Mon billet de ce matin a généré quelques réactions amusantes... Souvent les mêmes : "il est prêt à tout pour défendre Hollande". Ça en devient grotesque, d'autant que je prends toutes les précautions dans l'en-tête et que je me fous ouvertement de la gueule du ministre des finances en l'appelant Mosco vini vici.
Il se trouve que je défends un domaine que je connais. Quand mon chef me dit que le Directeur lui a coupé les vivres pour un projet que je monte (c'est mon job, en quelque sorte, lancer des projets informatiques...) et que je dois renvoyer chez eux les prestataires retenus, cela ne m'amuse pas.
J'ai récemment fait un billet sur le sujet. La crise qui a récemment touché les banques a eu des impacts que les gens ne connaissent pas. Les instances diverses internationales ont fait des évolutions du cadre réglementaire qui nous touche. Pour résumer, on appelle ça les accords de Bâle III.
Concrètement, les banques doivent éviter les risques liés au crédit en respectant un ratio entre le montant des prêts accordés et leurs capitaux propres. Concrètement, elles ne peuvent pas prêter plus qu'un montant proportionnel à ce dont elles ont réellement.
Pour revenir dans les normes, elles sont obligées de couper les crédits et d'augmenter leurs capitaux propres. Pour augmenter les capitaux, il y a trois solutions :
1. Augmenter le capital (créer de nouvelles actions qui seront mises sur le marché).
2. Augmenter les bénéfices.
3. Diminuer les dividendes (la part des bénéfices reversée aux actionnaires).
Je résume encore : les banques sont obligées d'augmenter leurs bénéfices pour mieux résister aux crises tout en diminuant leurs prises de risques liés aux crédits (et au reste, on y reviendra). Je caricature parce que ça en est devenu risible mais c'est bien "la loi" qui oblige les banques à augmenter leurs bénéfices.
On pourra me rétorquer que je défends le lobby des banques mais je ne fais que caricaturer la vérité.
Le deuxième aspect est que les bénéfices des banques ont été diminués. Les taux de crédit ont baisser et "l'Europe" a mis des arrêts à propos des commissions sur les cartes tout en obligeant les banques à investir beaucoup pour l'euro (la notion de paiement domestique - le paiement par un français en France - n'existe plus). Elles deviennent donc obligées de partager leur pognon avec les acteurs internationaux tels que MasterCard et Visa.
Le texte proposé par Moscovici coupe de nouvelles sources de revenus pour les banques : les frais d'intervention et autres saloperies sont limités. Ce n'est pas très grave, c'était prévu.
En outre, le gouvernement est en train de monter la Banque Publique d'Investissement pour contourner les difficultés des banques dans l'octroi de crédit.
Tout cela est bien cohérent et c'est assez facile de pousser des cris dans Twitter. Certes, je défends les banques. Mais pas leurs actionnaires. Je défends aussi leurs salariés, qu'ils soient de Dexia et du Crédit Immobilier de France comme de toutes les banques.
Les internautes sont très bavards pour ce qui concerne les 12 ou 15% des activités risquées (comme si prêter de l'argent à un particulier ou une entreprise n'était pas risqué). Ils ne disent pas grand chose pour les 85% qui restent.
Et pour les 50 ou 100 000 lascars qui travaillent pour l'informatique des banques (sans compter tous les autres salariés)...
Alors, on peut gueuler. Le montant dont dispose la BPI est insuffisant et le nouveau texte n'est pas assez dur. On est d'accord.
Mais on peut aussi se réjouir des aspects positifs, comme la limitation du trading haute fréquence qui fout le bordel et la diminution des frais d'intervention qui ruinent les gens déjà dans la merde.
Si la bouteille est à moitié vide, elle est aussi à moitié pleine.







