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19 juillet 2013

Le Point, les réacs et la catastrophe de Brétigny

En commentaire de mon billet d’hier soir à propos de Marine Le Pen et de Brétigny, je discutais avec les braves gens, un tantinet réactionnaires… On sent qu’ils sont déçus que leur version ne soit pas retenue : ils n’ont pas réussi à convaincre qu’il y a vraiment eu des hordes de jeunes des cités (dans leur langage, ça veut dire des délinquants d’origine étrangères) à avoir détroussé les cadavres.

Heureusement qu'ils ont le Point  pour les aider dans leur mission : il faut convaincre le peuple qu'"on" lui ment. Que la gauche dissimule la barbarie des jeunes des cités, issus de l'immigration et probablement dirigés par des Imans ou je ne sais quoi.

Qu’ils soient déçus me surprend : pour ma part, j’espère bien qu’il n’y a pas de bande de détrousseurs de cadavres en France. Mais ça ne sert pas leur cause politique, cette mission presque divine.

Revenons sur les faits. Les derniers :
-         hier soir, Le Point a diffusé un article où ils expliquent qu’ils ont pu avoir eu accès à un rapport des CRS expliquant que les détroussages ont effectivement eu lieu mais qu’ils avaient eu l’ordre de la fermer,
-         ce midi, le Figaro diffuse une dépêche (AFP d’origine, je crois) expliquant que la version du Point ne peut pas être bonne.

Nos deux canards de droite se piquent le leadership…

Quelques questions se posent.

Petit 1 : les détroussages et autres saloperies ont-ils pu avoir lieu ?

Mon avis est que non. Brétigny-sur-Orge n’est pas spécialement une « cité » au sens où on pourrait l’entendre et n’est pas spécialement connue pour sa délinquance, ce en quoi je me trompe peut-être. J’ai une collègue qui habite là-bas et ne m’a jamais rien dit alors qu’un rapide calcul indique que j’ai déjeuné probablement plus de 1200 fois avec elle… Des copains qui connaissent du monde là-bas m’ont dit à peu près la même chose.

Brétigny-sur-Orge est une « ville à la campagne », la gare ne peut parait pas proche de cités où l’on pourrait voir des tonnes de délinquants.

Enfin, il me semble que lors d’une telle catastrophe, les forces de l’ordre arrivent très vite et que des abrutis n’auraient pas le temps d’arriver pour faire des conneries.

Cela étant, je ne connais de Brétigny que ce que m’a dit ma collègue, ce qu’indique Wikipedia et ce que l’ont peut voir avec Google et ses vues aériennes.

Petit 2 : le black-out est-il possible ?

Cela a été dit plusieurs fois : à l’heure des smartphones et de Twitter, il est surprenant qu’on n’ait pas vu d’image de ces saloperies.

S’il y avait un ordre de black out, la décision aurait sûrement mis plusieurs heures à arriver. S’il y a eu ces détroussages, les forces de police auraient écarté les connards pour laisser bosser les secouristes. Pendant ce temps, les autorités devaient organiser les secours, on s’attendait à des dizaines de blessés, il fallait mobiliser les hôpitaux de toute la région… Mieux à faire que penser aux conséquences de potentielles conneries de délinquants.

Néanmoins, il y a probablement une tradition policière de ne rien dire dans ces cas, ce qui est parfaitement normal : il revient aux autorités de donner une version officielle, pas à la police. Il y a une enquête de justice et les magistrats décideront de la suite à donner.

Par contre, je ne nie pas que les démentis officiels ultérieurs sont un peu suspects, notamment le « un peu rude » du ministre qui semble vouloir minimiser les faits.

Comment a éclaté la polémique ?

Tout est parti de propos d’une syndicaliste d’un syndicat de policiers classé à droite. Je ne sais plus ses propos exacts mais peu importe. Elle a pu dire :
-         soit un gros mensonge,
-         soit une interprétation de ce qu’ont dit ses collègues,
-         soit ce que lui ont dit ses collègues.
On peut même dire que le journaliste qui a sorti la dépêche se soit trompé dans la retranscription de ses propos. Nous ne sommes donc pas plus avancés…

Le buzz est parti parce que les journaux n’avaient que ça à faire en attendant d’avoir un comptage définitif des victimes. C’est le problème de l’information en continu démultiplié par Twitter. Au fond, qu’est-ce qui est intéressant dans cette catastrophe, indépendamment des putatifs délinquants :
-         le bilan, le nombre de mort,
-         la cause « technique »,
-         l’éventuelle responsabilité des acteurs (manque d’entretien,…),
-         ce que l’on va faire pour éviter que cela se reproduise,
-         l’impact sur le réseau et la circulation des trains dans le secteur, notamment le RER C.

