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06 septembre 2013

Quelle gauche pour sauver les retraites ?

Dans son dernier billet, l’ami Seb Musset revient sur la réforme des retraites et nous explique pourquoi il est contre. Je suis à peu près d’accord avec tout son billet. Je ne vais pas le résumer, vous n’avez qu’à lire. Je me contente d’une phrase : tout est fait pour torpiller progressivement le système.

Néanmoins, je voulais laisser un commentaire, chez lui, mais, pour des raisons techniques, je ne peux pas (je ne peux pas, non plus, commenter mon propre blog, il faut que je passe par l’iPhone, ce qui explique pourquoi mes réponses sont généralement courtes, quand je réponds…). Je vais donc en faire un billet.

Ce qu’il dit à propos de la pénibilité pourrait être rédigé ainsi en langage PMA : c’est le bordel. Compter la pénibilité est créer une retraite par points ce qui va aboutir au fait qu’on comprendra encore moins le système et que ce sont les gens dont on juge que le boulot n’est pas pénible qui vont payer pour les autres. Il vaudrait mieux que la pénibilité soit compensée par un salaire décent. Il a raison.

Néanmoins, j’attire son attention sur le fait que ce sont essentiellement des gens de gauche qui ont insisté pour que la pénibilité soit comptabilisée pour la retraite, y compris des gens de la vraie gauche. Pour ma part, quand je faisais des billets pour expliquer que j’étais contre, je me faisais engueuler.

Je vais revenir sur ce point rapidement. Paveur est très certainement pénible. Mais pensez-vous qu’un commercial dans un cabinet de conseil en informatique soit nécessairement de tout repos avec des nuits blanches pour préparer des réponses à des appels d’offre et des journées passées à téléphoner à des guignols pour essayer d’avoir un rendez-vous ? Certes ! Le salaire est bon mais, dans une carrière, le commercial passera le tiers de sa période d’activité dans une profonde crise du secteur, au cours de laquelle il aura peur tous les jours de perdre son boulot (comme dans beaucoup de domaines) et devra travailler encore plus tout en sachant qu’il est payé à la commission et touche des clopinettes s'il ne fait pas d'affaires. Certes, le blogueur gauchiste travaillant peinardement dans un bureau sera jaloux du commercial qui gagne de l’argent et passe son temps à des cocktails mondains pendant qu’il fera des billets de blog pour plaindre les ouvriers sans même savoir ce que c’est.

Toujours est-il que les gens de gauche défendent parfois des trucs qui ne sont pas franchement de gauche… Pourquoi pas des retraites au mérite, non plus ? Tant pis pour l'égalité...

Ces considérations sont à rapprocher de mon billet d’hier soir où je ronchonnais contre le camarade Des Pas Perdus qui voudrait taxer le capital et tout ça pour sauver le système par répartition.

Or, ce qu’il propose, tout comme la pénibilité ci-dessus, va à l’encontre de la répartition. Rappelons ce qu’est la répartition : les gens qui bossent payent pour les retraites de ceux qui sont atteints par la limite d’âge. J’aime bien rappeler les principes de base parce qu’à force d’imaginer des solutions, on en arrive à imaginer n’importe quoi. Taxer le capital, par exemple, je veux bien. C’est très « de gauche ». La redistribution, la lutte contre les inégalités et tout ça. Seulement, que fait-on en cas de crise économique grave, lorsque les revenus du capital baissent ? On ne paye plus les retraites ?

Rappeler les principes de bases de la répartition ?

Je l’ai déjà fait. Je vais recommencer avec une jolie équation. Nous avons quatre paramètres :
-         A : le montant moyen des pensions,
-         B : le montant moyen des cotisations salariales et patronales par travailleur,
-         C : le nombre de pensionnés,
-         D : le nombre de cotisants.

Vous me suivez ? L’équation est donc : A x C = B x D. Voila l’équation qu’il résoudre faut pour équilibrer un système de retraite du privé par répartition. Il est assez facile de jouer sur les deux premiers paramètres : fixer les taux de cotisation et le montant des pensions. Hop ! Vas-y que je te fasse une loi ou un décret ou un accord machin truc avec les représentations salariales ou patronales. Néanmoins, il faut faire attention à ce que A et B laissent un train de vie raisonnable aux populations concernées et que B ne torpillent pas les payeurs : les entreprises.

Les deux autres paramètres sont plus compliqués. Ils dépendent évidemment de la démographie, de l’espérance de vie,… Mais le nombre de cotisants dépend de la conjoncture économique, du chômage. Un seul paramètre est assez facile à déterminer de manière centralisée, celui qui permet de passer de « cotisant » à « pensionné », c’est-à-dire la durée de cotisation.

Ce qui nous laisse, finalement, seulement trois paramètres :
-         A : le montant moyen des pensions,
-         E : les taux de cotisation salariale et patronale,
-         F : la durée de cotisation.
Ils peuvent être fixés par l’Etat ou, plus exactement, à son niveau. D’autres considérations sont évidemment à prendre en compte on fixera par exemple un âge minimum et maximum pour partir en retraite, on accordera des décotes selon certains critères,…

Mais les seuls paramètres sur lesquels on peut jouer pour sauver le système par répartition sont le niveau des pensions, les taux de cotisation et le nombre d’années de cotisation. Les autres ne sont que la cerise sur le gâteau.

Tous ces braves gens (qui claironnent souvent leur gauchitude) et qui tentent d’intégrer d’autres paramètres, tels que la pénibilité ou la taxation du capital, ne font que fragiliser le système par répartition.

Le gouvernement a choisi de modifier deux paramètres : la durée de cotisation et les taux de cotisation. J’étais formellement opposé à la modification du premier. D’une part, ce n’est aucunement un progrès de travailler plus et, d’autre part, à cause de la conjoncture économique (et donc du chômage), tous les gens en âge de cotiser ne le font pas : il ne me parait pas sérieux d’augmenter leur nombre.  

Quand on y pense, c’est très gauchiste, comme position : il faut voir l’économie de manière globale – le partage du travail et tout ça – et préserver ou renforcer les acquis sociaux.

Gauche – droite des combats différents ?

Evidemment. Ma question est mal posée. Pour résumer, la gauche « il faut taxer le capital plutôt que les salaires » et la droite dira « le coût du travail est trop important, il faut arrêter d’augmenter les taxes. »

On va dire qu’ils ont raison tous les deux. Je ne veux fâcher personne. Alors je vais poser une question…

Pourquoi appliquer ça aux retraites par répartition alors que, par définition, elles sont basées sur les cotisations des salariés ?

On pense évidemment aux cotisations relatives au chômage, à la famille et à l’assurance maladie. On pourrait très bien ne plus s’appuyer sur le travail pour les financer mais sur le budget de l’Etat, c’est-à-dire d’autres sources de financement (la TVA vu de la droite – enfin en principe – et la taxation des revenus – de tous – et des richesses pour la gauche), pour diminuer le coût du travail et les revenus des travailleurs.

On pense évidemment à ces cotisations, disais-je, mais il y a tout le reste. Dans un de mes premiers boulots, je bossais à côté de la trésorière du Comité d’Entreprise. Elle passait ses journées à faire des chèques pour payer les activités (sport, culture,…) des salariés. Je n’ai toujours pas compris pourquoi ces braves gens avaient droit à une aide de l’entreprise alors que moi, qui avait du bénévolat au service des enfants comme principale activité de loisir, je n’avais droit à rien.

A gauche, arrêtons de défendre n’importe quoi.

Pensons d’abord à sauver la retraite par répartition.

09 août 2013

9 août 2013 : Mariton, Hollande, retraite, emploi et communication

La presse continue à parler des déambulations de pépère à travers la France et les ténors de l'UMP se relaient pour faire du bruit dans le poste, ce qui fait que plusieurs sujets me viennent en tête, ce matin.

Maritontonton

Hervé Mariton semblait tenir la permanence de l'UMP. Ce député qui était à la pointe dans le combat contre le mariage pour tous me semble capable du meilleur comme du pire. C'est amusant.

