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23 janvier 2013

Mariage pour tous : un bourbier pour la droite ?

Christine Boutin ne va pas voter contre le mariage pour tous. Il faut dire qu’elle n’est pas députée ou sénatrice. Par contre, une des informations du jour est que Benoist Apparu s’est prononcé pour. Ce n’est pas le seul à droite. Pourtant, pour les cadres de droite, se positionner n’est pas facile. Ils savent que le texte passera. François Hollande ne peut pas faire autrement. Il ne va pas se fâcher avec son électorat aussi pour ce sujet-là. Et ils savent également qu’ils ne pourront pas revenir sur le texte quand ils reviendront au pouvoir (le plus tard possible…).

Le PACS est entré dans les mœurs. Bientôt, il y en aura plus que de mariages, probablement. Moins de 5% des PACS concernent des couples homosexuels. Le PACS est le reflet d’une évolution de la société. Pourtant, rappelez-vous des combats, à l’époque, des longues tirades, déjà, de Christine Boutin. Le PACS est passé. Il y en a plus de 200 000 en France. Il y a environ 250 000 mariages, contre 300 000 lors de l’adoption du PACS.

Les élus de droite savent que le combat est vain. Lionel Lucca, pourtant pilier de la Droite Populaire, a même dit : « Il y a quelques années, la droite s’est opposée au Pacs. Mais quand elle est revenue au pouvoir, elle ne l’a pas abrogé. Mieux : Nicolas Sarkozy nous a même dit que nous nous étions trompés en le combattant. Je n’ai donc aucune envie de participer à un même cinéma. »

Dans le détail…

A l’UDI, à peu près un tiers des députés voteront pour le texte. Il y a notamment Chantal Jouanno, Jean-Louis Borloo, Jean-Christophe Lagarde et Yves Jégo. Hervé Morin et François Sauvadet ont annoncé qu’ils voteront contre.

A l’UMP, quelques députés de droite ont une position modérée. Ils voudraient la création d’un Contrat d’Union Civil à la place du mariage pour ne pas heurter la communauté catholique. C’était un peu ma position, à l’origine, avant que je devienne pour. Enfin… J’aurais voulu qu’on supprime le mariage du Code Civil… Sont sur la ligne du CUC (à ne pas confondre avec la raie du…), Axel Poniatowski, Jean-Pierre Raffarin, Nathalie Kosciusko-Morizet ou encore Luc Chatel.

Il y a ceux qui sont également favorables au CUC et qui souhaitent un referendum (non constitutionnel), comme Henri Guaino.

Outre Christine Boutin, sont contre et actifs : Jean-François Copé, Laurent Wauquiez, Patrick Ollier, Christian Jacob, Claude Guéant et Brice Hortefeux.

Xavier Bertrand est plus discret. Il constate qu’on ne revient jamais sur les réformes de société. François Fillon est celui qui se serait plus prononcé pour l’abrogation future de la loi mais il reste très discret sur ce dossier, préférant oublier l’épisode de droitisation de l’UMP pendant la campagne interne.

Même si seuls deux députés UMP (Franck Riester et Benoist Apparu) se sont positionnés pour le texte, des gens comme Luc Chatel et, à une moindre mesure, Pierre Lellouche pourraient voter pour également. D’autres sont hésitants, comme Bruno Le Maire, Dominique Bussereau et Gilles Carrez.

Le Front National est également franchement et unanimement contre le mariage pour tous mais se fait assez discret sur le sujet. En lisant la presse, on constate un tiraillement entre les dirigeants du FN. On le sait, Marine Le Pen n’a pas manifesté et n’a pas, non plus appelé à manifester. Il y a eu une vague polémique, certains prétendent qu’elle est sous l’influence « d’un lobby gay » ce qu’elle a démenti. Je ne connais pas la vérité. Je suppose qu’elle est sur une position plus politicienne, qu’elle ne veut pas apparaître se battre avec l’UMP préférant communiquer à propos de la guerre au Mali, où elle peut renvoyer dos à dos l’UMP et le PS, coupables, selon elles, d’être « complices » pour expliquer la situation internationale…

Surtout, elle pense probablement que ce débat n’est pas au cœur des préoccupations de son électorat. Certains des électeurs, d’ailleurs, sont probablement concernés par ce mariage, via la famille, les amis, les voisins, … Elle se positionne contre mais ne veut pas donner une image trop réactionnaire à ce sujet.

