« Le SPD s'est vendu à
Merkel » a déclaré Jean-Luc Mélenchon avec la finesse qui le
caractérise suite à l’approbation par le SPD du projet de gouvernement commun
en Allemagne. Je ne sais pas si on a vraiment la vocation à commenter les actes
démocratiques des partis politiques étrangers.
Je suis d’ailleurs fatigué de
ces gens qui ne respectent pas la démocratie. Le parti de Mme Merkel a remporté
une large victoire, ce que l’on peut déplorer, avec 47% des voix. Le jour où on
verra ça en France… Il est donc logique qu’il soit amené à diriger le pays mais
il n’a pas la majorité absolue et est obligée de composer avec le camp d’en
face. Ce sont les socdem qui s’y collent.
Imaginons la situation en France.
Il y a 577 députés mais je vais arrondir à 600. Imaginons que l’UMP et l’UDI
remporte 295 sièges. Ca serait une victoire incroyable pour eux mais ils n’auraient
pas la majorité absolue. Imaginons que le PS remporte 150 sièges, les verts 100
et les communistes 55, soit un total de 305. Avec le système électoral
Allemand, c’est le parlement qui élit le chancelier. En France, c’est un peu
différent mais ça revient au même. Les partis politiques doivent discuter en
entre eux pour trouver une base de gouvernement.
Imaginons cette élection du Premier Ministre par le
Parlement. Au premier tour, on peut supposer que le chef de l’UMP obtienne 295
voix et celui du PS, 150. Il y a donc un deuxième tour. En toute logique, le
candidat du PS gagne le second tour avec 305 voix. Et encore, ce n’est même pas
sûr. Il devrait donner des gages à son aile gauche au cours d’une négociation
ce qui fait que des députés de cette formation pourraient être amenés à voter
pour le candidat de l’UMP…
C’est le jeu démocratique. Prenons une exigence au hasard
des communistes, pendant ces négociations : le SMIC à 1700 euros. Un
député PS pourrait penser que ça serait une catastrophe pour le pays. Il s’en
suivrait en effet une importante inflation et le nombre de smicards
augmenteraient. Les classes « moyennes basses » se retrouveraient au
SMIC mais les prix augmentant, ils perdraient du pouvoir d’achat. Le candidat
de l’UMP pourrait alors dire : hého, je promets d’augmenter légèrement le
SMIC et d’aligner le PACS sur le mariage. On trouverait bien 6 députés PS qui
préfèreraient voter pour lui que pour le candidat de son propre parti qui
aurait ajouté un élément de programme qu’il jugerait catastrophique.
Et ils respecteraient ainsi la démocratie.
Mais le candidat de l’UMP est intelligent (c’est une
fiction). Dès le départ, il va voir le candidat du PS et dira : ah ben on
est dans la merde. Je ne peux pas réunir une majorité et toi non plus sans
générer un gros bordel. Je propose qu’on mette en place une plateforme commune
qui répondrait aux votes des gens : 50% pour moi, 25% pour toi. On aurait
donc une plateforme qui représenterait 75% de la population. On aura des
mécontents à ma droite et à ta gauche mais on resterait largement majoritaire.
C’est ce qui se passe en Allemagne.
C’est aussi ce qui s’est passé en 1988 en France. François
Mitterrand avait toute légitimité pour diriger la France puisqu’il venait d’être
élu mais il n’avait pas la majorité à l’Assemblée. Le Parti Socialiste avait
47,82% des députés. Les communistes 4,4% et les non inscrits 2,4%. Le Parti
Socialiste n’aurait pas été sûr d’avoir une majorité sur tous les textes sans
faire de larges concessions aux communistes. Mitterrand a donc dit : hop !
Je vais nommer Rocard et lui demander de faire une majorité d’ouverture. C’est
la seule solution qu’il avait pour disposer d’une majorité capable de gouverner
durablement. Rocard a donc été voir les centristes et leur a dit : bon les
gars, on prend certains d’entre vous au gouvernement et on se met d’accord.
