
Quand je fais un billet de blog à propos de la nécessité de diminuer
la circulation automobile ou la vitesse dans Paris, je me retrouve toujours
avec des commentateurs qui viennent m’expliquer que c’est grotesque, que les
bobos Parisiens veulent tuer Paris… Je me rappelle avoir fait un billet à
propos de l’éventualité de baisser la vitesse maximum à 70 km sur le Boulevard
Périphérique. Une andouille m’avait copié-collé un tas d’études (toutes faites
par des associations d’automobilistes)…
Pourtant, un tas d’études montrent les dangers de la
pollution. La
dernière
en date montre qu’elle risquerait de générer la naissance de bébés trop
chétifs, augmentant ainsi la mortalité infantile.
Nous en sommes à
un
point où «
l'Europe s'impatiente et menace
le gouvernement français de lourdes amendes pour ne pas respecter les
recommandations de l'Union sur la qualité de l'air. » «
12 millions de Français ont vécu en 2011 dans des zones où
la pollution aux particules fines, émises par nos voitures, mais aussi par le
chauffage au bois, l'industrie et l'agriculture, excède les normes européennes. »
«
Les particules les plus fines qui, en ville,
proviennent majoritairement des pots d'échappement seraient à l'origine de 42
000 morts prématurées chaque année en France. »
Du coup, le Gouvernement est « obligé » de prendre
un certain nombre de mesures visant notamment les vieux véhicules diésel qui
contribuent à un bon cinquième de la pollution.
« L'association 40 millions
d'automobilistes met, elle, en garde contre tout "clivage social",
les véhicules les plus polluants appartenant aux plus modestes. L'association
plaide pour "une politique d'incitation au renouvellement des véhicules
par le biais d'une prime à l'achat d'une auto d'occasion plus récente et moins
polluante". »
Ils sont mignons, ces associations ! Il faudrait
maintenant que nos impôts aident les gens à vendre leurs voitures d’occasion. D’un
autre côté, ça aidera les loueurs de voitures à maintenir un parc de voitures
neuves…
Le dossier de presse du Ministère de l’Environnement (pardon !
Le Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie) est
disponible sur son site web (
pdf).
L’occasion est venue de l’étudier, ça permettra de parler d’autre chose que de
la presse, du mariage pour tous et de Twitter tout en recevant un maximum de trolls
défendant la pollution de l’air à Paris. Surtout, la presse ne présente que les
mesures emblématiques qui touchent directement les automobilistes
(pastille verte, limitation de la vitesse sur le périphérique, …) sans en
expliquer réellement les raisons et les autres mesures, celles qui ont un vrai
travail de longue haleine derrière. Par exemple, réduire la vitesse de
circulation permet d’avoir un trafic plus régulier donc de limiter les zones d’embouteillage
dont de diminuer la pollution sans nécessairement avoir un impact sur le temps
de trajet.
Illustration : voir la carte en haut à gauche
fournie par
http://www.sytadin.fr/ à 11h20
aujourd’hui. Au bout de la flèche verte, les gens roulent à la vitesse maximum
sur le périphérique extérieur ouest. Ca ne leur sert à rien : ils vont
débarquer dans le bouchon au bout de la flèche bleue, au moment de la jonction
avec la N118 (les gens qui viennent de l’ouest et qui s’engouffrent dans le
périphérique vers le sud de Paris, créant un ralentissement). S’ils roulaient
moins vite avant, il n’y aurait pas de ralentissement à cet endroit (puisqu’ils
ne seraient pas « déjà » arrivés.
Alors, ce dossier de presse ?
En introduction, il est constaté que les mesures prises
suite au Grenelle de l’Environnement sont largement insuffisantes. Notamment,
il y avait un vague plan pour « limiter l’accès au centre-ville pour
certains véhicules polluants » mais qui n’a pas été mis en action parce qu’il
risquait de toucher les populations les plus modestes. Le CIQA (Comité
interministériel pour la qualité de l’air) s’est donc réuni hier pour
travailler sur un plan d’urgence.
