« Comment certains Français
peuvent-ils espérer à la fois travailler moins chaque semaine et pendant moins
d’années que leurs voisins, bénéficier de prestations sociales supérieures et
sécuriser leur retraite? Les richesses qui ne sont pas produites ne peuvent pas
être distribuées. » C’est un de mes contacts macroniste de Facebook
qui a republié dans ce réseau ce Tweet d’un certains François Cherix qui est un
écrivain, militant socialiste (oui…) suisse. Il passe sa vie à défendre Emmanuel
Macron dans les réseaux sociaux.
Il fait bien ce qu’il veut, ce bougre.
Tout d’abord, en préambule (car ce n’est pas le sujet de mon
billet), il faut être très prudent lors des comparaisons avec les autres pays
(du moins, quand ça m’arrange, hein !). Il faut comparer aussi le taux de
chômage et différentes statistiques sur le niveau de vie des anciens… Ensuite, toujours
en marge, j’ai du mal à comprendre que l’on puisse être de gauche et ne pas avoir
une vue globale de l’économie et que seul le travail permet la production de
richesse. Cela étant, je n’ai pas à diffuser des brevets de gauchisme.
Je vais essayer de lui expliquer même si un enfant de trois
ans le comprendrait assez bien. Quand un hypermarché remplace des caisses
traditionnelles par des caisses automatisées, c’est bien, au minimum, pour avoir
autant d’argent avec moins de personnel, donc de travail, et ainsi améliorer sa
rentabilité. En fait, il va même en gagner plus, probablement, vu que le « débit »
de clients est meilleurs dans les machins automatisés, d’autant qu’ils prennent
moins de place.
Il va donc produire au moins autant de richesse avec moins
de travail. Je me répète un peu. On appelle ça, aussi, du gain de productivité.
Ce qu’on aimerait, c’est que ce gain de productivité soit mieux réparti entre les
entreprises et les braves gens. Plutôt que de « tout reverser aux
actionnaires », On peut envisager différentes solutions comme faire
travailler moins les caissières (vu qu’elles ont moins de travail), améliorer
la rémunération des caissières subsistantes, baisser les prix, augmenter les
cotisations de l’employeurs pour compenser la suppression de personnel. Je n’ai
pas le remède miracle (le dernier point, par exemple, revient à la « taxe
robot » de Benoît Hamon, en 2017, mais elle était très mal présentée) d’autant
que je crois à une globalisation de l’économie. Il faudrait que la société en
général améliore le partage des gains de productivité.
Je ne vais pas multiplier les exemples mais les gains de
productivités sont partout. L’autre jour, j’étais en consultation à l’hôpital,
l’infirmière du service m’a fait une prise de sang et j’ai reçu le résultat par
mail : ça évite de payer des salariés à imprimer des âneries et à les
glisser dans des enveloppes.
Les militants de gauche sont souvent obtus devant ces gains
de productivité, ne voyant qu’une manière de plus, pour l’employeur, de s’en
foutre dans les poches. Néanmoins, « caissière » est un métier
pénible. Sans compter le fait de supporter des crétins à longueur de journée,
il faut prendre des produits sur un tapis, les passer devant un lecteur de code
barre, les reposer de l’autre côté… Je ne vous parle même pas de la jouissance
de mettre des résultats d’analyse à la chaîne dans des enveloppes…
Ces gains de productivité, liés à un progrès technique, sont
bel et bien une amélioration globale de notre sombre monde et il faut arrêter
de prétendre le contraire, bordel de merde.
Mais, revenons à notre réforme des retraites. Nous avons d’un
côté le progrès technique avec ses gains de productivité et un tas de chômeurs
en stock mais un gouvernement qui voudrait que l’on travaille plus. Cela va
exactement à l’encontre de ce qu’il faudrait faire (et nous pousse dans le même
mur que les voisins dont au sujet desquels je parlais en début de note).
Le « travailler plus » aurait un sens si l’on
pouvait réellement produire plus, consommer plus et ainsi de suite (ce qui ne
colle pas, d’une part, avec notre fainéantise naturelle et, d’autre part, avec la
protection de l’environnement) mais cela n’a pas de sens : je n’ai pas
besoin de consommer plus (et ce qu’ils l’ont, ce besoin, ont surtout besoin de pognon)
et on n’a pas besoin de produire plus quand on a atteint notre « niveau
social ».
Cette réforme est donc une hérésie. Elle est réduite,
par la droite, au financement à long terme des retraites alors que le sujet est
plus vaste. D’ailleurs, on parle d’un besoin de financement de l’ordre de quelques
pourcents du PIB, pourcentage qui pourrait d’ailleurs être compensé en partie
par les gains de productivité en question.
Puisque vous insistez, voila un exemple : grâce au Covid,
on a popularisé – voire presque inventé – le télétravail. Pourquoi les
entreprises devraient continuer à construire des immeubles de bureau alors que
25% des salariés peuvent maintenant réduire de 60 ou 80% leurs temps de présence
dans les locaux de la boite ? On va d’ailleurs y venir… Et je radote :
les ouvriers du bâtiment n’ont pas besoin de travailler plus et on ne va pas
tous les licencier. Les paramètres de l’équation ne doivent pas porter que sur
la retraite…
Cette hérésie est souvent combattue par la gauche par des
mauvais arguments comme la défense d’avantage acquis ce qui ne fait que conforter
les partisans dans leurs positions relatives à la nécessité de travailler plus
pour produire plus de richesses que l’on pourrait distribuer.
On trouve beaucoup de commentaires dans les réseaux sur l’augmentation
du nombre de milliardaires et les « gains du CAC40 ». C’est maladroit :
on va finir par chasser les milliardaires… voir à faire une liste des 200
familles, vieux mythe qui ne va pas nous rappeler les heures les plus glorieuses
de notre histoire…
On ferait mieux de chercher l’apaisement (dit l’imbécile
angélique) plutôt que la confrontation. Il n’empêche que cette augmentation des
revenus du capital est bien la preuve que la production de richesses est réelle
et qu’il faut arrêter de nous prendre pour des abrutis. Par contre, il faut
arrêter de dire que l’on doit prendre du pognon où il est : une
valorisation boursière n’est pas du pognon. Tout peut s’effondrer. C’est le
résultat de prévision au sujet de l’évolution des entreprises, pas la vraie
richesse des gens.
Ah ! Vous voulez encore un exemple : la valeur de
mon appartement à doublé ou triplé depuis que je l’ai acheté mais ce n’est pas
du pognon. Si je le vends, il faudra bien que j’habite quelque part… Toutes les
choses étant égales par ailleurs d’autant que patati patata.
J’en veux beaucoup aux gens de gauche en général qui ont
chié sur le quinquennat Hollande qui a pourtant mis en place la mesure la plus
utile de tous les temps depuis l’obligation d’entretenir les pompes à bière :
aligner la taxation des revenus du patrimoine sur ceux du travail. Cela
résolvait une partie de notre souhaitée redistribution. J’en veux aussi à mes
confrères d’une gauche modérée qui a fleuri sur la répartition du temps de
travail, les trente-cinq heures et tout ça et n’arrive pas à mettre des baffes
à la macronerie qu’ils continuent à soutenir.
Cela relève du cabanon.
Travaillons moins. J’y excelle.





-est-l-un-des-plus-bas-d-europe-photo-d-illustration-le-republicain-lorrain-1673196931.jpg)





















