17 décembre 2012

J'avais oublié la foule

J'avais oublié la foule et j'ai perdu mes marques. Deux ans que je ne bossais plus à la Défense. J'avais oublié la foule qui vous pousse sur le parvis, celle qui vous pousse dans les couloirs. J'ai perdu mes marques, mes réflexes, ces petits détails qui vous permettent de voyager au mieux. Ou d'éviter le pire.

Ce matin, j'avais oublié la foule, celle qu'on entasse dans des rames de RER, celle de gens blasés, celle de gens paniqués. Ce soir, j'avais oublié la foule, celle qui s'amasse devant les escaliers qui descendent vers les quais et qui ne sont pas assez large pour recevoir le flux des "voyageurs" pressés de rentrer chez eux.

J'avais oublié la foule, celle qui vous entraîne vers le RER alors que vous voulez prendre le métro parce que vous voulez éviter de changer à Châtelet pour éviter les interminables couloirs nécessaires pour rejoindre la ligne 7.

J'avais oublié la foule mais les promoteurs ne la connaissent pas. Ils continuent à construire des tours pour entasser des sardines.

Je me rappelle de l'époque précédente où je bossais à la Défense. Tous les soirs, je lançais mon cri dans Twitter : "Au bistro !" 18 heures tapantes. Le seul moyen d'être à peu près sûr d'arriver à la Comète avant 19h30... Tout en ayant des chances d'arriver à 19 heures. Je n'avais pas oublié ce sentiment, cette angoisse de ne pas pouvoir rentrer en cas d'incident. Je ne l'avais plus. Il m'était possible de rentrer à pieds...

C'est bien la foule que j'avais oubliée, pas celle dans la rame, à l'occasion. Celle de tous les soirs, celle des gens debout devant vous alors que vous avez trouvé une place assise parce que vous êtes monté au terminus. J'avais oublié cette espèce de honte à rester plongé dans son iPhone ou son bouquin pour éviter de voir une femme enceinte ou une personne âgée à qui vous auriez du laisser votre place. Pire ! J'avais oublié le soulagement quand votre voisin la voit avant vous et se lève... Pas de la lâcheté, de la fatigue. Je suis fatigué rien qu'à penser que ça va durer des années et des années, quelque chose comme 210 jours par an...

J'avais oublié la foule qui vous empêche de sortir de la rame parce des gens ont peur de ne pas pouvoir y monter. J'avais oublié la foule qui va dans le sens opposé au vôtre et ces flux que vous devez traverser à Palais Royal pour rejoindre le quai de la 7 vers le sud.

Pendant deux ans? J'ai pesté contre la ligne 7.

Ce soir, je savoure son calme.

Ça faisait deux ans que je n'avais pas écrit de billet de blogs dans la ligne 1 du métro pour éviter d'avoir à regarder les gens.

Ce soir, je devrais arriver à 19 heures à la Comète. Je n'aurai pas besoin de m'excuser pour le retard auprès du patron. Je suis même un peu en avance. Et je me rappelle d'un billet que j'avais fait deux ou trois semaines après avoir commencé à bosser à la Défense. J'avais trouvé que les gens étaient vieux.

J'avais oublié. C'est toujours vrai.

22 commentaires:

  1. Oui,impressionnant.Comment peut-on être architecte et assez con pour penser qu'on va faire passer le flux des voyageurs dans le chas d'une aiguille ? Mais finalement,j'ai remarqué,que sans se regarder,les gens suivent des règles non écrites mais partagées et se respectent...Bé moi c'est rare qu'on me bouscule : c'est comme ça que j'ai percuté que maintenant, je suis une vieille ! [sauf que la vieille est indigne et grimpe partout ! :DDD]
    Bz

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    1. Ça me fait rager, l'été, les touristes qui ne respectent pas les règles !

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    2. @ Nicolas: Comment veux tu respecter des règles qui n'existent pas? Pas facile pour des "touristes" de comprendre en 5 mn ce qui est devenu une règle après des mois (années?) d'utilisation de transports en commun...

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  2. Bé ... faut les bousculer ! voilà !

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  3. Emportés par la foule qui nous traîne
    Nous entraîne
    Écrasés l'un contre l'autre
    Nous ne formons qu'un seul corps...

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  4. je savoure d'en avoir fini depuis 10 ans avec ces cohues
    et encore plus depuis deux ans que je me suis réfugié en province

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    1. On s'habitue. Je me donnes deux ou trois semaines.

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  5. J'y passe tout les jours mais de très bonne heure, c'est encore acceptable.

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    1. Ouais. Faut que je retrouve mon rythme et que je vienne plus tôt.

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  6. je suis une sardine, je me presse, je m'entasse, je me compresse, je cherche le meilleur courant, je fuis les contre-courants, je reste à l'écart des requins et il me suffit d'un brin de plancton ou d'un strapontin pour lire mon bouquin entre moultes stations. Bobillet maitre Jegoun

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  7. J'ai la solution à votre problème: vous prenez un TGV pour Nantes Notre Dame des landes, vous embarquez dans le premier vol pour Angoulème, et de là, peinard, vous prenez le TGV direct pour la Défense.
    Faut tout vous expliquer.

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  8. Vous n'avez qu'à faire comme tout le monde et travailler Place Vendôme...

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  9. Je travaille aussi à la Défense au fait... Et j'ai aussi travaillé Place Vendôme... Quand on est devant ses écrans 11h par jours ça ne change pas grand chose...

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