Inventaire à l'UMP

M. Mariton estime que l'UMP doit faire l'inventaire de ses années au gouvernement et dresser la liste des réussites et des échecs. Il a évidemment raison : jamais ce parti ne s'en tirera s'il ne fait pas le tri.

Je l'aiderais bien mais n'étant pas de droite, je ne peux pas dire quels sont, pour eux, les échecs et les succès. Le bilan fera sans doute mal puisqu'on découvrira que Nicolas Sarkozy a été le pire Président de la 5eme, mais le reconnaître serait salvateur !

Ce n'est pas parce qu'un type a du charisme qu'il est nécessairement compétent.

Toujours est-il que l'UMP aurait intérêt à mettre en avant ses réussites ce qui nécessite de constater ses échecs.

Pire Président

Je n'ai pas fini avec Hervé Mariton mais je parlais de pire Président. Il y a un article qui circule dans les réseaux sociaux avec les 10 pires personnalités politiques au monde. Hollande arrive en tête alors qu'il est comparé à des mafiosos ou malfrats, style Berlusconi. La plupart des autres sont des inconnus.

Le site est hébergé au Pakistan (de mémoire) et tenu par une espèce de libéral.

Voir la droite rigoler avec ce machin montre son état. Cela étant, j'ai fait un billet avec mes 10 personnalités politiques préférées (ce qui ne veut pas dire les meilleures). J'invite les blogueurs de droite à faire un billet avec les 10 pires personnalités politiques françaises. Je les invite à éviter d'obscurs députés PS sont personne n'a jamais entendu parler mais qu'ils prennent des types connus par au moins 10% des électeurs.

Comme Mariton.

Réforme des retraites

L'UMP prépare sa contre réforme des retraites. C'est Hervé Mariton qui semble avoir ce dossier. C'est une grossière erreur de la part de l'UMP puisque ça met en avant leur propre échec sur le sujet. C'est probablement aussi pour ça que Mariton veut un inventaire.

Les Français n'oublieront pas le nombre de réformes des retraites ratées par la droite. Dire maintenant "il faut faire ça" revient à les prendre pour des cons. L'UMP devrait laisser la gauche faire le sale boulot et attendre que le texte soit bouclé pour faire une opposition traditionnelle et gueuler contre l'augmentation des prélèvements, par exemple.

Le texte proposé par l'UMP est très dur : pas de prise en compte de la pénibilité, passage à 65 ans, fusion des régimes,... Pourtant les arguments tenus pour expliquer chaque fait sont intéressants.

Par exemple, ils disent que ce n'est pas au régime des retraites de payer pour la pénibilité. Ils n'ont pas entièrement tort. Une solution serait peut-être de faire cotiser plus les patrons qui ont des salariés qui bossent dans des conditions dites pénibles. Les salariés gagneraient donc des points pour avoir le droit de partir plus tôt.

Tiens ! Aurais-je réinventé la retraite par point ? (Ceci n'est pas une proposition mais une réflexion que m'inspire les écrits de l'UMP)

Maritontonton

Je disais qu’il est capable du meilleur comme du pire. Reprenez précisément ses propos sur la contreréforme des retraites, il y a des choses très intéressantes. Mais c’est la réforme qu’il propose qui est d’une manière globale très mauvaise.

L'agitation de Hollande

J'ai lu un long et bon article de Libé à propos de l'enchaînement des déplacements de Hollande, avec les avantages et inconvénients. Bien sûr, je suis à peu près d'accord avec eux (ce qui n'est pas toujours le cas mais je suis plus souvent d’accord avec Libé qu’avec Le Figaro…).

C'est un des avantages qui m'intéresse. Nicolas Sarkozy organisait des séquences autour de thèmes. Je prends l’exemple du discours de Grenoble. Il fait un grand discours sur la sécurité mais on en retient que les propos contre les étrangers et les Roms et ça fait la une de la presse nationale.

François Hollande fait des déplacements sur le même thème, l’emploi, ce qui n’intéresse pas trop la presse nationale. Dans notre petit monde parisien, on rigole et on parle de la communication présidentielle, ce dont tout le monde se fout.

Par contre, il a droit à d’importants relais dans la presse locale, une demi-page ou une page à chaque fois. La PQR est beaucoup plus lue que la presse nationale. Les gens s’intéressent à ce qui se passe chez eux. Et ils voient que le président est venu travailler sur l’emploi, leur principale préoccupation, chez eux.

Une des personnes citées par Libération n’est pas de mon avis : « François Hollande n’imprime pas, souligne Arnaud Dupui-Castérès. Il n’a pas, contrairement à son prédécesseur, la maîtrise de l’agenda médiatique : dès que Nicolas Sarkozy se déplaçait, cela créait une séquence médiatique et on parlait du sujet. François Hollande n’y parvient pas. Il y a quelques mois, il s’est déplacé à Dijon, où il a dormi – ce que refusait de faire Nicolas Sarkozy –, il a fait plusieurs discours dont un remarquable, où les chefs d’entreprises ne pouvaient que se retrouver. Personne n’a retenu ce discours. On ne se souvient que des images de la personne qui l’a interpellé et qui s’est fait matraquer par le service d’ordre. Donc cela peut se retourner contre lui, donner l’impression qu’il papillonne. »

C’est à creuser. On se rappelle du discours de Dijon, au moins dans notre monde de blogueurs politiques, parce que c’est là qu’il a annoncé le choc de simplification mais les gens s’en foutent probablement et oublient au bout de trois ou quatre jours. Le message global est passé (on va simplifier) mais le détail est oublié.

Par contre, les gens n’oublieront pas que le président est passé chez eux pour travailler sur l’emploi. Le président ne reste pas dans les cabinets parisiens et bruxellois. Il ne s’occupe pas que de Paris. Il s’occupe de nous.

A débattre…

Nicolas Sarkozy et communication politique

Cet article de Libé cite plusieurs fois l’ancien président de la République pour le prendre en exemple. Ca me fatigue. Faut-il toujours rappeler que Nicolas Sarkozy a échoué dans sa communication : il a une popularité bien pire que celle de pépère aujourd’hui (mais il peut encore baisser) ?

Il n’a pas été réélu. Sa communication était donc mauvaise.

Pourquoi croyez-vous que l’UMP sorte sa contreréforme des retraites maintenant, à la fin de la première semaine complète du mois d’août ?

Par connerie ou volontairement, pour pas que le grand public le sache tout en montrant aux sympathisants qu’ils bossent ?

11 juin 2013

Droit de retraite

Mon billet d'hier soir portait sur les retraites mais avec un angle très précis : je ne vois pas comment je pourrais défendre une augmentation de la durée de cotisation alors que je la combattais lors des réformes précédentes. Ma mission de blogage gouvernemental pourrait très bien se tarir. Mes commentateurs sont néanmoins partis dans des débats passionnants à différents sujets.

Petit 1 : le chômage

Réduire sensiblement le chômage ne permettra pas de remettre le régime des retraites à l'équilibre. Il n'empêche que... D'une part, plus de gens bossent plus d'argent rentre dans les caisses. D'autre part, faire travailler des gens plus longtemps est idiot si des jeunes qui veulent travailler peuvent faire le job.

L'arithmétique n'est évidemment pas simple mais refuser de voir le problème dans la globalité est une hérésie.

Petit 2 : augmentation de la durée de cotisation
Je l'ai dit : je suis contre. On trouvera toujours d'excellents motifs pour être contre. N'en oublions pas un : ça fait 20 ans qu'on nous annonce des augmentations de durée pour sauver le système et qu'on constate que ça ne fonctionne pas. Il faut arrêter. Il faut jouer sur les autres paramètres.

Je vais encore faire de l'arithmétique idiote (et bien arrondie) mais si on bosse 40 ans et qu'on passe 20 ans à la retraite, mathématiquement, il faut qu'un mois de travail puisse servir à payer un mois de travail et un demi mois de retraite.

