Dans son dernier billet, l’ami Seb Musset revient sur la
réforme des retraites et nous explique pourquoi il est contre. Je suis à
peu près d’accord avec tout son billet. Je ne vais pas le résumer, vous n’avez
qu’à lire. Je me contente d’une phrase : tout est fait pour torpiller
progressivement le système.
Néanmoins, je voulais laisser un commentaire, chez lui,
mais, pour des raisons techniques, je ne peux pas (je ne peux pas, non plus,
commenter mon propre blog, il faut que je passe par l’iPhone, ce qui explique
pourquoi mes réponses sont généralement courtes, quand je réponds…). Je vais
donc en faire un billet.
Ce qu’il dit à propos de la pénibilité pourrait être rédigé
ainsi en langage PMA : c’est le bordel. Compter la pénibilité est créer
une retraite par points ce qui va aboutir au fait qu’on comprendra encore moins
le système et que ce sont les gens dont on juge que le boulot n’est pas pénible
qui vont payer pour les autres. Il vaudrait mieux que la pénibilité soit
compensée par un salaire décent. Il a raison.
Néanmoins, j’attire son attention sur le fait que ce sont
essentiellement des gens de gauche qui ont insisté pour que la pénibilité soit comptabilisée
pour la retraite, y compris des gens de la vraie gauche. Pour ma part, quand je
faisais des billets pour expliquer que j’étais contre, je me faisais engueuler.
Je vais revenir sur ce point rapidement. Paveur est très
certainement pénible. Mais pensez-vous qu’un commercial dans un cabinet de
conseil en informatique soit nécessairement de tout repos avec des nuits
blanches pour préparer des réponses à des appels d’offre et des journées
passées à téléphoner à des guignols pour essayer d’avoir un rendez-vous ?
Certes ! Le salaire est bon mais, dans une carrière, le commercial passera
le tiers de sa période d’activité dans une profonde crise du secteur, au cours
de laquelle il aura peur tous les jours de perdre son boulot (comme dans
beaucoup de domaines) et devra travailler encore plus tout en sachant qu’il est
payé à la commission et touche des clopinettes s'il ne fait pas d'affaires. Certes, le blogueur gauchiste
travaillant peinardement dans un bureau sera jaloux du commercial qui gagne de
l’argent et passe son temps à des cocktails mondains pendant qu’il fera des
billets de blog pour plaindre les ouvriers sans même savoir ce que c’est.
Toujours est-il que les gens de gauche défendent parfois des
trucs qui ne sont pas franchement de gauche… Pourquoi pas des retraites au mérite, non plus ? Tant pis pour l'égalité...
Ces considérations sont à rapprocher de mon billet d’hier
soir où je ronchonnais contre le camarade Des Pas Perdus qui voudrait taxer le
capital et tout ça pour sauver le système par répartition.
Or, ce qu’il propose, tout comme la pénibilité ci-dessus, va
à l’encontre de la répartition. Rappelons ce qu’est la répartition : les
gens qui bossent payent pour les retraites de ceux qui sont atteints par la
limite d’âge. J’aime bien rappeler les principes de base parce qu’à force d’imaginer
des solutions, on en arrive à imaginer n’importe quoi. Taxer le capital, par
exemple, je veux bien. C’est très « de gauche ». La redistribution,
la lutte contre les inégalités et tout ça. Seulement, que fait-on en cas de
crise économique grave, lorsque les revenus du capital baissent ? On ne paye
plus les retraites ?
Rappeler les principes de bases de la répartition ?
Je l’ai déjà fait. Je vais recommencer avec une jolie
équation. Nous avons quatre paramètres :
-
A : le montant moyen des pensions,
-
B : le montant moyen des cotisations
salariales et patronales par travailleur,
-
C : le nombre de pensionnés,
-
D : le nombre de cotisants.
