Dans un bon billet, Versac
(je ne savais pas qu'il bloguait encore !) revient sur l'affaires des pigeons
et s'étonne de la lenteur de la riposte gouvernementale. Des copains des
leftblogs semblent d'accord avec lui. Moi, je ne sais pas mais, en bon blogueur
de gouvernement, je vais faire l'avocat du diable.
Revenons sur l'affaire. Des entrepreneurs ont cru qu'avec la
nouvelle loi de finances, ils allaient payer 60% d'impôts sur la plus-value en
cas de revente de leur entreprise. L'affaire a rapidement buzzé sur le web,
notamment dans Facebook, sur le thème "la
gauche pénalise ceux qui créent des emplois". Parallèlement,
un autre buzz est parti à propos des auto-entrepreneurs à qui on a fait croire
que leur statut allait être supprimé, ce qui est faux.
Il est probable que les seconds se soient imaginés potes des
premiers alors qu'ils ne sont, pour la plupart, que des travailleurs pauvres,
obligés d'utiliser un statut un bancal créé par la droite pour permettre à ces
gens de travailler, pour quelqu'un ou pour une boîte, sans contrat de travail
(et donc sans droit du travail).
Le deuxième buzz a fait plus de bruit que le premier mais a
largement contribué à le faire monter.
On sait maintenant deux choses. D'une part, à peu près
toutes les informations alimentant ces buzz sont fausses. D'autre part, il
semble que le premier buzz ait été démarré par des professionnels des réseaux
sociaux, proches de la droite. On peut donc légitiment penser que le buzz
des pigeons est une manipulation politique. On pourrait même imaginer que
l'autre ait été créée pour l'alimenter.
Toujours est-il que ce pataquès (les informations erronées :
la fin du statut et la gauche qui pénalisent les créateurs d'emplois) ont fait
la une de la presse lundi !
Le gouvernement aurait-il du ou pu agir plus rapidement ?
Voyons d’abord les blogs, d'abord. Beaucoup de blogs de
gauche (mais pas moi) ont consacré des billets aux machins des
auto-entrepreneurs. Les blogueurs de gauche ont mis plusieurs jours à faire des
billets sur les pigeons, tant ils étaient occupés avec l'autre affaire.
Moi, au contraire, c'est l'affaire des pigeons qui m'a
intéressé. Je ne me jette pas des fleurs, je connais personnellement un des
principaux agitateurs des pigeons, à savoir Pierre Chappaz, le patron d’une
boite qui bosse avec les blogs et avec qui j’ai souvent échangé. Je m’intéresse
donc aux billets qu’il écrit.
Pendant que j'étais occupé avec les pigeons, mes copains des
leftblogs s'occupaient des auto-entrepreneurs, histoire que j’ai partiellement
zappée. J'ignore quelle a été la riposte du gouvernement à l'histoire des
auto-entrepreneurs...
Ainsi, la réaction des blogueurs de gauche à l'affaire des pigeons
a pris plusieurs jours. Dans, ce contexte, je vais donner un élément de réponse
à la question qui justifie ce billet : peut-on reprocher au gouvernement
d'avoir tardé quand on a nous-mêmes tardé ?
Je vais poser une seconde question : est-il légitime de
penser que l'affaire des auto-entrepreneurs ait aussi été délibérément lancée
pour faire diversion ?
Les deux affaires sont arrivées un week-end et ont fait la
une le lundi. Pour qu'une riposte du gouvernement soit efficace, il aurait
fallu qu’elle puisse être analysée par la presse alors qu’elle avait trois
sujets en stock. Rétablir la vérité est très compliqué pour l'histoire des
pigeons : je ne pense pas que des journalistes spécialistes de fiscalité
soient de permanence le dimanche dans la presse grand public.
Je pense donc qu'une riposte du gouvernement aurait été
inefficace le dimanche, les journaux avaient trois bons sujets à traiter.
Je pense aussi qu'elle aurait été matériellement impossible
à organiser (il aurait fallu d'immenses cellules de surveillance des réseaux
sociaux, alors que les temps ne sont plus à ce genre de gabegie pour détecter
ça avant, plus des ministres, hauts fonctionnaires et autres disponibles et
efficace un dimanche). Impossible.
Ainsi, lundi, la presse avait trois sujets de choix :
-
la (fausse) fin du statut
d'auto-entrepreneur,
-
la (fausse) taxation à 60% des revenus et
donc la gauche qui tue ceux qui créent des emplois,
-
la (vraie) belle mobilisation par les
réseaux sociaux des pigeons.
Le mal était fait ! Belle orchestration.
Le gouvernement aurait pu répondre aux pigeons dès lundi.
Cette réponse aurait généré deux lignes dans la presse. C'était trop tard.
En outre, réagir dans la précipitation est la meilleure
solution pour faire des gaffes.
La polémique à propos des auto-entrepreneurs est morte
étouffée devant l'immensité du mensonge. Il reste donc deux sujets : la
gauche qui défavorise la création d'emplois et les pigeons qui se mobilisent
par les réseaux sociaux.
Une opération de communication auprès du grand publique
aurait été négative puisqu'elle aurait remis "un problème" en une. Il
restait donc à se remettre bien avec les entrepreneurs et les sympathisants du
PS. Ça a été fait à froid de trois manières :
-
les propos de Pierre Moscovici, ce matin,
indiquant que tout pouvait être corrigé,
- une diversion avec l'annonce d'un plan de réduction du coût du travail avec un transfert certaines charges pesant sur le travail vers la CSG.
- une diversion avec l'annonce d'un plan de réduction du coût du travail avec un transfert certaines charges pesant sur le travail vers la CSG.
L'impact auprès du grand public sera presque nul, peut être
vaguement positif : "mais non le gouvernement ne veut pas ruiner les
créateurs d'emplois, il est à l'écoute".
J'étais l'avocat du diable...
Je ne sais pas si le Gouvernement aurait pu réagir plus
vite mais je suis persuadé qu’il aurait pu faire bien pire.
Il n’empêche que l’affaire n’est pas finie. La presse titre
maintenant sur le recul du gouvernement devant les entrepreneurs.
D’ici à ce qu’elle titre « le
gouvernement recule suite à une mobilisation sur les réseaux sociaux »,
ça va nous générer un beau bordel. Dès la fin de ce billet, je vais aller
créer une page Facebook contre l’augmentation des taxes sur la bière.
Et les quelques milliards concédés à ces entrepreneurs
bourrés de pognon (ben oui, s’ils payent des plus-values…) devront bien être
récupérés quelque part…
La communication aurait pu être meilleure en y mettant plein de moyens (je parlais d'une grosse cellule de surveillance des réseaux sociaux, par exemple). Mais on a suffisamment critiqué Nicolas Sarkozy pour se mettre maintenant à une gabegie phénoménale.
Surtout, la communication n'a pas été franchement positive pour le précédent Président de la République.
Surtout, la communication n'a pas été franchement positive pour le précédent Président de la République.