Premier axe : favoriser le covoiture

L’objectif est évident et j’y crois beaucoup pour les
trajets de banlieue à banlieue. Il reste à convaincre les collectivités
territoriales à trouver des systèmes vraiment incitatifs. Pour ma part, je
crois qu’il faudrait donner des vrais avantages à ceux qui le pratiquent
réellement mais je ne sais pas sous quelle forme mais on pourrait trouver des
trucs rigolos comme les autoriser à rouler dans les voies de bus ou leur
réserver la file de gauche des autoroutes urbaines…
Notez : chercher des idées.
Deuxième axe : Favoriser une logistique propre des
derniers kilomètres en ville
Je résume : il s’agit d’optimiser les livraisons de
marchandises dans les centres urbains. Un exemple : deux restaurants
proches se font livrer des légumes et de la viande de Rungis, auprès de deux
maraichers et deux bouchers différents. Il y aura donc quatre trajets de camion
alors qu’un seul suffirait. J’ai résumé.
Il y a du boulot.
Troisième axe : Accélérer le développement des véhicules
électriques en ville
Rien à ajouter. Il faut favoriser l’implantation de bornes
de rechargement et le développement de véhicules particuliers de toutes sortes
(y compris deux roues) et de véhicules utilitaires.
Quatrième axe : Créer des leviers pour renouveler le
parc des véhicules polluants
Vous noterez que c’est à peu près le seul point que reprend
la presse, ce matin.
Première mesure : favoriser le remplacement des
véhicules très anciens sans pénaliser le pouvoir d’achat des braves gens.
Deuxième mesure : installer des équipements permettant
de mesurer plus facilement la pollution de chaque véhicule et favoriser ainsi le
remplacement des utilitaires polluants (poids-lourds, bus, …).
Troisième mesure : travailler sur des trucs pour
modifier les véhicules anciens, notamment les deux roues, pour qu’ils polluent
moins.
Quatrième mesure : réduire la pollution dans les
aéroports. Notons que c’est très favorable à Notre Dame des Landes (je
multiplie les appels à trolls).
Cinquième mesure : développer « l’éco-entretien »
des véhicules car « un véhicule bien entretenu
pollue moins. »
Cinquième axe : Développer les transports en commun
Première mesure : promouvoir le développement et la
recherche en matière de transports en commun non polluants.
Deuxième mesure : adapter l’offre de transports en
commun en fonction du degré de pollution.
Troisième mesure : favoriser la mise en place de plans
de déplacement d’entreprise ou interentreprise (c’est très important, je bosse
dans un domaine où les fournisseurs ont souvent tendance à s’installer dans des
zones de banlieue mal desservies pour les transports en commun : outre le
fait que ça m’emmerde quand je vais les voir, les salariés sont obligés de
venir en voiture).
Ca me rappelle le début des années 90. Je bossais en
lointaine banlieue. Il me fallait en moyenne une heure de voiture pour y aller.
30 minutes en août, parfois deux heures le soir. En transport en commun, c’était
presque impossible. Au bout de deux ans, le chef du service « parallèle »
au mien vient me voir : « Dis ! Je
suis en panne de voiture, on m’a dit que tu habitais à Bicêtre, j’habite
Tolbiac, tu peux me ramener ? » J’avais eu envie de lui
répondre : « Hé ! Connard ! Ca
fait deux ans qu’on fait le même trajet aux mêmes horaires, tu le savais et c’est
maintenant que tu viens me voir ? »
Quatrième mesure : inciter les gens à ne pas prendre
leurs caisses pour amener les mômes à l’école (ça parait con, mais il y a un
tas de solutions, notamment les « pédibus », c'est-à-dire les groupes
de gamin à pieds, ça se fait dans un tas de pays). (D’un autre côté, soyons
objectifs, si ça avait été la droite qui proposait ça, j’aurais trouvé ça
grotesque).
