Les analyses du résultat des élections municipales des deux
derniers dimanches se multiplient mais j’ai un peu peur que les personnalités
politiques, les éditorialistes et tous les braves gens qui sont payés pour
donner leurs avis insistent sur différents aspects sans intérêt en oubliant qu’il
faudrait en tirer des conclusions fiables avant le prochain scrutin.
C’est notamment le cas dans le camp – le mien – de la gauche
républicaine où l’on nous dit qu’on n’a pas gagné a pas fait alliance avec LFI et
que les principales victoires viennent des villes où l’on a tourné le dos à ce
parti. CQFD laissent-ils entendre : « il ne faut pas faire de compromission
avec la gauche radicale ». Ce raisonnement est totalement biaisé. Le fait est
que l’on a gagné dans les villes où l’on est forts et que, dans les autres, on
a bien été obligés de s’allier pour tenter d’avoir une majorité mais qu’on n’a
pas réussi partout. Le rejet de LFI par les électeurs du centre gauche n’est
pas du tout montré ici.
Comme on le dit par chez moi : il ne faut pas tortiller
du cul pour chier droit.
L’analyse du résultat n’est pas simple à cause du système
électoral. De fait, on va souvent se limiter aux grosses villes, sachant que
60% de la population habite dans des patelins de plus de 30 000 habitants. Les
analyses vont donc porter sur les plus grosses villes. On parle beaucoup des
100 plus grosses villes mais seuls un peu plus de 30% des Français y vivent.
Voir en illustration l’évolution des votes dans ces 100
villes depuis la précédente échéance de ce type (elle vient du Parisien et est
présentée par l’ami
Ronald).
C’est très rigolo. Certains « choisissent » le
panel de villes selon des critères qui les arrangent. Manon Aubry retient celui
des 50 plus grosses villes parce que seule LFI y gagner. Elle a donc publié un
graphique dans Facebook pour montrer que la plus grosse progression est
faite par LFI. Si elle avait pris les 100 plus grosses, comme moi, elle n’aurait
pas pu le dire : le centre a gagné bien plus et le RN a gagné autant.
La vérité, pour ce lot de 100 villes, est que les
changements n’ont pas vraiment d’importance. Prenons la gauche « non
écolo », donc, en résumé, le PS, LFI et le PCF. Ce groupe gagne 3 villes
(c’est dérisoire, ça fait 3% !). Si LFI peut être distinguée dans ce
machin, c’est, d’une part, parce que c’est la première fois qu’ils ont des
candidatures sérieuses et, d’autre part, parce qu’ils sont qualifiés d’extrême
gauche depuis quelques semaines par le ministère. Sans oublier que c’est
toujours dans les centres urbains qu’ils font de bons scores ce qui les éloigne
un peu des classes ouvrières… Mme Aubry aurait donc peut-être mieux fait de se taire.
Inventons un groupe « droite de gouvernement et centre ».
Ils passent de 50 à 51. La belle affaire. Occupons-nous des écolos. Ils ont une
vraie perte (le nombre de ville est divisé par trois) mais n’est-ce pas le
score de 2020, dans les conditions que l’on sait (le Covid et tout ça) qui les
avait favorisés ? On pourrait parler du RN mais, au fond, Nice a été
conquis par un ex UMP, ex premier adjoint et ex président du conseil général.
Je ne dis pas qu’il n’y a pas des éléments significatifs
mais ils se limitent à la baisse des verts et à la montée des centristes…
Ainsi, chacun pourra voir « midi à sa porte » et
arranger l’échantillon de l’étude pour sortir un résultat réjouissant. Moi-même
j’ai parlé de 30000 habitants dans mon introduction mais c’est bien parce que
ma commune en a moins.
Le Kremlin-Bicêtre est à gauche depuis la nuit des temps
(malgré un passage à droite dans les années 80), est au cœur de la banlieue
rouge. La députée insoumise y a fait plus de 50% au premier tour des dernières
législatives (au nom du NFP). Pourtant, elle a été conquise par la droite,
dimanche dernier. Cette victoire de la droite est explicable par la présence de
deux listes de gauche au second tour, celle proche du PS arrivée bien devant
celle de LFI au premier.
C’est bien donc la présence de la liste LFI qui a empêché celle
du PS de gagner. Cette présence est expliquée par l’absence d’un accord. Pour
cette absence d’accord, j’ai entendu deux justifications. LFI prétend notamment
que le PS n’a pas fait de proposition. Il me semble pourtant que les exigences
de LFI étaient trop lourdes à supporter pour le PS qui aurait perdu le fait d’avoir
la majorité des sièges au conseil, LFI aurait alors pu faire sa loi en étant
arrivé avec 15% au premier tour…
Il aurait donc fallu un accord national entre le PS et
LFI (et les autres partis) pour que cette commune moyenne reste à gauche.
