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27 mars 2026

Municipales : ne foirons pas l'analyse

 


Les analyses du résultat des élections municipales des deux derniers dimanches se multiplient mais j’ai un peu peur que les personnalités politiques, les éditorialistes et tous les braves gens qui sont payés pour donner leurs avis insistent sur différents aspects sans intérêt en oubliant qu’il faudrait en tirer des conclusions fiables avant le prochain scrutin.

C’est notamment le cas dans le camp – le mien – de la gauche républicaine où l’on nous dit qu’on n’a pas gagné a pas fait alliance avec LFI et que les principales victoires viennent des villes où l’on a tourné le dos à ce parti. CQFD laissent-ils entendre : « il ne faut pas faire de compromission avec la gauche radicale ». Ce raisonnement est totalement biaisé. Le fait est que l’on a gagné dans les villes où l’on est forts et que, dans les autres, on a bien été obligés de s’allier pour tenter d’avoir une majorité mais qu’on n’a pas réussi partout. Le rejet de LFI par les électeurs du centre gauche n’est pas du tout montré ici.

Comme on le dit par chez moi : il ne faut pas tortiller du cul pour chier droit.

 

L’analyse du résultat n’est pas simple à cause du système électoral. De fait, on va souvent se limiter aux grosses villes, sachant que 60% de la population habite dans des patelins de plus de 30 000 habitants. Les analyses vont donc porter sur les plus grosses villes. On parle beaucoup des 100 plus grosses villes mais seuls un peu plus de 30% des Français y vivent.

Voir en illustration l’évolution des votes dans ces 100 villes depuis la précédente échéance de ce type (elle vient du Parisien et est présentée par l’ami Ronald).



C’est très rigolo. Certains « choisissent » le panel de villes selon des critères qui les arrangent. Manon Aubry retient celui des 50 plus grosses villes parce que seule LFI y gagner. Elle a donc publié un graphique dans Facebook pour montrer que la plus grosse progression est faite par LFI. Si elle avait pris les 100 plus grosses, comme moi, elle n’aurait pas pu le dire : le centre a gagné bien plus et le RN a gagné autant.

 

La vérité, pour ce lot de 100 villes, est que les changements n’ont pas vraiment d’importance. Prenons la gauche « non écolo », donc, en résumé, le PS, LFI et le PCF. Ce groupe gagne 3 villes (c’est dérisoire, ça fait 3% !). Si LFI peut être distinguée dans ce machin, c’est, d’une part, parce que c’est la première fois qu’ils ont des candidatures sérieuses et, d’autre part, parce qu’ils sont qualifiés d’extrême gauche depuis quelques semaines par le ministère. Sans oublier que c’est toujours dans les centres urbains qu’ils font de bons scores ce qui les éloigne un peu des classes ouvrières… Mme Aubry aurait donc peut-être mieux fait de se taire.

Inventons un groupe « droite de gouvernement et centre ». Ils passent de 50 à 51. La belle affaire. Occupons-nous des écolos. Ils ont une vraie perte (le nombre de ville est divisé par trois) mais n’est-ce pas le score de 2020, dans les conditions que l’on sait (le Covid et tout ça) qui les avait favorisés ? On pourrait parler du RN mais, au fond, Nice a été conquis par un ex UMP, ex premier adjoint et ex président du conseil général.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas des éléments significatifs mais ils se limitent à la baisse des verts et à la montée des centristes…

 


Ainsi, chacun pourra voir « midi à sa porte » et arranger l’échantillon de l’étude pour sortir un résultat réjouissant. Moi-même j’ai parlé de 30000 habitants dans mon introduction mais c’est bien parce que ma commune en a moins.

Le Kremlin-Bicêtre est à gauche depuis la nuit des temps (malgré un passage à droite dans les années 80), est au cœur de la banlieue rouge. La députée insoumise y a fait plus de 50% au premier tour des dernières législatives (au nom du NFP). Pourtant, elle a été conquise par la droite, dimanche dernier. Cette victoire de la droite est explicable par la présence de deux listes de gauche au second tour, celle proche du PS arrivée bien devant celle de LFI au premier.

C’est bien donc la présence de la liste LFI qui a empêché celle du PS de gagner. Cette présence est expliquée par l’absence d’un accord. Pour cette absence d’accord, j’ai entendu deux justifications. LFI prétend notamment que le PS n’a pas fait de proposition. Il me semble pourtant que les exigences de LFI étaient trop lourdes à supporter pour le PS qui aurait perdu le fait d’avoir la majorité des sièges au conseil, LFI aurait alors pu faire sa loi en étant arrivé avec 15% au premier tour…

 

Il aurait donc fallu un accord national entre le PS et LFI (et les autres partis) pour que cette commune moyenne reste à gauche.

