02 septembre 2013

Aux amis de Sarkozy

Les amis de Nicolas Sarkozy se réunissaient hier et aujourd’hui à Arcachon et nous les remercions de nous donner une occasion de taper sur l’ancien président de la République, vous savez, celui qui avait une politique étrangère calamiteuse, marquée par la réception à l’Elysée de Bachar El Assad et de Kadhafi. Tiens ! Celui qui s’était retrouvé totalement isolé avant l’intervention en Lybie, la plupart des pays Européens lui tournant le dos de même que nos partenaires du G8…

D’ailleurs, la réaction de la plupart des ténors de l’opposition (à l’exception de Jean-François Copé, et, il me semble, Alain Juppé) qui exigent un vote du Parlement à propos d’une intervention en Syrie alors qu’on ignore encore un des éléments les plus importants (la participation des Etats-Unis) est surprenante mais revenons aux amis de Nicolas Sarkozy…

On sent qu’il est légèrement moins aimé que l’an dernier, voire qu’au moment du Sarkothon. Il n’empêche que le culte de la personnalité dont il fait l’objet est à peu près aussi surprenant que les réactions ci-dessus.

Je veux bien croire qu’il ait un charisme, ce dont manque beaucoup de personnalités politiques mais c’est à peu près la seule qualité qu’on peut lui trouver. On trouvera pour le défendre le fait qu’il a du faire face à une gigantesque crise pendant son mandat. Je trouverais pour la défense de ses amis qu’ils ont parfaitement raison de lui montrer une certaines formes de reconnaissance puisqu’il les a menés au pouvoir.

Il n’empêche qu’il est maintenant un homme du passé et j’ai du mal à penser qu’ils peuvent le voir comme leur futur candidat à l’élection présidentielle. Je pense même qu’ils sont persuadés qu’il est en capacité de gagner cette élection alors qu’il n’arrivera plus à faire le coup de la rupture. Il a pu gagner une élection parce qu’il maîtrisait l’agenda et parce que la candidate du camp d’en face déplaisait à de nombreux Français.

Peu importe ! Il est impossible de prévoir l’avenir et tout dépendra de la conjoncture économique. Je leur conseillerais néanmoins d’éviter de compter sur un échec de la gauche et de François Hollande ; d’autant qu’espérer un recul de l’économie n’est pas spécialement brillant. En bon optimiste batave, je dirais que la situation de l’économie va s’améliorer et que la cote de popularité de pépère est au plus bas : elle ne peut que remonter. Il a pris les mesures qui déplaisent en début de mandat…

Sur le plan de l’économie, comme je le disais, les amis peuvent mettre l’échec de la politique, échec dont on ne peut pas douter, il suffit de regarder les chiffres, sur le dos de la crise. Il n’empêche que sa politique a été menée dans l’intérêt des milieux financiers mais n’a strictement rien de libérale (dans le sens de la primauté des libertés individuelles par rapport au pouvoir de l’Etat). En 2007, il avait réussi à mettre un vent de libéralisme dans sa campagne, symbolisé par le « travailler plus pour gagner plus ». Les « vrais libéraux » qui l’avaient choisi y regarderont à deux fois avant de recommencer la même erreur. C’est son premier échec : il n’a pas fait une politique réellement libérale mais une politique brouillonne qui n’a fait qu’avantager les plus riches. D’ailleurs les braves gens qui courent à sa succession continuer à ramer avec la suppression des 35 heures ce qui en devient particulièrement grotesque.

Je n’aime pas donner des conseils à la droite mais, en tant que blogueur, c’est un peu trop fatigant de continuer à taper sur ses ânes avec leurs arguments pourris. Je vais donc donner un conseil. Arrêtez donc de toucher aux symboles. Les 35 heures ne sont pas la durée maximale du travail mais le nombre d’heures à partir duquel se déclenchent les heures supplémentaires. Si vous continuez à expliquer aux salariés que vous allez leur sucrer du pognon, ils ne vont pas être d’accord. A gauche, on pouvait supprimer la défiscalisation des heures supplémentaires parce que nous n’avons pas la même cible électorale. En outre, les 35 heures sont peut-être un symbole mais certains salariés en bénéficient réellement, notamment tous ceux qui bénéficient de RTT, comme moi. Politiquement et économiquement, supprimer les 35 heures est crétin, d’autant que le temps de travail effectif des Français est « dans la moyenne ». Compte tenu des temps partiels imposés dans certains pays, leur nombre moyen d’heures travaillées n’est pas brillant. Mon conseil : changez de cheval de bataille et évoquez plutôt l’adaptation du temps de travail entreprise par une entreprise, adaptable en fonction de la charge. Au moins, ça nous fera hurler, à gauche…