Il faut donc jouer aussi sur le niveau des cotisations (salariales et patronales).

Nous laisserons de côté le troisième paramètre : le niveau des pensions. Mais il y a bien trois paramètres : les pensions, la durée de cotisation et leur montant.

Petit 3 : alignement public privé

C'est un argument qu'on entend souvent : il faut aligner les paramètres entre les gens du public et du privé pour des raisons de justice. Quand certains brandissent ce mot, je me méfie toujours.

Le salarié du public n'a pas le même statut qu'un salarié du privé. Il passe un concours qui lui permet de signer un contrat avec l'État pour un travail puis une pension. Il est donc payé avec nos impôts (et les siens) jusqu'à la mort. Taxer cette paye revient à taxer des impôts. Parler d'alignement devient grotesque.

Encore une fois, il faut regarder ça de manière globale mais, par pitié, arrêtons de brandir des chiffons rouges, que l'on soit un vil libéral ou un méchant syndicaliste. Laissons les syndicats négocier avec leur employeur de manière globale : niveau des rémunérations et durée de travail pendant la carrière.

Ne mélangeons pas les retraites du public et du privé. D'un côté comme de l'autre.

Petit 4 : répartition et capitalisation

On trouve toujours des braves gens qui nous sortent la nécessité d'introduire une dose de capitalisation. Ça ne veut pas dire grand chose et, surtout, tant que notre système n'est pas à l'équilibre, ça ne peut pas fonctionner. La capitalisation a ruiné des gens et la solidarité ne fonctionne qu'avec la répartition. Si les gens veulent capitaliser pour améliorer leurs revenus quand ils seront à la retraite, ils le peuvent. Mais ce n'est plus du ressort de la solidarité, donc l'État n'a rien à foutre dans cette histoire.

Il faut arrêter de raconter n'importe quoi : on cotise aujourd'hui pour payer les retraites des anciens. Pas pour nous. Le fait de cotiser nous accorde des droits pour qu'on puisse bénéficier d'une retraite payée par les travailleurs quand on aura pris de l'âge.

Petit 5 : autres voies

Compte tenu de l'évolution des paramètres (date d'entrée dans la vie active, chômage,...), l'équation est de plus en plus difficile à résoudre. Il faut peut-être étudier d'autres solutions éventuellement plus personnelles pour déterminer les deux sujets qui nous intéressent : âge de départ et niveau des cotisations, tout en prenant en compte toutes les particularités comme le chômage des vieux, la durée des arrêts de carrière (pour élever les mômes ou autre).

C'est l'affaire de spécialistes. Voyez ça sans moi.

Petit 6 : la pénibilité

Ce mot ne veut pas dire grand chose. Il y a de toute évidence des métiers qui sont plus pénibles que d'autres mais arrêtons de nous renvoyer des mots à la tronche. Quand je fais une journée de 9h à 23h, c'est pénible mais je suis payé pour (et ce sont surtout des heures de présence…). Et il ne sera jamais aussi pénible que celui d’une caissière qui bosse de 12h à 14h et de 18h à 21h pour une bouchée de pain.

Petit 7 : concluons


Je ne sais pas où nous entrainera ce débat et quels seront les arbitrages faits par Jean-Marc Ayrault voire François Hollande, ce qui sera soumis aux syndicats et ce qui sortira des négociations. Le jour où l'on commence les cérémonies pour la mort de Pierre Mauroy, n'oublions pas les propos qu'il a tenus et ce qu'a représenté la retraite à 60 ans...

Mes commentateurs pourront toujours faire des circonvolutions pour expliquer que je tiens un discours simpliste, que ce n'est pas si simple, ... Il n'empêche que s'il faut passer de 41,5 ans à 42 ans, je le veux bien mais n'oublions pas qu'un type qui partira à la retraite dans deux ou trois ans a commencé à bosser avant la crise économique qui nous occupe ! 

Modifier une virgule dans un texte de loi pour sauver un système à horizon 2025 n'a pas beaucoup de sens. Ce qui importe est d'équilibrer durablement le système mais le plus tôt possible parce que personne ne peut prévoir comment tournera l'économie en 2025. 

Ne jouons pas aux apprentis sorciers : les gens qui travaillent aujourd'hui cotisent pour ceux qui sont à la retraite maintenant. Pas dans 15 ans.

10 juin 2013

Les retraites et les "blogueurs de gouvernement"

Le rapport Moreau sur les retraites doit être remis au Premier Ministre vendredi, présentant les pistes pour ramener le régime des retraites à l’équilibre. Les syndicats commencent à menacer de mouvements sociaux… La suite pourra être chaude d’autant qu’on nous parle de bosser pendant 44 ans ! Le type qui a un bac+5, qui galère un peu et trouve un job à 26 ans, devra donc travailler jusqu’à 70 ans.

Les débats vont être chauds au niveau du Gouvernement. Marisol Touraine et Michel Sapin semblent ne pas être sur la même longueur l’onde.

Les débats pourraient aussi être chauds dans la blogosphère : je ne me vois pas défendre maintenant la position inverse de celle que je défendais au préalable. François Hollande semble savoir où il veut aller.

On l’attend. Resterons-nous des "blogueurs de Gouvernement" ?

02 avril 2013

14ème semaine

La fin de ce week-end de trois jours qui suit une interview du Président de la République sonne un peu comme une nouvelle rentrée surtout que la semaine dernière n'avait pas été folichonne. Voyons voir comment ça recommence ?

Tout d'abord, NKM. Je ne vais pas me taper toutes les personnalités de droite, ce matin, mais il me semble qu'elle a perdu gros en tapant Anne Hidalgo sous la ceinture. D’ailleurs Anne Hidalgo a porté plainte. Revenons à gauche. 

La taxe à 75%. Faites la une bonne fois pour toutes. Ça commence à faire brouillon. Hier, on disait que les clubs de foot ne seraient pas concernés. Aujourd'hui, Matignon annonce le contraire. Ça fait un peu trop longtemps que ça dure. Il n'empêche qu'elle revient maintenant à taxer les entreprises qui versent des trop gros salaires. Taxer celles qui en versent des trop petits ne me paraîtrait pas ridicule. 

Réforme du droit du travail. Laissez donc les députés faire leur boulot. Le dialogue social dans la constitution, c'est bien joli, mais ça ressemble un peu à un gadget tant que la représentativité des syndicats est aussi fumeuse.

Réforme des retraites. Pendant celle faite par la droite, je disais que c'était une connerie de faire travailler les gens plus longtemps. Je ne vais pas changer d'avis parce que la gauche est au pouvoir. Par ailleurs, j'ai entendu parler de désindexation : ça revient à une baisse des pensions. Il y a trois moyens de rééquilibrer les retraites : n'oublions pas le troisième, une augmentation des cotisations ou une autre source de financement. Par ailleurs, le gouvernement a mis en place une commission pour travailler sur le sujet. Pourquoi François Hollande et Jean-Marc Ayrault font-ils des annonces avant la fin des travaux ? 

Allocations familiales : je veux bien qu'on diminue les allocs pour ceux qui sont plein de pognon mais tant qu'à faire une réforme, ne pourrait-on pas envisager de les financer par autre chose que le travail qui a déjà bien du mal à financer les retraites ?

Remaniement. On lit par ci ou par là qu'il faudrait faire le ménage. Ce n'est pas le moment. 

Manif pour tous : j'ai vu un excellent article dans le Monde.fr, hier matin (l'article est du 28 ou 29), à propos du nombre de participants. Je résume : les réseaux sociaux étaient déchainés pour nous donner une impression de masse mais la manif aurait été beaucoup plus calme que ce qu'on a pu lire. Je vais même rajouter une théorie personnelle. Pendant ces grands mouvements de foule, la 3G ne passe pas (même le téléphone passe très mal). Une partie des publications faites en direct l'a donc été d'en dehors de la manif. J’ai vu un autre article montrant que les rues étaient loin d’être pleine de monde…

Feu : Cécile Duflot a fait de la publicité pour les détecteurs de fumée suite aux deux incendies de ce week end. Est-ce que ça ne fait pas un peu bricolage ?

