On lit dans la presse (ici, Libération)
que François Hollande a fait l’éloge du modèle Allemand au congrès du SPD.
C’est une erreur. Je le sais, j’avais été invité à rédiger une proposition de
discours. J’avais écrit : « Chers amis,
vous êtes tous vraiment des enculés, vous avez ruiné l’Europe et vous vous êtes
ruinés avec des réformes débiles mises en œuvre par cet imbécile de Gerhard
Schröder. » Malheureusement, ma version n’a pas été acceptée. Il
parait qu’elle aurait été contreproductive électoralement. Nous avons besoin
d’aider le SPD à gagner cette prochaine élection de manière à pouvoir envisager
sérieusement une modification de la politique de l’Allemagne, seule
solution pour que l’on puisse s’en sortir.
Alors, un texte plus consensuel a été fait. Mon confrère
Sarkofrance revient
sur cette putative ode à Schröder dénoncée par Médiapart.
Quant à moi, c’est l’intégralité
du discours qui m’intéresse… Mon côté dort-en-chiant.
« Je mesure l’honneur qui
m’est fait de m’exprimer ici, aux côtés de l’ensemble des autorités de la
République Fédérale d’Allemagne pour célébrer le 150ème anniversaire du SPD. »
Oui ! C’est un déplacement officiel, on ne rigole pas. Je mesure à quel
point ma proposition de discours était décalée.
Je vais couper des parties.
« Ma présence est une
nouvelle preuve de la force de l’amitié franco-allemande qui nous permet
d’évoquer, ensemble, les moments forts de nos histoires nationales. »
Ah ! Oui, c’est de la politique.
« Je suis ici aujourd’hui
comme Président de la République française, comme un socialiste qui sait ce
qu’il doit à la social-démocratie et surtout comme un européen. » C’est
beau.
« Car l’histoire du SPD,
depuis sa création par Ferdinand Lassalle jusqu’à aujourd’hui est indissociable
des grand débats qui ont traversé notre continent. Trois mots, trois valeurs,
trois combats traduisent l’apport de la social-démocratie allemande au modèle
européen. »
Le premier, c'est la
démocratie.
Au moment où le mouvement ouvrier
hésitait sur le chemin à suivre, sur la forme à donner à son organisation, sur
la conduite à tenir face au régime parlementaire, le SPD a pris une décision
majeure : il arrima l’idéal socialiste à l’idée démocratique, il lia
l'aspiration à l'égalité à l'exigence de liberté. Il associa le progrès au
suffrage universel.
Cette orientation eut une
influence considérable. Elle inspira largement le socialisme en France. Jean
JAURES regardait avec admiration un parti qui était devenu en 1912 le groupe
parlementaire le plus puissant d’Allemagne. Il imaginait qu’ensemble il serait
possible d’empêcher l’éclatement de la guerre. »
« Car l’identité de la
social-démocratie, c'est le progrès. » Ca c’est le deuxième,
je suppose, il y a une erreur dans la numérotation.
« Au moment où fut fondé le
SPD, le progrès c'était « la fixation de salaires minima, l’enseignement
gratuit, l’assurance maladie, la liberté d’association, la réduction de la
durée du travail, la création de coopératives de production ». Tout cela fut
acquis au cours des décennies qui suivirent et largement étendu à l'ensemble du
continent européen. »
« Grâce à l'action et à
l'influence du SPD, le progrès prit ensuite la forme de la démocratie sociale
avec la reconnaissance des droits des salariés à être informés et consultés sur
les choix stratégiques des entreprises, avec la culture du compromis pour faire
évoluer le droit du travail et avec la négociation entre partenaires sociaux pour
faire évoluer l’Etat providence. »
Nous y voila…
« Le progrès, c’est aussi de
faire des réformes courageuses pour préserver l’emploi et anticiper les
mutations sociales et culturelles comme l’a montré Gerhard Schröder. On ne
construit rien de solide en ignorant le réel. »
Tu parles d’une ode…
« Le réalisme c’est le
troisième apport de la social-démocratie. » Tiens ! C’est pour
cela que je suis a priori social-démocrate et que j’ai choisi Pépère.
