Ca fait cinq ou six ans que je préfère rentrer en Bretagne
en voiture. Les horaires de la SNCF ne sont pas adaptés à mes besoins, surtout
pour rejoindre Loudéac, perdu dans le Centre Bretagne. La SNCF a supprimé un
car que je prenais à Saint-Brieuc vers 20 heures. Pour passer le week-end en
Bretagne et ne pas arriver à 23 heures, il me fallait prendre une demi-journée
de congés. Travaillant en banlieue sud, c’était alors plus simple, pour moi, de
rentrer en voiture.
A l’époque, j’avais longuement pesté contre la SNCF, mais, à
la réflexion, je ne pouvais reprocher à une entreprise, même publique, de ne
plus faire circuler un car pour quatre ou cinq passagers. J’avais conclu que ça
aurait été au Conseil Général des Côtes d’Armor d’assurer le subventionnement
du service, mais, avec le désengagement de l’état et tout ça, il n’en avait
plus les moyens.
Il ne s’agit pas pour moi, ici, de taper sur le gouvernement
de l’époque, juste de constater une baisse continue de la qualité du service
public des transports…
Aussi, hier, en rentrant de Bretagne à Paris en voiture, j’avais
tout le loisir d’écouter les reportages, à la radio, à propos du grand
chamboulement des horaires à la SNCF. Il y avait d’un côté les usagers
mécontents et de l’autre la direction de la SNCF et le Ministre des transports
qui défendent le projet.
Si j’en crois lapresse en ligne, tout va bien, ce matin. Quelques collègues de boulot
ronchonnent, mais surtout parce qu’ils avaient oublié de se renseigner sur les
nouveaux horaires. Il y en a un qui m’a dit : « C’est nul, j’ai failli louper mon train. » Je
lui ai répondu : « Ben, tu l’as eu, non ? »
Les gens ne sont jamais contents.
Pourtant, ce matin, il y a une autre nouvelle préoccupante à
propos du transport ferroviaire : l’arrivée de « trainsprivés ».
« "Le rail français va
changer d'époque maintenant, on va passer d'un monopole à un système ouvert qui
doit bénéficier à tous, aussi bien la SNCF que les opérateurs arrivant sur le réseau",
s'est réjoui Albert Alday, directeur général de Thello. »
Que le gars se réjouisse, je comprends.
Mais en tant que citoyen, j’ai du mal à me réjouir d’une
étape de plus vers la destruction d’un service public, accompagné, comme
toujours, d’une grande modification qui provoque la grogne des usagers, qui
vont donc se réjouir de la mise en concurrence de la SNCF.
Et moi, je continue à prendre la bagnole pour rentrer en
Bretagne…

