliquent que le déficit est artificiel et monté pour démontrer qu’il faut privatiser ou un truc comme ça, avec des slogans de type « nationaliser les pertes pour privatiser les bénéfices ».

« Ils » ne se rendaient plus compte qu’ils chiaient sur les vrais pauvres, les opprimés mais n’ouvrent toujours pas les yeux pour voir le mur qui approche.

Cela étant, la position de l'Etat est probablement expliquée par l'annonce par la SNCF d'un excédent historique...

 


Je ne sais pas de quoi sera fait mon blog en 2023. Je vais sans doute continuer à ronchonner tout seul tout en priant pour que les militants de gauche retrouvent le chemin de la raison. Les premières semaines devraient être consacrées à la réforme des retraites, si mal jouée par le gouvernement, si mal combattue par l’opposition, incapable de sortir des arguments habituels, faisant semblant de s’appuyer sur des rapports d’organismes gouvernementaux auxquels ils ne comprennent rien.

La routine, quoi.

Au fond, ce blog a dix-sept ans, aujourd’hui… 17 ans que je vois passer des commentateurs qui m’expliquent ce que je devrais penser.


Elle était très bien, cette grève : au moins, on était avertis par SMS de l'annulation de nos trains pour nous permettre de réserver dans un autre train qui sera annulé sans que nous n'ayons à galérer dans les gares.

Le progrès est indubitable. 

21 décembre 2022

Petite histoire de la Comète

 


Avant-hier soir, j’ai rencontré celui qui reprendra la gestion de la Comète au début de l’année. Je me suis alors rappelé (ce n’est pas compliqué) tous les patrons que j’ai connus dans mon bistro : Martine et Jean, Patricia et Patrick, Bruno (et un peu Jérôme), Mathieu et Nellie, Nellie seule, Ambre et François (puis Ambre « plus seule », François ayant une autre affaire), puis Jérôme (un autre) et maintenant André (le prochain étant… Nicolas). Puis je me suis rappelé comment certains changements avaient correspondu à des bouleversements de ma vie privée ou professionnelle.

Toujours est-il que voila encore 26 ans de ma vie bistrotièrement locale transformés et comme je me prépare à fêter les dix sept ans de ce blog, autant en faire un billet ! Bouleversement ? Transformation ? Que de mots forts. J’abuse, je sais.

 


Je suis entré dans la Comète pour la première fois le dernier lundi d’octobre 1996, alors que j’habitais à 250 mètres depuis près de trois ans. Je venais de quitter un poste à responsabilité dans l’échelon breton d’une association nationale après 19 ans de « montée en grade » ce qui allait me donner beaucoup plus de loisirs (j’étais occupé, auparavant, pendant l’intégralité de mes congés scolaires et une quarantaine de week-ends par an). Parallèlement, un changement de client principal, au boulot, allait faire que je ne pourrais plus revenir au bled aussi souvent sans contraintes. En plus, j’allais au boulot en métro et plus en voiture.

Auparavant, rentrant à Bicêtre avec ma valeureuse Xantia, il fallait que je la gare, donc que j’aille dans mon parking, dans mon immeuble, ce qui fait que j’allais directement chez moi, en ayant pris soin d’aller faire les courses en route.

C’est ainsi que ce lundi 27 octobre 1996, sortant du métro après une journée chargée (ou pas…), je me suis arrêté dans le premier bistro sur ma route. Le seul en allant chez moi. Et depuis 26 ans, j’y vais tous les jours, quand je suis dans le coin et que le bistro est ouvert, soit environ 95% de mes journées de travail (sauf depuis la crise sanitaire, évidemment, d’autant qu’elle a marqué, pour moi, le début des alternances entre des jours à Paris et du télétravail en Bretagne).

Ce n’est pas rien ! Sans doute près de 6000 jours de passage (en comptant le week-end) et plus de 4000 fermetures. Excusez du peu. Ne convertissez pas en fûts de bière, merci.

 


Cela faisait suite à un… bouleversement dans ma carrière professionnelle, début octobre. J’arrêtais alors de faire du développement d’applications pour distributeurs de billets pour passer en « maîtrise d’ouvrage en paiement par carte », revenant dans le monde des GAB deux ans après, mais toujours en maîtrise d’ouvrage. Je me présente comme informaticien mais je n’ai pas touché une ligne de code depuis ces 26 ans, depuis que j’ai mis le pied dans ce bistro ! Et je devrais tenir jusqu’à la retraite, comme la disparition des espèces, tant annoncée par des experts en rien, n’est pas près d’arriver… alors, il est probable que je vende mon appartement et que je quitte le quartier, abandonnant ma Comète.

