J’ai commencé mes billets de l’année 2013 par un appel au
respect en guise de vœux. Didier Goux raconte dans son
journal un déjeuner avec l’Amiral
Woland et nous deux. Eux réactionnaires affreux et moi sympathique gauchiste :
«
Déjeuner parfaitement agréable avec Nicolas
et l'amiral Woland. M'amuse beaucoup le fait que ni eux ni moi n'avons
finalement rien à foutre d'être de gauche, ou de droite, ou de rien. C'est
d'ailleurs Nicolas qui a protesté le premier lorsque j'ai abordé un thème, un
sujet de conversation, qui, en effet, avait des allures “politiques”. Il n'avait pas envie d'en parler. Ça tombait
bien, Woland non plus, ni moi. »
Le respect, c’est évidemment cela, ce qui permet de passer
un moment agréable à table et dans les blogs.
FalconHill qui avait beaucoup inspiré mon billet d’hier
dit aussi ceci : «
Donc des billets et des
réflexions cons, d’un sectarisme consternant, je m’en suis pris. Ces grands tolérants
de gauche ont en parti réussi : j’ai ressenti clairement du dégout à bloguer. »
Le respect, c’est aussi cela, ce qui ne décourage pas
le blogueur de donner son avis, ce qui permet à la blogosphère de vivre.
Le respect, c’est également ce qui permet de maintenir un
débat politique de qualité, notamment parce qu’il permet de comprendre les
autres, ne serait-ce qu’en les lisant. Lire, dans la blogosphère, ne me parait
pas inutile.
Je vais donc revenir sur le respect.
Le respect de l'orientation politique des gens
En France, on a la droite et la gauche, on a leurs extrêmes
qui ne sont pas comparables, on a le centre, on a quelques libéraux qui tentent
d’exister, des anars et plein de trucs. Il y a même des gens qui ne croient pas
en ces clivages et qui pensent que tout le monde devrait travailler ensemble ne
se rendant même pas compte qu’ils ne font qu’un clivage supplémentaire…
Dans les blogs de droite, je lisais des andouilles qui
expliquaient que les « blogueurs de gouvernement » allaient vite
comprendre que la politique de la droite était meilleure que celle de la gauche.
Certaines disaient même que les électeurs reprochaient au Gouvernement d’être
trop à gauche, tendance sectaire et communiste avec du poil dans les oreilles,
ce qui explique que la popularité soit retombée à 40% ce qui est une preuve et
tout ça. Pourtant, il suffit de lire un peu de commentaires, de billets, d’articles
de presse, … pour comprendre que les électeurs de Hollande lui reprochent
surtout de ne pas mener une politique plus à gauche.
A partir du moment où l’interlocuteur, dans les blogs (ou
ailleurs), se trompe à un tel point, le débat politique a peu d’intérêt. Peu
importe.
Le respect, c’est aussi de ne pas se mettre dans le cerveau
des autres, de comprendre les différences, … C’est ce qui permet de faire vivre
la politique. Je donne l’exemple de ce que pourraient croire des blogueurs de
droite mais je m’en fous. Je suis plus effrayé parce que pensent mes congénères
de gauche de l’opinion publique.
Le respect et la capacité à comprendre la position des
autres sera au cœur de la vie politique française à droite, cette année. L’UMP va
mener un débat pour une orientation politique, débat qui va se traduire par une
guerre des chefs. Et au cœur de ce débat, on aura ce que pensent les militants
de l’état de l’opinion publique, de la pensée des autres. On aura des militants
qui vont expliquer ce qu’ils savent ce que pensent les français plutôt à droite.
On n’a pas fini de rigoler en voyant un tas d’andouilles
dire qu’elles ont raison…
Le respect des personnalités
Je sais. Mes confrères blogueurs de gauche ne sont pas
toujours des exemples. Mais vous pouvez fouiller les archives de ce blog, je
n'ai jamais traité Nicolas Sarkozy de nain ou de nabot. Je n'ai jamais critiqué
ses tics. Je n'ai jamais de mal de sa compagne. J’ai critiqué ses discours, sa
politique, … J’ai parlé d’erreurs qu’il faisait : porter « ostensiblement »
des talonnettes montre qu’il veut cacher une taille dont je n’ai rien à cirer,
par exemple.