Municipales à Paris : pouvez-vous arrêter de nous les gonfler avec des sondages donnant l'impression que c'est une élection qui se joue entre Anne Hidalgo ou qui serait « uninominale à deux tours » ? C'est beaucoup plus compliqué que ça avec les élections par arrondissement. 

27 février 2013

Vers une nouvelle réforme des retraites

« Jean-Marc Ayrault, Premier ministre a installé le 27 février 2013 la Commission pour l’avenir des retraites, en présence de Madame Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé. » peut-on lire dans le communiqué de presse de Matignon. La Commission sera présidée par Madame Yannick Moreau (à ne pas confondre avec M. Yannick Moreau, député). La lettre de mission (pdf) précise le cadre et les objectifs : « Vous serez chargée […] d’identifier les différentes pistes de retraite permettant d’assurer l’équilibre des régimes de retraites à court, moyen et long terme, et d’en renforcer la justice, l’équité et la lisibilité pour les assurés, sur la base d’un cahier des charges des charges qui vous sera adressé à l’issue des échanges en cours avec les partenaires sociaux. »

Dans mes billets de ce matin, j'aidais la droite à faire l'inventaire du précédent quinquennat. Il aurait installé une commission, il aurait donné les grands axes de travail. Cette fois, il n'y a strictement aucune piste. C'est triste pour le blogueur politique qui devra attendre juin pour analyser la sauce à la quelle on sera mangés, mais c'est bien mieux pour la pertinence d'une négociation.

On rappellera qu'avec la précédente réforme, on s'est fait avoir et il est dommage que le gouvernement et le Parti Socialiste ne communiquent pas assez sur le sujet. J'entendais encore aujourd'hui des critiques de MM. Raffarin et Le Maire sur la lenteur des actions menées par le Gouvernement. On peut aussi les interroger sur la pertinence de celles des deux précédents quinquennats. Mais l'heure n'est pas à la polémique.

Si…

M. Le Maire a déclaré : « Il est temps que l’on passe à un traitement économique du chômage. » Pour la forme, nous allons rappeler qu’il était Ministre, encore récemment. Il a participé à un Gouvernement qui a fait en sorte que les gens travaillent plus longtemps alors qu’il y a des millions de chômeurs. C’est une hérésie. M. Raffarin a déclaré : « François Hollande est le président du chômage », « on n’a jamais vu un chômage aussi élevé et des perspectives aussi mauvaises » et « il y a un avis de tempête sur toute l’économie française. » Le nombre de chômeurs a augmenté de plus de un million au cours du quinquennat précédent ce qui nous montre l’inefficacité des différentes mesures prises par la droite au pouvoir. L’échec de deux réformes des retraites, alors qu’on nous disait qu’elles allaient tout résoudre, est la preuve que ces Gouvernements travaillaient comme des cochons. Le présent Gouvernement travaille normalement. Il met en place des équipes, des concertations, … et ne fait pas que vitupérer.

Je disais donc… La commission « conduira ses travaux sur la base des rapports récents du Conseil d’orientation des retraites et d’un cahier des charges, discuté avec les partenaires sociaux, qui lui sera remis dans les jours qui viennent. Elle mènera des auditions et des consultations auprès des acteurs concernés. La commission rendra un rapport au mois de juin 2013. Conformément à la feuille de route de la grande conférence sociale de juillet 2012, le gouvernement engagera alors une concertation avec les partenaires sociaux, puis prendra les décisions nécessaires pour assurer l’avenir des régimes des retraites et conforter la confiance de nos concitoyens dans sa pérennité. »

Comme le Gouvernement ne donne, heureusement, aucune consigne à la commission, je vais me permettre de suggérer des axes de travail.

Une interview récente de Marisol Touraine est disponible sur ce site.

A propos du rôle de la commission : « Elle fait ainsi le pont entre le diagnostic du COR et la concertation, qui s'engagera ensuite entre le gouvernement et les partenaires sociaux. Elle permettra ainsi que le débat soit le plus éclairé et transparent possible. »

A propos des enjeux de cette réforme : « L'enjeu premier, c'est de redonner confiance aux jeunes dans notre système de retraite par répartition, en le modernisant, en le rendant plus juste et plus lisible. C'est cela, une réforme de gauche. Il ne s'agit pas de tout changer si ce n'est pas justifié. Aucune piste ne doit être écartée a priori. L'objectif est bien de remettre à plat ce qui doit l'être, avec courage, et en disant la vérité aux Français. »

A propos de la méthode : « La modernisation de notre système ne reposera pas sur l'opposition entre le public et le privé, ou entre les générations. Certaines questions sont communes à tous les régimes, d'autres sont spécifiques, mais toutes requerront notre attention pour pérenniser notre système de retraite. »

Toutes les pistes doivent être étudiées. Au boulot !

Mon avis…

Nous avons un nombre important de chômeurs et les progrès technologiques font qu’on a besoin de moins en moins de travail pour produire autant. L’éternelle piste de l’allongement du temps de travail pour sauver les retraites ou pour toutes autres raisons, notamment relancer la machine économique ou redonner du pouvoir d’achat, ne doit pas être retenue même si des ajustements à la marge peuvent être faits si nécessaires. Cela ne fonctionne pas.

Il reste donc à peu près deux paramètres : baisser les pensions et augmenter les cotisations. La première solution n’en est évidemment pas une.

Il faut donc se mettre dans la tête que la meilleure des solutions pour sauver les retraites est d’augmenter les cotisations.

Il ne faut donc pas craindre une reforme plus large des retraites : s’il faut augmenter les cotisations sur les retraites sans augmenter le coût du travail tout en maintenant un salaire sérieux, il faudra faire supporter d’autres piliers de notre système de protection sociale sur d’autres machins…


18 décembre 2012

Où l'on reparle des retraites...

Le régime des retraites sera déficitaire en 2020 nous dit la presse aujourd’hui. Mon confrère Melclalex revient sur les propos de Nicolas Sarkozy, en 2010, lors de la fameuse réforme des retraites, tels que : « Avec la réforme que l'on fait, notre régime de retraite sera non seulement équilibré en 2018 mais bénéficiaire. »

Cette réforme ne servait à rien et nous le disions dans les blogs.

C’est un document du Conseil d’Orientation des Retraites qui l’affirme et nous critiquions cet organisme à l’époque. Ils font maintenant des projections jusqu’2060… « En fonction du scénario retenu, les écarts sont plus importants sur le long terme. Ainsi, en 2060, le système de retraite pourrait être déficitaire de 105 milliards, ou excédentaire de 92,6 milliards d'euros. »

Pour traduire : ils n’en savent rien. Particulièrement gonflés. Plus ou moins 100 milliards, on ne sait pas, mais il faut faire des réformes…

Une nouvelle réforme des retraites avec un départ à taux plein à 65 ans est au cœur du projet de l’UMP. Laurence Parisot est d’accod, selon Slovar : « La France doit repousser au moins à 63 ans l'âge minimum de départ en retraite afin de financer les pensions, a estimé dimanche la présidente du Medef Laurence Parisot. La réforme menée sous le mandat Sarkozy qui a porté de 60 à 62 ans l'âge minimum et à 65 ans l'âge requis pour bénéficier d'une pension à taux plein quelle que soit la durée de cotisations est insuffisante (...) Nous disions déjà en 2010 qu'il faudrait au moins 63 ans, et je le redis aujourd'hui. Il faudra à nouveau repousser l'âge légal de départ à la retraite, allonger la durée de cotisations […]. » 

Elle est dans son rôle. Elle veut à nouveau pousser l’âge de la retraite avec le même discours de celui de la droite il y a deux ans alors qu’on a une nouvelle preuve que ça ne fonctionne pas.

