06 février 2024

Evolution des paiements : jusqu'où ?

 


Je suis toujours à moitié sidéré quand je me mets à utiliser un des nouveaux moyens de paiement mis à notre disposition par d’honorable institutions. J’en parle parfois dans ce blog, souvent pour « démystifier » des aspects liés à la sécurité. L’avant dernière fois, c’était pour le paiement sans contact par smartphone, la fois suivante pour le paiement par virement avec authentification mutuelle des acteurs. Cette fois, je cumule !

Par exemple, je viens de renouveler mon abonnement à La Hulotte en payant par carte par Internet et l’application de ma banque sur l’iPhone m’a envoyé une notification pour que je valide le paiement avec la reconnaissance faciale. Vendredi, j’ai découvert que je pouvais demander à Netflix de prélever le montant de l’abonnement chez mon opérateur de téléphonie qui me le refacturerait ensuite. Samedi, je me suis rendu compte que je pouvais régler mes achats chez Amazon par virement. C'est nouveau, pour moi...

Je dis « à moitié sidéré » car je ne trouve pas la bonne expression mais il n’y a pas aucune surprise. Outre le fait que je vois ce que font les gens autour de moi et que je lis la presse nationale, c’est au cœur de mon métier. Je suis abonné à des revues de presse spécialisées, j’assiste à des conférences et je participe même à des travaux dédiés à ces différents machins, même parfois à la marge (par exemple, quand des banques ont sorti le « cryptogramme visuel dynamique », il fallait bien que l’on vérifier que les cartes continuent à fonctionner sur nos braves distributeurs de billets ce qui prend au moins 35 secondes).

 


Souvent, les évolutions ne sont pas récentes. Prenez mon prélèvement Netflix sur ma facture Orange. C’est un sujet sur lequel mon chef de l’époque travaillait à la fin des années 90 parce qu’il y avait un risque pour que des opérateurs externes prennent du boulot (et des flux financiers) aux banques (on appelait cela la désintermédiation si ma mémoire est bonne ; Orange banque, et c’est un autre sujet, a capoté mais l’Apple Card va bien). Près de dix ans auparavant, j’avais travaillé sur le fait que la délivrance de tickets pour les clients ne soit plus obligatoire sur les GAB et on vient de voir cela arriver pour les terminaux de paiement, trente ans après…

Par ailleurs, les évolutions sont lentes. Par exemple, on a toujours pu payer par carte sur Internet (on pouvait même le faire avec les Minitel…). Depuis, les banques ont ajouté le cryptogramme virtuel, puis les cartes virtuelles dynamiques, puis les codes de contrôle envoyés par SMS, puis les codes de vérification envoyés par l’application puis la validation par l’application elle-même, puis la validation par l’application qui utilise la reconnaissance faciale des portables. Je ne sais pas ce que nous réserve la suite…

Toujours est-il que ces « progrès » ont au moins un côté réjouissant : ils nous donnent du boulot. Même dans mon secteur précis, alors que l’on parle beaucoup de la diminution des espèces (le mois dernier, on parlait encore du rapprochement des trois grandes banques, pour optimiser leur bastringue mais la diminution « perçue » de l’usage des espèces est peut-être bien un leurre), on ne sait pas ce qui pourrait arriver… Par exemple, dans certains pays, le retrait d’espèces par carte sans contact est possible et cela devrait arriver chez nous. On peut imaginer que le retrait avec authentification par Smartphone arrive prochainement aussi. Il pourrait séduire une clientèle jeune qui n’hésite pas à payer des petits montants à sans contact (et qui vont finir par se rendre compte que leurs darons peuvent compter le nombre de binouzes qu’ils s’enfilent quand ils ont procuration sur leurs comptes bancaires).

 


Je ne sais pas comment le grand public « reçoit » toutes ces évolutions et je vais y revenir mais deux problèmes me viennent à l’esprit.

Le premier concerne les « exclus du numérique », à savoir toutes ces personnes qui ne savent pas utiliser les moyens informatiques ou n’ont pas de smartphone. C’est très à la mode, à gauche, de s’occuper de ces laissés pour compte du numérique mais, objectivement, c’est totalement hors sujet et, pour ce qui nous concerne, on s’en fout. Si un type n’est pas capable de payer une facture d’un service internet, il sera incapable de faire une commande sur Internet (le problème est différent : par exemple, il devient presque impossible de réserver un billet de train sans passer par le web).

Le deuxième concerne les bugs ou les erreurs de conception voire les défauts dans la législation ou la réglementation (on parlait de l’application de la SNCF, justement !). Par exemple, je viens de télécharger l’application de « BreizhGo », l’opérateur de transport qui agit pour le compte du Conseil Régional de Bretagne. Elle permet d’acheter les billets mais pas d’avoir les horaires des cartes ou des TER. Ils ont quoi, dans la tête, les gars ?

Tant qu’on est dans le domaine des transports, il est impossible de télécharger son passe Navigo sur un iPhone (ça devrait être possible avant juin) alors que l’application permet de recharger une carte externe. Ils fument quoi chez Pécresse ?

L’autre jour, j’ai pris un abonnement Orange (pour remplacer celui de ma mère). Le premier règlement doit impérativement est fait par carte bancaire sur le net (ou dans l’application Orange). Ils font comment les gens qui ne peuvent pas payer par Internet ?

