17 septembre 2022

Défendre les frondeurs, maintenant ?

 


Il y a une ou deux semaines, Bernard Cazeneuve sortait son manifeste. Depuis un peu moins de temps, forcément, on voit des militants (des réseaux sociaux) un peu perdus car ils souhaitent que le PS reste dans Nupes. Ils se fatiguent donc à démontrer que tous les maux de la gauche viennent de l’aile « sociale-démocrate du PS », la célèbre hollandie, et ce, depuis, au moins 2012.

Il est évidemment inutile de rappeler qu’il est historique de voir la gauche de la gauche taper sur le centre gauche et que, par conséquent, le combat est vain.

Les camarades qui le mènent ne doivent probablement pas ignorer qu’ils auront du mal à convaincre qui que ce soit. Ainsi, on peut en conclure que, comme tous les militants politiques, et je ne m’exclus pas du lot, ils cherchent surtout à se convaincre eux-mêmes.

 


La seule manière d’y arriver est de tenter de démontrer que la stratégie du PS depuis 2017 est la bonne (il faut oser, tout de même, avec aucune liste sous leur couleur aux européennes et moins de deux points à la présidentielle) ce qui nécessite d’aller plus loin et donc de démontrer que le combat des frondeurs du quinquennat illustre était justifié.

Notons que cela revient quand même à leur attribuer une large part dans la bérézina de 2017 mais la question n’est sans doute pas là.

 


La stratégie est simple : dès son élection, Hollande aurait renié ses promesses de campagne ce qui est illustré par l’absence de renégociation du traité européen, pourtant vaguement promise et remplacée par le pacte de stabilité ou un truc comme ça (ah merde, c’est pas ça, celui la date de 1997, sous Jospin, du temps de la gauche… C’était le TSCG, en fait). Le pauvre pépère est allé voir Angie. Il lui a dit : on va renégocier le truc. Elle a répondu : prout. Dire qu’Hollande n’a pas tenté de renégocier est un mensonge mais tant pis. Nos opposants favoris ont tout de même oublié de relire le programme d’Hollande, amen : « Je proposerai à nos partenaires un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance pour sortir de la crise et de la spirale d’austérité qui l’aggrave. Je renégocierai le traité européen issu de l’accord du 9 décembre 2011 en privilégiant la croissance et l’emploi, et en réorientant le rôle de la Banque centrale européenne dans cette direction. »

Il faut toujours relire le programme. Par exemple, il avait promis une réduction des charges pour les boites produisant en France et il l’a fait. Même que c’est le principal reproche des frondeurs, cela dont on dit aujourd’hui qu’ils rouspétaient parce qu’Hollande n’avait pas suivi son programme.

Ils étaient, selon nos boyscouts du jour, les seuls à respecter les engagements ce qui leur donnai toute légitimité…

 

Notons que Cazeneuve a entrepris sa démarche hors du PS ce qui la moindre des choses vu qu’on va se retrouver avec des andouilles qui vont prétendre qu’avoir rejoint la Nupes, même sans accord des militants, est légitime.

Tout cela est compliqué.

 


Il n’est pas inutile de rappeler que François Hollande a été élu essentiellement pour battre Nicolas Sarkozy. Je suis fatigué de ces militants de gauche qui n’arrêtent pas de ronchonner parce que la France est à droite oublier ce fait quand cela les arrange : les Français n’ont pas élu François Hollande sur la base de mesures gauchistes qu’il pouvait proposer. Prétendre le contraire est du pur mensonge.

Par ailleurs, il faut toujours remonter à la primaire : elle a été gagnée par François Hollande, personnage bien connu des gens qui ont voté. Son orientation « soclib » n’est pas franchement nouvelle. Pour préparer son élection, il a fait campagne, avec des discours des bouquins. Rappelons d’ailleurs que c’était pour battre un type haï par la gauche du PS, Dominique Strauss-Kahn. Hollande a donc été le candidat de l’aile gauche pendant un temps alors qu’il s’affirmait libéral de gauche. C’est quand même fort.

Ensuite, DSK est tombé. Hollande a gagné « haut la main » devant Martine Aubry non pas parce que les sympathisants de gauche la jugeaient mauvaise sur le fond mais parce qu’ils la pensaient bien moins capable de gagner la présidentielle. Dès l’été 2011, les critères électoralistes ont été préférés (d’ailleurs, Hollande a bien battu Sarkozy). Pour ma part, j’ai fait mon choix définitif en juillet quand Aubry a dit qu’elle allait augmenter le budget de la culture de 30%. Cela allait faire fuir les électeurs, tout comme, aujourd’hui, les histoires de barbecue et de droit à la paresse, par exemple : c’est une évidence.

Je ne dis pas qu’augmenter le budget n’est pas nécessaire de même que manger moins de viande et je continue à militer pour la réduction du temps de travail (qui n’est pas le droit à la paresse). La question n’est pas le fond : chacun peut avoir ses opinions. Encore faut-il être élu pour les mettre en œuvre.

Au moins, Mitterrand, quand il prônait des mesures impopulaires, comme l’arrêt de la peine de mort ou la légalisation de l’homosexualité, c’était pour des causes nobles, pas pour des motifs de peine-à-jouir. Et il a été élu (à la troisième candidature, d’ailleurs, mais avec des scores plus qu’honorables aux deux premières, ce qui est bien loin d’être le cas de nos guignols Nupessiens).

 


Revenons au quinquennat d’Hollande même s’il est bien trop tard pour faire du tri sélectif. Je passe le fait qu’il a pris des mesures bien à gauche, comme l’égalité de la taxation des revenus du capital et du travail et comme la prise en compte de la pénibilité pour la retraite.

Il est quand même « tombé » après accordé des réductions de charges aux entreprises travaillant en France alors que la revendication première des frondeurs était la défense des entreprises travaillant en France. C’est quand même fort.

 


C’est trop tard pour le tri sélectif, disais-je (et surtout, je rappelais en introduction qu’on bâtissait des argumentaires, dans les réseaux sociaux et les blogs, principalement pour se faire plaisir) mais il faut arrêter de refaire le monde et ne pas oublier une vérité qui est que la gauche cumule, aujourd’hui, sur la base de NUPES, LFI et AEC sans oublier les piolorousselleries, à 30% des électeurs, 30% avec au moins la moitié de lascars qui se sentent obligés de voter pour une gauche officielle mais ça va bien leur passer. Il ne faut pas oublier que seul Mélenchon, atteint par la limite d’âge, a une popularité qui permettrait de penser qu’un type de gauche a un peu de chance de gagner la présidentielle. Les autres sont au ras des paquettes, notamment au sein du PS.

Je suis fatigué de voir des gens en qui j’ai eu toute confiance et qui contemplent cette gauche s’enfoncer, l’encourageant par de sombres démonstrations mortifères, enfonçage  qui n’est pas une affirmation de ma part mais un constat formel à l’issue des cinq dernières élections nationales (y compris les élections européennes de 2019, le scrutin étant redevenu national).

2 commentaires:

  1. aux dernières nouvelles ni lfi ni écolos n'ont jamais gagné de présidentielles, alors que les soclib oui. et à force que les premiers tirent les seconds vers le fond, ce n'est pas près d'arriver une nouvelle fois. ils finiront par réussir à faire élire un frontiste pour nous faire un beau quinquennat de manifs. ça fera au moins des belles photos pour libé et médiazob.

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    1. Sauf que les manifs en question seront réprimées à balles réelles. Ca leur apprendra la démocratie.

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