« Est-ce que nous, en France, on peut être les seuls à rester à 62 ans, alors que nos voisins espagnols, italiens, anglais allemands, sont suivant les cas entre 65 et 67 ans ? Non, ce n'est pas possible (...) »

Espagne – chômage : supérieur à 24%.
Allemagne – travailleurs pauvres : plus de 22% des employés.

Pourrait-on arrêter de prendre ces pays comme exemple ? Ou alors, faisons-le totalement : « La France arrive, avec l'Italie, en tête du peloton des années de cotisations : 41,5 années désormais et, peut-être, demain un peu plus, de 41 à 42 pour l'Italie, contre 40 en Suède, mais seulement 35 en Allemagne et même 30 au Royaume-Uni. » Prenons en compte tous les paramètres… « En fin de compte, les disparités d’âge légal sont plus fortes que les disparités d’âge effectif de sortie du marché du travail : 59,3 ans en France, contre 61,2 dans l'UE. Mais si l'on considère l'âge moyen de liquidation des retraites, les Français prennent leurs retraites légèrement plus tard que la moyenne de l’UE (61,5 ans contre 61,4). »

Les blogs politiques sont un éternel recommencement. Je vais pouvoir reprendre mes billets de 2010…

Mais nous n'oublierons pas les mensonges de 2010... D'ailleurs, depuis, on a gagné les élections.


15 novembre 2012

L'argumentation inversée

Un des aspects que j'aime bien, dans la politique, c'est qu'on en arrive souvent à défendre n'importe quoi. Hier, je déjeunais avec deux amis libéraux et réactionnaires. Généralement, on évite certains sujets, notamment tout ce qui touche à l'immigration et l'économie. Ça nous laisse assez de marge pour raconter des conneries pendant deux heures. 

A un moment de la discussion, nous avons fauté. Nous parlions des gens qui ne lisent pas et qui ne savent pas s'occuper. Quand ils sont à la retraite, ils s'emmerdent. L'un des deux a alors dit que c'était lamentable qu'on oblige les gens à partir à la retraite. Ils m'ont pris à témoin, en tant que socialiste de service. 

J'ai donc répondu que j'étais un fervent défenseur du partage du travail, qu'il y a suffisamment de chômeurs pour qu'on puisse de permettre de pousser ceux qui ont bossé longtemps vers la porte pour laisser la place à ceux qui ont envie de bosser patati patata. Ils n'étaient bien entendu pas d'accord et la discussion me gonflait par avance. Quand on a une divergence de fond, on ne va pas résoudre ça autour d'une table. 

L'un d'entre eux a tout de même voulu citer son cas personnel pour tenter de me convaincre : "je travaille dans un service de 8 personnes, si je pars maintenant en retraite, je ne serai pas remplacé..."  L'air de dire : "ah ! Tu vois bien que tu as tort". J'ai donc répondu : "si vous n'êtes pas remplacé, c'est que vous ne servez à rien et pénalisez l’entreprise."  En pensant : "et pas dans ta gueule gros con". 

Nous avons continué et j'ai essayé de leur expliquer qu'il fallait voir l'économie d'une manière globale, ne serait-ce qu'au sein d'une entreprise, le poste dégagé par sa retraite devrait permettre d'embaucher dans un autre service et à l'entreprise d'évoluer dans une autre direction. 

Je romance un peu mais nous avons tout trois constaté que c'est moi qui défendaient l'entreprise... Contre eux, les libéraux

La conversation a quand même continué jusqu'à ce que je leur explique que je me foutais complètement des types qui ne voulaient pas partir à la retraite. Ce ne sont pas quelques débiles qui vont faire couler l'économie. Ce qui m'intéresse est que ceux qui veulent partir à la retraite puissent le faire à de bonnes conditions et sous de bonnes conditions. Nous avions argumenté pendant une demi-heure pour des conneries

Mais, à la réflexion, c'est encore plus drôle. Ce sont eux deux libéraux qui gueulaient contre la possibilité qu'avaient les entreprises de foutre les salariés à la retraite et moi, socialiste, qui défendait la possibilité pour les entreprises de foutre les vieux dehors

Le monde à l'envers. 

J'invite tous ceux qui, à droite comme à gauche, s'efforcent d'avoir des positions bien tranchées à réfléchir au calme. Par exemple, ne pourrions-nous pas inciter les entreprises à utiliser les vieux pour former des jeunes quand elles en ont le besoin ?

Nous appellerions ça le contrat de génération.

23 septembre 2011

Martine Aubry : à la retraite !

Que François Fillon prône la retraite à 67 ans. Je veux bien. Nous le combattrons. Il est dans son rôle. En tant que Premier Ministre, il est le chef de la droite. Encore que, les électeurs vont probablement commencer à se demander s’il ne les prend pas un peu pour des cons. Il est dans son rôle ? Lequel ? Peut-être espère-t-il succéder à Nicolas Sarkozy quand ce dernier aura succombé à l’affaire Karachi, foutu dehors, non pas par les électeurs ou les militants UMP, mais par ses propres amis qui doivent commencer à se demander s’il ne risque pas de les entrainer dans leur chute…

François Fillon est dans son rôle.

« Cette obsession à s’aligner sur le bas au lieu de s’aligner sur le haut, c’est un vrai problème et ça ne peut qu’aggraver la situation de la France et d'ajouter que les propositions de François Fillon ne sont pas honnêtes En Allemagne, dès que vous avez votre durée de cotisation, quel que soit votre âge, vous pouvez prendre votre retraite. Donc, ce n'est pas honnête » dit à juste titre Ségolène Royal. Un peu plus, notre Premier Ministre va nous dire qu’il faut travailler plus pour le progrès ! L’alignement vers le bas au nom de la modernitude !

« Je suis d'accord pour être en conformité avec l'Allemagne, mais pas avant 2029 et, comme l'Allemagne, en distinguant les emplois pénibles, ce que ne fait pas le gouvernement français. » Aie ! Ca s’est Martine Aubry qu’il le dit. Elle avalise donc les propos de François Fillon et nous explique qu’aucun autre modèle de société n’est possible !

Elle renie ses propres promesses de retour de la retraite à 60 ans. Elle casse sa propre image de « dame des 35 heures », celle qui disait qu’il fallait partager le travail pour que tout le monde puisse en avoir.

Hé ho, Martine ! Notre modèle repose sur le partage et la redistribution !

En une phrase, elle détruit le travail des militants (et des blogueurs, comme moi) qui ont lutté contre la réforme des retraites, sortant des tas de chiffres pour appuyer leur démonstration, expliquant que dans une France avec 4 millions de chômeurs, c’était complètement crétin de faire travailler plus les gens, en nous basant d’ailleurs sur les bons résultats des 35 heures… On a passé des heures à démontrer qu’on produisait de plus en plus de richesses et qu’il était préférable d’assurer une meilleure redistribution avant d’entamer des réformes iniques.

En une phrase, elle confirme qu’il faut adopter le modèle Allemande qui « est un pays "qui ne renouvelle pas ses générations", "qui va connaître une perte de population" et qui "va avoir un problème de financement bien plus grave que le nôtre de financement de son régime de retraite". » « L'exemple allemand est un anti-modèle: ils ont cassé les salaires, démantelé une partie de la protection sociale et constitué des excédents qui ont déstabilisé toute la zone euro. » « "s'il y a des difficultés dans la zone euro ce n'est pas à cause de la Grèce, un trop petit pays, mais à cause des excédents allemands". "Je déconseillerai de vouloir multiplier l'exemple allemand car nous finirons en récession, en destruction d'emplois et en grave désindustrialisation" » (heureusement qu’il reste deux candidats sérieux).

Hé ho, Martine ! Si vous ne voulez plus qu’on soit à gauche, dites-le nous…

27 janvier 2011

RIP Casquette. 7 ans de chômage, 2 ans de retraite.