Pour en revenir à l’UMP, j’ai beaucoup critiqué
Jean-François Copé. J’estime qu’il fait une grosse erreur en ratissant sur sa
droite. La critique porte sur le positionnement politique, pas sur la personne.
Ce positionnement politique fait qu’il exaspère « les spectateurs »,
ce qui revient à une critique de la personne mais indirectement.
Au début du quinquennat précédent et même par la suite, les
critiques portées par les blogueurs de gauche sur la personne de Nicolas
Sarkozy ont été dommageables parce qu’elles ont masqué le reste. Néanmoins, les
blogueurs de droite qui évoquent la taille de François Hollande sont très drôles :
ils ont passé des années à nous dire qu’on dépassait les bornes…
Le respect des blogueurs et l’écoute des autres
Depuis longtemps, quand je lis les critiques de ma personne
et de mon blog, il en ressort souvent que je fais des billets en éructant dans
un état d’ébriété avancé. Il en ressort aussi des critiques sur mon égo et un
tas de conneries.
Les gens ont le droit de le penser mais par respect, ils pourraient
éviter certains billets ou commentaires.
Ils ont le droit de le penser même s ils ont tort, je fais
mes billets politiques le matin, à froid (je les rédige dans le métro et je les
publie du bureau après relecture quand j’ai fini de traiter les affaires urgentes -
aujourd’hui, c’est la rentrée, c’est le bordel) et sans avoir bu. Mais peu
importe.
Ils ont le droit de le penser, de moi comme d’autres
blogueurs d’ailleurs, mais en lisant les billets, ils ne cherchent que des
failles. Ils font le procès à charge avant d’avoir lu le billet. Et ils
omettent le fait qu’on puisse avoir raison. Par manque de respect, ils en
reviennent à ne pas savoir ce que pensent les gens tout en étant persuadés du
contraire, ce revient à ce que je disais plus haut mais surtout, ils omettent
le fait que l’autre puisse avoir raison. Et ils s’enferment dans un raisonnement
crétin.
Tiens ! Une anecdote personnelle pour tacler mes
copains de gauche, pour changer. Par le passé, j’avais été scandalisé par des
propos du pape et j’en avais fait un billet. Quelqu’un m’avait alors répondu
que critiquer les propos du pape était lui reconnaître une autorité… Du coup, j’ai
changé d’avis. Effectivement, je n’ai strictement rien à cirer de ce que dit le
pape (sauf dans des cas précis mais discutables) à titre personnel. J’ai lu un
commentaire alors que j’aurais du l’envoyer chier… Par pur respect. Un type
prend la peine de dire quelque chose, je prends la peine de le lire parce que
je n’avais encore rien absorbé sur le thème : "un non catholique.doit-il s'occuper de ce que dit le pape ?"
Le respect sans jugement
L’anecdote a un rebondissement récent. Mon dernier billet
porte sur le pape (il s’attaque au monde de la finance, le bougre). Du coup, j’ai
des « protestataires laïcs » qui interviennent pour lui reprocher ses
propos (qui sont pourtant assez gauchistes). De quoi se mêle-t-il ?
semblent-ils dire… Du coup je leur réponds : « mais qu’est-ce que tu en as à foutre, tu le reconnais
comme une autorité morale, maintenant ? » Par contre, ça m’intéresse
beaucoup de savoir ce qu’une autorité morale dit à ses ouailles, alors j’écoute
le pape en tant qu’autorité morale pour les électeurs catholiques. Je ne juge
pas.
Ou alors, si je juge, c’est sur un point de vue politique. Par
exemple, avec le mariage pour tous, le pape (ou plus précisément les autorités
catholiques françaises) a une occasion inespérée de ressouder « ses
équipes ». Ca n’est pas spécialement idiot de sa part de se rapprocher des
catholiques de gauche par des propos frisant le trotskisme. Ou alors, c’est
crétin de se fâcher avec une partie de la droite française alors qu’il a l’occasion
de lutter avec eux… Chacun jugera…
Je parle souvent des nombreux procès de blogueurs qui sont
faits dans Twitter ou dans d’autres blogs. Alors je juge moi-même les juges et
ces autoprocureurs proclamés et je leur dis : vous feriez mieux de
respecter ce que les autres ont à dire plutôt que de les condamner sur la voie
publique.