Sixième axe : développer le vélo et la marche
Il y a un tas de bonnes mesures comme celles d’arracher les
couilles des automobilistes qui se garent n’importe comment, obligeant les
cyclistes et les piétons à rendre des risques, développer les vélos
libre-service, favoriser la circulation, …
Tiens ! Je vais raconter une anecdote personnelle ça va
nous changer de détailler les plans gouvernementaux qui ne sont pas repris par
la presse qui se contente de baragouiner à propos des mesures qui vont faire
gueuler les gens. A côté de chez moi, ils ont refait le grand carrefour en
facilitant le passage des piétons sans gêner les bagnoles : je gagne deux
minutes, environ, entre la sortie du métro et l’arrivée au bistro. Avant, j’avais
le temps de lire tous mes mails sur l’iPhone, plus maintenant… La contrepartie
est que je commence la bière plus tôt.
Une autre anecdote : à une époque, je bossais à 2,9 km
de chez moi. J’y allais soit en voiture, soit en bus, soit en métro, soit à
pieds. Le trajet à pieds était tellement pénible à cause des carrefours, de l’état
de la chaussée, … que je ne le choisissais qu’en cas de grève.
Bon, un peu de sérieux. Reprenons.
Septième axe : Mesures d’ordre public
environnemental
Ah ! Je sens que ça va chier.
Première mesure : optimiser la vitesse des voitures
pour limiter la pollution. Quand elles roulent entre 70 et 90, elles polluent
moins. Il faut donc prendre des mesures pour diminuer les portions de route où
la vitesse est inférieure.
A noter que cela pourrait passer par la réduction de la
vitesse sur le périphérique à 70 afin de diminuer l’engorgement des véhicules
dans certains coins… C’est mécanique.
Deuxième mesure : développer les machins pour réguler
dynamique la circulation. Je traduits : aux heures pleines, on diminue la
vitesse maximum pour favoriser l’écoulement.
Troisième mesure : renforcer les mesures de restriction
de la circulation en cas de grosse pollution.
Quatrième mesure : moduler le tarif de stationnement en
fonction du degré de pollution de la voiture.
Huitième axe : Identification des véhicules
Ah ! On arrive à la pastille verte mais en plus
moderne.
Neuvième axe : Réduire les émissions des
installations de combustion industrielles et individuelles
Première mesure : diminuer progressivement les
autorisations de pollutions pour certains sites industriels.
Deuxième mesure : réduire la pollution lié au « chauffage
au bois ». Il y a un tas de machins possibles comme l’installation d’inserts
qui permet de réduire de 90% les émissions de cochonneries.
Dixième axe (ça s’arrose) : Promouvoir fiscalement
des véhicules ou des solutions de mobilité plus vertueux en termes de qualité de
l’air
Il s’agit pour l’instant de travailler sur une fiscalité
écologique dans le cadre du comité ad hoc. La première piste de travail est la
réduction de la différence de fiscalité entre le diésel et l’essence.
Onzième axe : Mener des actions de sensibilisation
et de communication pour changer les comportements
Tout est dans le titre. Il ne s’agit pas d’une campagne de
publicité mais, par exemple, de mieux informer les gens en cas de pic de
pollution pour les inciter à adopter le comportement qui va bien.
Conclusion
« La Commission européenne a
donné un délai d’un an à la France pour convaincre zone par zone de la mise en œuvre
d'actions efficaces pour répondre à ce manquement, sans quoi la France s’expose
à une amende (au moins 11 M€) et à des astreintes journalières jusqu'à ce que
la qualité de l'air soit respectée (au moins 240 000 € par jour), soit en tout
près d’au moins 100 M€ la première année et 85 M€ les années suivantes. Cette
sanction pourrait aboutir en 2014. L’année 2013, année européenne de la qualité
de l’air, doit donc être l’année de lancement effectif des plans d’actions pour
la qualité de l’air. »
Il est temps de se bouger les fesses. Les réticents et sceptiques doivent finir par admettre qu'ils peuvent laisser leur voiture à Villejuif (par exemple) et continuer leur trajet en métro. De toute manière, ils gagneraient du temps et auraient le temps de lire mes blogs dans le métro.
Je ne sais pas si les billets de blogs trop longs sont bons
pour l’environnement.