Je vous ai déjà parlé, dans ce blog, de mon copain Casquette. Je viens d’apprendre sa mort, datant de deux ou trois semaines. N’allez pas croire une quelconque tristesse de ma part, juste une vague mélancolie sur des années passées. Avec Casquette, nous étions fâchés à mort depuis que sa femme avait tenté de porter plainte contre moi et trois autres copains pour viol. Compte tenu de la tronche de la donzelle, je suppose que la crise de rire empêchait le policier de finir la saisie de la plainte…

D’ailleurs, je me demande si je n’ai pas souhaité sa mort, quelques temps, tant l’atmosphère devenait irrespirable, au Kremlin-Bicêtre, quand j’approchais de la Porte d’Italie. Nous nous étions vaguement réconciliés il y a trois ans, ils étaient venus visiter la Comète quand elle a été refaite.

Entre eux et moi, tout avait commencé il y a quinze ans. Enfin, quatorze ans, trois mois moins deux jours. Il faut être précis, d’autant que je ne me rappelle que de la date de début, pas des dates intermédiaires. C’était à cette époque de ma vie, à 30 ans, où j’avais choisi d’arrêter le rythme « Boulot, maison, Bretagne le week-end ». J’avais commencé à fréquenter la Comète, le hasard, le bistro le plus près de chez moi (le seul entre le métro et chez moi), celui qui est toujours mon fief quinze ans après.

Casquette et Jaja y étaient tous les lundis, mercredis et vendredis. On avait fini par discuter ensemble, comme discutent des connaissances de comptoir, ils étaient copains avec des lascars que je commençais à connaître. A la tienne, à la mienne, en quelques semaines nous étions devenus copains d’enfance. Ce couple avait commencé à se prendre d’affection pour moi et je le leur rendais probablement assez bien. Il faut dire qu’ils étaient d’une régularité exemplaire pour ce qui concerne les heures de fréquentation des bistros. Comme j’habitais près de la Comète, c’était très souvent que les copains finissaient à la maison, après la fermeture du rade.

Casquette et Jaja m’invitaient souvent à manger, le dimanche, dans leur appartement glauque du rez-de-chaussée, rue de la Convention. Affreux, les volets toujours fermés pour ne pas être vus de la rue, tous les deux fumeurs, la tapisserie était jaunie, ça puait. Du coup, elle déprimait, lui se fâchait après elle.

Glauque, c’est le bon mot. La vie d’un des derniers couples d’ouvriers en petite couronne. Obligés de garder le même appartement pourri pour ne pas avoir à subir d’augmentation de loyer, appartement tellement pourri que la seule occupation possible, pour elle, était de faire le tour de Bicêtre à pied, s’arrêtant dans chaque bistro où elle trouvait un copain, attendant l’heure que son homme émerge de chez lui pour le retrouver dans ses bistros à lui. L’homme commande, merde !

Les jours où ils n’étaient pas fâchés.

Au bout de quelques années, six ou sept peut-être, j’avais commencé à prendre mes distances, lassé par cette vie monotone et… glauque. Monotone ne me dérange pas. Moi-même, je suis assez casanier.

Vers 53 ou 54 ans, il s’est retrouvé au chômage et avait arrêté de venir à la Comète. Je ne les voyais plus que le samedi puis de plus en plus rarement. Jusqu’à cette sordide histoire de viol. Elle avait pris une cuite mémorable et n’avait trouvé que ce prétexte, puisque, avec trois copains, nous étions les derniers à l’avoir vu ce soir là, pour expliquer que des braves gens l’aient retrouvée endormie dans le caniveau, défigurée, dans une petite rue près de La Poste.

Casquette était ouvrier. Il était imprimeur. Très fier de son job comme beaucoup. Il nous ramenait parfois des échantillons de ce qu’il faisait, quand il était content. Ses machines à imprimer se réglaient à la main, à l’œil même pour ce qui concerne les couleurs. Il était très fort, parait-il, pour régler les doses d’encre. Les années se mélangent, maintenant, dans ma tête, mais ça devait être vers 2002 ou 2004. Son patron a pris sa retraite. Les repreneurs ont jeté les vieilles machines manuelles pour s’équiper en numérique. Casquette a refusé les formations, les reconversions, ne pouvant pas comprendre que le métier qu’il avait pratiqué pendant près de 40 ans allait tout simplement disparaître du fait du progrès technologique.

Licenciement économique vers 54 ans. Impossible de retrouver du boulot. Chômage, RMI, … Juste de quoi se payer le loyer de son appartement glauque.

Je suppose qu’un couple de jeunes cadres y habite maintenant. Je viens de faire un tour sur Internet, le prix d’un tel appartement (rez-de-chaussée, 300 mètres du métro) est de l’ordre de 1000 euros par mois. Un SMIC, quoi.

Alors Casquette attendait, pendant 6 ans, de pouvoir toucher une retraite. Ses revenus diminuant d’année en année, il ne sortait presque plus, les revenus de Jaja payant les charges courantes. Jaja a fini par prendre sa retraite, aussi, mais ils ne s’en sortaient plus vraiment. Alors ils ont quitté Bicêtre et sont parti vivre dans la vieille bicoque de sa mère, en Corrèze, morte depuis peu.

Leur vie s’éclaircissait enfin.

Il a tenu deux ans. RIP.

On a appris hier que le chômage était au plus haut depuis des lustres. « Fin 2010, le nombre de chômeurs a franchi la barre des 4 millions. Si le chômage des jeunes recule légèrement, celui des seniors explose. »

« Le nombre de demandeurs d'emplois de plus de 50 ans a augmenté de 16,3% sur un an. »

Et tout ce que trouve le gouvernement à faire, c’est d’augmenter l’âge de la retraite.

Pourtant, celle de Casquette n’aura pas coûté cher. 

Edit : un copain a contacté Jaja et on en sait dorénavant plus. Je me suis effectivement mélangé dans les dates voulant absolument lui donner 62 ans. Il n'en avait pas 60, en fait et avait eu sa retraite  un peu avant 60 ans car il avait commencé à 14 ans. Ce qui ne change rien au problème, bien au contraire.

02 décembre 2010

Le but ultime : privatiser la sécu

Avec la réforme des retraites, on subodorait une volonté, de la part du pouvoir, de casser le système des retraites au profit d’un système par « capitalisation » ou autre à la charge du secteur privé. On parlait déjà de la société Malakoff Médéric, dirigée par le frère du Président de la République.

« La réforme "va conduire à l'asphyxie financière des grands régimes par répartition" et sera donc "propice à l'éclosion de ces grands fonds de pension qui n'étaient pas encore parvenus à s'acclimater en France, à quelques rares exceptions près", nous explique le site Médiapart. Le Président assècherait donc la retraite par répartition au profit d'un mode de capitalisation. » « "Cette société [filiale de Malakoff Médéric et de la CDC] n'aurait jamais vu le jour sans l'appui de l'Elysée", nous explique le site du Nouvel Obs. En effet, la CDC est une institution publique présidée par un parlementaire, la CNP est une filiale de la CDC et présidée par François Pérol, ancien secrétaire adjoint de l'Elysée. »

H16 – qui ne roule pourtant pas pour le même bord que moi – nous apprenait récemment, d’ailleurs, une accélération de la casse avec la pulvérisation du Fond de Réserve des Retraites, qui aurait du gérer tout ça à long terme…

Récemment, Nicolas Sarkozy a annoncé la création d’une nouvelle branche de la sécu, pour gérer la dépendance. Il serait question d’une « cotisation obligatoire » auprès d’organismes privées.

Après les retraites, la dépendance, donc !

Ainsi, la majorité amorce pas à pas la privatisation de la sécu, ce que confirme cet article du Point (signalé par Slovar dans Twitter, hier)

« Mais à y regarder de plus près, la majorité pourrait bien amorcer discrètement le débat sur un système concurrentiel. Et alors que la dette française atteindra le record de 87,4 % du PIB en 2012, certains estiment même que le gouvernement est bel et bien en train de préparer le terrain pour une réforme en profondeur»

Tenons-nous prêts…

26 octobre 2010

Des chiffres ? Des chiffres...