D’autant que le jugement à l’emporte pièce décrédibilise
toujours celui qui le fait.
Le respect en commentaire
J’ai activé la modération des commentaires de ce blog. Je
supprime les commentaires qui me manquent de respect ou manquent de respect à d’autres
commentateurs. Avant, j’avais une fâcheuse tendance à traiter leurs auteurs de
trous du cul ou de connard mais « on » me le reproche. Certain en
déduisent que je ne supporte pas la contradiction. Ils se plantent.
Je ne supporte pas :
-
d’une part ceux qui pensent que leur avis
a plus de valeur que le mien (d'autant que c'est mon blog, bordel),
-
d’autre part ceux qui ne sont pas
aimables avec les gens qui prennent la peine de commenter mes billets.
Pour le deuxième point, c’est une question d’ambiance, de
savoir-vivre, de tenue de mon blog, … Le premier est plus intéressant et on en
revient à ce que je disais au départ : certains gagneraient à tenter d’admettre
que les autres ont des avis différents sans être nécessairement timbrés.
Le respect…
Je tiens un blog politique. On peut être d’accord ou pas
avec moi, je m’en fous. Je fréquente toutes sortes de blogs politiques. Je peux
être d’accord ou pas avec les gens. Je m’en fous. Les blogueurs politiques
participent, à leur niveau, au débat démocratique. Ce débat doit être
encouragé. Je défends les blogs depuis toujours. J’ai peut-être tort. Je m’en
fous aussi. J’aime voir des gens exprimer des opinions.
Tout commentaire manquant de respect va dans le sens inverse
de la défense des blogs et de l’expression de l’opinion. J’ai donc toutes les
raisons valables de le supprimer sans le moindre état d’âme. C’est la liberté d’expression
qui me pousse à la censure des critiques
irrespectueuses. Faut le faire, non ?
Le respect exemplaire ?
Je ne prétends pas montrer l’exemple. J’ai même un blog où
je tombe souvent sur le poil d’autres blogueurs et surtout de twittos. Souvent,
j’ai raison de frapper : je suis publiquement insulté, je riposte.
Parfois, j’ai moins raison : une personnalité est publiquement attaquée,
je riposte alors que je devrais n’en avoir rien à foutre. Parfois, j’ai
totalement tort.
Ici,
par exemple, je tombe sur le poil d’un lascar qui raconte des conneries dans
Twitter. Les propos m’ont amusé et méritaient un billet pour rigoler mais j’aurais
du masquer le nom et l’avatar du gugusse. Je n’ai rien de personnel contre lui.
Je ne prétends surtout pas avoir été spécialement exemplaire
quand j’étais un jeune blogueur et je reconnais qu’il m’arrive de m’emporter. A
contrario, avec l’expérience, on finit par se foutre d’un peu de tout.
Le respect
Il est temps de conclure. Le manque de respect :
-
fait qu’on se coupe des autres, de l’électorat,
en ne comprenant pas ce qu’il a à dire,
-
fait qu’on fait des grossières erreurs en
ne sachant pas écouter une contre-argumentation,
-
fait qu’on décourage les blogueurs d’exprimer
leurs avis.
Il est temps de conclure mais je vais citer un dernier
exemple. Lisez mes billets de novembre et décembre à propos de la construction
de l’aéroport de Notre-Dames-des-Landes. Lisez aussi les commentaires qui
essayaient de m’expliquer que j’avais tort et comptez-les.
Comptez ainsi ceux qui sont passés uniquement pour charger
mes billets sans même s’intéresser à ce que je pouvais avoir dire. Sans le
moindre respect pour les considérations des usagers potentiels de
Notre-Dame-des-Landes. C’est affligeant. Un combat politique est mené par des
militants politiques à partir des seules argumentaires fournis par le parti.
Et ils n’ont même pas le respect de laisser s’exprimer ceux
qui ne sont pas d’accord avec eux.
Après, ils perdent les élections. C’est ballot. Le respect n’est
pas rien. D'autant qu'on se retrouve après avec des aéroports un peu partout...