Disons le franchement, c’est le premier billet d’un blog
proche du Front de Gauche qui me redonne le moral avec une analyse non faussée
par les âneries habituelles. Tiens ! Hier soir, je lisais
le
dernier billet de Des Pas Perdus à propos de la montée du Front National.
On peut y lire : «
Ces dernières semaines,
le Front national a franchi une nouvelle étape dans son ascension grâce au
calcul politicien de Hollande sur le débat du mariage homosexuel qui fut
excessivement long par rapport à celui de l'ANI ou du pacte budgétaire. Les
solfériniens ont offert une tribune médiatique inespérée au FN. »
Ce genre d’ineptie me fatigue : ce n’est pas Hollande qui a fait la durée
du débat et le FN a été relativement silencieux pendant ce débat. On a surtout
entendu l’UMP.
Revenons au billet de Cri du Peuple. Je vais très (trop…)
rapidement le résumer. Le Front de Gauche est en mauvais état : les
résultats électoraux sont mauvais. Le Front de Gauche ne perce pas auprès des
classes populaires. Il en donne ensuite des raisons : « En premier lieu, et cela ne fera pas plaisir à beaucoup,
nous sommes assimilés au Parti socialiste. Nos belles envolées sur le « parti
solférinien », sur sa politique « objectivement de droite », ne servent guère. »
Mieux : « 90 % des citoyens de ce
pays considèrent que le PS est un parti de gauche et, ce faisant, tirent un
trait d’égalité, conscient ou inconscient, entre eux et nous. »
Il n’y a effectivement guère qu’à la gauche de la gauche qu’on
considère le Parti Socialiste comme n’étant pas à gauche. On peut regretter –
et je suis le premier à le faire – qu’il ne soit pas « plus à gauche ».
La
réforme
des retraites qui s’engage risque de ne pas aller dans le sens que je
souhaite. Cela n’empêche pas qu’aux yeux de la population, le vrai parti de
gauche est le Parti Socialiste.
La deuxième raison : « Ce
manque de lisibilité alimente également le manque de crédit que les citoyens
accordent à nos propositions. Le Front de gauche dans son ensemble n’est pas
jugé capable de présenter une alternative crédible à gauche face au parti
socialiste. » Ben oui…
La troisième raison invoquée tourne autour des accents
gauchistes du discours de certains.
Ensuite, il évoque la montée du Front National et cite
Marie-Noëlle Lienemann : « Nous avons un réel
problème : (il y a) un basculement de notre électorat vers le Front national. Une
partie de nos électeurs, qui a impression que nous ne lui offrons pas une
sortie de crise lisible, bascule dans les fausses solutions. » Je
vais relativiser ces propos : le basculement de « l’électorat
populaire » vers le Front National n’est pas neuf. Certes, la stratégie de
dédiabolisation de Marine Le Pen porte ses fruits mais, si on cumule Bruno
Mégret et Jean-Marie Le Pen, l’extrême droite en France faisait plus de voix en
2002 qu’en 2012. Avec la protestation contre le gouvernement, le Front National
fait souvent, maintenant, plus de 25% à des partielles, mais n’oublions que la
liste conduite par Jean-Marie Le Pen a fait près de 11% aux élections
européennes de 1984 et que lui-même a fait plus de 14% à la présidentielle de
1988. La nouveauté est peut-être que le Front National réussit progressivement
à se structurer à un niveau local.
Enfin, il se demande que faire pour améliorer la situation
et s’avoue relativement démuni.
Je ne peux pas l’aider mais je confirme ce qu’il exprime
dans son billet : l’affrontement avec le PS n’est pas la solution. L’adversaire
du Front de Gauche ne doit pas être le PS ni même le FN, d’ailleurs. Dire « c’est
mal » ne sert pas à grand-chose. Il faut être force de proposition et tout
ça.
Ceci était l’introduction de mon billet. Je vais répondre,
maintenant, à quelques remarques ou questions de ses commentateurs…
Le premier : « il y a
une campagne de dénigrement de Mélenchon dans de nombreux médias qui est à
double tranchant. » Ce n’est pas vrai. Je ne cherche pas à
convaincre cette personne d’autant qu’il ne lira pas mon billet mais il faut
arrêter de jouer aux martyrs ! Jean-Luc Mélenchon réussit le tour de force
à s’auto-caricaturer. C’est le personnage qui est ainsi, avec ses outrances, sa
« grande gueule »,… A propos du FN : « Il y a une collaboration inouïe des médias, et une
bienveillance que je n’ai jamais vu aussi clairement. » On peut
considérer ça comme on veut mais le Front National représente un électeur sur
cinq. Pas le Front de Gauche.
Un autre : « Nous
pourrions arguer que les militants de base du PS ne sont pour rien dans la dérive
sociale démocrate de Hollande et de son équipe gouvernementale. Sauf que si
Hollande a été candidat pour le PS, c’est qu’il a été 1er secrétaire puis élu
par les primaires, donc par les militants de base… » Ce n’est pas
vrai non plus. François Hollande a été élu parce que les sympathisants – pas seulement
les militants – pensaient qu’il était celui qui avait le plus de chance de
battre Nicolas Sarkozy à la présidentielle. Il faut que les militants du Front
de Gauche arrêtent de vouloir analyser ce que pensent les autres. Outre le fait
que j’étais d’accord avec toutes ses propositions (sauf au sujet du logement),
j’ai voté François Hollande aux deux tours des primaires puis de la
présidentielle parce qu’il pouvait gagner et foutre la droite dehors.