Mais je n’en suis qu’au premier mois, voire au premier jour… 11 ans ont passé à une vitesse folle. Jean était le gérant, Martine son épouse et, Roger, il me semble, le propriétaire du fond de commerce, les murs appartenant à une dame très âgées (à près de 100 ans, elle est encore propriétaire de l’immeuble en entier). Notons bien la hiérarchie : Jean payait un loyer à Roger pour l’usage de la licence et du commerce, Roger payant, quant-à-lui, un loyer pour l’implantation de son commerce dans un espace commercial.

Jean a eu, de mémoire, 60 ans à la fin 2007 et les bistros devenaient non-fumeurs au premier janvier 2008. Jean a prétexté ce fait (cachant le manque d’envie de devoir revoir toutes ses règles de gestion) pour prendre sa retraite. Roger en a profité pour vendre le fond de commerce à un margoulin qui était déjà propriétaire d’un fond de commerce (un bistro) en banlieue. Le nouveau a confié à la direction à Patricia, sa sœur, et à Patrick, l’époux de cette dernière ! Ces derniers n’étaient pas gérant mais simples salariés. Pour eux, cela change beaucoup ! Ils gagnaient de l’argent en fonction des heures passées et pas du chiffre d’affaires. Ils n’étaient pas « intéressés ». Ils n’avaient aucun pouvoir, ne pouvaient même pas offrir un verre à un client et n’avaient strictement aucun intérêt à dépasser l’heure officielle de fermeture, 21h à l’époque. Le frère – le propriétaire – n’avait aucune considération pour eux. Il n’avait fait qu’un investissement financier et chargé des proches de le faire fonctionner, sans leur en donner les moyens et avec un salaire assez dérisoire.

C’est amusant. Autant Jean (et Martine mais à une moindre mesure comme c’est lui faisait les fermetures) a joué un rôle dans ma vie, un peu la figure du père, avec qui je passais deux ou trois heures par jour, autant c’est moi, je crois, qui ai été important pour Patricia et Patrick, leur servant de confident mais aussi de conseiller, tout en assurant une partie des relations avec les serveurs (il y a prescription mais les serveurs ne savaient pas, à l’époque, qu’ils touchaient plus que ceux qu’ils prenaient pour les patrons, par exemple).

J’avais envie qu’ils réussissent. J’étais le seul gros client à être resté après le départ de Jean. C’était psychologique : au fond d’eux-mêmes, la Comète était Jean ou Jean était la Comète. L’un sans l’autre ne pouvaient exister. J’aurais pu me barrer, aussi, mais la Comète était MON bistro. Il fallait que je tienne, d’autant qu’un de mes fiefs, les Monts d’Aubrac, avait disparu dans l’année, et que l’autre, l’Aéro, avait changé de patrons.

 


Surtout, fin 2007, j’avais décidé de quitter la SSII qui m’employait et mon client de l’époque avait choisi de m’embaucher (ça s’est concrétiser en avril 2008). Sans doute ne pouvais-je pas avoir ma vie professionnelle et ma vie bistrotière partir en couilles en même temps… Cela fut le second des bouleversements dont je parlais : j’allais quitter le monde du conseil en informatique pour celui de la banque (cela ne change pas trop au niveau du métier mais beaucoup au niveau de la carrière et des responsabilités). En même temps, j’allais m’encrouter (quand on est dans le conseil, on passe une partie de sa vie à se demander ce qu’on fera le lendemain, quel sera le nouveau client, comment augmenter son niveau de facturation pour que la paye suive…). J’allais rentrer dans des grilles, jusqu’à ma retraite, commençant à un niveau de salaire mais n’ayant plus d’espoir de progression sans nouveau bouleversement…

Au bout de trois ou quatre mois, Patricia et Patrick ont décidé de jeter l’éponge : le frangin ne voulait céder sur rien et ils n’avaient plus aucun espoir. Ils ont trouvé du boulot « dans leur vie d’avant ». Ils sont partis fin mai.

Des mauvaises langues m’ont dit après que le frère n’avait jamais payé Roger pour l’achat du fond de commerce, ce que je crois volontiers mais je n’ai jamais pu suivre les aspects judiciaires de la chose. Toujours est-il que Roger a pu vendre son fond à une boite. La Comète a pu rouvrir mi-juin après une quinzaine de jours avec de très importants travaux : refonte complète du décor et remplacement des vieilles véranda des années 1970 par des terrasses ouvertes… aux fumeurs, chassés des bistros six mois avant.