Pour résumer, Marine Le Pen et François Fillon laissent Jean-François Copé s’embourber dans ce dossier…

Jean-François Copé est obligé de continuer sur sa ligne, la « droite décomplexé ». Il n’empêche que ni lui, ni quelqu’un d’autre à droite, ne représentent franchement l’opposition au mariage pour tous. Ils ont laissé le boulot à Frigide Barjot…

Parce qu’ils savent qu’ils ne pourront jamais revenir sur le texte, qu’il rentrera dans les mœurs, comme le PACS. Comme le signale Rue89, ils ne peuvent pas faire la même erreur que pour les 35 heures qu’ils n’ont jamais pu « abolir ». Ils ont peur du bourbier.

Même la hiérarchie catholique n’est pas spécialement virulente si l’on considère qu’on entend plus Mme Barjot !

Les dirigeants de droite auraient-ils laissé tomber leur électorat en modérant la protestation en fonction de ce qu’ils estiment vouloir faire passer comme signal ?

25 juin 2012

L'inventaire lourd à l'UMP

Je dois avouer que je ne comprends pas l’UMP. Je n’ai pas l’habitude de défendre Roselyne Bachelot (pourtant, j’en disais vaguement du bien la semaine dernière) ni Nathalie Kosciusko-Morizet mais elles s’en prennent plein la poire pour oser, l’une demander à « étudier l’inventaire » de l’UMP, l’autre critiquer ouvertement la stratégie de droitisation qui a entrainé l’échec de l’UMP aux dernières élections.

L’UMP ne gagnera pas d’élections si les dirigeants et les militants ne se posent pas de question.

C’est un travail qu’avait fait le Parti Socialiste, en 2002 et 2007 (j’ai oublié 1995…), même s’il s’est fait dans la douleur et même si aucune conclusion formelle n’en a été tirée. A posteriori, maintenant qu’on a gagné, on pourrait même en rigoler, mais ça serait méchant…

On trouvera dans Le Parisien, par exemple, les propos de Madame Bachelot. « "Je suis terrorisée à l'idée qu'on puisse ne pas faire ce travail" de remise en cause. "Il y a des voix - au nom d'affections que je peux comprendre - qui disent: surtout il faut mettre la poussière sous le tapis, qui pensent même que si on avait huit jours de campagne en plus, on aurait gagné cette campagne présidentielle". Elle-même "constate un paysage politique où on a perdu les municipales, le conseil général, les régions, la présidentielle, le Sénat, les législatives. On ne va pas dire qu'il y a un hasard à tout cela". Interrogée sur les responsabilités, Mme Bachelot a observé que Nicolas Sarkozy avait "lui-même dit: +je serai seul comptable de la défaite, je l'assumerai complètement+. Dont acte, c'est lui notre chef, c'est lui qui a choisi la ligne". "Je pense que cette ligne idéologique n'était pas bonne sur le fond, je ne la partage pas, et puis elle a été finalement une erreur sur le résultat", a insisté Mme Bachelot. »

On lira  NKM dans 20minutes, par exemple. « «Je défends tout ce qu'on a fait pendant la campagne», «je suis d'un tempérament loyal et toutes les propositions que j'ai portées au nom de Nicolas Sarkozy, je les revendique». «J'ai regretté, dans la médiatisation de la campagne, on se laisse enfermer dans un discours» de droitisation, a-t-elle dit. «Nous nous sommes laissé caricaturer» »

Les deux ont soutenu le candidat mais regrettent la droitisation. Personnellement, je ne la regrette pas, je m’en fous. Il se trouve que Nicolas Sarkozy a échoué, mais, il faut le reconnaître, de bien moins que ce que laissaient entendre les sondages et que ce l’on pouvait espérer, tant on le voyait comme un repoussoir. Depuis la fin de la primaire des socialos, aucun sondage n’a donné à François Hollande un score inférieur à 52,5% et il a terminé à 51,64% (en 2007, aussi, l’écart s’était resserré sur la fin).