Or, tout ça n’est connu que bien après. L’ampleur de la catastrophe a été connue vers 21 ou 22 heures. On savait que le nombre de morts serait inférieur à une dizaine. Pour le reste, on a su ou on saura plus tard.

Reste qu’il faut bien occuper les journalistes qui ne pensent, au fond, qu’à récupérer de l’audimat, donc à satisfaire les clients que nous sommes. Ils n’ont rien à dire. Une information bidon leur tombe sous la main, le buzz est lancé. La catastrophe de Brétigny est l’événement de la soirée, les journaux doivent en parler absolument en boucle et n’ont qu’un fait potentiel à se mettre sous la dent.

Peu importe la vitesse à laquelle les démentis sont arrivés, le buzz est retombé,…

Le lendemain, le buzz se poursuivait dans les réseaux sociaux, d’autant que la réponse du ministre a été maladroite (« un peu rude »). Il aurait mieux fait de dire : « quelques habituels connards ont jeté trois pierres sur les pompiers comme lors de chacune de leurs sorties et un téléphone portable a été piqué. »

Ce sont essentiellement des internautes de la droite de la droite qui ont fait ce buzz parce qu’ils sont persuadés que le gouvernement leur ment (comme nous étions persuadés que le gouvernement précédent nous mentait). Ils cherchent des arguments et, avec l’affaire Méric et quelques autres histoires, ils se donnent l’impression d’enquêter absolument sûrs d’eux alors que, à la base, il n’y a toujours rien hormis la déclaration de la syndicaliste de droite.

Dans ces dénégations, le blogueur Koltchack a été bien actif. Il a refait un billet hier (il me semble avant l’article du Point) avec un nouveau témoignage dont il ne remet pas en cause l’exactitude alors qu’il s’agit encore une fois de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours. Or sa source est le site web d’un média dont on peut suspecter la neutralité et qui pourrait avoir intérêt à défendre l’idée que les banlieues françaises sont envahies d’islamistes dangereux. Je mets bien du conditionnel, je ne connais pas ce site, ce média mais uniquement la page Wikipedia !

Arrive, près d’une semaine après les faits (mais les échanges ont continué dans les réseaux sociaux) la dépêche du Point qui n’apporte aucune preuve : un journaliste écrit qu’ils ont eu accès à je ne sais quel rapport de la direction des CRS (ou un truc comme ça). On ne sait pas si le rapport est authentique, comme le Point l’a eu…

Ce que je sais, notamment en tant que blogueur, c’est que le Point est un des canards les plus actifs contre le Gouvernement… Ca devient sa marque de fabrique. Je n’invente rien. A l’heure où je vous parle, le deuxième titre en une de leur site web est : « Exclusif : les vrais chiffres de la délinquance du 14 juillet ». L’article est bien à charge : les voitures brulées ont augmenté et le nombre de délinquant arrêté est moindre. Et comme pour l’article d’hier à propos de Brétigny, on a « exclusif » dans le titre. L’un article commence par : « Le Point.fr a pu consulter les chiffres officiels concernant les faits délictueux du week-end dernier. » Hier, l’article commençait par : « Le Point.fr s'est procuré un document confidentiel de la direction centrale des CRS qui fait état de jets de projectiles et de vols sur les victimes du déraillement du train. » (un des auteurs a déjà été victime d’intox et l’autre est un plagiaire d’Authueil…).

L’air de dire, pour satisfaire l’électorat de droite : « z’avez vu, les gars, nous on a la vraie information sur la délinquance, on a nos sources ! ». Je propose à Fdesouche de mettre en page d’accueil un lien vers Le Point, le boulot sera fait et ils pourront prendre des vacances tranquilles.