Au niveau de la sécurité, de l’immigration, de la justice,… tout montre que la droite a échoué. Vous avez le droit de penser que la gauche va échouer mais il serait temps d’arrêter de vénérer l’époque où Nicolas Sarkozy était en charge de ces dossiers, soit en tant que ministre de l’intérieur, soit en tant que président de la République. C’est un autre des échecs de Nicolas Sarkozy. Il multiplié les lois, contrairement à la gauche : ce n’est pas en interdisant la délinquance qu’elle disparaît… La gauche, elle, poursuit son petit bonhomme de chemin, faisant quasiment l’unanimité dans son camp. La grande loi de réforme judiciaire aura nécessité deux ans de préparation…

Au niveau sociétal, la droite a naturellement peu de projets et Nicolas Sarkozy en avait peu parce qu’elle est, par nature, conservatrice. Nicolas Sarkozy aurait pu faire bouger les choses puisqu’il incarnait le mouvement (surtout avant d’être élu) mais n’a rien fait. Est-ce un bien, est-ce un mal ? Je ne sais pas : les électeurs de droite sont conservateur, aussi… Autant ne pas les brusquer.

Par contre, Nicolas Sarkozy a fait une politique, surtout au niveau de la communication, créant des clivages entre les Français. Je lis beaucoup de blogs réactionnaires. Nos amis sont persuadés que la gauche a carrément divisé les Français avec le mariage pour tous. Je n’y crois pas mais peu importe ! J’invite les blogueurs de droite à bien méditer sur le sujet. Ils ont trouvé un os à ronger : « la gauche divise, nananère ». Faites-vous plaisir si vous voulez…

C’est bien Nicolas Sarkozy qui incarne ces divisions et il ne peut plus être le candidat du rassemblement. Il pourra faire une campagne politique sur des thèmes de la droite dure mais les Français ne se laisseront plus berner. En faisant cela, il se mettra à dos le « centre droit » tout en faisant monter le Front National : les électeurs ont bien constaté l’échec. Et cet échec est celui de la campagne de 2012.

A ce propos, je souhaite également rappeler aux fanatiques de Nicolas Sarkozy que ce dernier a perdu l’élection. Il les a amenés à l’échec après 17 ans de présidence à droite. J’y reviendrai. Ou pas.

Ainsi, si Nicolas Sarkozy entre en campagne pour 2012, il ne pourra pas présenter un projet crédible pour les sujets économiques sauf si la situation ne s’améliore pas et il ne pourra pas montrer un projet de société satisfaisant puisqu’il sera attendu sur le thème de l’immigration, par une partie de l’électorat.

Il a perdu en 2012 mais il aura faire un véritable bide. Rappelons que certains sondages de 2011 donnaient François Hollande gagnant avec plus de 60%, dont un avec 64% ! Ce n’était évidemment pas crédible mais ça montre à quel point les Français étaient désireux de foutre Nicolas Sarkozy dehors. Cette baisse a commencé à peu près au moment du discours de Grenoble. Si on considère que seuls 45% des Français votent à gauche à un premier tour d’une présidentielle, au maximum, depuis longtemps, cela veut dire qu’il y avait un tiers des gens de droite qui voulaient réellement s’en débarrasser.

Certes, braves gens ! Vous pouvez vous dire que la défaite n’a pas été aussi cuisante que ça mais n’oubliez pas le contexte. Nous étions dans une période de grave crise économique (nous y sommes toujours mais, disons, dans une autre phase) et il vous a été facile de faire une campagne sur l’inexpérience de François Hollande. En outre, la gauche a fait l’éternelle bêtise de mettre à son programme le droit de vote des immigrés aux élections locales et vous avez pu agiter des chiffons rouges.

D’ailleurs, après avoir donné un conseil à la droite, je vais en donner un à la gauche : arrêtez avec ce machin. Les gens qui vivent sur le territoire français doivent avoir accès à la nationalité française, pas à un statut de demi-citoyen. Et la politique menée par Manuel Valls a permis d’augmenter le nombre de naturalisations et cela va continuer. D’ailleurs, je n’ai pas entendu beaucoup de commentaires de la vraie gauche, à ce sujet… Par contre, la droite est inaudible : les arguments ne ressemblent à rien.