A contrario, chez Amazon, ils ont ouvert la possibilité de payer par virement. Donc tout le monde peut utiliser mon RIB ? Ils ont complètement oublié la sécurisation offerte par la carte…

A l’opposé de ces considérations moderneuses, comment se fait-il que des professions entières (comme les commerçants sur les marchés) n’acceptent que les espèces et pas la carte ? Ils peuvent faire tout le black qu’ils veulent (et c’est bon pour mes DAB). A contrario, pour revenir aux transports, on ne pouvait pas payer dans le car que je prenais pour aller voir ma mère à l’hôpital autrement qu’en faisant l’appoint en espèces (ce n’est plus le cas mais ça fait tout de même moins d’un an).

Ces questions sont évidemment rhétoriques. Soit je connais les réponses, soit je me doute qu’il y en ait… Disons que l’on peut souligner des marges de progrès…

 


Je ne sais pas quelle est la perception par le grand public de toutes les évolutions qu’ils voient depuis toutes ces années. Les braves gens y adhèrent, généralement (il y a peu de fiascos, on pourrait citer Monéo, il y a 25 ans), d’autant plus facilement qu’ils n’ont souvent pas le choix. Plus précisément, je me demande s’ils voient ce que nous pondent nos sympathiques ingénieurs comme du progrès ou comme des contraintes. Par exemple, une authentification par l’application de la banque qui utilise la reconnaissance faciale lors d’un achat par Internet est évidemment un progrès technologique et améliore la sécurité. C’est aussi une espèce de gadget amusant que l’on peut utiliser avec un certain émerveillement, voire pour frimer un peu ou pour se sentir à la pointe…

Il n’empêche que, au fond, on n’a pas que ça à foutre de faire le guignol devant une « caméra intégrée » pour acheter un billet de train. On conçoit les progrès en matière de sécurité mais il faudrait être un peu con pour faire un achat chez Amazon avec une carte volée et se faire livrer chez soi…

Pour ma part, j’aime assez ces gadgets électroniques. Au moins, ils montrent que les idées saugrenues que je peux avoir pendant mes heures de travail, les dossiers sur lesquels je bosse sans relâche sauf à l’heure d’aller au bistro (ou de rédiger des billets de blog) servent à quelque chose.

8 commentaires:

  1. C'est toute l'horreur du monde moderne : un jour, on prend au hasard dans une foule un gros frisé nanti de cravates à chier et on se met à le payer pour imaginer les choses les plus compliquées et inutiles… et vingt ans plus tard on s'aperçoit que ces choses compliquées et inutiles sont devenues notre calvaire quotidien.

    Comme disait Michel Simon dans Drôle de drame : « À force de raconter des choses horribles, elles finissent par arriver ! »

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    1. Oui mais inventer ces trucs m'a permis de gagner des sous pour aller au bistro.

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  2. A l'heure de l' escroquerie generalisée, je trouve que le système de carte bleue virtuelle paraît le plus sécurisé pour les paiements sur internet.
    D'autres moyens de paiements sont proposés mais la CB est toujours acceptée, ce qui facilite la vie.
    Limiter ses habitudes de paiements c'est limiter les risques d'être arnaqués, au moins jusqu' à ce que les Français ne soient plus c.ls nus devant les prédateurs.
    Hélène

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    1. Le système de carte virtuelle est sécurisé mais chiant quand on l'utilise souvent. Une authentification via l'appli du smartphone me semble préférable.

      Ca veut dire quoi, limiter ses habitudes de paiement ?

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    2. Limiter ses "modes" de paiement
      Hélène

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    3. Ah ! Pour un commerçant donné, on n'a pas beaucoup de choix dans les modes de paiement...

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  3. Je suis partagé vis à vis des évolutions des moyens de paiement. D'un côté, ils sont de plus en plus sécurisés (enfin je crois), mais je me demande comment je pourrai me payer quelque chose quand je serai grabataire ?
    Comment fait-on à 95 ans pour se souvenir du code PIN du téléphone, de son identifiant bancaire et de son mot de passe, comment fait-on un copie-collé du code envoyé sur une adresse courriel lorsque l'on est atteint de la tremblote ? Et la reconnaissance faciale ? Est-ce que ce con d'iphone sera encore capable de me reconnaitre lorsque ma tronche sera encore plus ridée, mon pif encore plus éclaté et ma bouche encore plus édentée ? Pas sur!
    Aussi, j'espère que les espèces sonnantes et trébuchantes resteront en place. Toutefois, s'il faut compter sur les zigotos de la BdF pour assurer la circulation des espèces, on peut craindre le pire. Voici le genre de connerie à une plaque dont ils sont capables: https://actu.fr/economie/la-grosse-bourde-de-la-monnaie-de-paris-obligee-de-detruire-27-millions-de-pieces-d-euro_60556864.html

    La Dive

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    1. Dans mon billet, il me semble avoir mis un paragraphe sur les exclus du monde numérique moderne, comme les grabataires. De toute manière, ils ne font pas d'achat sur Internet... La reconnaissance faciale est une facilitation, tout de même, et je pense qu'elle fonctionnera même avec les personnes ridées (elle marche bien avec mon masque contre l'apnée du sommeil et de nuit) : c'est par infrarouge et ça repose sur quelques points de visage (ce n'est pas une reconnaissance de la photo).

      Si les lascars de la BdF n'ont plus les espèces, beaucoup d'entre eux perdent leur job ! Entre la fabrication des pièces et des billets, le traitement de ces derniers lors de leur retour via les banques...

      Le million qu'a couté la perte des pièces (pour un montant de 27 millions) n'est qu'une paille dans le budget de ce machin

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