Jean-François Copé se dit choqué par les propos des anciennes ministres. Il fait ce qu’il veut.

Les deux dames ont reçu le soutien de Jean-Pierre Raffarin.

La situation est compliquée. Valérie Pécresse, par exemple, qui soutient François Fillon, critique NKM. Benoist Apparu, proche de Alain Juppé, pense qu’il faut prendre du recul pour analyser « où [ils ont] pêché ».

Je souhaite bien du courage aux électeurs de droite…

20 décembre 2011

La lutte des classes primaires

Alorsque « François Hollande, candidat PS à la présidentielle, a affirmé que "l'électorat populaire" avait "sa place avec nous" à gauche », Elmone se « réjouit » mais surtout s’inquiète : comment faire ?

Moi, je me pose deux questions : qu’est-ce que l’électorat populaire et où est il bien barré, ce con ?

Ah ! Mais je suis sérieux, là ! Quand on parle de l’électorat populaire, on s’imagine des gugusses qui habitent dans des cités ou dans des périphéries de quelque sous-préfecture du fin fond de la France…

D’ailleurs, c’est tout à fait ça. Je suis allé me faire aider par Wikipedia qui n’arrive pas, non plus, à fixer une définition, probablement parce que cette définition serait péjorative ou renverrait à la lutte des classes et au prolétariat, ce qui ne veut plus dire grand-chose, ce qui n’a rien de péjoratif, non plus : il y a de plus en plus d’étudiants et de retraités, peut-être plus que de salariés. Je vais donc laisser des spécialistes philosopher, avec juste une question complémentaire pour en finir avec les Marx Brother : quelle est la part de l’électorat du PS ne travaillant pas pour le capital mais dans le domaine associatif ou carrément, pour la collectivité ?

Dans sondernier billet, Stef explique que Nicolas Sarkozy est obligé, électoralement, de laisser tomber les classes populaires pour s’intéresser aux classes moyennes, évoquant le dernier livre de LaurentWauquiez, La lutte des classes moyennes, qui pourrait inspirer le programme de Nicolas Sarkozy avec « une batterie de mesures destinées aux contribuables électeurs qui en terme de revenus se situent entre 1500 et 6000 euros nets par mois. Une cible électorale qui représente selon le ministre de l'enseignement supérieur 70% de la population. »

Je ne savais pas qu’on pouvait mettre dans la même catégorie une telle palette de revenus.

On  se retrouve avec une double définition des classes populaires : ceux qui n’arrivent plus à se loger dans les centres villes et ceux qui gagnent moins de 1500 euros par mois (Seb est invité à nous indiquer comment on peut se loger en ville avec 1500 euros par mois).

Le fait que Nicolas Sarkozy ne fera pas comme cible privilégiée les classes populaires est confirmé par des détails de l’actualité. Tiens ! Benoit Apparu a trouvé stupide le blocage des loyers dans les quartiers où le marché est tendu. L’électeur jugera de la pertinence d’utiliser de tels qualificatifs pour évaluer le programme du camp d’en face. L’argumentation de Benoit Apparu est significative. « "Quand vous avez un propriétaire qui 'gagne' comme rapport locatif 800 euros par mois et que vous lui dites 'non ce n'est plus 800 euros, c'est 700 euros', est-ce que vous croyez vraiment qu'il va continuer à faire des travaux dans son logement ?", a-t-il demandé. »

On en revient toujours à l’immobilier et à ceux qui ne peuvent plus habiter les centres villes sur lesquels l’UMP aurait fait une croix.