Ainsi, les amis de Nicolas Sarkozy comptent sur lui pour leur permettre de gagner la prochaine élection nationale. Ils devraient plutôt regarder dans le rétroviseur : sa politique a échoué sur tous les points et les conditions qui lui ont permis de ne pas prendre une terrible baffe en 2012 ne sont plus réunies. Il a fait une belle campagne en 2007 mais a montré son incapacité à mettre en œuvre une politique en cohérence. En 2012, il a été incapable de présenter un projet.

Je suppose d’ailleurs qu’il le sait. On n’aura probablement pas la même analyse, il se dira peut-être qu’il a été piégé par la crise économique. Il n’est pas fou et ne reviendra que si la popularité de François Hollande est très mauvaise et si la conjoncture économique est mauvaise.

Je vais donc résumer : chers amis de Nicolas Sarkozy, vous perdez votre temps.

Il me faut quand même ajouter un dernier argument. Nicolas Sarkozy est le spécialiste de l’erreur de casting. Pour être gentil, je vais dire qu’on l’a vu avec les ministres d’ouverture… Mais il n’y a pas qu’eux. Une partie du premier cercle de ces amis, on pense évidemment à Nadine Morano et Brice Hortefeux, n’a pas la cote auprès du public, pour différentes raisons qui me sautent aux yeux et sauteront aux yeux de nombre de lecteurs.

Enfin, Nicolas Sarkozy risque d’avoir des ennuis avec la justice. Je ne lui fais pas son procès, je pense uniquement que des affaires ressortiront et qu’on parlera de Nicolas Sarkozy sous des angles négatifs. Indépendamment de ces affaires judiciaires, des casseroles pourront lui tomber dessus, comme les 10 milliards dont on parlait la semaine dernière, ou des histoires n’ayant rien avoir avec lui pourraient avoir des dommages collatéraux, comme cet ancien ambassadeur qui posait en maillot de bain dans Facebook et qui a été surpris avec une valise de billets, récemment…

Nicolas Sarkozy reviendra s’il le souhaite – il a été obligé de le faire une première fois en juillet. Posez-vous donc la question de savoir si vous lui rendez réellement service en le remettant maintenant en première ligne de l’actualité.

Vous souhaitez qu’il revienne. Soit. Mais pensez-vous réellement que cela soit réellement souhaitable ? Avez-vous imaginé le bordel ? Pensez-vous aux conséquences d’une défaite ? Surtout pour lui, d'ailleurs. Vous êtes ses amis...

9 commentaires:

  1. Je suis bien d'accord.
    Mais tu ne devrais pas leur donner de conseils.
    Ils sont bien comme ça.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mais si ! Il faut donner des conseils ! Comme personne ne sait de quoi est fait l'avenir...

      Supprimer
    2. Je crois qu'il y a un blème avec l'alibi (;-) )

      Supprimer
  2. Définition possible d'une bonne partie des "amis de Sarkozy": ceux qui savent que si c'est un autre UMP que Sarkozy qui est élu, ils n'ont aucune chance de redevenir ministres, sous-ministres ou ministricules?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ouais. Ils le savent. C'est con de voir tous ces gens avoir fini leur carrière...

      Supprimer
  3. "Les « vrais libéraux » qui l’avaient choisi y regarderont à deux fois avant de recommencer la même erreur." AMEN !!!

    Avec des amis comme Nadine Morano, on n'a pas besoins d'ennemis...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est lui qui s'est entouré de "ces gens".

      Supprimer
  4. Jolie analyse, cohérente et argumentée, qui vaut bien largement celle de tous les politologues assermentés.
    Ça n'a pas grand chose à voir mais comme j'ai vu sa photo, ce qui ne m'était arrivé de longtemps... Il y en a un qui fait vraiment peur dans la bande, peur physiquement je veux dire, c'est Hortefeux. Je n'ai pas plus contre lui que contre la majorité du personnel politique français, mais le pauvre (façon de parler) suscite en moi, et je ne dois pas être le seul, une réelle répugnance physique, il semble malsain au plus haut point. Attention, je ne l'accuse de rien, c'est juste que je me dis que ce genre de détail doit aussi, parfois, jouer en politique.

    RépondreSupprimer

La modération des commentaires est parfois activée. Les commentaires désagréables (ce qui ne veut pas dire pas d'accord avec moi) ou insultants (sauf les miens) seront supprimés.