Vous me suivez ? L’équation est donc : A x C = B x
D. Voila l’équation qu’il résoudre faut pour équilibrer un système de retraite du
privé par répartition. Il est assez facile de jouer sur les deux
premiers paramètres : fixer les taux de cotisation et le montant des
pensions. Hop ! Vas-y que je te fasse une loi ou un décret ou un accord
machin truc avec les représentations salariales ou patronales. Néanmoins, il
faut faire attention à ce que A et B laissent un train de vie raisonnable aux
populations concernées et que B ne torpillent pas les payeurs : les
entreprises.
Les deux autres paramètres sont plus compliqués. Ils
dépendent évidemment de la démographie, de l’espérance de vie,… Mais le nombre
de cotisants dépend de la conjoncture économique, du chômage. Un seul paramètre
est assez facile à déterminer de manière centralisée, celui qui permet de
passer de « cotisant » à « pensionné », c’est-à-dire la
durée de cotisation.
Ce qui nous laisse, finalement, seulement trois paramètres :
-
A : le montant moyen des pensions,
-
E : les taux de cotisation salariale
et patronale,
-
F : la durée de cotisation.
Ils peuvent être fixés par l’Etat ou, plus exactement, à son
niveau. D’autres considérations sont évidemment à prendre en compte on fixera
par exemple un âge minimum et maximum pour partir en retraite, on accordera des
décotes selon certains critères,…
Mais les seuls paramètres sur lesquels on peut jouer pour
sauver le système par répartition sont le niveau des pensions, les taux de
cotisation et le nombre d’années de cotisation. Les autres ne sont que la
cerise sur le gâteau.
Tous ces braves gens (qui claironnent souvent leur
gauchitude) et qui tentent d’intégrer d’autres paramètres, tels que la
pénibilité ou la taxation du capital, ne font que fragiliser le système par
répartition.
Le gouvernement a choisi de modifier deux paramètres :
la durée de cotisation et les taux de cotisation. J’étais formellement opposé à
la modification du premier. D’une part, ce n’est aucunement un progrès de
travailler plus et, d’autre part, à cause de la conjoncture économique (et donc
du chômage), tous les gens en âge de cotiser ne le font pas : il ne me
parait pas sérieux d’augmenter leur nombre.
Quand on y pense, c’est très gauchiste, comme position :
il faut voir l’économie de manière globale – le partage du travail et tout ça –
et préserver ou renforcer les acquis sociaux.
Gauche – droite des combats différents ?
Evidemment. Ma question est mal posée. Pour résumer, la
gauche « il faut taxer le capital plutôt que les salaires » et la droite
dira « le coût du travail est trop important, il faut arrêter d’augmenter
les taxes. »
On va dire qu’ils ont raison tous les deux. Je ne veux fâcher
personne. Alors je vais poser une question…
Pourquoi appliquer ça aux retraites par répartition alors
que, par définition, elles sont basées sur les cotisations des salariés ?
On pense évidemment aux cotisations relatives au chômage, à
la famille et à l’assurance maladie. On pourrait très bien ne plus s’appuyer
sur le travail pour les financer mais sur le budget de l’Etat, c’est-à-dire d’autres
sources de financement (la TVA vu de la droite – enfin en principe – et la
taxation des revenus – de tous – et des richesses pour la gauche), pour
diminuer le coût du travail et les revenus des travailleurs.
On pense évidemment à ces cotisations, disais-je, mais il y
a tout le reste. Dans un de mes premiers boulots, je bossais à côté de la
trésorière du Comité d’Entreprise. Elle passait ses journées à faire des
chèques pour payer les activités (sport, culture,…) des salariés. Je n’ai
toujours pas compris pourquoi ces braves gens avaient droit à une aide de l’entreprise
alors que moi, qui avait du bénévolat au service des enfants comme principale
activité de loisir, je n’avais droit à rien.
A gauche, arrêtons de défendre n’importe quoi.
Pensons d’abord à sauver la retraite par répartition.