Je lisais dans la presse, récemment, l’interview d’un restaurateur qui racontait qu’il perdait 6000 euros par jour à cause des casseurs qui dissuadent les gens de venir dans son resto, une pizzéria, de mémoire. J’ai presque envie de dire que je m’en fous ! A ce chiffre d’affaire là, ce n’est pas un resto mais une usine.

Ne médisons pas. S’il a les moyens de perdre 6000 euros par jour (perte qui n’est d’ailleurs pas nette, les serveurs sont probablement payés au pourcentage et la matière première n’est pas foutue à la poubelle), c’est qu’il a probablement un chiffre d’affaire de l’ordre de deux millions d’euros par an.

Même s’il a baissé les tarifs, augmenté le personnel, … la baisse de la TVA dans la restauration lui a probablement rapporté plus de 100 000 euros, excusez du peu.

C’est Le Coucou qui le dit, il faut parler de chiffres.

Tiens ! Je disais hier que le coût de la grève (qui est le coût de la réforme, en fait, puisqu’elle provoque la grève) était entre 200 et 400 millions par jour, selon Christine Lagarde. Du simple au double. C’est elle qui fait des prévisions pour notre avenir…

J’ai vu passer ce matin un twit disant que le coût total de la grève serait supérieur à 3 milliards d’euros. Tiens ! La baisse de la TVA sur la restauration coûte 3,5 milliards par an.

La dette de l’état aura augmenté d’environ 400 milliards d’euros depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République. Coût des intérêts entre 10 et 15 milliards par an.

Coût du paquet fiscal : 15 milliards en 2010.

Z’en voulez d’autres ?

Edit : il y a aussi des chiffres chez Yann qui rappelle, par exemple, le coût de la grippe A.

25 octobre 2010

Le coût de la grève

Christine Lagarde a indiqué que les grèves contre la réforme des retraites coûtent entre 200 et 400 millions par jour. J’aurais tendance à dire que les grèves étant créée par la réforme, le coût de la réforme est entre 200 et 400 millions par jour.

« La ministre de l'Economie a également évoqué un "préjudice moral" pour la France, son image étant selon elle affectée à l'étranger par les incidents qui ont émaillé les manifestations contre la réforme des retraites. »

Madame Lagarde ne lit pas la presse internationale, probablement, comme The Economist, à la fin du mois dernier (repris par Courrier International). Ce sont certaines positions du Président de la République qui ternissent l’image de la France.

21 octobre 2010

Part des salaires dans la valeur ajoutée

Globalement, la valeur ajoutée se définit comme la différence entre les recettes d’une entreprise (le chiffre d’affaire) et ses achats. Cette part est se répartit globalement entre salaires, « profits » et impôts (hors impôts sur les sociétés). Il est donc normal qu’à gauche on s’inquiète de la répartition de cette valeur ajoutée entre salaires et profits.

La part du travail a beaucoup baissé depuis 1975 lit-on parfois ce qui est vrai mais elle avait beaucoup augmenté avant, avec l’incidence des chocs pétroliers. La part des salaires dans la valeur ajoutée est revenue à la valeur qu’elle avait dans les années 50 et 60. La vraie baisse a commencé vers 1983 quand on a commencé à se rendre compte que la crise était durable et qu’on a serré un peu les boulons. Ce constat devrait amuser les réactionnaires et trouer le cul des gauchistes. On trouve des lectures très rigolotes, à ce sujet, comme ce document de l’iFRAP de 2006.

Je vais illustrer un billet avec un joli schéma (issu de ce pdf) qui montre l’évolution de la part du travail dans la valeur ajoutée depuis 1913. Nous sommes à un niveau effectivement relativement bas, à peu près le même, d’ailleurs, que celui qui a précédé la crise de 1929 pour vous montrer à quel point on est dans la merde, mais à environ 3% de moins « seulement » qu’au cours de la période entre 1950 et les chocs pétroliers du début des années 1970. Tiens ! On est aussi juste au niveau de celui qui a précédé la guerre de 14… On est dans la merde, disais-je, d’autant qu’une bonne guerre avait aussi mis fin à la crise de 29.

On lit parfois dans les blogs que la part du machin a baissé de 10% par rapport à 75. C’est vrai mais la vraie baisse est de l’ordre de 3% (ce que faisait remarquer un commentateur – de droite – de 100000V).

Mais au vu de cette courbe, ces 3% paraissent primordiaux.

Il me faudrait maintenant trouver une conclusion politique si j'étais un blogueur sérieux. Et je n'en vois qu'une possible, hautement déprimante : cette baisse n'est pas le bon argument pour lutter contre la réforme des retraites, d'autant que la précédente baisse est parallèle à la mise en œuvre de la retraite à 60 ans. Ce qui semble logique d'ailleurs : si on fait bosser les gens plus longtemps, la part de leurs salaires dans la valeur ajoutée augmente...

Heureusement que je n'ai jamais utilisé l'argument dans un billet (de mémoire, mais je l'ai fait en commentaire, par fois, ou, plus précisément, de la part du salaire dans le PIB).

Mais il y a tant d'autres raisons de lutter contre cette réforme !

Notamment parce qu'il n'y a pas que la valeur ajoutée qui créée de l'enrichissement. D'ailleurs la crise de 29, hein !, ce ne sont pas les travailleurs qui l'ont générée. On reste les dindons de la farce.

Retraite et logique de droite

Un truc qui me sidère, quand je parle politique avec des gens de droite, c’est que nous n’avons pas du tout la même vision des problèmes !

Hier, en rentrant à la Comète, j’ai croisé un dirigeant de l’UMP locale, très supporter de Nicolas Sarkozy et après les banalités d’usages (« Ca se passe bien au conseil municipal, vous êtes toujours tourné en ridicule par le maire ? » « Et toi, ton blog, ça roule, j’ai vu t’arrivais à débiter toujours autant de conneries ? »), nous avons parlé des « événements » en cours, à savoir les grèves et progressivement le blocage de la France.

Il me disait qu’il ne fallait pas bloquer la France, que ça gênait trop les gens, que ça allait bouleverser l’économie, hein, ma brave dame. Je lui ai donc dit qu’il fallait que le gouvernement retire son texte pour arrêter les blocages. Pour lui, non ! Il fallait que les manifestants arrêtent que s’ils voulaient changer le texte, ils auraient l’occasion de le faire en 2012.

Comme on n’était pas d’accord, je lui ai résumé la situation. Il y a deux solutions pour que le bordel s’arrête :
  1. le mouvement s’essouffle et les bloqueur abandonnent,
  2. le gouvernement retire son texte.

J’ai voulu parler froidement, comme on peut en discuter derrière un comptoir. Nous n’étions pas dans les blogs, pas dans un débat télévisé, …

Non, pour lui il n’y a que réellement une seule solution et que c’est pas gentil d’embêter les français avant les vacances en les empêchant de faire le plein de leurs bagnoles. C’est de la faute au manifestant. Il n’a pas voulu entendre raison : c’est le gouvernement qui fait passer un texte alors qu’il avait promis de ne pas le faire, puis de négocier, … C’est bien le gouvernement qui est à l’origine du conflit social car, s’il a la légitimité des urnes, pour le faire, il n’a aucune légitimité morale, le peuple qui l’a élu étant contre.

Cela dit, moi je voyais bien les deux solutions pour arrêter le bazar. Pas lui… Et je comprends mieux l’entêtement du Gouvernement qui est intrinsèquement persuadé qu’il a raison, sans même se poser la question…

Je vais prendre un deuxième exemple. Je dis souvent que c’est une aberration de vouloir faire travailler les gens plus longtemps alors qu’on a 10% de chômage. C’est une évidence. Avant de reculer l’âge de la retraite des gens qui travaillent s’il faut vraiment le faire, il me parait préférable qu’on recase les chômeurs, ce qui est évidemment plus facile à dire qu’à faire.