Un troisième : « Manque
de lisibilité et manque de crédit, je suis d’accord. Je ne sais pas trop ce
qu’il faut faire. Par contre je suis sur que la main tendue ne peut pas être la
solution. » C’est la seule solution. Nous devons travailler
ensemble jusqu’à ce que l’occasion soit donnée de présenter de nouveaux projets
pour la France, c’est-à-dire en 2017. Sinon, on va prendre des grosses claques
à toutes les élections.
Le même : « Nous avons
trop reçu trop de crachats y compris de cette gauche de droite. » A
chaque fois qu’il dit que la gauche est à droite, il perd des points. Surtout,
un peu d’objectivité semble nécessaire. Le PS et le gouvernement prennent 10
fois plus dans la gueule de la part du Front de Gauche que le contraire. C’est
une stricte vérité et pour le vérifier, il suffit de lire les derniers billets
de blogueurs du Front de Gauche.
Toujours lui : « Le FDG
en tête des élections, cela se fera mais ce n’est pas la méthode Coué, cela se
fera uniquement sur nos valeurs. » Non, cela ne se fera pas et
certainement pas sur la base de valeurs mais sur celle de personnalités, de
projet politique, …
Une autre estime qu’il manque deux paramètres. Le premier : « Le caractère raciste et xénophobe des milieux
populaires qui sont persuadés qu’il y a trop d’étrangers, qu’ils foutent la
merde, et qu’ils nous piquent nos emplois. » N’oublions pas l’islam
et les mutations de la société. Arrêtons de tout qualifier de racisme et de
xénophobie. Critiquer l’immigration n’est pas du racisme. A force de traiter
tout le monde de raciste, le racisme se banalise…
Le deuxième : « La base
du PS vit les critiques de Mélenchon (même s’ils reconnaissent qu’elles sont
justes), comme une agression contre leur parti et comme un règlement de comptes
entre caciques de la rue de Solférino. » C’est très vrai (surtout
la première partie, on se fout du règlement de compte).
Elle dit ensuite : « De
même, je crois que maintenant la rupture est consommée entre le PS et nous, et
si quelques militants « sincèrement de gauche » avaient dû nous rejoindre, cela
aurait dû se faire depuis longtemps (et cela a sans doute dû se faire). Mais
aujourd’hui, je ne me fais plus d’illusions sur d’éventuels transfuges. On
avait avancé les noms de Montebourg, Filoche, Lienemann, ou Maurel, mais s’ils
sont restés, ce n’est pas parce que nous ne sommes pas convaincants, c’est juste
parce que la place et la soupe sont bonnes. Point. » Ils ne sont
pas à la soupe. Ils sont au sein d’un parti et y ont un certain poids. Surtout,
ils savent que le système politique est ainsi fait : il faut l’unité pour
gagner. L’unité doit être large. Il ne s’agit pas que de défendre une position
politique pour le principe, il faut aussi gagner des élections.
On ne gagne pas une élection en étant minoritaire et on ne
met pas en place un projet politique si on ne gagne pas des élections. Il y a
des débats pour tenter d’imposer une ligne politique. Ca s’est traduit par des
primaires autour des socialistes et par un premier tour de la présidentielle.
Ces trois tours ont permis d’établir des rapports de force au sein de la
gauche.
La démocratie est ainsi faite. On se dit tous qu’on a
raison.
L’élection municipale est en ligne de mire. Le Parti
Socialiste ou le Front de Gauche n’en sortiront pas vainqueur sans l’autre.
Personne ailleurs qu’à droite ne gagnera si le Front de Gauche choisit le choc
frontal avec le Parti Socialiste et passe sa vie à le critiquer.
Il faut penser au salut…
Je vais donner un conseil intermédiaire. Le Front de Gauche doit évidemment dénoncer les positions du Gouvernement quand il n'est pas d'accord mais, pour ce faire, il doit changer de vocabulaire, arrêter de parler de troika, d'oligarchie, d'Hollandréou, de merdia, de "Parti Sournois" ou de P"S", ...
Dernier conseil : arrêtez de parler de l'ANI, du TSCG, ... Les gens ne savent pas ce que c'est. Un truc comme l'ANI, par exemple, ne concerne a priori que les salariés des grosses boites dans des secteurs en difficulté. Ca ne fait pas une base électorale... Les gens ne comprennent rien au TSCG : vous-mêmes, d'ailleurs, seriez incapable de dire les différences par rapport au précédent traité.
Ca enlève toute crédibilité.
Il y a d'autres motifs de luttes. On nous parle par exemple d'une augmentation de la durée de cotisation pour les retraites. Là, vous pourrez gueuler.
Et je gueulerai avec vous.
Ne faites pas d'erreur d'analyse sur la personnalité des gens, y compris des blogueurs de gouvernement.