On est donc bien loin de cette analyse de nos spécialistes parisiens en accords électoraux et en lutte contre l’antisémitisme quand il est de gauche qui prétend que les accords sont mortifères pour la « gauche de gouvernement ».

Cet accord national doit être formel : s’il y a plusieurs listes de gauche capables de se maintenir au second tour, seule la première doit pouvoir se maintenir. S’il y a une fusion de liste, il ne faut pas qu’un seul « groupe » puisse provoquer un blocage en s’alliant avec l’opposition municipale. Cet accord ne doit concerner que les seconds tours.

Et si on est nombreux à penser que LFI plombe la gauche, il faut bien faire avec…

 


Retour vers le passé

La mort de Jospin m’a renvoyé à l’époque de la création de ce blog, il y a une vingtaine d’année. Ca suivait 2002 et précédait 2007 et 2008, avec le congrès de Reims. Ce n’est qu’à cette époque que j’ai eu des copains engagés au sein des partis politiques, notamment le PS. Il y avait souvent des débats entre eux et ils s’engueulaient prodigieusement pendant que je finissais les popcorns.

Prenons le premier, 2002, avec l’élimination au premier tour du vénérable. Il y avait deux camps. Ceux qui mettaient les torts sur le dos de Jospin qui n’aurait pas fait une bonne campagne, déclarant sa candidature par fax puis se faisant baiser par Chirac avec les problèmes de sécurité, papy Voyce et tout ça. Les autres mettaient tout sur le dos de Taubira et Chevènement qui auraient piqué des voix à Yoyo. Personne n’osait dire, à l’époque, que les deux avaient raison et que d’autres phénomènes étaient à prendre en compte (notamment le fait que l’extrême gauche est arrivé à 10%, ce que nous n’allons pas tenter d’expliquer aujourd’hui).

Pour 2007, il y avait clairement deux camps pour expliquer la défaite de Ségolène Royal. D’un côté ceux qui expliquaient qu’elle n’avait pas pu compter sur l’aide du parti, de l’autre ceux qui disaient qu’elle avait fait campagne en dehors du parti. Ils ont complètement omis des deux autres. La première (et peut-être la seule valable) est que Sarkozy était un excellent candidat (le travailler plus pour gagner plus, le successeur dynamique d’une droite vieillissante). L’autre est Ségolène Royal était mauvaise…

2008 et le congrès de Reims offrent peu d’intérêts directs dans ma démonstration. Il y avait les soutiens de Royal et ceux d’Aubry (l’autre) qui s’accusaient mutuellement de tricherie. Je ne sais pas qui avait raison. En revanche, on est bien obligés de reconnaitre que la victoire d’Aubry a permis une mise en marche du parti qui a abouti à la primaire de 2011 puis à la victoire de 2012. A l’époque, personne ne le disait, d’autant qu’Aubry a été la grande perdante de la primaire et que beaucoup estiment qu’Hollande n’a gagné que grâce aux déboires de DSK. Pourtant, pépère aurait pu gagner la primaire par sa gauche en positionnant DSK comme un représentant du libéralisme….

D’ailleurs, on pourrait raconter la suite de la rigolade avec les déboires d’Hollande et les critiques de sa politique faite par l’aile gauche des socialistes alors que Flanby ne faisait, en gros, que mettre en œuvre ce qu’il avait annoncé dans ses livres parus avant le « forfait » de DSK…

 

Certes, un militant socialiste de l’époque pourra critiquer la légèreté de mes quelques analyses mais elles n’en sont pas vraiment : elles sont une critique de ce qui leur ai passé par le crâne et qui les induit en erreur depuis tant de temps.

 

Alors, aujourd’hui, on peut détester ce que représente LFI, l’antisémitisme supposé, le non-respect de quelques valeurs républicaines, la bêtise des analyses politiques de certains cadres, le positionnement délirant sur certains sujets mais on ne peut pas rejeter des électeurs qui ont pensé que seuls la « voie Mélenchon » pouvait mener à la victoire de la gauche depuis 2017 ou qui pensent que le projet de LFI est meilleurs que celui des autres (que l’on continue d’ailleurs à chercher).

On ne réconciliera pas les gauches irréconciliables mais on ne gagnera pas en se foutant sur la gueule. Tout simplement parce qu'on ne peut pas garantir l'impartialité d'une analyse.

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