Néanmoins, les deux documents politiques que j’ai lu récemment (le projet de François Hollande et le rapport Attali, j’ai ma dose pour le mois, merci) préconisent (sous des formes différentes et résumées par moi) que les gugusses partant à la retraite, chapeaute pendant les derniers temps, un chômeur pour reprendre son boulot (sous différentes conditions, j’imagine mal qu’un type qui sorte d’école de plomberie puis remplacer un chirurgien cardiaque mais, avec une bonne formation, un type qui sort de fac d’histoire ou de sociologie pourrait faire un excellent plombier plutôt que d’attendre que du boulot lui tombe dans les paluches).

100000 Volt a fait un billet hier (que j’ai déjà cité ailleurs) où il indique : « Arrêtez de croire que le chômage et cette réforme sont directement liés. » Personne n’a jamais dit que le chômage était directement lié à cette réforme, on dit juste que la réforme est une aberration. C’est un détail.

Mais il appuie sa démonstration sur le prix Nobel qui a récemment été décerné à des gugusses qui avaient démontré qu’on pouvait avoir beaucoup de chômage dans un pays avec un fort nombre d’offres d’emploi non satisfaites. J’ignorais d’ailleurs qu’on puisse avoir un prix Nobel en faisant des études sur le sujet alors qu’il suffit d’ouvrir les yeux pour le voir…

On peut en tirer des conclusions annexes : par exemple, il n’est pas illogique de voir que dans un pays où l’on forme plus de sociologue que de plombiers, on manque plus souvent de plombier que de sociologue. Je précise que je n’ai rien contre les sociologues.

Ca nous renseigne plus sur la valeur des prix Nobel d’économie et j’ai perdu le fil de ma pensée.

Ah ! Oui ! 100 000V nous accuse de manipuler des données sans aucun rapport sans même se rendre compte que les données qu’il manipule pour le faire n’ont qu’un lointain rapport : les offres d’emploi qui ne trouvent pas preneur mais qui n’empêchent pas le chômage et la réforme des retraites.

Tout ça est trop compliqué.

Toujours est-il qu’on va bien trouver un gugusse de droite qui va nous démontrer que les blocages sont iniques car la réforme des retraites est logique puisqu’un prix Nobel a été décerné à des gugusses qui ont démontrer qu’on formait trop de sociologues et pas assez de plombier.

20 octobre 2010

Il y a, dans ce pays, comme une fracture sociale

Presque cinq ans de blogs. J’en ai eu des tarés, des cons, des acariâtres, des dépressifs, des ivrognes, des neuneus, … Mais un troll comme j’ai eu hier, j’ai du mal à le qualifier. Fou irait peut-être. Le genre de type heureux de se faire mettre par ceux qu’il défend. Je ne vais citer que deux extraits, mais la conversation fut copieuse, vous pouvez vérifier.

J’étais au bistro, à attendre mes camarades et j’ai pu lui répondre périodiquement pour alimenter la conversation. Merci au Coucou, Disp, Vlad, Nicocerise, MHPA,… qui m’ont accompagné dans cette aventure.

Bienvenue dans le monde des trolls fous.

« Tu as bien raison de perdre tout espoir car les gauchistes comme toi n'auront jamais la moindre petite parcelle de pouvoir en France.
Il sera toujours entre les mains des gens comme moi. Et tu sais pourquoi ? Tout simplement parce que nous sommes plus courageux, plus malins, plus dynamiques, plus intelligents que les gauchos de ton genre. C'est dans la nature des choses.

Même à propos de cette réformette sur les retraites, vous ne parviendrez pas à faire bouger le pouvoir en place d'un iota. Vous n'avez pas encore compris que plus la chienlit progresse et plus Sarko boit du petit lait ? »

Vous me direz qu’il est assez facile de se moquer d’un type qui se prétend courageux mais qui n’ose même pas signer son commentaire, montrant ainsi sa couardise et sa servilité. Un type se prétend intelligent mais on sent l’énervement. L’ultime argument : je suis intelligent, tu es con. C’est dans la nature des choses.

Vous avez raison, ça ne mérite pas qu’on s’attarde. La dernière phrase, par contre, mérite un peu d'attention. « Nicolas Sarkozy boit du petit lait. » Pas du tout. Il est dans la situation de tout Président de la République qui a subi ce genre de contestation : il attend. Soit le mouvement s’essouffle (les vacances arrivent…) soit il finira par céder. Nul ne peut prévoir l’issue des débats. Si c’est vraiment le bordel, il en sera tenu pour responsable et ne sera pas réélu. Il espère probablement avoir un sursaut réactionnaire du peuple qui ne supporte pas les émeutes et le rejoindra en tant que garant de leur sécurité mais ça ne marchera pas. Il a été élu pour redonner du pouvoir d’achat aux gens, on est en pleine crise économique. Sa cote de popularité est non seulement au plus bas mais depuis trente ans, jamais un Président de la République n’a été aussi impopulaire.

Alors, il va reculer. « Mesdames, Messieurs, je vous ai compris ! Une réforme des retraites est nécessaire mais je comprends votre désarroi. Nous allons améliorer le texte pour que toute personne ayant cotisé 41,5 ans puisse partir à la retraite. » Discrètement, il laissera les 67 ans car ceux qui ont commencé à travailler après 23,5 ans ne descendront pas dans la rue… Alors les manifestants feront un baroud d’honneur pour exiger le retour aux 40 ans ou je ne sais quoi. Le mouvement s’essoufflera, Nicolas Sarkozy donnera l’impression d’avoir gagné, les marchés financiers seront rassurés (l’important n’est finalement pas l’âge de la retraite mais éventuellement la durée de cotisation). Enfin, j’en sais rien.

Les marchés financiers ? C’est ce qui motive ce billet, je vais citer à nouveau mon troll.

« Faute de faire -enfin- preuve de rigueur budgétaire, les agences de notation vont nous enlever notre AAA et nous courrons tout droit à la catastrophe. Mais là on passe dans le registre économique et je doute que tu sois en capacité intellectuelle de suivre mes explications. »

Mon canard, je comprends très bien. Outre le fait que je n’ai de leçon à recevoir de personne, c’est la droite au pouvoir qui a dégradé copieusement le budget de la France par une politique inique, multipliant les nouvelles taxes débiles et sans commune mesure avec les avantages fiscaux pour les plus riches.

Il faut que ça cesse.

Alors tant pis si on passe par une catastrophe économique majeure, je doute que Nicolas Sarkozy ou toute autre personnalité politique puisse faire bander les Français avec un projet politique visant à maintenir une notation. Surtout qu’il s’agit de tenir jusqu’aux prochaines échéances électorales.

Je n’ai pas de leçon à recevoir et je m’en fous. La situation se dégrade depuis 40 ans et le pouvoir voudrait nous encourager à continuer dans la même voie. Ils nous avaient promis la moralisation du capitalisme et on en serait rendu à foutre en l’air un modèle social pour satisfaire une agence de notation ?

Mouarf ! Si je puis me permettre.

Finalement, il n’y a pas trente six manières de sortir d’une crise. La guerre, civile ou pas, ou une grosse crise.

Alors il peut bien y avoir une grosse crise économique pendant dix ans. Les paysans continueront à élever des vaches pour nous filer à bouffer. L’inflation va dégénérer. Du coup, la dette ne vaudra plus rien.

Un peu de bordel nous fera du bien.

Sinon quoi ? J’ai vingt ans à bosser avant la retraite. Le pouvoir d’achat va baisser. Le chômage va se maintenir à un niveau très haut. L’immobilier va continuer à flamber. Les tentes de SDF vont fleurir. Les restos du cœur vont prospérer. Les plus démunis ne pourront plus se soigner. L’espérance de vie va baisser. Pire ! La bière deviendra imbuvable.

Et dans vingt ans, on sera dans la même situation. Mais quand on n’aura plus de pantalon à baisser…

AAA ? Mais quelle andouille !