Parfois, en surfant sur le web, vous
tombez par hasard sur des textes libéraux ou réactionnaires qui
vous laissent rêveurs. Ils paraissent totalement déconnectés
de la réalité de la politique du pays, du fonctionnement de la
démocratie, de l'expérience de chaque électeur et du
positionnement « gauche droite » de chacun. Et je ne parle même pas du fond : l'économie et tout ça...
«
Nombreux sont les chefs d’entreprise,
cadres, économistes, « experts », journalistes économiques,
qui votent à gauche. C’est là un sujet permanent d’étonnement
pour le philosophe que je suis qui, par métier, connaît les
idéologies et sait que, dans le système intellectuel du socialisme,
l’économie de marché n’a pas de place. » nous dit le monsieur...
Ca fait méditer. Je vais faire de la philosophie, aussi, alors. Mais de comptoir, seulement... Comprendre le positionnement politique des gens, vaste sujet !
Quand j'étais en première année
d'IUT (1983 - 1984), j'avais un "collègue" Camerounais
(genre : neveu de la concierge du cousin par alliance d'un
ambassadeur). J'étais alors fervent supporter du Parti Communiste. A
l'époque, Yannick Noah venait de gagner Roland-Garros. La complicité
entre les Camerounais et les Français était très forte et il
fallait bien être plus à gauche que le Gouvernement.
Avec Timothy, on passait des heures à
parler politique. Il aimait bien écouter mes théories et me faisait
parler. L'été, il est parti en vacances dans son pays. Quand il est
revenu, il était devenu membre de je ne sais plus quel groupe
d'extrême gauche, limite terroriste et fier de ce qu'il avait fait.
Prêt à prendre les armes et tout ça pour faire la révolution chez
lui.
J'ai vite coupé les ponts avec lui car
il devenait très chiant et j'ai bien réfléchi à mon propre
engagement politique. Cet engagement n'en était pas un : je ne
faisais que discuter. Par contre, constater que, en discutant, j'avais
réussi à convaincre un gugusse qui n'avait pas du tout la même
culture politique que nous de prendre les armes m'avait effrayé.
Je me suis rendu compte qu'avant tout
engagement partisan, j'étais surtout un démocrate. J'ai arrêté de
regarder le tennis à la télé. En 1988, j'ai voté pour Pierre
Juquin. Ensuite, j'ai arrêté de m'intéresser au sport et je suis
devenu, dès le second tour, un socialiste propre sur lui.
Je me suis à nouveau intéressé à la
politique vers la fin des années 1990 : le PS était au gouvernement
et je passais des heures au comptoir à défendre la réduction du
temps de travail devant un parterre de types de droite, sans la
moindre culture politique à moins de considérer comme tel le fait
d'assimiler les chômeurs à des fainéants.
Ensuite, ma bande a changé et j'ai
commencé à fréquenter mes copains actuels, vers 2002, ceux dont je
parle à l'occasion dans mon blog bistro. Tous de gauche, sauf deux :
Marcel le fiacre et le vieux Jacques.
Le vieux Jacques. Un vieux gaulliste
persuadé que tous les maux du monde étaient dus à mai 1968.
Persuadé aussi que tous les chômeurs étaient des fainéants, tout
en étant lui-même au RMI.
Le vieux Marcel rentrant de bonne heure
à la maison, Jacques se retrouvait toujours le seul de droite face
à une brochette de types de gauche. Dans toutes les discussions, il
finissait par se retrouver en minorité et à abdiquer. Quel que soit
le sujet, il se rangeait toujours à chacun de nos arguments : le
logement, le travail, l'entreprise, le rôle de l'état, la sécurité,
la justice,... Il n'abdiquait pas, en fait, il devenait d'accord avec
nos arguments et aurait été capable de les reprendre à son compte.
Il était donc dans la même situation
que moi des années avant : entouré d'opposants... Sauf que c'est
lui qui cherchait la conversation et qu'il finissait toujours par
abdiquer.
Alors, en fin de soirée, à l'heure où
les conversations se faisaient moins précises, il n'avait plus qu'un
seul argument : "qu'on soit de gauche à
vingt ans, je comprends, mais à 40, ce n'est plus possible, il faut
être sérieux".
C'est un argument que j'ai entendu bien
souvent dans les blogs, des années après.
Et, toujours, le lendemain, il était
revenu à ses opinions bien à droite, oubliant de remettre ses
pensées dans l'ordre.
Au cours de ces discussions, le vieux
Jacques basait toujours son argumentation sur ses propres
expériences, sa propre connaissance des sujets... Ce n'est pas une
critique : je suis moi-même en train de bâtir une théorie sur un
truc personnel se limitant à un seul individu !
Un seul individu ? Bof... Le vieux
Jacques plus certains moins obtus que d'autres dans mes premières
années de politique au comptoir : Jean, Roger, le toubib,... Tous
pareil : à peu près d'accord avec moi sur tous les sujets à partir
du moment où je faisais quelques concessions. Mais de droite,
viscéralement de droite, par pure opposition à la gauche parce
qu'ils avaient vécu à l'époque de Marchais, de l'URSS et que leurs
parents leur avaient appris que les communistes mangeaient les
enfants.