Ils sont abandonnés par la droite traditionnelle. Que leur reste-t-il ?

Comment le PS et ses alliés peuvent-il leur faire « une place avec lui » ?

11 novembre 2010

Esclavage moderne

Mon copain le Vieux Jacques qui a tendance à radoter furieusement raconte souvent cette anecdote au bout du premier demi litre de Côtes-du-rhône. A une époque de sa vie, il faisait du bénévolat et distribuait des sandwichs à des SDF. Un jour, il n’avait pas réussi à écouler son stock à son échoppe habituelle et a pris quinze sandwichs pour les distribuer dans le métro, aux clodos.

Il n’a pas réussi à en écluser un seul. « Tu te rends compte, les cons, ils refusent mes sandwichs alors qu’ils n’ont pas à bouffer ». Jacques faisait du bénévolat pour lui-même...

Jacques est de droite et je n’ai jamais réussi à lui faire comprendre qu’on ne pouvait pas forcer les gens à bouffer malgré eux…

Qu’il y ait des gugusses à distribuer des sandwichs aux gens qui en veulent, c’est très bien mais forcer les gens à bouffer me parait surréaliste !

D’ailleurs, ces gugusses distributeurs, ça serait bien de les fédérer. Avoir des associations qui éclusent les quartiers pour placer les bénévoles serait parfait. Je parle souvent, ici, de mes petits vieux oisifs…

En Angleterre, ils viennent de pondre un texte pour obliger les chômeurs à faire du bénévolat. Benoît Apparu (secrétaire d’état au logement, on se demande de quoi il se mêle) semble approuver cette mesure. Pas moi. Je n’ai pas l’habitude de faire des billets sur des décisions de principe car je ne suis pas spécialement doué pour ça, mais là, ça m’énerve.

J’entends déjà l’argumentaire de droite :
-          sur l’assistanat : « bordel, on leur file du pognon et des allocations, c’est normal qu’ils bossent »,
-          plus général : « ah mais c’est un premier pas pour leur donner une occupation pour faciliter leur insertion. »

Mon cul ! Au 21ème siècle, dans la cinquième puissance économique du monde, il me parait assez normal de filer un minimum de pognon à ceux qui n’en ont pas et je ne vois pas comment on pourrait « insérer » les gens malgré eux.

Obliger les gens à travailler, c’est purement de l’esclavage, il n’y a pas d’autre mot. Ou alors du chantage : « tu balaies pas les merdes de chien, on te sucre ton alloc… ».

Déjà que notre état fait reposer une partie de la solidarité sur la charité (en poussant le don aux associations), voila qu’on voudrait en plus faire assurer nos services par une forme de STO ! Ils vont bien réussir à nous vendre ça au nom du progrès !

On ferait mieux de s’interroger sur les raisons qui ont poussé un « allocataire » à le devenir, raisons qui, d'ailleurs, individuellement, ne nous regardent pas. Y compris, si on pense comme beaucoup à droite (y compris le vieux Jacques qui oublie, en parlant politique, qu’il n’a pas exercé une activité salariée entre ses 54 ans, je crois, et la retraite) que tous les chômeurs sont des faignants.

Et quand bien même tous ces chômeurs ne seraient que des faignants, quel est le problème ? En quoi c’est mal de ne pas avoir envie de travailler ? Qu’ils se démerdent avec leurs moyens de subsistance pour se loger et se payer un abonnement à 60 euros pour l’iPhone.

Notre société a décidé d’une part de créer l’assurance chômage, qui est une assurance (on cotise) et d’autre part le RMI où le I est en trop.

On ne va pas le détruire en réduisant nos pauvres à l’état d’esclaves.

Sans compter que les encadrer et mettre une telle mesure en place coûtera la peau des fesses.

Pourquoi pas fournir un entonnoir au vieux Jacques pour gaver les SDF de sandwich ?