On est donc bien loin de cette analyse de nos spécialistes
parisiens en accords électoraux et en lutte contre l’antisémitisme quand il est
de gauche qui prétend que les accords sont mortifères pour la « gauche de
gouvernement ».
Cet accord national doit être formel : s’il y a
plusieurs listes de gauche capables de se maintenir au second tour, seule la
première doit pouvoir se maintenir. S’il y a une fusion de liste, il ne faut
pas qu’un seul « groupe » puisse provoquer un blocage en s’alliant
avec l’opposition municipale. Cet accord ne doit concerner que les seconds
tours.
Et si on est nombreux à penser que LFI plombe la gauche, il
faut bien faire avec…
Retour vers le passé
La mort de Jospin m’a renvoyé à l’époque de la création de
ce blog, il y a une vingtaine d’année. Ca suivait 2002 et précédait 2007 et
2008, avec le congrès de Reims. Ce n’est qu’à cette époque que j’ai eu des
copains engagés au sein des partis politiques, notamment le PS. Il y avait
souvent des débats entre eux et ils s’engueulaient prodigieusement pendant que
je finissais les popcorns.
Prenons le premier, 2002, avec l’élimination au premier tour
du vénérable. Il y avait deux camps. Ceux qui mettaient les torts sur le dos de
Jospin qui n’aurait pas fait une bonne campagne, déclarant sa candidature par
fax puis se faisant baiser par Chirac avec les problèmes de sécurité, papy Voyce
et tout ça. Les autres mettaient tout sur le dos de Taubira et Chevènement qui
auraient piqué des voix à Yoyo. Personne n’osait dire, à l’époque, que les deux
avaient raison et que d’autres phénomènes étaient à prendre en compte
(notamment le fait que l’extrême gauche est arrivé à 10%, ce que nous n’allons
pas tenter d’expliquer aujourd’hui).
Pour 2007, il y avait clairement deux camps pour expliquer
la défaite de Ségolène Royal. D’un côté ceux qui expliquaient qu’elle n’avait
pas pu compter sur l’aide du parti, de l’autre ceux qui disaient qu’elle avait
fait campagne en dehors du parti. Ils ont complètement omis des deux autres. La
première (et peut-être la seule valable) est que Sarkozy était un excellent
candidat (le travailler plus pour gagner plus, le successeur dynamique d’une
droite vieillissante). L’autre est Ségolène Royal était mauvaise…
2008 et le congrès de Reims offrent peu d’intérêts directs
dans ma démonstration. Il y avait les soutiens de Royal et ceux d’Aubry (l’autre)
qui s’accusaient mutuellement de tricherie. Je ne sais pas qui avait raison. En
revanche, on est bien obligés de reconnaitre que la victoire d’Aubry a permis
une mise en marche du parti qui a abouti à la primaire de 2011 puis à la
victoire de 2012. A l’époque, personne ne le disait, d’autant qu’Aubry a été la
grande perdante de la primaire et que beaucoup estiment qu’Hollande n’a gagné
que grâce aux déboires de DSK. Pourtant, pépère aurait pu gagner la primaire
par sa gauche en positionnant DSK comme un représentant du libéralisme….
D’ailleurs, on pourrait raconter la suite de la rigolade
avec les déboires d’Hollande et les critiques de sa politique faite par l’aile
gauche des socialistes alors que Flanby ne faisait, en gros, que mettre en œuvre
ce qu’il avait annoncé dans ses livres parus avant le « forfait » de
DSK…
Certes, un militant socialiste de l’époque pourra
critiquer la légèreté de mes quelques analyses mais elles n’en sont pas
vraiment : elles sont une critique de ce qui leur ai passé par le crâne et
qui les induit en erreur depuis tant de temps.
Alors, aujourd’hui, on peut détester ce que représente LFI,
l’antisémitisme supposé, le non-respect de quelques valeurs républicaines, la
bêtise des analyses politiques de certains cadres, le positionnement délirant
sur certains sujets mais on ne peut pas rejeter des électeurs qui ont pensé que
seuls la « voie Mélenchon » pouvait mener à la victoire de la gauche
depuis 2017 ou qui pensent que le projet de LFI est meilleurs que celui des
autres (que l’on continue d’ailleurs à chercher).
On ne réconciliera pas les gauches irréconciliables mais on
ne gagnera pas en se foutant sur la gueule. Tout simplement parce qu'on ne peut pas garantir l'impartialité d'une analyse.
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