« Le réalisme n’est pas le
renoncement à l’idéal, mais l’un des moyens les plus sûrs de l’atteindre. Le
réformisme ce n’est pas l’acceptation d’une fatalité mais l’affirmation d’une
volonté. Le compromis n’est pas un arrangement mais un dépassement. »
« C’est en 1959, à
Bad-Godesberg que le grand pas fut franchi, à travers une déclaration, entrée
dans l'histoire, et dont l’esprit tient en une idée simple : le marché autant
qu'il est nécessaire ; la solidarité autant qu'elle est possible. Et une
ambition : être le parti du peuple tout entier. »
« C’est bien le signe de
votre indéniable succès. »
« Je leur réponds que tout
n'est pas transposable. Nos pays sont différents ; nos histoires ne sont pas
interchangeables. Nos cultures politiques syndicales sont singulières. Mais je
garde de la social-démocratie le sens du dialogue, la recherche du compromis et
la synthèse permanente entre la performance économique et la justice sociale. »
Ben voilà ! Il ne s’agit pas de faire en France la même
chose qu’en Allemagne, mais de définir le sens de la social-démocratie…
« C’est cette démarche qui
m’inspire pour la construction de l’Europe. Car nous avons une responsabilité
particulière, nous, Français et Allemands.
C’est notre amitié qui a permis
l’Europe. »
« Dans cette belle œuvre
commune, le SPD a pris toute sa part, avec de grandes personnalités qui
font désormais parties du patrimoine
politique et intellectuel de l’Europe.
Dès 1969, Willy BRANDT eut
l’immense mérite d’engager l’ouverture à l’Est.
Et en 1976, c’est Helmut SCHMIDT
qui eut le courage d’imaginer, avec le Président Giscard d’Estaing, le système
monétaire européen.
La social-démocratie a fait
avancer l’Europe. Mais elle ne l’a pas fait seule. Car l’Europe est une
construction qui dépasse les clivages politiques, qui unit les peuples, qui
oblige les gouvernements et notamment les nôtres à travailler ensemble.
Nous sommes tous ici les
héritiers de cette histoire.
A nous d’être dignes des plus
grands moments, comme celui du général de GAULLE et du chancelier ADENAUER
signant le traité de l’Elysée le 22 janvier 1963 ; ou l’image du chancelier
KOHL et de François MITTERRAND, se donnant la main, sur le champ de bataille de
Verdun, le 22 septembre 1984. Et l'instant magique où le mur de BERLIN
s'effondra. »
S’il y en a qui a envie pisser maintenant, il peut. Je vais
prendre une bière et je reviens.
« L’Europe a besoin de nous.
Elle est la première puissance du monde. Mais elle subit une crise qui la fait
douter d’elle-même. Et connaît un chômage qui l’éloigne des peuples. L’Europe
doit entrainer le monde et non pas le subir. »
« L’Europe doit désormais faire preuve de la même
détermination pour donner priorité à la croissance et offrir à la jeunesse une
nouvelle espérance. »
« C’est le rôle des Etats
mais aussi des partis politiques que d’y travailler sans relâche. Et je salue
tous ces militants qui se dévouent de génération en génération à cette cause
qu’est l’Europe. Et à cette belle idée du progrès. Je leur dis de ne jamais se
désespérer et d’unir leurs forces face à l’égoïsme, au populisme et au
nationalisme. »
« Si je n’avais qu’un seul
message à vous transmettre aujourd’hui, un seul mot à vous dire, ce serait
celui par lequel j’ai ouvert mon propos et par lequel je veux le clore : unité.
Unie, l’Allemagne est devenue
plus forte.
Unies, la France et l’Allemagne
feront avancer l’Europe.
Unie, l’Europe sera capable de
prolonger son histoire pour porter une grande ambition fondée sur la
démocratie, le progrès et la solidarité. »
J’ai coupé des morceaux. Vous pouvez lire l’intégralité du
discours trois fois. Vous pouvez imprimer ce billet pour le lire aux cabinets
si vous n’avez pas d’iPad. Vous pouvez le lire trois fois. Surtout si vous êtes
à gauche et vous imaginez représenter la vraie gauche.
La France et l’Allemagne doivent être unies et c’est la social-démocratie
qui est le chemin que nous avons choisi. Faudrait que j’arrête de faire de la
politique. C’est le boulot d’Hollande. Il en fait. Il était au machin du parti
social-démocrate Allemand.
Je vais conclure à recommandant à mes honorables lecteurs de
lire ce billet d’Elie Arié que j’approuve grandement et que je vais résumer :
il est temps que ceux qui se prétendent de la vraie gauche cesse de mépriser
les peuples.
Nous avons besoin de l’Allemagne et du SPD « pour donner priorité à la croissance et offrir à la
jeunesse une nouvelle espérance. »
Tout le reste n’est que de la posture.
Voilà un billet de blog fait à moindre frais.