On sait à qui profiterait l’information comme quoi les jeunes des banlieues, donc des types d’origines étrangères probablement musulmans, sont de pire en pire : à l’extrême droite… On pourrait penser que le syndicat qui a sorti l’information (plus précisément, c’est, selon Wikipedia, un syndicat policier classé à droite et la référence pour avoir cette information fournie par l’encyclopédie en ligne est… un article du Point qui explique que les policiers sont de gauche).

A noter que nous avons d’autres journaux qui traitent du sujet, notamment, aujourd’hui, Essonne Info, dont les journalistes étaient présents et confirment n’avoir rien vu. Mais, au risque de leur faire de la peine, je ne sais pas à quel point ils ne seraient pas un peu proche des socialistes locaux… Je les crois néanmoins.

A qui profite le crime ?

Les commentateurs réactionnaires qui interviennent suite à mes billets nous expliquent que le gouvernement aurait une volonté de minimiser tous les actes de délinquance dont celui-là. Restons sur celui-ci.

Je vais commencer par un peu de méchanceté : avec tous les couacs provoqués depuis un an par les cabinets ministériels, j’ai du mal à imaginer qu’ils puissent organiser un black out aussi rapidement un vendredi soir de juillet avec musèlement de la presse…

Vous pourrez toujours me fournir ce qui aurait pu motiver le gouvernement à organiser ce black out, je pourrai toujours sortir des raisons contradictoires.

Petit 1 : les forces de l’ordre sont intervenues très rapidement ce qui montre leur efficacité.
Petit 2 : la meilleure chance de la gauche de gagner les prochaines élections municipales est une multiplication des triangulaires avec le FN et l’UMP. Autant faire monter le FN.
Petit 3 : le black out risque de leur retomber sur la gueule.
Petit 4 : la ville de Brétigny semble bien implanté à gauche, autant montrer que les forces de l’ordre arrivent rapidement, les gens savent bien qui habitent leurs « quartiers ».
Petit 5 : on est encore en début de mandat. En aucun cas, il ne peut y avoir eu des hordes de jeunes à détrousser les cadavres, donc s’il y avait eu quelque chose, ça aurait une dizaine d’imbéciles, au niveau de la communication, il aurait été beaucoup plus efficace de les embastiller pour l’exemple que de déclencher ce black out.

Mes lecteurs sont majoritairement de gauche et ne savent peut-être pas ce qui peut se passer dans le crâne d’un réactionnaire. Dans un autre blog, alors que je demandais les motifs potentiels du gouvernement de nier le machin, une blogueuse probablement réactionnaire indique : « bah grosso-modo le même poursuivi depuis 30 ans ? Vivre-ensemble, la diversité est une richesse, le problème de la délinquance est social... toussa toussa, non ? »

Il nous faudrait peut-être une explication de texte. Ou alors qu’elle remette ses neurones dans l’ordre. Ou qu’elle évite les platitudes.

Didier Goux abonde évidemment dans son sens. « Chère Laura, je crois que vous vous escrimez en vain : si on vous affirme, ici ou là, dans les ministères et les blogs de déférence, qu'il n'y a eu aucun incident, c'est qu'il n'y a eu aucun incident ! Si vous persistez, on sera conduit à penser que vous avez mauvais esprit, voire pire… »

Didier, Koltchak et les réactionnaires habituels qui trainent ici, je vous invite à vous exprimer clairement sur les raisons qui auraient pu pousser le gouvernement à taire une affaire qui, de toute manière, ne serait l’œuvre que de quelques abrutis (s’il y avait eu du monde, l’affaire n’aurait pas pu être étouffée). Dites le clairement, pas sous forme de sous-entendus.

Ne me dites pas pourquoi vous pensez le contraire ou, du moins, vous vous battez pour faire croire aux gens que le gouvernement ment, je connais vos raisons, le grand remplacement et « toussa toussa, non ? »

Vous avez vu ce qui vient de sortir sur le Point : « Quand la gauche sombre dans le négationnisme » ? Tout y est, y compris les références à Philippe Murray. L’auteur n’apporte aucune réponse. Il ne fait que confirmer que Le Point est un canard particulièrement réactionnaire.

Il va falloir que le Figaro fasse des efforts pour rester devant.