On appelle ça de la démocratie.
N’oublions pas que les communistes avaient pris une belle
claque, à l’époque. Tout comme Die Linke, cette fois, et les écolos allemands. La
comparaison avec l’Allemagne s’arrêtera là. Le système électoral n’est pas le même.
Le PS et les partis qui gravitent autour de lui arrivent à avoir 57% des
députés avec 40% des voix. Le Front de Gauche qui a fait 7% des voix arrive
avec 1,7% des députés et le Front National qui a fait 13,6% avec 0,35… Si le
nombre d’élus était proportionnel aux voix, le total de la gauche ferait un peu
moins de 50%. Il n’y aurait pas de majorité… Et vous avez beau retourner les
chiffres dans tous les sens, pour qu’un texte passe, il faudrait un accord
entre l’UMP et le PS. Le Front de Gauche aurait beau hurler, c’est la
démocratie. Ca représente une majeure partie du peuple.
Jean-Luc Mélenchon vocifère. Reprenons
son
communiqué. «
Le SPD s'est vendu à Merkel.
Il préfère l'alliance de droite plutôt qu'un accord de gauche. La
social-démocratie ne sert plus qu'à épauler l'ordre libéral. Et le PS vient de
donner son appui à la candidature de Martin Schulz du SPD allié à Merkel pour
la présidence de la Commission européenne. De Merkel à Hollande, c'est la ligne
directe ! En France comme en Allemagne, les sociaux-démocrates sont la camisole
de force des peuples. Ce monde-là n'est pas le nôtre. L'opposition de gauche en
France doit être la relève. »
Nous allons le prendre dans l’autre sens. Madame Merkel a
fait un triomphe à cette élection. On peut évidement le regretter et traiter
les Allemands de fous mais ça ne fera pas avancer le dossier. Néanmoins, elle n’a
pas su ménager son allié traditionnel, les vils libéraux du FDP. Elle doit donc
composer et faire une politique moins à droite que ce qui était prévu. C’est
donc tout à l’honneur du SPD (et des militants qui ont accepté) de permettre à
Madame Merkel de faire une politique moins à droite, avec des points par
ailleurs très satisfaisants : instauration d’un SMIC, augmentation des
petites retraites, limitation des loyers,… Le ministère de l’économie devrait
revenir au président du SPD, Sigmar Gabriel, qui chapeautera en outre la
transition énergétique.
Le peuple allemand n’a pas voté pour Die Linke comme le
peuple français n’a pas voté pour le Front de Gauche. Le PS soutient un
candidat qui pourrait imprimer un retournement à gauche de la politique européenne,
Martin Schulz, issu du SPD. Ce monsieur fait campagne en
politisant
le choix du président de la Commission européenne. «
Les grandes forces politiques ont besoin d'une compétition
pour confronter leur vision de l'Europe. Il ne faut pas réduire le débat à un
affrontement entre pro et anti-européens. Nous devons offrir le choix entre une
Europe du centre droit et une Europe du centre gauche, une Europe libérale et
une Europe socialiste, pour aider à sa démocratisation. »
Les tractations seront les mêmes, à l’issue des élections
Européennes, dans six mois. Il y a deux grandes forces, le PPE (à droite) et le
PSE (à gauche). Le PSE ne sera pas capable de gouverner tout seul. M. Schulz
devra trouver une coalition, s’il veut devenir le chef de la future Commission.
J’attends de voir le programme du Front de Gauche et les
annonces faites Jean-Luc Mélenchon, pour cette élection.
Je suppose qu’il va vociférer contre les technocrates de
Bruxelles avec un programme qui ne sera pas audible parce que la gauche de la
gauche ne remportera pas se scrutin. Il devrait faire de la politique, de la
vraie, celle qui a un impact sur la vie des gens. Il devrait donc soutenir Martin
Schulz s’il veut un peu moins d’Europe libérale.
Mais non ! Il va taper sur le PS pour sa propre gloire,
voire pour s’assurer un job.
Ce n’est pas de la démocratie.