Ensuite, j'ai connu les blogs et... des
blogueurs de droite. Certains sont devenus des copains, d'autres des
"ennemis"... Un peu comme le vieux Jacques, ils sont -
étaient ? - en minorité dans les blogs.
Toujours est-il que quand je découvre
un nouveau blogueur de droite viscéralement opposé à la gauche et
au socialisme, ça m'amuse beaucoup. Surtout quand il commence par
expliquer que lui seul à une compétence politique, lui seul a
étudié le sujet,...
Le dernier, je l'ai trouvé par
l'intermédiaire du blog de
Pierre Chappaz. Aucun fond. Que de la haine. Au moins, je crois que je
regarde la plupart de mes adversaires avec une certaine sympathie,
voire de l'affection, même si j'ai parfois un mauvais caractère.
Je ne vous cite que la fin du texte mis
en avant par Pierre : « Bénissons
le Ciel que les socialistes aient fait ces semaines-ci l’erreur
tactique de s’attaquer ouvertement et méchamment à la
frange intelligente, active, dynamique, inventive, et encore « riche
», de la population. Il ne serait
que naturel que ce soit de cette frange que naisse une résistance
organisée à la collectivisation du pays. »
L'expression « Bénissons le
Ciel » est amusante dans ce contexte.
J'espère que les électeurs auront
compris le message : vous êtes tous des cons.
Je vais quand même citer une autre
partie, pour rigoler : « Loin
qu’elles puissent passer pour des erreurs et des égarements dus à
l’improvisation, elles ressemblent plutôt à un début de mise en
œuvre méthodique d’un programme de transformation révolutionnaire
de la société. »
J'espère que les copains du Front de
Gauche comprendront que François Hollande est un dangereux
révolutionnaire. Vous vous rendez compte que 52% des Français ont VOTÉ pour un type qui veut faire la révolution (pour foutre dehors le pouvoir en place ?).
Je vais rappeler l'introduction :
« Nombreux sont les chefs d’entreprise,
cadres, économistes, « experts », journalistes économiques,
qui votent à gauche. C’est là un sujet permanent d’étonnement
pour le philosophe que je suis qui, par métier, connaît les
idéologies et sait que, dans le système intellectuel du socialisme,
l’économie de marché n’a pas de place. »
Cher Monsieur, vous pouvez par
connaître, par métier, des faits qui sont des étonnements pour un
philosophe que vous êtes mais vous devriez plutôt faire de la
philosophie de comptoir et étudier le parcours politique de
certains...
De Timothy, au vieux Jacques, en
passant par moi... Et les entrepreneurs...
A part la philosophie, vous auriez pu,
aussi, étudier l'histoire politique récente de ce pays et
l'économie. Vous comprendriez alors aisément pourquoi certains
patrons, certains entrepreneurs et la majorité des économistes
voire des journalistes économiques sont ancrés à gauche, mais
votre mère, certainement une Sainte Femme, vous a appris que les
communistes mangent les enfants et que les socialistes sont des
méchants révolutionnaires.
Vous avez donc pu développer un texte
de 4650 signes de pure haine, sans la moindre proposition à part une
injonction aux entrepreneurs de monter leur propre parti politique,
avec leurs propres médias qui ne seraient pas aux mains des
Rothschild, Bouygues, Lagardère et toute cette bande de dangereux
gauchistes qui manipulent l'opinion pour forcer les socialistes à
faire la révolution et à redistribuer leur pognon.
Prenez la tête de ce mouvement, créez
un parti politique, que diable ! Trouvez un leader
charismatique.
Tiens ! Comme Nicolas Sarkozy en
2007 ! Il allait réformer, créer de la croissance puis
moraliser la finance, supprimer le chômage, diminuer la dette, les
dépenses de l'état ! Tous les entrepreneurs étaient derrière
lui, c'était beau.
Ah non ! Pas tous...
Certains avaient bien vu que le Pacte
Présidentiel de Ségolène Royal, comme en 2012, les 60 engagements
de François Hollande, étaient bien meilleurs pour la France... On a vu le résultat de la politique de Nicolas Sarkozy. J'espère qu'encore plus d'entrepreneurs ont voté à gauche en 2012, ne serait-ce que pour la nouvelle phase de décentralisation, la politique pour les PME, la banque publique d'investissement, ...
Ou pour éviter une augmentation de la TVA qui aurait été terrible pour leurs affaires, avec la réduction du pouvoir d'achat de leurs clients...
Vous êtes philosophe, pas politicien.
Continuez à philosopher.
Ou alors, ne concluez pas vos textes
en démontrant que les gens sont tous des cons, ça va vite lasser
les électeurs, chacun avec son
opinion politique basée sur expérience, son vécu, sa réflexion,
son éducation, … et pas sur idéologie enseignée de force par des
enseignants marxistes...
Ca
finit par devenir risible.
Peut-être que des gens sont à gauche que parce que rien ne convainc dans les propositions de la droite. Peut-être que des gens sont à droite uniquement par pure tradition.
Va savoir, mon gars... L'idéologie est parfois très loin.