Titi est un débile léger qui habite près de chez moi.
Débile léger ? Je ne sais pas comment appeler ça, il y a probablement des
termes qui seraient plus politiquement corrects. Cependant, dans les faits…
Plus précisément, les services sociaux lui ont mis à
disposition un logement à sa disposition dans l’immeuble à côté de l’Amandine,
la brasserie où je passe quasiment tous les soirs vers 20 heures.
Titi, diminutif de Thierry, est tricard à la Comète et à l’Amandine
mais je le vois parfois à l’Aéro. D’ailleurs, il ne m’aime pas, parce que je
suis toléré partout. Une fois, il est entré à la Comète et a montré du doigt en
interpellant le serveur : « Hé ! Le
gros, là, il va aussi à l’Amandine et à l’Aéro » ce qui nous avait
fait bien rigoler.
Moi, je l’aime bien. Heureux les humbles et les abrutis
et tout ça.
Je le croise parfois à l’Aéro ou le patron le tolère quand
il est à jeun ce qui n’arrive pas tellement souvent. Ah ! Oui ! En
plus, c’est un ivrogne. Un des pires, dans le caractère. Toujours à engueuler
tout le monde, à crier, un peu comme l’idiot du village, bourré… Il tente
souvent de nous vendre des babioles qu’il a volées sur le marché ou ailleurs,
des gadgets sans valeur. Il parait qu’il a un tas de trucs chez lui, des vélos,
et tout ça, mais je me méfie beaucoup du téléphone arabe.
Il n’a pas souvent l’occasion de passer devant la Comète,
mais passe souvent devant l’Amandine puisqu’il habite juste après. Souvent, du
comptoir, je le vois rentrer en titubant. Je l’ai même vu rentrer à « quatre
pattes ». Pour vous dire, j’ai même vu son cul, une fois. Son pantalon ne
tenait plus, il est tombé et a décidé de finir le chemin jusqu’à sa porte sans
se relever, son gros postérieur se dodelinant à la vue des passants.
Souvent, il s’arrête devant l’Amandine et nous jette des
insultes. Si Michel, le patron, est sur sa terrasse entrain de la ramasser,
vers 20h45, il le menace carrément. « Toi, je t’aurai ».
Je passe des heures à discuter avec Michel vu que je suis au
comptoir dans la dernière heure avant la fermeture, à l’heure où seulement
quelques attardés traînent en terrasse. Souvent, on parle de Titi. Michel a
bien prévenu les services sociaux mais ils ne peuvent rien faire, évidemment.
On ne va pas enfermer tous les débiles, surtout s’ils picolent, d’ailleurs, ça
serait mauvais pour la blogosphère de gauche et pour les Kremlin des Blogs. Et la réacosphère Normande.
Michel et moi sommes d’accord avec eux. Il y a des gens « pas
bien » qui se promènent dans les rues, des clochards qui aiment ça parce
qu’ils refusent des contraintes ou des débiles légers. Souvent ils boivent, d’ailleurs,
les clochards. Les débiles un peu moins. On ne peut rien faire et je dirais « tant
mieux ». On ne va pas parquer les gens contre leur gré.
Hier soir, quand je suis arrivé à la Comète, Yannick, le
serveur, m’a demandé si je savais pourquoi l’Amandine avait été fermée, toute
la journée. Pour ne pas que je m’inquiète pour Michel, Yannick me dit alors qu’il
a vu que la vitrine avait été brisée. On aurait jeté un gros pot de fleurs à
travers. Quelques SMS, plus tard, j’obtiens la confirmation.
Vers 20h30, comme je n’avais pas pu aller à l’Amandine, je
décide de passer à l’Aéro. Le patron me sert un verre et retourne discuter avec
un client que je connais un peu. Je replonge dans mes rêveries ou dans Twitter.
Et je repense à cette histoire. Et j’ai une idée. J’interromps le patron :
« Au fait ! T’as pas vu Titi, hier ? »
« Qui ? » « Tu sais bien, Titi, Thierry quoi, le gros débile ! »
« Ah ! Titi ! » « Ben oui, alors tu l’as vu hier ? »
« Oui, je me suis embrouillé avec lui, il m’a
fait chier tellement il était bourré, je lui ai interdit de revenir. »
Titi est tricard du dernier bistro qui le supportait.
« Il était quelle heure ? »
« Heu, je ne sais pas… » L’autre
client répond, alors : « Ben j’étais là,
il était bien plus tard que maintenant, sans doute après neuf heures. »
Donc après le départ du patron de l’Amandine.
J’ai arrêté mon enquête là. J’en reparlerai à Michel, ce
soir. Je crois savoir qui a cassé la vitrine de l’Amandine. Je n’ai aucune
preuve mais l’intime conviction. La police a mieux à faire. Michel a une assurance pour sa vitrine et pour les pertes
exceptionnelles de chiffres d’affaire.
C'est la vie...