Les nouveaux tauliers ont confié la gérance à Jérôme et Bruno qui tenaient déjà une autre affaire ensemble. Jérôme allait surtout rester dans l’ancienne alors que Bruno allait se consacrer à la nouvelle (ils conservaient une gestion en commun et se remplaçaient mutuellement pendant les congés). Ils ont eu beaucoup de chance. Ils sont devenus patrons pendant les travaux « chez Auchan » et les ingénieurs et autres contremaitres avaient choisi la Comète comme cantine. Jusqu’à l’ouverture du nouveau commerce, ils montaient jusqu’à 160 couverts par jour ! Mais tout a pris fin en mars 2020 et, en juin, ils étaient dehors, remplacés par de nouveaux « cogérants », Matthieu et Nellie, tous deux de Saint Flour (mais ne se connaissant pas) et changeant l’ambiance du bar qui est redevenu plus familial.

Bruno et Olivier avaient décidé de fermer le comptoir à 19 heures pour éviter que les ivrognes ne dérangent les clients qui voulaient dîner paisiblement. On s’est retrouvés un peu orphelins et on allait picoler ailleurs jusqu’à environ 21h30. Le nouvelle Comète fermait souvent très tard et nous festoyons beaucoup… mais avec deux heures trente de trou (trou qui a fini par être abandonné). On rigolait bien mais on n’avait plus d’atomes crochus avec les patrons. D’ailleurs Bruno était à moitié mythomane et, s’il était excellent pour monter des bistros, ne voyait absolument pas ce qui s’y passait et à quel point une partie des serveurs qu’il embauchait était nuisible.

J’ai un souvenir très partagé de cette période…

 


Les dix ans qui suivirent furent plus paisibles, comme du temps de Jean, trois avec Mathieu et Nellie, deux avec Nellie seule puis cinq avec François et Ambre. Mathieu avait une espèce de poil dans la main mais presque inversé : il ne supportait pas de travailler sans être dans le jus. Le soir, quand il était de service, s’il n’y avait pas beaucoup de clients, il se barrait et laissait le serveur tout seul. Le serveur avait du mal à tout faire, les clients du soir ont déserté et ainsi de suite…

Mathieu n’avait qu’un rêve : prendre une deuxième affaire, un peu comme Jérôme et Bruno. Gérer deux affaires à deux est beaucoup mieux, semble-t-il, que gérer une affaire tout seul… et est surtout plus lucratif, tout en permettant de s’octroyer des week-ends (c’est une sensation que j’ai mais j’ai du mal à expliquer tout ça rationnellement).

Mathieu a décidé de partir au bout de trois, avec un copain à lui qui était serveur à la Comète, pour prendre une autre affaire en gérance avec, en tête, l’idée d’en prendre une autre.

Nellie est restée encore deux ans mais je crois bien que c’est son époux qui en a eu marre, d’une part de mettre un trait sur son propre job et, d’autre part, de gérer la vie familiale un peu tout seul. Un couple de gérants est arrivé, en juin 2015, si je compte bien : Ambre et François. Les premières années, c’était surtout François qui tenait la boutique, Ambre étant surtout occupée à faire des enfants. Au bout de trois ans, je crois, ils ont fini par prendre une autre affaire. C’est alors surtout Ambre qui était à la Comète mais ils ont vite tout délégué à des loufiats… Dont un très con, Jonathan, un Espagnol, qui a foutu en l’air toute l’ambiance.

François et Ambre ont fini par abandonné la Comète, au profit d’une autre (une troisième donc) affaire. Je crois bien que les propriétaires du fond ont fini par vendre. Cela est tombé pendant la crise sanitaire et le tout ne s’est pas très bien goupillé.

Le nouveau gérant, Jérôme, un autre, était mauvais mais faisait parti de ceux qui connaissent mieux que tout le monde. Cet imbécile n’avait même pas vu qu’il avait la possibilité de faire une terrasse gigantesque et de gagner un tas d’oseille quand l’intérieur des bars étaient encore interdit. Je m’en fous un peu vu que, à l’époque, j’ai commencé à confiner (télétravailler, pardon) en permanence en Bretagne. Autre bouleversement dans ma vie professionnelle ?

 

 

L’affaire de Jérôme a coulé et de nouveaux propriétaires ont acheté le fond, mettant comme directeur l’actuel patron, André (qui, comme Patricia et Patrick, à une autre époque, n’est pas le gérant mais est un simple salarié, à un autre niveau cependant…).

Le moment a coïncidé avec la fin de la crise sanitaire et donc de mon ermitage à plein temps en Bretagne (remplacé par deux mi-temps).

Voila comment revisiter vingt-six ans ! La Comète va voir un nouveau gérant dans une dizaine de jours, un Nicolas.

Ca s’arrose !